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i
•."cs^
•I
lEttSlLlE RODY
MEMOIRES
m ALIENEE
^12 NORMANT DES VARANNES
M
1^ ^^^^^^^H
M"" HERSILIE ttbuY 1
memoires ^
D'UNE ALIENEE
PUIlLlfifi
Par E. LE NORMANT DES VARANNES
PARIS
PAUL OLLENDORFF, EDITEUR
^86ia, nvK umilCHKLIKU, 'JHus
1883
y^/^jO^U'ii
"k
II tn'en souvient encore comme si c'^tail hier.
Dans une chambre modeste de la rue des Charre-
liers, une vieille dame me re^ut. h ne sais quo!
d'inquiet et d'inquietanl brJllait dans son ceil tenace
et ferme. EUe dtail maigre et nerveuse, presque
laide et tres-suggestive. On eftl dit un raystere qui
marchait, s'asseyait, regardait et causalt, oauaait
sorlout, pour ne rien dire de posilif. Une maladie
febrile agitait ce corps. Une volonti indomplable
remuait eette Ame.
Je me trouvais en presence d'une ^nigme. La
perEonne que je visilais, et que je n'ai vue qu'uAe
s6Ule fois, car rien ne me preasa de revenir, me
psrU de I'Antechrist et de la loi sur les ali^nis,
dt H longue detention diQi las m\M at da li ni<
II PREFACE.
cessite qu'elle sentait de remplir sa mission avant
de mourir. Et de fait, quelques mois apr^s elle
6tait morte.
L'aimable et ven6r6 ami qui m'y avail conduit
m'avait dit la v^ritd : cette dame est un probleme^
mais son malheur n'en est pas un. II sera du
moins utile k d'autres, et son cas extraordinaire
sera un preservatif. II sortira de cetle vie tour-
ment6e, inforlun^e, et cependant peu sympathique,
une d^livraace pour des condamn^s k Tenfer de la
vie.
En un mot, cette femme etait W^ Hersilie
Rouy.
J'ai vu son portrait, fait par Gompte Calix. Une
merveille d' esprit, de rfiverie et d'art. Je ne voyats
plus qu'une mine. Mais quelle rui|ie ! La ruine
bizarre et fantastique d'un palais hantS jadis par,^
le g6nie du mystere. '*
Je ne m'^tais pas tromp^. L'histoire de cette
personne est un drame mouvement^, plus terrible
que ne Taurait rev6 Alexandre Dumas. Le mys-
tere ou rintrigue, peut-elre les deux, domineraient
dans ce drarae reel el poignant qui commence,
dit-on, anx Tuileries, pour continuer dans le inonde
des arts, dans les asiles de fous, et s'achever dans
une obscure retraite, Je n'y mis aucune elude,
J'oubliai. Le cauchemar m'avait effleure de son
aile capricieuse et lourde. Quand je fus reveille
par I'attrait philosophique du sujet el mon desir
^ de seconder les intentions philantliropiques et bien-
faisantes de mon condocteur, M"= Hersilie etait
merle. Une pierre muette couvre son cadavredans
le cimetiere' de la porte Saint-Jean, fi Orleans.
Muette dans la vie, muette dans la morl ! Fallait-il
abandonner ainsi I'eoigmede sadeslinee? 11 parait
que DOD.
Les Memoires d'une fcuiUe de papier soulevenl
le voile. Et voici que les Memoires vrah d'Hersilie
apportent et donnent au public tout ce qu'il a el6
permis de deviner.
Que m'importait, du reste, la femme? Qu'elle
fut princesse ou instrument, elle avail il& raalheu-
reuse ; 11 etait juste et bon que son inforlune en
pr^servdt d'aulres. M. le Normant des Varannes et
IV PHEFACB.
> t^*^
sa bonne -et exquise compagnd avaienli avec un
d^voClment^ une abnegation qui nd 8'4Ulient jamais
d^menlis, sauv^, arrach^ la pauvre femtne A 6on
enfer, la pauvre s^qnestrSe h sa geole. Et mitinte-
nant ils voulaient d^montrer par son histoire la
cruaut6 d'uqe legislation sans entrailles. lis vou^
laient apporter le remade k des oalamitds sans
nom, et je me promis de les aider par ma plume
et par mon nom. Et c'est ce que je fais en ^cri-
vant cette preface.
Je n'entre pas dans le vif du sujet. Notrd siicle
n'a plus besoin des rois* La d^mocratie dst une
mar^e haute qui couvre tons lei feommeta et itend
sur tous les terrains sociaux I'^galite mouvante de
son niveau.
Que celle^ci ait &i& ced ou oeU, Hertilie Rouy
ou fille de duchesBd, substitute ott noil, double ou
simple, il m'importe pen. Je vois une miserable
qu'un caprice oU qu'un arrSt inQ6xibla> que la rai-
son d'Etat ou la raison de famille arrache k h vie»
au bonheur^ k la lumiere, pour la pr^oipiter dans
flR goulTre, ^t je (J^?ir« Jeter u^e pierre ifm CP
goufTre, pour qu'elle contribua & le combler ; bien
d'aulres pierres y lombefont. Laloi sur les ali^n^s
sera modifiee. L'humanit6 aura son tour. La Repu-
blique sera plus cl^mente que les monarchies.
La justice regaera enfiQ sur celte lerre desolee, et
I'histoire de celte victirae sera un avertissemenl,
une lepon pour I'aveoir.
J'^rivais, il y a quelque temps^ I'article suivant
dans I'Avenir dti Loiret, etj'yrendais comple des
Mimoires d'une leuille de papier.
Jereproduiscet article, car il renferme I'annonce
des vrais Memoirea qui paraissent aujourd'hui.
J'aarai k y ajouter peu de chose :
Le myBtSre a toiijours frapp6 les esprits. Auss! un livrc
qui, sons une forme IdgenJah'e, apporte une i-^v^lation Rur
I'un des ivinemenU leR plUR mysWrieuK An siMe sera-t-il
FPfu da public avec inWrflt, d'autant mieux ^ue ce livre,
&;rit avec goflt et ilfi^'ance, joint les iiuaiilda de forme les
plua recommandablea S la profonde et toouvonte ^nigme
qui en taii lefond ; raais, pour quelques leuteurs, pour ctux
qui vont jusqu'au boul des penste, pour ceux qui cher-
dieat la philo^iophie socialc sous les manifesta lions de la vie
r^uU^re ou extraordinaire, ce livre sera une rivSlation. Je
pOBB la question simplement, avec la conviction d'une eone-
cience ^clairfe par la n^nenion et par les f^its : (e livre est
uiir*qul«thiire.
J
VI PREFACE.
Gette fois un courageux et d6vou^ accusateur se 16ve au
nora de la justice et — • chose strange — se 16ve, non pas au
nom de la soci^te, mais centre la soci6t6 ; j'entends la so-
ciety telle que Tont faite les despotismes ant^rieurs.
Voici le cas : •
L'ancien regime avait ses lettres de cachet. La loi Oiodeme
sur les ali^n^s est elle-m^me une sinistre et perp^tuelle
lettre de cachet.
Sous l'ancien regime, la femme, qui tr^s-probablement
est la marquise de Douhaut, se voit enlev^e, conduite A la
SalpStiiere, spoliee et condamn^e k trainer une longue exis-
tence sans etat-civil, de sorte qu'on pent la sumommer « la
ferarae sans nom. » ^
De nos temps, une legislation barbare livre k Pappr^cia-
tion d'un medecin, k la haine probable d*une famille, k
quelque sombre et criminelle intrigue, une femme, une
artiste dans tout F^clat de son talent, la fait passer pour
folle de par la loi et rinterne dans ces g^hennes contem-
poraines oii le Dante aurait trouv^ un dernier cercle de son
« Inferno, i
Eh bieh ! en attendant que Thistoire impartiale donne un
vengeur a M™e de Douhaut, voil^que M. E. Burton parait et
venge M^^^ Hersilie Rouy,''car sous le pseudonyme Idgen-
daire il s'agit d'elle, d'elle que nous avons vue et connue,
d'elle qui a s^journ^ dans cette ville et qui y a traine ses
derniers jours, adoucis du moins par le gouvernement r&-
parateur de la R^publique frangaise.
M. Burton ne livre pas son nom veritable k la publicity ;
mais sa g^n^reuse intervention n'est un myst6re pour per-
sonne.
Respectons son secret. Parlous du livre.
J'ai nomm6 M^e de Douhaut. La victime elle-mSme,
W' Rouy, dano un article ^crit il ja quelques anii^e^ i^I
parn dans use feuille locale, comparait son sort i celui dc
rinfortun^e marqaise.
Poor moi, je le trouve plus dur.
Lb morte pr^lenduo de Janvier 1788 avait autour d'cllp
in cort^ admirable de devoHments et de sympathiiis.
Sf* Reuf a iti seule longtemps, seule d'une sotitmle abso-
lve, livnie i loQS les abandons ; et, certea, si le machiavii-
le qui renfermait avait eu pour but de la I'endre vrai-
niEnil folle, il avail choisi Ice luoyens lea plus propres a
r^liser ce but. Son ferme esprit rfisista. Sa volonWpreE<(ue
snrhumaine la sauva.^Ses mSmoireii sont, a I'heure <{u'il est.
9 presae. La l^gende que nous pr^sentons au public en
est cotnme la preparation. EUe d^veluppe loute rintrigUE:
dont leB mdmoires nc font connaltre qu'une partie ; elle
jette linjour inallendu sur I'evawon de Louis XVII, sur
lea agissements du pouvoir occulta qui inquiSta la Restaura-
tioQ et sor un auti-e point plus d^licat encore, la uaiasance
if an prince conleraporain.
Je dois ajouter que M. Burton a eu ea ses inains les preu-
»es de ce qu'il avance sous une forme romantique et qije,
' panr qui pourrait connaltre lesnomsreela cles personnages,
la Ugende deviendrait Vhistoire.
On sem ^lonne des qualites draioatiques que d^veloppe
ce livre ; de la vie des personnages, de la multiplicity des
intrigues et de la savante combinaison des (rames, et Ton
croira avoir affaire k I'leuvre d'un roma ncier accoutume
nix ficelles da metier. Eh bieu I cetle fois, la reality a ^ti:
plus dramatique que la fiction. Et si la mise en ceuvre fait
honneur &. E. Burton ; ai le style, avec aes nuances et ses
I grices lui appartient, ce n'est pas a lui, c'est i. la rialiii
Iqn'il fiiut reporter I'honneor de I'iavention dramatiqae.
VllI ' PHSFAGE.
La Vie modorne a ouyert siis profondeurt, conune FOc^an
sous une rafale, et oe livre Hv^lateur en t9i sorti*..
La sequestration et ses suites monstr^euies 1
La r^forme de ces badtilles * oontemporaines c[u*on
notnme mUbb d'alihh^ !
La modification indUpiHscLble de la Ugitlation sur les
ali^n^B.
Trois points difliciles que ce livre ^filair^ et qu'il faut r^*
8oudre« La R^publique le fera ; elle n'aooeptera pas Th^ri-
tage monstrueux du passd.
Puis trois probl^mes historiques ^dairois :
Si Louis XVII a pu 6tre sauv^ ?
Si Louie XVII a ^t^ le baron de Richemont?
Si le manage du due de Berry avec Caroline de Naples a
a^valable?
Ce livre les ^claircit,
Eucharis Champigny^ Jeanne Tavemier, c*est M^*^ Hersi-
lie Rouy, connue, dai\s les asiles sous le nom de Chevalier,
Voili la clef qu'il faut avoir pour comprendre la legende ;
M. Burton ne m*en voudra pas de Tavoir donn^e.
Ami lecteur, lisez ce livre. Quand vous Taurez lu, et
quand vous y aurez joint la lecture des MSmoires de
MHe Hersilie Rouy, qui vont par^dtre, vous connaitrez Pen-
vers de Phistoire du XIX« si^cle.
M. Burton semble (qu'il me permette un peu de critique),
semble avoir conserve quel({Ue reste d*attrait pour les cou-
ronnes papales ou autres (lisez son post-scriptum) ; mais
c*est un esprit sincere, un coeur droit, une Ame bien trem-
p6e et meditative ; qu'il se relise lui-m^me, et qu'il recon-
n^isse que 6on livre est la oondai^tmation des couronnes.
.1 < , I • ■
^hfT^ P*ELtO>',
Cel Milrnoirex annonces et promis, les voici. La
vioiiine parle eUe-rngme. EcoutoQs-la. Tout com-
mentaire les afTaiblirait.
Mais je demanderai la permission de rappeler
catta phraee d'uae lettre de W^ de Groaelier,
qa'on lira a la page 72 :
« Conament ! ea pleia XtX* siecle, dans un payS
civllis^, oil il y a une police, des tribunaux, une
magistralure, on peul accomplir un acte aussi
t grar« qu'une sequestration, sur le simple aver-
( lissement d'une personne inconnue'? ».
Qui, hdlas ! on le peut, ou du moias on I'a
pa, et ce Uvre n'a qu'un but : celui de faire qu'on
lie le puisse plus jamais.
Que ce style est nerveux dans sa simplicity !
lomme tout cela est palpitant, v6cu et sioistre !
Quelle voix que cette voix posthume qui crie k
la 60ci6le : « Quaod leras-lu justice? ».
Si, du moins, elle en est morte, si elle ea a
mfferl, que d'autres ne soufFrenl plus, ne meurent
plus pour cela et que la pitie humaine connaisse
Bufin les larmes, pour les emp^cher de couler I Que
PREFACE.
la loi, jadis si terrible, s'attendrisse sur tant d'in-
fortune. Que les legislateurs patriotes, que le gou-
vernement national reparent cette injustice^ et que
Toeuvre de touti3 la viedes 6diteurssoit cduroiin^e
par le succes. Leur coeur sensible n'en veut pas
d'autre. II appartient k la dSmocratie, si. sou vent
viclime des tyrannies, de dire avec le poete :
Non ignara malis miseris succurrere^disco.
Jules-Stanislas DOINEL,
Archiviste-pal^ograpbe .
AVANT-PROPOS.
Bension de la loi du 30 jniii 1S38 sar les alienes.
I EzTRATT DU RAPPORT de M. le Ministre de I'inlerieur
i M. le Preiident de la Republique, mors 1881 {i).
pourrait s'^ckirer, soil par rauditioo
s inUress^s, »oit par des questionnaires, soil par des en-
I quotes parti<!lle». En un mot, elle appr^cierait aassi exacte-
I ment que possUile I'^lat de choses actuel.
resttme que lea attributions de la uoinmitiBioD dotvent
f £tre & la fois administratives, m^dicales et Mgielatives.
i'estiiDe que des garantiea plus completes deivent dire
L exig^s contre les admiiisions uon ju^liflees et contre le
manr trop prolongs dans les asilcs.
Cest dans les ameliorations de detail et non dans les
s^times absolus qu'il faut rechercher le progres.
Le Minintre de I'interieur et des oilten,
Sign^: CoKSTANs.
:i je n
M Mimoire^ son! Merits dans ce but, e)
bur publication, je charge M. et' M"*' le Normant des Varannes
leTei^cuter a ma place.
■■'-J f^
CHAPITRE PREMIER. — ABRISGE DE MA VIE.
II allait se coucher k liuit heures ; je me mettais au
piano jusqu'^ minuit, pour recommencer mon rude
travail le lendemain.
Cette vie 6tait bien triste pour ce pauvre vieillard,
qui, au moment oil le repos et la vie d'interieur sont le
phis n^cessaires, 6tait abahdonn^ k lui-m^me tout le
jour et n'avait plus, au coin de son feu, cette douce ^t
charmante compagne qui avait part^6 sa vie et ses
travaux, 61ev6 ses enfants, et faisait tons le^ soirs avee
Ivii sa chfere partie d'echecs. Je cherchais tons les
moyens de lui cr6er une occupation qui pAt le dis-
traire; maisrien ne pouvait combler ce vide cruel, et sa
vie, toujours si active autrefois, lui paraissait d'autant
plus monotone qu'il ne savait plus a quoi I'employer. 11
modela le Pantheon, le tombeau d'H^loise et d'Abei-
lard, et les fit couler en bronze, ainsi que diff^rents
autres objets; mais cela devenait ruineux, et il y
renon^a.
Le dimanche, je lui appartenais. II enjouissait;
j'^tais k lui seul toute la journee. II me menait pro-
mener oii me conduisait fiferement dans un concert ma-
tinal ou je faisais ma partie, ouil m'entendait applaudir
avec bonheur, et m'embrassait, sans c6r6monie, devant
tout le monde, quand mon succ^s etait complet. Je
travaillais pour lui plaire, et j'aurais pass6 ma nuit en-
tifere au piano si, sortant de son lit k minuit, il
n'6tait venu r^guli^rement m'avertir qu'il 6tait temps
de laisser dormir les voisins et de dormir moi-mtoe.
MEMOIRES d'UNE A.L1ENEE.
Ay res. On a dit que le navire s'6lait perdu corps et
, biens.
Moil frere Jean-Charles-T^l^maque, n6 a Milan tn
seplembre 1815, 61ev6 jusqu'i Page de seize ans par
une soeur de ma mere, M"^ BoitjBux, qui habitait
Genfeve, 6tait place a Marseille dans une raffinerie. Qn
m'a 6crit que, tombe dans une cuve de sucre en ^bulli-
tion, il 6tait mort aprfes trois jours d'horribles souf-
frances, le 21 octobre 1833.
Ma soeur Jeanne-Marie-Dorolh^e est n6e a Moscou, le
22 septembre 1818.
Ma soeur Gonstanline, n6e et morte a Varsovie en
1822, 6tait filleule du grand-due Constantin,vice-roi de
Pologne et frere de I'erapereur de Russie, Alexandre !«>*.
Mon pere avait en outre, de son premier mariage, un
ills nomme Claude- Daniel.
Mon pfere et ma mfere tenaient a Milan une institu*
tion de jeunes gens. Mon pfere y donnait lui-m^me des
lemons. Afin de faciliter les etudes de ses elfeves, il
inventa un m^canisme uranographique qui attira, des
1812, Tattention du prince Eugene, alors vice-roi
d'ltalie, et de tous les savants de ce pays; ils en firent
au ministre de Finterieur un rapport si favorable
qu'ordre fut donn6 de placer ce mecanisme dans les
institutions publiques. Le grand succes qu'il obtint
d6cida mon pfere a retourner en France. II mit ce projet
a execution apr^s la naissance de mon frire T6l6ma-
quej en 181&*
CHAPITRE PREMIER." — ABRltofi DE MA VIE.
Nous arrivdmes ^ Paris k la finde celte m^me aiin6e,
et mon p^ie fut pr6sent6 k Louis XVIII le 17 Janvier
1816. II donna au roi, ainsi qu'i la famille royale, un.
cours d'astronomie dont le r^sultat fut aussi satisfaisant
que celui obtenu k Milan. Louis XVIII ayant beaucoup
adinir6 le m^canisme uranographique, mit son nom
en t^te d'une souscription ouverle pour sa propaga-
tion. Le ministre de Tint^rieur en ordonna le placement
au Conservatoire i Les institutions publiques et particu-
liferes en furent pourvues.
Aprfes avoir donn6 des stances dans plusieurs
soci6t6s savantes et k Tlnstitut, mon pfere partit pour la
Russie, fit le tour de TEurope, et nous revinmes nous
fixer k Paris en 1823.
Ma mfere n'ayant plus voulu quitter cette ville, o6
elle avait ^t^ fort bien accueillie par la famille Rouy,
mon p6re s'y Mablit. II donna des lemons et des cours
d'astronomie. Sa position scientifique le mettait en rap-
port avec les savants, les litterateurs, les artistes, qui
se donnaient rendez-vous chez lui* Ses stances 6taient
suivies par les plus hautes sommit^s sociales* J'ai eu
I'honneur de voir a la maison M™** la duchesse de Berry,
le roi Jerdme, les ambassadeurs de Portugal, etc. Je
leur sri et6 pr6seni6e, ainsi qu'i tous ceux qui voulaient
bien s'occuper d^ji de mon petit mdrite.
Elev6e par mon pfere et par ma mfere, que je n'ai
jamais quitt6s, j'ai eu le bonheur de r6pondre k leurs
bons soins par des progrfes rapides. J'ai pu ^tre re^ue
r
I.
N. ,
MEMOIRES d'UNE ALl^NJ&E.
el6ve titulaire au Conservatoire de musique le jour
m^me de ma dixifeme annee, 14 avril 1824; donner des
lemons k mon frere Tel6maque. et k ma soeur Doroth6e
^ douze ans ; 6tre plac6e comme institutrice k seize ans,
apres la mort de .ma bonne m^re, qui a succombe, le
6 octobre 1830, k une longue et douloureuse maladie.
Apr^s 6tre reside trois ans a Blois chez M"*' de
Galard de Zaleu, deux ans k Londres chez lady Billon,
mon pfere, qui avail repris ses voyages, ayanl voulu se
reposer, je suis revenue prfes de lui en 1836, et gr^ce a
la bienveillance de chacun, je me suis cr^^ une situation
fort honorable, comme pianiste et comme professeur.
Je menais une vie trfes-active.et trfes-fatigante, ayant
k tenir ma maison comme j'avais 6t6 6lev6e k le faire
et comme cela convenait k mon p^re, qui aimait la vie
large et ais6e. L'appartement dtait en mon nom et a
ma charge. Le loyer dtait de 800 fr., prix trfes-61ev6
alors. Mon pfere me donnait 70 fr. par mois pour sa
pension, tout compris.
R^veillee d6s six heures du matin, j'allais embrasser
mon pere dans son lit, et je partais, par tous les temps,
pour donner des legons jusqu'a I'heure du diner, seul
moment ou nous nous retrouvions, seul repas que nous
faisions ensemble et ou nous pouvions un peu caiiser.
II ne sortait jamais le soir que quand il m'accom-
pagnait dans le monde ; il n'avait done pas la ressource
du caf6, ni m^me ceile des journaux, sa vue affaiblie
nelui permettant pas la lecture.
'.,
CHAPITRE PREMIER. — ABRIDGE: DE MA VIE.
II allait se coucher k liuit heures ; je me mettais au
piano jusqu'a minuit, pour recommencer mon rude
travail le lendemain.
Cette vie 6tdit bien triste pour ce pauvre vieillard,
qui, au moment oil le repos et la vie d'interieur sont le
plus n^cessaires, 6tait abandonn^ k lui-m^me tout le
jour et n'avait plus, au coin de son feu, cette douce Qt
charmante compagne qui avait part^6 sa vie et ses
travaux, 6iev6 ses enfants, et faisait tons le^ soirs avee
lui sa chfere partie d' tehees. Je cherchais tous les
moyens de lui cr6er une occupation qui pAt le dis-
traire; maisrien ne pouvait combler ce vide cruel, et sa
vie, toujours si active autrefois, lui paraissait d'autant
plus monotone qu'il ne savait plus a quoi I'employer. 11
modela le Panth^oni le tombeau d'H^loise et d'Abei-
lard, et lies fit couler en bronze, ainsi que diff^rents
auires objets; mais cela devenait ruineux, et il y
renon^a.
Le dimanche, je lui appartenais. II enjouissait;
j'etais k lui seul toute la journ^e. II me menait pro-
mener ou me conduisait fiferement dans un concert ma-
tinal ou je faisais ma partie, ou il m'entendait applaudir
avec bonheur, et m'embrassait, sans c6r6monie, devant
tout le monde, quand mon succ^s 6tait complet. Je
travaillais pour lui plaire, et j'aurais pass6 ma nuit en-
lifere an piano si, sortant de son lit k minuit, il
n'^tait venu r^guli^rement m'avertir qu'il 6tait temps
de laisser dormir les voisins et de dormir moi-mtoe.
6 MfiMOIRES D'UNE AUIBNISe.
Bientot le pauvre cher p6re ne put plus m'accom-
pagner le soir; la lumifere faisait enfler ses yeux. Je
voulus renoncer au monde ; il n^ le voulut pas et antra
k Sainte-P6rine, esp6rant trouver, dans une maisori
consacree k la vieillesse, un amateur et un ^chiquier.
Ne pouvant rester seule dans cet appartement ou
j'avais eu le bonheur de vivre prfes de lui, et qui etait
devenu trop grand pour moi, j'y donnai une soiree
d'adieu ou je r^unis la famille et le$ personnes qui
avaient la bonle de me porter inl6rM. Celle dont la
bienveillance etait la plus active 6tait alors M°»« Domi-
nique Andr^, de si respect^e m6moire. Sitot qu'elle sut
que je voulais avoir un peu de musique chez moi, elle
m'envoya des lampes, des rafraichissements et son bon
vieux domestique BaptistCy pour veiller au service et k
r^clairage. Elle m'amena quatorze personnes, parmi
lesquelles se trouvait son aimable amie, M"^® la baronne
de Neufflise, et m'en aurait amene davantage si mes
modestes murs ne s'y etaient pas opposes. Elle fut, du
reste, enchantee de sa soir6e, ou M. et M"e Ponchard,
MM. Mallarl, violoniste; Prunnier, liarpiste; Wartel, de
rOpera; Henri, de rOp6ra-Comique ; MM. Jacques et
Henri Herz,' rivalisfereht d'entrain et de talent, ou un
public d'^lite ne cessa d'applaudir, ou les rois de, la
publicity se pressaient et, comme disait gaiment Th6o-
phile Gauthier, quis'y etait trouv6 6cras6 dans un coin,
« ou ils avaient la ressource de se perchelr sur un pied
pour reposer Tautre, »
I
CHAPITRE TBEMIER. — ABR^g6 »E MA VIE. /7
nil ■■■■■■<. — ■■■ m 1^ II..— 1^.. .^ .^ »■■■■■ ■^■■ii»» M ipM^i M.^— ■■■■■■■ ■ I ^ ■ 1 ■ w ■■ ■!! ■" III
Quand M™e Dominique Andre apprit que je souffrais
de la poitri^e et voulais changer d'air, elle chercha k
m'emmeher a Tours, ou la tr^s-charmante M™« Blanche
Andr6, femme de M. Louis Andr6, le propri^taire de
la mianufacture de Foecy^ passait T^t^ avec ses beau}^
enfants. Elle fut trfes-f4ch6e de me voir me decider
pour le midi, ou j'allai passer six mois dans la famille
Benoit d'Azy. Mais M«»o la comtesse Benoit d'Azy, qui
m'enlevait k elle, eul la gracieuset6 de relarder soij
depart de quelques jours, pour que je pusse jouer aii
concert de M"« A..., jeune artiste que M"« Dominique
Andr^ prot^geait et avait amende a ma soiree.
Gette dame, dont la bienveillance 6tait extreme,
sachant combien j'aimais ma scBur et me preoccupais
de son avenir, la plaQa-comme institutrice chez son
neveu, M. Paul Bontoux, habitai^t un chateau pr6s de
Paris. Mais ma soeur n'y put rester, et j'en 6prouvai
tant de chagrin que je n'osai plus retourner chez
M™o Dominique.
Je rencontrai un jour le bon vieux Baptiste, qui me
temoigna sa surprise de ne plus me voir chez sa mai*-
tresse.
<c Madame parle souvent de vous, me dit-il ; elle
vous portait et vous porte encore tant d'int^rM! » Je fus
sur le point de le suivre, tant I'^lan fut vif. Un senti-
ment de d^licatesse me retint. Pli^sieurs ann^es s'6taient
ecoulees, et j'etais alors en froid avec mon fr6re, a qui
j'avais dii la connaissance de la famille Andr6. II elait
-V
8 MflMOIRES d'uNE ALIENEE. '
en relations d'affaires avec M. Louis ; il eut fallu parler
de nos diff^rends, et c'etait un sujet trop p^nible. Je me
privai done de revoir une femme qui ^tait la bont6
descendue sur la terre.
Puisque ma plume a parl6 comme mon coeur, je
laisse ces pages telles qu'elles me sont 6chapp6es, afin
que ma reconnaissance pour celle dont la m6moire est
b6nie par tons ceux qui ont eu le bonheur de Tappro-
dier puisse arriver jusqu'i ses petits-enfants, qui ne
savent m^me pas mon nom.
Pendant que j'6tais beureuse dans Faimable famille
Benoit d'Azy, ou je serais bien reside des ann^es si ma
triste destin^e n'en avait pas brdonn6 autrement, je
recevais lettres sur lettres de ma belle-soeur D^siree,
pressant mon retour a Paris k cause de ma soeur
Dachinka (Dorothee).
En sortant de chez M°»® Paul Bontoux, elle 6tait entr6e,
comme professeur de piano a demeure, chez M^^^ Du-
may, son ancienne maitresse de pension, dont la belle
institution avait 6t6 transf^r^e rue de Vaugirard. Ma
tante fitienne, veuve du frfere de mon p^re, et mSre de
ma belle-soeur D6sir6e, envoyait sa bonne tons les
dimanches chercher Dachinka pour passer la joum^e
en famille. Enfant gatee par tous, habitude k faire
toutes ses volont^s, nerveuse et irritable a Texc^s, elle
donnait beaucoup de souci a ma tante. — « Toi seule,
m'6crivait ma belle-soeur, peux venir a bout de cette
jeune fille. » — Je revins done en toute h^te k Paris, et
/
CHAPITRE PREMIER. — ^BI^^GE DE MA VIE.
bienf&t raa soeur, ayant perdu sa pension, s'installa
chez moi. Elle y fut k ma charge jusqji'au moment ou,
ayant suffisamment d'^lfeves, elle put me donner une
petite inderonite de 50 fr. par mois. \
J'airaais beaucoup ma soeur, k qui j'avais donn6 s'es
premieres legons et dent j'avais perfeclionn^ le talent
surle pianb; cependant, j'avoue franchement que je
fus trfes-heureuse,plusieurs manages que j'avais esp^r^s
pour elle ayant manqud, quand, m'etant trouv^e malade
de fatigue et obligee de garder la chambre, elle me
quitta provisoirement pour prendre un petit pied-a-terre
a la campagne, afin, disait-elle, — « de respirer un air
plus pur. }»
Je profitai de cet abandon ^our I'amener k trouver
qu'elle ferait mieux de rester tout a fait chez elle,
parce qu'elle serait libre de se conduire k son id^e^
et j'obtins de mon p^re, avec une peine iniinie, de lui
meubler une chambffe' k coucher, lui faisant compren-
dre que cela vaudrait beaucoup mieux pour tout le
monde.
Ma soeur Dachinka ^tait une tres-jolie petite brune,
blanche et rose, vive, spirituelle, instruite, ^crivant et
jouant fort bien du piano; elle avait remport6 tous les
premiers prix de sa pension. D'une nature ardente,
violent^, faisant de grandes scfenes fr6quentes, ayant
besoin de mouvement, aimant a se mettre en Evidence,
a danser, k aller k cheval, elle ne regardait ni ^.la qua-
lit6 du partner ni k celle de sa monture : le premier
4.
I
^ QiAPITRE PI^MIER. — ABREGK DK MA VIE. Id
■ ■ ' I ■ I ' ■ ■_ ■■ . .^ * >■ II ■ I ■ ■ I I II ■
' ' ' . ' I
raison s'etait' m^rie, et j'^tais vieille. de pens6e, Je
me trouvais heurcuse de ctette affection fraternelle en
laquelle j'avais une grande confiance, estimant et res*
pectant beaucoup mon fr^re, ainsi que ma beJle-soeur,
avec laquelle j'entretenais une correspondance r^gu-
]i6re quand nous nous trouvions ^loign^es I'tme de
I'autre. Pendant un assez long sejour qu'ils ont fait a
Limoges, mon fr^re ^tant venu k Paris^ a logd chez
moi avec son fils Jean qui, d^s lors^ trouvait sa petite
tanfe Dachinka charmante. Quand il fut question de
•mariage, tout changea autour de moi : on me fit mys-
t6re des pr6paratifs ; I'acte civil fut accompli le 15 no-
vembre 1845, presque clandestinement, et je ne sus,
moi-m^me, cette union faite, que lorsque je fus invitee
a la calibration du mariage k P^glise, effectu^ quelque
temps apr^s.
A cette occasion, j'entendi? parler vaguement de
bigami^, de faux, de formalit^s a ^viter^ Mais quand je
voulais en savoir plus long, on me r^pondait que leg
choses etaient toutes personnelles, qu'on avait fait pour
ma soeur une reconnaissance d'enfant naturel, afin
d'6yiter des dispenses, et qu'il ne fallait rien dire.
Je dois avouer ici qu'61ev6e loin des chicanes judi-
ciaires, n'ayant jamais entendu soulever la question de
notre 4tat civil, voyant Tunion parfaite qui regnait
entre la premiere famille de mon pfere et notre mfere,
je croyais tout r^gulier autour de nous. J'6tais d'autant
plus ignoratite de toutes choses sur ce point, que j'avais
» *
GHAPITRE PREMIER. — ABRfifife DE MA VIE.
13
meme confiance, m'ont octroye, sur la simple parole
d'un homme,-qu'ils ne connaissaient pas plus qu'ils ne
me connaissaient, le nom et T^tat ci\il de fantaisie
qu'ils ont enregistr^s, sans aucune pjfece k Tappui.
Depuis le moment de ce mariage, mon pfere baissa
rapidement^ ayant eu une attaqne de paralysie. Sa;
fin fut acc^l^r^e par une circonstance que Je vais rap-
porter.
II avait, 3iy rtie de Fontarabie, a Charonne, pr^s du
Pfefe-Lachaise, une maison assez belle dont il 6tait de-
venu proprielaire malgr6 lui, parce qu'il avait dessus
une premiere hypothfeque. Cette maison, qui entre des
mains fermes et habiles aurait pu rapporter beaucoup,
ne faiaait que lui engendrer des ennuis et des tracas-
series qui le minaient. On I'avait lou^ pendant un cer-
tain temps, par petits logements, k des ouvriers. Elle
•
rapportait ainsi de 3,000 k 3,600 fr. Mais les rentr^es
se faisaient fort mal, mon pfere 6tant trop dg6 pour s'en
occuper activement. II prit un homme d'affaires ; cela
coutait cher et n'allait pas mieux. II voulut m'en char-
ger : outre que c'etait pour moi un surcroit de fatigue,
je ne pus arriver a rien ; ces gens pleuraient, en appe-
laient k ma compassion, et la rigueur me devenait im-
possible. On fit maison nette, et on loua k deux fabri-
cants. lie plus important fit faillite... G'^tait k d^cou-
rager le plus intrepid e.
Mon p6re avait soixante-dix-sept ans. II s'6tait plac6
k Sainte-P^rine viag^rement, en donnant une somme
^ ,
\
♦ ^
i4 MIilMOIRES D'UNE ALIENEE.
II II I IW 1^1 II I H">^B I II' - - J I IIMI.<», j ■ ■ W^— — ^ IMP— W^H ■ ^i^^^W^^i^l^
de 12,000 ou 15,000 fr» Mais il fallait, en outre, caf6,
service, tabac, ^clairage^ chauffage, blanchissage, e^^tre-
lien, menus frais, argent de poche, ce qui faisait mon-
ter la pension assez haut; et n'ayant presque pas d'ar-
gent devant lui, il se tourmentait beaucoup. Je priai
done mon fr^re de vouloir bien prendre la directipn de
la maison, de m'6ter cetle besogne^ k la hauteur de la-
quelle je ne me sentais pas du lout, et d' assurer a mon
pfere un revenu fixe qui lui rait I'esprit ett repos* II y
consentit, et mon p6re se trouva immddiatement mieux,
a ma grande joie.
En Thonneur de cette prise d'autorite de mon fr6re,
il fut convenu que le diner de famille, qui se donnait
ordinairement chez moi le jour de la Saint-Charles, —
car mon pauvre p^re ne se regardait chez lui que quand
il etait chez moi , — se donnerait chez Claude-Daniel.
Je fus exacte au rendez-vous g6n6ral. Mon fjrbre avait
gard6 rhabitude militaire d'Mre a Theure ; on le savait,
et on s'arrangeait de mani^re k ne pas le faireattendre.
Une heure s'^tait ^coulee ; sept heures sonnaient, et
mon pfere n'6tait pas arriv6. Je commengais k ^Ire in-
quire.
« II ne viendra peut-6tre pas, me dit Claude-Daniel .
— Comment cela ? — C'est que je lui ai ^crit de ne
plus -compter sur moi pour ses affaires. — Qu'est-ce
que cela veut dire? dis-je stup6faite. — Dachinka m'a
dit que tu aurais des soup^ons sur ce que je ferais, et
j'ai pr^f^r^ couper court k cela. ]»
CHAPITRE. PREMIER. — ABRl^GK DE MA VIE. 15
Je me levai d6sesp6r6e. « Vous avez tue mon pfere! /
m'^criai-je en cdurant prendre mon chapeau. Est-il pos-
sible qu'un homme de coeur, qu'un homme sens6 agisse
ainsi? Si je n'avais pas eu toute confiance en vous, si je
n'avais pas voulu tranquilliser mon bien-aim6 pfere,
vous aurais-je pri6 de vous occuper de lui? Ne m^en
serais-je pas occup^e seule? C'est indigne! — Aussi
je m'en suis 6tonn6. — Et pourquoi avez- vous ecrit a
mon p6re sans m'en parler d'abord ? — Parce que j'ai *
agi sous la premiere impression ; ce n'-est qu'apres que
j'ai r6Q6chi. Ou vas-lu? — Je vais le chercher, lui dire
que vo«8 avez agi stupidement, que vous le regrettez,
que vous tenez vos engagements ou rester avec lui,
car il ne pent pas passer sa f^te seul au monde ! »
Je pris une voiture ; je promis bon pourboire si on
allait vite. J'arrivai aSainteTP^rine... Personne I Je re-
vin« chez mon fr^re... Personne! Oh! mon pfere !
Je redescendis ; je retournai a Sain te- Purine... Per-
sonne !! Que faire? que devenir?... Je ne suis pas
devenue folle ! Non ! je suis restee li, attendant, esp6-
rant... Puis j'ai couru chez moi, ayant Tidee que le
pauvre afflig6 devait avoir recouru a moi; a moi, sa
fille; k moi, gu'il savait Taimer!... Personne n'etait
venu ! Je suis revenue a Sainte-P6rine, ou les concierges
me permirent d'attendre chez eux.
A dix heures et demie, il est rentre, bris6, extenu6 ;
il avait faim!... II avait recu un coup; sa lete avait
loum6. II avait pourtant voulu nous voir ; il s'^tait perdu,
16 HEMOIRES D'UNE ALIENKK.
•
et on avait ete oblige de le remettre sur Je chemin de
Sainte-P6rine. J'ai soup6 avec lui ; je lui ai remis de
Tespoir au cceur ; je Tai bien embrass6, caresse, cou-
cbe; puis, a minuit, j'ai remerci6 les braves gens qui
avaient bien voulu me permettre d'attendre dans leur
loge, et ne s'etaient pas couches avant que j'eusse calm6
leur pensionnaire. J'ai quitte seule ce quartier isole
et dangereux ; je.me suis dirigee chez moi, pr5s la bar-
riere des Martyrs.
Le coup 6tait port6. Rien ne Fa pu sauver* II est
tomb^en enfance; ilcroyaitqu'on voalait le voler^l'em-
poisonner. II se perdait sans cesse quand il sortait, et
me disait que les souvenirs de son jeune Hge Tobs^-
daient. Bient6t il garda le lit, refusa de recevoir aucune
nourriture que de ma main; puis me dit qu'on Irom-
pait ma surveillance, qu'on empoisonnait k mon insu
ce que je lui ofFrais, etfinit par tout jeter par la tenetre
et par s'enfermer.
Le jour de Tan 1848, jour de sa naissance, il avait
s6ixante-dix-huit ans. Je vins le voir un peu tard,
comptant rester jusqu'au soir.
II avait sur son lit des oranges. « Tiens, me dit-il,
prends-les, ma fiUe ; je n'ai pas autre chose k te donner,
main tenant qu'ils m'ont tout pris. y> J'eusbeau refuser,
lui donner celles que je lui apportais moi-mdme; il
me for^a h les emporter et ne voulut gouter qu'aux
miennes.
Ce fut presque son dernier jour de lucidit6.
\
CHAPlTREl PREMI6R. — A6RKGE DE MA VIE. 17
/
Mon frfere ayant 6t6 averti par le directeur de Sainte-
Perine qu'on ne pouvait pas le garder, voulut bien se
charger de Irouver une maison de sant6 et s'occuper
des demarches k faire pour le placer, ainsi que pour
obtenir de i'assistance publique de la Seine le revenu
de [a somrae assur^e viagferement a Sainte-Perine. II
vint me chercher de bon matin avec ma belle-soeur,
car mon pere ne voulait voir personne, et ils n'osaient
forcer sa porte sans que je fusse 1^. En effet, il sauta
i has de son lit et demanda pourquoi on entrait chez
lui. D6s qu'on lui eut dit que c'6tait parce que sa fille
voulait le voir : < Laquelle ? — Hersilie. — Ou est-elle?
OU est-elle ? »
II se plaignit k moi de cette violence. Malgr^ tous
mes efforts, je ne pus lui persuader qu'il fallait quitter
sa chambre pour m'accompagner ailleurs.
Je fas obligee de me retirer dans une autre piece
avec mon frfere et mSi belle soeur, tandis qu'on Ventrai-
nait de force*
Nous suivimes, dans une seconde voiture, celle qui
I'emportait entre quatre gardiens, et nous arrivdmes
avec lui k la^ maison de sant6 de M""** Reboul-Riche-
braque, rue Picpus.
II y fut install^ dans une bellp chambre, claire, gaie
et tranquille.
Nous allames, ma belle -soeur et moi, le voir le sur-
lendemain. II nous regarda en silence, semblant ne pas
nous reconnaitre. II nous en voulait sans doute.
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1
18 MEMOIRES B'UNE ALIENEE.
' i ■-' . ■ I ■ « ii I I I I . Ill 1. 1. «■ 1 i ... . ■ I .
La visite suivante fut pareille. D6sir6e alors d6clara
que, puisqu'il ne reconnaissait plus personne et qu'il
6tait bien, il 6tait inutile de venir plus de deux fois par
mois, et m'engagea a la prendre lous les quinze jours,
afin de lui faire visite ensemble. M. ie docteur Rotta,
m^decin de T^tablissement et associ6 de M^® Reboul-
Richebraque', nous avait afecompagn^es. II nous dit qu'il
y avait de Targent et des papiers dans le coffre-pupitre,
et qu'il ne fallait pas laisser de tentatipn au service.
Ma belle-soeur. visita ce pupitre, y trouva un livret de
la caisse d'6pargnf , difF6renls papiers et le testament
de mon p^re. Elle emporta le tout chez elle ; on donna
un tour de cl6 au pupitre qu'on laissa li, apr^s s'dtre
assure qu'il ne contenait plus rien de precieux.
Je ne pus rester quinze jours sans revoir men pfere.
J'y arrivai done peu aprfes ; on me dit k la porte qu'il
n'y avait personne dans la maison portant le nom de
Rouy. Jedemandai k parleraM'^^ileboul-Richebraque,
qui parut fort embarrass^e par ma presence. Elle m'ex-
pliqua que mon frere, ne desirant pas, a cause de sa
position, qu'on sut son p^re dans une maison de sant6,
tout en I'ayant fait regulierement enregistre^f sous le
nom de Rouy, avait dit de ne lui donner. que celui de
Daniel dans le service et a la poste, et avait d6fendu de
le laisser voir a qui que ce fut, sinon accompagn^ de
lui.ou de Tun des siens; qu'elle ne voulait pas prendre
sur elle d'enfreindre ces ordres, parce que mon p^re
pourrait me faire du mal... Je la rassurai sur ce point.
s
/
CHAPITRE PREMIER. — ABBEGE DE MA VfE. 19
■ ■! I ^t ■ ■■ ■ I ■ I I i ■ I ■ ■ ■ n ■■ ■ ■ ■ ■ ■ _
Je n'avais pas peur de mon pfere^ et je d6clarai que
je wulais le voir deux ou trois fois par semaine. Elle
comprit qu'il 6tait inutile de register et me conduisit
pies de lui. 11 6tait tristement assis devant le feu, qui
etait garanti par un grillage ferme a cie. D^s qu'il me
vit'seule, il fit un mouvement, regarda autour de lui,
puis me deraanda comment j'avais fait pour m'6chap-
per et venir le voir sans 6lre surveill^e. Ceci m'etonna.
II me paria longtemps et avec toute sa raison, me dit
qu'il etait parmi des fous qui ne disaient rien de juste,
s'informa de ma sante, de mes affaires, de tout le
monde, et me d6clara qu'il ne me parlerait jamais
quand je ne serais pas seule. L'effet de me voir 1^,
t^te-a-tete, avait eu ce resultat, qui, malheureusement,
^ ne se soutint pas. Chaque fois que je vins seule, il fut
content, et il continua de me parler plus ou moins rai-
sonnablement.
Peu de jours aprfes, je revins avec ma belle-soeur.
Le docteur, averti, vint nous trouver, et nous faisant
passer par le jardin du quartier, dit, en montrant un
jeune homme qui s'y promenait, quHl etait dangereux
pour moi de vehir voir mon pere^ parce qu'en traver-
sant le jardin je risquais d'Mre embrass6e par cet hyst6-
rique, qui pourrait se jeter sur moi. « Eh bien I j'aime
encore mieux etre embrassee par un fou que de ne pas
voir mon pfere, » dis-je resolument. Mais il devint
gdteiuc^ et on dut le placer ailleurs. M""^ Reboul-Riche-
braque me conduisit elle-mdme dans sa cellule et lui
1 ,
20 MEMOIRES D'UNE ALIENEE.
ainnonga sa fille. « Laquelle ? — Hersilie. — Ah ! ma
chere enfant, sauve-moi! Regarde, j'ai mon bonnet sur
les yeux, et je ne puis le lever ; la fen^tre 'en tabatifere
qui est au-dessus de mon lit m'aveugle, m'envoie du
vent. On me fait descendre les pieds nus sur la pierre,
sans tapis, et on me pousse si j'hesite... » M"*^ Reboul-
Richebraque 6tait confondue ; elle le croyait idiot. Per-
sonne ne voulait me croire quand je disais ^Viiparlalt
raisonnablement ! Puis elle ajouta qu'il 6tait mechant^
qu'il ne se plaignait que parce qu'il savait me faire de
la peine et qu'il m'entendait pleurer, car le pauvre
cher homme ne pouvait m^ voir, ayant son bonnet ra-
battu sur ses yeux, comme un condamne a la pendai-
son. « M6chant ! » Mais tout ce qu'il disait 6tait vrai !
Je le voyais bien, et j'en 6tais au d6sespoir. J'allai di-
rectement chez mon frfere lui conter cette douleup. Au
lieu d'y compatir, mon frfere fut formalist et me signifia
que, si je n'^tais pas contente, « il placerait son pfere
k Bic^tre, ceux qui 6taient enfermes dans les maisons
de rfitat n'en sorlant plus, ne pouvant pas ^tre vus, et
^tant punis lorsqu'ils se plaignaient ; que, d'autre part,
c'6tait bien moins cher. »
Jamais je n'avais eu la moindre discussion avec mon
fr^re. Cependant, k ce discours, je ne pus m'emp^cher
de bondir. cc Mon p^re a BicMre ! k Bic^tre ! Avez-
vous bien os^ dire cela, alors qu'il a de quoi payer sa
pension avec son propre argent, sans rien demander a
personne ? Qui a done ici le droit d'6conomiser son
N.>
CUAPITRE PREMIER. — ABUEGE DE MA VIE. 21
avoir? II doit, avant tout, servir k son bien-^tre. Mon
pauvre pere ! vous n'avez que moi pour vous aimer ;
mais tant que je vivrai je saurai vous* aimer et vous
defendre I »' Puis je fondis en larmes.
Cette altercation augmenta le froid qui existait entre
nous depuis le mariage de ma soeur.
Mon p^re mourut le 20 octobre suivant. Je I'avais vu
bien faible le 16. Le 19, mon fr^re me fit dire de venir
le prendre avec une voiture k son bureau, ou il m'at-
tendait avec son ills Jean, et nous alldmes ensemble k
la maison de sante. Mon pauvre p^re 6tait couche et au
plus mal.
D ne pouvait plus parler ; sa t^te dtait enfl^e ; les
mouches le d6voraient. D6s qu'il entendit ma voiit,
ses yeux, qui seuls avaient encore lent* mouvement,
me chercbferent jusqu'^ ce que, m'etant plac6e en face
de lui, il les fixa sur moi et commen^a une de ces
conversations muettes qui laissent. un souvenir inefFa-
yable. Je lui parlais ; il me r^pondait en ouvrant et fer-
mant les yeux. Je vpulus chasser les mouches ; il prit
mes mains dans les siennes,.les serra, me regardant le
plusqu'il pouvait... Mon frfere et son fils voulureni
aussi lui prendre la main ; il Ucba les miennes et se
mit k frapper les autres mains qui s'avangaient. Le
raedecin intervint et nous fit tons sortir, en disant qu'ijl
etait surexcit^ et qu'il fallait le laisser mourir en paix.
Jetombai k genoux... On m'entraina; je n'avais plus
lie pens6e. Mais, au moment de partir, je me souvins de
22
MEMOIRE§ D UNE ALIENEE.
cette main qui avail press6 la mienne, et je demandai
a mon frere de me donner Vanneau (Tor que mon
p9*e avait a son doigt, comme souvenir de son dernier
moment. II me le promit devant le medecin.
Ma soeur et ma belle-steur n'avaient pas pu venir
lui dire adieu ; elles etaient « trop sensibles » pour
cela.
Le lendemain matin, je vins avec ma femme de ma-
nage revoir une dernifere fois celui que je ne devai& plus
retro|iver que dans mon coeur. II ^tait mort !... Mort
seul, sans enfant prfes de lui, entre les mains d'un ser-
vice stranger, et on m'avait refus6 le bonheur de re3ter
dans un coin jusqu'a son dernier souffle ! Ma mfere avait
6te soignee par moi-m^me ; je Tavais vue k I'heure su-
preme, embrassee chaude encore... II 6tait la, froid,
insensible, lui dont le regard avait su trouver un signe
pour me parler, quoique perdu d' esprit I
Quel d^sespoir, quel remords pour ma vie enftifere ce_
serait, si j'avais pu le garder chez moi et que j'aie k me
reprocher de I'avoir livre vblontairement k cet abandon !
Je Tembrassai doucement; j 'avals peur de le troubler.
M. le docleur Rotta m'ofl'rit de me donner Fanneaii
qu'il avait encore au doigt ; mais j'aurais regards comme
une profanation de le deranger pour moi dans son repos.
Je priai done le docteur d'etre assez bon pour le prendre
quand on I'ensevelirait et le donner a mon fr^re, qui
le remettrait entre mes mains a notre premiere entrevue.
M. le docteur Rotta me dit que ma soeur 6tait venue
' 1 .
/
CHAPITRE 'premier. — ABRIEGE DE MA .VIE. 23
avant moi et avail fait une sc6ne de d6ses^oir ter-
rible.
Les grandes douleurs ne font pas de bruit et aiment
I'isolement. Je I'entrai chez moi. A»u bout de huit jours,
men fr^re m'invita a dineic- Je me rendis a cette invita-
tion le desespoir dans i'ame. Je fondis en larmes en
les voyant, puis je tendis la main vers mon frfere.
« L'anneau, lui dis-je. — L'anneau? Je I'ai fait couper,
parce qu'il 6tait trop grand, et je I'ai donne a ta soeur.
— A ma soeur ! » rep6tai-je avec stupidite, ^
Ge coup m'avait hebetee. Je ne comprenais pas.
Cet anneau d'or, simple, sans aucune valeur, ne
ponvait Mre qu'un souvenir; s'il n'avait pas frapp6 mes
yeux, on Taurait enterr6 avec mon pfere. Mon frfere me
ravait promisA son lit de morf, et monfrfere le donnait
a sa bru, qui n'avait pas m6me 6te voir son p6re I
Je ne comprenais pas ! nbn ! Mais mes yeu3c s'6taient
s§ch68 ; quelque chose s'^tait bris6 en moi. Je n'avais
plus rien a dire, rien k faire la. Je n'ai m^me pas pro-
tests. Avais-je besoin Unn anneau d'ovy pour penser a
celui qui m'avait 61ev6e, aim6e, prot6g6e?.J'avais son
amour ; I'autre pouvait avoir son anneau !
A. la fin du diner^ ou je ne pus manger, on le com-
prendra, mon frfere alia chercher le testament de mon
pere qu'il avail chez lui depuis le mois de fevrier. II
rouvrit, nous le lut lui-meme. Voici ce que j'en ai
retenu : « Aprfes s'6tre mis en presence de Dieu et
avoir d6clar6 qu'il etait dans toute la possession de ses
.1 '' ~
24 MEMOIRES D'UNE ALIEiNEE.
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facult^s intelleduelles, il partageait ce qu'il possedait
en trois parts egales entre ses trois enfantsl II leguait
son mecanisme uranographique a son fils ain^, Claude-
Daniel, d la condition expresse quHl nous servirait
, de pere, k ma scBur et k moi... »
II parait que ce testament a*- et6 fait avant le ma-
nage de ma sceur, car il n'y est pas question de son
mari.
Apres I'avoir lu, mon frfere a demand^ a son fils
Jean, qui comme mari de ma soeur la repr^sentait, et
k moi, si nous voulions nous occuper de la liquidation,
avoir chacun notre notaire ou lui laisser tout pouvoir
d'arranger les choses pour le mieux. Nous avons tous
deux repondii en le priant de s'en charger, et en le
remerciant de youloir bien Mre assez bon pour nous
eviter ces ennuis. II a alors repli6 le testament. Fa
^ remis dans son enveloppe, s'est lev6 pour aller Ten-
fermer. Je Tai pri^ de me le laisser voir. II m'a re-
fusee net. . . .
Je Tai regard«§ en silence, profond^ment.... Puis je
me suis levee tranquillement; j'ai pris mon chapeau,
mon chale; je leur ai dit adieu. Je n'y suis plus
retourn^e.
Quand toutes les affaires furent regimes, mon frere
m'envoya, par un tiers, la somme de 1,500 et quelques
, francs pour ma part de succession, avec un compte
enorme que je n'ai m^me pas regard^. J'ai donn6 regu
sans faire- une observation, bien que je fusse un peu
GHAPlTRE PREMIER. — ABRtot DE MA VIE.
25
etonn^e de ce qu'il ne me Vevenait que cela, la maison
de la rue de Fontarabie ayant et6 vendue, et aussi de
ce que mon frfere avait gard6, sur ma part, 400 fr.
pour couvrir les frais du mariage de son fils avec ma
soeur.
Que m'imporlait un peu d' argent, dans F^fat d'esprit
ou je me trouvais? 4'dtais bien pauvre; mais j'avais
tant de ressources en moi-m^me, il m'6tait si facile de
me placer, je m'etais trouv^e si bien partout ou j'avais
et6, que plut6t que d'avoir une discussion dMnt^r^ts, plu-
t6t que d'avoir une seconde iourn^e comme celle du
testament, j'aurais mieux aim6 perdre tout Tor du
monde. Ceux que j'aimais m'avaient frapp6e dans
ma foi en eux. Tout 6tait fini entre nous !
Depuis ce moment, nous n'avons plus eu aucun rap-
port ensemble. Gependant, chaque fois que je donnais
un concert, jeleur envoyaisdes billets k tous. Ma soeur
et son niari y venaient r6guli6rement. lis avaient m^me
d'assez fr^quentes nouvelles de ce qui se passait chez
moi, J'ai su plus tard qu'ils trouvaient moyen d'avoir de
leurs connaissances parmi mes habitues et se mon-
traient fort curieux de ce qui me concernait.
••>
\
/ *
26
•MEMOIRES Y)'UNE ALIENEE.
CHAPITRE II
\
Go qui a pr6c6d6 xnon enl^vem^nt.
II m6 faut a present remonter un peu haut dans
mes souvenirs, pour rendre compte de faits as^ez
bizarres dont Timportance ne me f ut r6v616e que plus
tard.
A mon retour des forges d*Alais, oii j*avais pass6 six
mois dans la famille de M. le vicomte Benoit d*Azy,
buvaht du lait de chfevre et me reposantde mes fatigues,
je fus regue par mes connaissances, par les profes-
seurs du Conservatoire, par M"*^ Orfila, par M"® la
duchesse Decglzes, avefc des compliments et des f61ici^
tations sur mes succfes dans le nord.
Stupefaite,je voulus m'expliquer, prouver par le te-
mojgnage de la famille Benoit d'Azy qu^ j'6tais dans le
midi et que ma presence dans le nord 6tait mat6rielle-
ment impossible, puisque je n'avais pas quitt6 les deux
jeunes fiUes auxquelles je donnais des lecons de
piano.
• On me signifia que M*^ Hersilie Rouy avait eu de
CHAP. II. — GE QUI A PH^CEDE yCTN ENLEVEMENT. 27
t
grands succ^s dans.te nord, que Ja prefese en avait
parle, et qu'on ne comprenait pas pourquoi je niais des
faits aussi honorables que flatteurs.
Sans m'expliquer comment tant de personnes, ne se
connaissanl pas entre elles, pouvaient s^^tre entendues
pour me dire la m^me chose, ni dans quel but, je pris
le parti de me taire et de laisser dire. Des faits ana •
logues se reproduisirent a Paris m^me; je roe trouvai
souvent avoir fait de la musique chez des personnes que
je ne connaissais aucunement.
J'en conclus qu'on prenait pour moi quelque autre
pianiste blonde aux cheveux boucl^s, ou qu'une artiste
prenait mon nom pour donner des concerts et aller dans
le monde.
Cela dura environ dix-huit mois.... puis je n'en en-
tendis plus parler.
J'ai entre les mains le programme d'un concert
donn^ a Caen dans ces conditidns inexplicables.
Vers la fin de 1840, une dame de la plus haute dis-
tinction, aux famous bienveillantes, se pr^senta chez moi
un dimanche matin, un peu avant huit heures, et d6-
manda k me parler en particulier. Elle n'avait pas dit
son nom k ma domestique.
Cette dame s'informa du prix de mes lemons, me parla
d'une place fort lucrative k T^tranger, insista pour me
la faire accepter; et sur mon refus, bas6 sur I'^ge
avancjB de mon pere que je ne voulais pas abandonner,
me dit de r^fl^chir, qu'elle reviendrait; qu'elle m'enga^
28 m£»*oires d'une alienee.
geait k me placer dans une famille, une jeune personne
seule 6tant expos6e, les legons fatigantes, etc.
^ Elle revint ainsi trois fois a peu de distance, tou-
joiirs sans se nommer. Ma sceurDachinka, alors chez
moi, pourrait au besoin en rendre t^moignage.
Comme eUe 6tait invatiablepient virtue de noir et
la figure cach6e par un voile 6pais qu'elle ne levait
jamais, je I'avais surnomm^e la dame noire, ne sachant
comment la designer autrement.
Lors de sa derni^re visite, me voyant tou jours d^-
cid6e k rester pres de mon pfere, elle finit par me dire
queje n'^tais pas en siiret6 en France, qu'on devait
m^enlever, . . . sans me donner aucune autre explication ^
ce qui, je I'avoue, me causa une certaine Amotion.
Elle me quitfa en me promettant de veiller sur moi
autant que cela serait en son pouvoir.
Quelques joursaprfes cette dernifere visite, je regus
celle d'une femme, accompagn^e d'un jeune homme,
venant m'avertirde la part de la dame noire qu'un
credit m'6tait ouvert dans une maison de banque, k
laquelle on avait envoys I'ordre de me donner tout Tar-
gent dont je pourrais avoir besoin. Je refusai ces
offres, et vivement impressionn^e par cette petite aven-
ture, je ne sortis plus qu'accompagn^e par ma domes-
tique. N'entendant plus parler de rien, je finis par ou-
blier ma frayeur.
La dame noire revint en 1843, 1845 et 1848, de la
m6me fagon.
CHAP. II. — GE OUI A PHECKDE MON ENLEVEMENT. 29
En 1849, cette dame (que j'ai su plus tard 6tre la
baronne del Lago) leva son voile et me donna des expli-
cations qui me firent tomprendre, k ma grande stupe-
faction, que le projet de mon enlevement, qu'on avait
mis sur le compte d'un prince riche et amoureux ou
d'un lord quelconque, elait le resultat d'une strange
complication.
Elle me dit que j'avaispour parrain un Pierre, ills de
Pierre, qui, tout en conservant cette denomination cons-
tante, prenait plusieurs noms difF6rents ;
Que le nom le plus gen6ralement adopts par lui etait
celui de J oseph- Pierre Petrucct, ce qui ne Vemp^chait
pas, comme on le voit dans nos actes, d'en prendre
d'autres (Petracchi, Petroman, Petro\vicht),mai8 tou-
jours en conservant Pierre pour en former un nom de
famille, ou r^petant deux fois le nom de Pierre;
Que, comme filleule de Pierre, je me trouvais mei^e k
une affaire de succession ^norme; quepersonne ne
pouvait heriter sans que les conditions du testament
fussent toutes remplies, ce qui 6tait trfes-malheureux
pour moi.
Elle me confia que c'^lait elle qui, sous le nom
d'Hersilie Rouy, avait donn6 des concerts et fait de la
musique en plusieurs endroits, afin d'augmenter ma
reputation et de me tirer de Tobscurite, qui pouvait
m'etre fatale en me laissant oublier, et qui permettrait
de me faire dispara^re a tout jamais.
Elie me mqntra un ecrit, copie, me dit-elle, sur I'au*
a.
30 MKMOIRES D'UNE AUENKE/
-i — , '.^
tographe de rastronbme Charles Rouy, declarant
« que la fille 61ev6e par Charles Johnson, esquire, sous
le nom de Charlotte Johnson, 6tait la fille reconnue
par lui, Charles Rouy, en 1814, sur les registres de
Milan ; que pour qu'elle fut riche, heureuse et h^rit&t de
Charles Johnson, qui n'avait pas d'enfant, il la lui avail
ahandonn^e en toute propri6t6; mais que si Pierre, fils
de Pierre, son parrain, la r^clamait, elle 6tait avant
tout sienne, devait reprendre les noms des actes mi<-
lanais et en subir les consequences, "h
II se trouvait done, d'aprfes cela, que c'^tait le por-
teur de cat 6crit qui ^tait Hersilie, et non pas moi,
bien que j'eusse la possession d'etat; qu'un change-
ment d'enfant avait 6t§ effectu6 afin d'assurer k la fille
de Tastronome une existence heureuse et tranquille, et
la soustraire a Pierre.
Je restai confondue I Ceci m*arrivait au moment oti
M. Claude-Daniel m'^crivait de me declarer enfant
aduUMn,.., od D6sir6e, sa femme, me disaitque je
n'avais pas droit au nom de Rouy.... Et voici que je
n'^tais m^me plus du tout la fille de I'astronome, mais
une inconnue k tons et a moi-m^me, substitute pour
derober la trace d'une autre et tromper.... qui?
La baronne del Lago me tendit la main.et me de-
manda si le courage me manquait devant une adversity
si cruelle. Elle me dit que, bien que la declaration de
Tastronome, ainsi que des Merits de Charles Johnson,
attestassent ce fait, il fallait encore d'autres preuves
^
CHAP. II. — CE Ot'l A PIlliCI^DK MON ENLKVEMENT. 31
pour m'6ter ma personnalit^ ; que la justice seule —
ou le crime — pouvait intervenir dans celte question ;
que m6me cet 6crit, ^lablissant les droits d'Hersilie
a h^riter de Charles Johnson, pouvait m'^tre favorable,
puisque j'avais les litres me coiiferant ce nom el tine
lon^e possession d'etat.
EHe ajouta qu'en admettant que ce Mt elle qui filt
Hersilie, jen'en avais rien a craindre; qu'au contraire
elle venait m'avertir, afin que le coup, qui pouvait
m'etre porle par d'autres, fut^ moins rude et qiie les
mdyens de le parer me fussent fournis; qu'il valait
mieux savoir que d'ig'norer; que si je ne me sentais pas
le courage de lutter sous le nom acquis par la posses-
sion d'6tat, je pouvais partir ; qu'elle se chargeait de
tout, Elle me pr^vlnt que, gr4ce k ce double person-
nage, grace a des choses que je saurds plus tar<l, oa
repandrait sur mon compte une masse de bruits contra-
dictoires. Elle m'engageait a bien reflechir, a mesurer
mes forces, afin'de savoir si j'acceptais I'^trange des-
tin6e qtii m'^tait faite. Elle ne pouvait rien me, dire
au sujet de Pierre, fils de Pierre, auquel nous nous
troaviotts ainsi appartenir toutes deux, si ce n'est que
sa puissance occulte etait grande ; qu*il avait besoin
d'une Hersilie, et que si Tune manquait, I'autre devrait
la remplacer.
Elle insista pour que je reflecbisse avant de prendre
un parti d^cisif. II fut alor?- convcna que j'irais passer
trois mois dans une famiUe hatbitant la campagne pres
/
V
32 MEMmRES D'UNE i.LIENEE.
,d,e Paris, ou je m'etais engag^e k entrer pour donner
des legons de piano et de langue aux jeunes filles.
,Rendez-vous fut done pris k trois mois. Je devais, si
je revenais, ne plus me tenir recluse comme je le fai-
sais, me mettre en ^idence, me lancer dans le monde,
donner des concerts, publier un album avec mon por-
trait, . ayant pour titre : Utltoile d/Or, surnom qu'on
m'avait donn6 6tant enfant, k cause de mes cheveux
blonds et boucl^s qui faisaient comme une aureole au-
tour de ma t^te; enfin il me feudrait ajouler un tr6ma sur
Vy de Rouy, afin d'en faire un nom different et de pou-
voir, sLcelui sous lequel j'^tais connue m'^tait contests
ou enlev6, conserver celui d'Hersilie Rouy comme un
pseudonyme artistique auquel on ne pourrait plus tou-,
cher. Le secret le plus absolu md fut recommand^,
quoi qu'il arrivat ou qu'on put me dire.
Elle m'obligea a accepter une somme assez impor-
tante comme prix de mon mobilier, afin, me dit-elle
gracieusement, d'avoir pour elle-m^me, si je venais k
partir, un pied-^-terreouelleviendrait, en notre nom,
s'occuper de nos affaires.
Comme je viens de le dire, nous primes rendez-vous
a trois mois. La premiere arrivee devait attendre
I'autre. Ghacune de nous prit une cle.... Seule je suis
venue au rendez-vous.
Le choix etait fait. Ma destin^e devait s'accom-
plir.
II y a des personnes qui me blament de n'jivoir pas
I
CHAP. II. — CE QUI P» PREC^Dfi MON ENLfiVEMENT. 33
' ■ ■■ I ■ ^ 111 I Ml ■! I I I . ' III*
parle des offres et des revelations qui m'ont 6t6 faites
par la dame noire.
On oublie toujours de se mettre ^ma place. Ces reve-
lations semblaient compromeltantes pour mafamille;
etait-.il admissible que j'allasse publier le scandale?
Lorsque M. Claude-Daniel Rouy m'avait ecrit la lettre
dont j'ai parle plus haut, je lui ai repondu « qu'il ne
devait pas compter sur moi pour souiller les cbeveux
blancs de mon pfere et semer le deshonneur sur le sou-
venir de'ma mere. »
Quand j'ai parie de ces choses, je ne Tai fait que
pour repousser les accusations dont j'etais accabiee, et
quand les evenements m'en avaient prouve la realite.'
Je ne suis pas d'un caractere assez etourdi, d'une cre-
dulite assez absolue pour m'etre entierement rapportee
a ce qui m*a ete dit en cette circonstance. Le premier
moment a 6te saisissant, d'autant plus saisissant que ce
qui se passait dans la famille Rouy m'etait penible et
venait donner un certain poids k ce qui m'etait dit....
Cependant, en trois mois, on a le temps de seremettre,
et c'est ce que j'ai fait. Sans mettre tout a fait en doute
ce que cette protectrice mysterieuse m'avait annonce, j'ai
cru prudent d'attendre, sans en parler a personne, unc
derniere entrevue dont le resultat devait etre concluant.
Cette entrevue n'a pas eu lieu. Je suis done resteo
avec une version pouvant faire de moi une Charlotte
Johnson, une heritiere, mais provisoirement ne deran-
geant en rien mon existence.
\
,34 M^MOIRES D'UNE XUEStE.
\
Je me syis trouv6e, gr^ce k la g6nerosit6 de cette
6trang6re, en mesure de n'Mre pas tourmentee au sujet
des premiers besoins de la vie, a m^me de pouvoir
suivre ses conseils, bons k suivre dans tous les cas.
EUe m'avait donn6 le moyen de continuer a porter mon
nom quand m^me, en y ajoutant le tr^ma, derester moi
sans scandale si un jugement me Tdtait, car, apr^s
tout, on n'affiche pas lin jugement dans tous les cains
de la France.
Je me suis done fait un devoir de suivre en4out point
ce qui m'avait 6t6 recommande: j'ai gard6 le silence
prescrit; je n'ai relev6 aueun des bruits qui ont couru ;
j'ai sign6 avec le tr^ma . Mon portrait, par Gompte Calix,
a paru avec Talbum, le titre de L'^toile d'Or et le
trema. Mes concerts ont 6fe affich^s avec le tr6ma, et,
pour ^tre sure que personne n'en ignorerait et ne pour-
rait me faire k ce sujet le moindre reproche, j'ai en-
voy6 a Dachinka mon portrait tout encadre et signi
avec le tr6ma.
De 1849 a 1854, il ne se passa rien d' extraordinaire.
J'allais beaucoup dans le monde; ma position artis-
tique s'affirmait de plus en plus; je donnais tous les
quinze jours des matinees litt6raires et musicales tr^s-
suivies, et des concerts annuels tr^s-productifs.
Mon appartement de la rue de Laval, 23, que j'occu-
pais depuis 1848, etant devenu beaucoup trop petjt
pour contenirla foule d'6lite qui se pressait k mes reu-
nions, j*en donnai conge en d^cembre ';1853, pour le
• V
I
N
CHAP. II. — CE QUI A PRECEDE' MON ENLEVEMENT. 35.
■ -r— < .1.1.
terme cT^vril, esperant avoir le temps d'en trouver un
autre d'ici la, ou au pis aller de. garder le mien. Mais
I'hiver de 1853 k 1854 ayant 6t6 trfes-brillant, trfes-
rempU, je ne pus donner mon concert annuel que le
12 avril, et des le lendemain je dus me mettre en route,
sans prendre un instant de repos, pour trouver un gite,
lemien 6tant lou^.
Ce que je vis d'appartenients en quarante-huit
heures est incalculable I
Tons 6taient hors de prix, et je fas tres-heureuse de
trouver, le 14, a cinq heures du soir, rue de Penthifevre,
19, un local de 800 fr. encore occupe par M. le
comte de Cambis, qui avait un bail ne finissant que le
15octobre.
II voulut bien n^anmoins dem^nager dfes le lende-
main matin, pour me permettre d'y entrer, k midi, le
15 avril.
C'est ainsi qu'^ la hate, sans presque I'examiner, je
me suis installee dans cet appartement que je devais,
quatre mois plus tard, quitter d'une maniere encore
plus subite.
G'6tait aurez-de-chauss6e. Trois fenetres surla rue,
tout autant sur la cour. Pas de grilles aux fenetres, ce
qui forgait a fermer les persiennes ou les fenetres quand
on passait d'un autre c6t6 de la maison. Ce logement
^tait humide, quoiqu*exhauss6 de six ou huit marches;
de plus dans une rue excessiveraent bruyante, ou de
grosses voitures passaient dfes trois heures du matin.
36 ' MEMOIRES -d'uNE ALIENEE.
\
■ I
■ ■ ■ * * ■■■■■■■■ .^ ■■■■■—-■■ ■■! ■■ . ■ ^— ■- ■ ■ .^1 ■ ^ ■■ » — ,1 ■
A part ces inconvenients, Tappartemenl etait assez
bieh : salon, chambre k coucher sur le devant; seconde
piece attenante dont j'avais fait un Elegant cabinet de
toilette; salle a manger, cabinet de travail, cuisine,
office sur la cour. Le tout fort propre, dans une maison
tres- presentable (voir le plan). <
M. Grenard, le propri^taire, 6tant venu me voir, il
fut convenu entre nous, tant verbalement que par 6crit,
qu'au mois d*octobre le loyer serait augmenle de 50" fr.,
moyennant quoi il s'engageait a me faire iram6diate-
ment quelques reparations et a faire poser, dans la
petite cour int^rieure dependant de Tappartement,
une marquise vitr6e au-des§us de la porte; ce qui
fut ordonn6 et execute aussit6t.
Par le fait de^ ces conditions et de leur execution, je
me trouvais ^tre devenuei directement locataire du
propri6taire, etnon plus la remplacante momentaR^edu
comte de Cambis. Nous nous trouvions libres aussi,
cbacun de son c6t6, de donner cpng6 en temps voulu et
de nous quitter a notre convenance.
Cela pos^, il me faut faire faire connaissance avec
mes concierges.
G'6tait la famille Nicolle, se composant :
Du mari, qui n*y 6tait presque jamais;
De la femme, qui tenait la maison cahin-caha ;
De deux enfants, fille et gargon de douze et treize
ans;
D'une vieille cousine a moiti^ sourde, qui rempla^ait
CHAr. II. — €E QUI A rilKCKpfi MON' ENLEVEMENT. 37 ^
' — ■ ■ - — - ■ — - -■ — - — , , _ ^ I , , , -
les concierges, quand Hs ^taient absents et que les eh-
fants n'y etaient pas.
Si bien qu^on ne pouvait savoir que Ir^s-difQcilement
si les locataires etaient chez .^eux ou sortis, s'U ^tait
venu quelqu'un poiir eux, bu m^me s*il y avail des
lettres.
Pourtant, dans cette loge, tenue tour k tour par
les uns et par les autres, on n'en bavardait pas moins«
G'est ainsi que je sus par ma domestique, a la fin
dejtiin : 1^ que I'appartement au sujet duquel je venais
de m'entendra avec le propri^taire ^aitlou^ en secret,
pour le terme d'octobre, a un de ses amis, M. Taingry,
Tarchitecte qui avait fait poser la marquise; 2® que des
personnes inconnues donnaient de I'argent k ma con^
cierge pour savoir ce que je faisais, comment je vivais,
qui je recevais.
Je fis venir cette femme. Elle m'assura que I'apparte-
ment n'^tait pas lou6; mais elle avoua avoir re^u
de I'argent de quelques personnes qui 6taient efiec-
tivemeut venues prendre des renseignements sur
moi.
Depuis la mort de mon p^re, c'est-a-dire depuis
1848, j'^tais soumise k une strange investigation.
Lorque j'6tais rue Laval, on venait aussi s'informer
de moi, et on inscrivait les r6ponses sur un registre.
Les concierges m'en avaient parl6 et s'en 6tonnaient.
Vivant de la mani^re la plus honorable, n'ayant rien
k cacher, personne ne pouvant se plaindre de moi, il
3
* ' \ , - r
38 MfiMOIRES D'UNE ALIENEE.
n?i'*lait indilKrent d^^tre surveill6e. J'attribuais ce fait
k la curiosity qui s'attache aux artistes un peu connus,
ou 4 quelques parents d^sireux de savoir k quoi s'en
tenii^ sur le compte du professeur qu'ils voulaient don-
neb k leurs enfants.
Je me pr6occupai done peu de cet incident, et je
I'avais d6j3i oubli^ lorsque, vers le milieu du mois
d*aoAt, un stranger se pr^senta chez moi. H refusa de
se nommer, voulant me rendre service^ sans pour cela
6tre compromis.
II m'avertit qu'on mendiait pour nlbi; que j'6tais
espionnde; que mes concierges ^taient soudoy^ pour
me perdre. II me dit qu'on allait m'enfermer comma
fotteyXtie changer de nomy me dire moWe^ et que je dis-
paraltrais & jamais dans une maison d'ali^nds, si je no
prenais pas imm^diatement la precaution de me munir
d^ tous les actes et papiers ^tablissant mon nom civil,
ma possessiotk d'etat, ma position sociale, artistique,
p^cuniaire ; qu'on faisait courir le bruit que je n'etais
pas M^^ Rouy, et qu'on me croyait en possession de
papiers et de secrets concernant une importante suc-
cession provenant de mon parrain, sur lequel 11 me
donna quelques details. '
II mit sous mes yeux une s^rie de declarations, de
versions, d'histoires de substitutions, tendant k em-*
brouiller ma firiation et mon identity, et il ajouta que
mes fr^res, Louis-Ulysse et Tei^maque, qu'on avait dits
morts, etaient, Tun k Buenos-Ayres sous le nom de
\
>
Si
CHAP. II. — CE QUI \ PREUEDIS MON ENLEVEMENT. ' 39
Mitre, Tautre ^Valparaiso sous celui de French; que
T6l6maq[ue passait lA pour le file de Georges French,
interprete Iraducteur jur^, qui avail traduit, sign6 et
paraph6 nos aC^es milanais (ne varietur) en 1833, et
d'une Marie Chevalier, qui joue un r61e occulte dans
cette afiUre.
II m'engagea, pour r^gulariser ma position, kr de-
mander a mon frfere les papiers de mes p^re et mfere et
les miens, en lui annongant que je voUlais me marier,
mais de ne faire cette d-marche qu'aprfes avoir r^uni
et mis en stirete toutes lefe pieces 6tablissant mon indi-
vidualit6.
n me remit cinq actes sous seing privd, dont les uns
me concern^ient et d'autres m'6taieht strangers ; il y
joignit les papiers pouvant faire de moi Charlotte John-
son et une somme de,20„000fr, destin6e k me per- ,
mettre de vivre et de poursuivre mon affaire, si j'6tais
remise en liberty alors qu'on m'aurait depouill6e de
tout ce que jepossSdais, et si la justice consentait k s^oc-
cuper de ma sequestration.
Je ne suis pas facile a effrayer ; je ne me frappe paj3
rima^ination. Gependanl ce singulier avertissement
ccfincidait avec eeux de la baronne del Lago, avec Tar-
gent donn6 k mes concierges, avec plusieurs reraarques
que j'avais faites moi-m6me. Je dus convenir qu'il pou-
vait y avoir quelque chose de vrai dans ie danger, peut-
Mre eiag6re, mais prochain, dont on me parlait, et je
crus devoir suivre, sans perdre de temps, le conseil
>
40
MEMOIRES D UNE ALIENEE.
qu'on m'avait donae de mettre ordre k mes affaires,
de r^unir mes papiers, de les avoir pr^ts a emporter ou
a produire en cas ds malheur.
Je me hatais, car les choses se eompliquaient.
Je recevais presque journellement des lettres qui
m'etaient adress6es amsi : a: A Madame fa comtesse de
Moulalme-Petrucci, artiste Hersilie Rouy. — A Madame
la comtesse Hersilie Rouy, de Moulalme-Petrucci, —
Madame veuve baronne del Lago, dite Hersilie Rouy.
— Madame Joseph, chez Madame Rouy, etc. »
Des marchandises non payees m'etaient aussi adres-
sees de m^me.
II etait Evident qu'on voulait rendre ma position equi-
voque et douteuse dans cette maison ou j'6tais nouvel-
lement entree, ou on ^tait venu s'informer de moi d6s
mon arriv^e, peut-^tre aGn de savoir si j'^tais en-
tour6e de fa^on a ^tre s6rieusement prot6g6e et se-
courue.
J'avais ouvert les lettres, qui 6taient insignifiantes,
non signees, parlaient de places plus ou moins accep-
tables.
J'avais refus6 de recevoir les marchandises.
C'etait d'autant plus inqui^tant pour moi que j'ap-
pris que les fils de mon frfere (dont Tun 6tait mon beau-
frere) venaient clandestinement chez mes concierges^
y disaient que je ne leur elais pas parente et ne me nom-
mais pas Rouy ; que les noms de Moulalme-Petrucci
se rapportaient aux renseignements qu'on venait de me
\ "
V
CHAP. 11. — ' CE QUI A PRECEDE MON ENLEVEMENT. 41
. , ^ I , ->^_
donner sur mbn parrain, qu6 je ne connaissais pas du
tout, ayant quitt6 I'ltalie pour n'y plus retoumer dh»
1815 ; enfln que M°»* del Lago ^tait la persohne qui
avait fait de la musique sous mon uom et m'avait donn^
les premiers avertissemeuts.
J'avais toujours men6 une vie trfes-Iaborieuse et tres-
o^cupee ; mete affections s'etaient concentr6es sur ma
famille que je ne voyais plus. La seule amie k laquelle
j'aurais pu me confier avait quitt^ l$i France ; laflamille
Benoit d'Azy, en qui j'avais toute confiance, ^tait k la
campagne ; je n'avais autour de moi que des eonnais-
sances du monde, que je ne voyais presque que I'hiver,
et au3cquelles de telles revelations auraient pu paraitre au
moins d^raisounables ou exag^r^es. La prudence, dans
une telle situation, me reconunandait d'autant plus le
silence, que je n'avais, s6rieusement, aucune plainte k
formuler. .
Une quinzaine de jours auparavant, j'avais eu un
autre sujet de preoccupation.
* Ma jeune bonne travaillait dans la salle k manger,
donnant sur la cour, et c'etaient des conversations a
n'en plus linir. Un soir, Tayant sonn^e k plusieurs re-
prises sans qu'elle partit, j'allai dans la salle k manger
et n'y trouvai personne. Je fermai la fen^tre et revins
a mon piano, attendant le retour de la jeune vagabonde,
qui entrait ordinairement chez moi k dix heures pour
faire ma couverture.
Trouvant la fen^tre close, force lui fut de sonner.
42 MEliOIBF> d'v^E AUtstE.
EHe voahii entrar dans des esxplicaitioiis qoe je remis
tranqirinement an lendemain. Aprte son manage €ut,
je lui doimai son eompte, en faii payant ses hait jours,
afin qa'eiie partlt i I'lnstant, n'ayant pas la moindre
envie d'etre exposSe a receroir, la nuit, des holes in-
comma, par le ehemin qne prenait cette petite imprn-
dente.
Les GOttciergas^tant dans lamaison depnisloogfemps,
entottn§s de lout une Ikmiile qui, quoique peu atten*
tionnte, paiaissait respectable, j^ens I'idte d'engager
provisoirement la femme Nieolle a mon service.
A(ll>out de peu de temps, cette femme fut prise de
frayeurs ^tranges ; elle savait que, comme tout le mondie
alors, je m'occupais de spiritisme. Si une porte ou une
iien^tre mal fermte s'ouTrait par le vent, elle s'^riait
que le diable 6tait chez moi. Ma cuisine ne me servait
plus, puisque cette femme pr^parait mes repas chez
elle ; j'en avais fait une salle de bain. Lorsqu'elle y
entra et vit la baignoire, une table et une banquette
recouvertes de housses blanche?, elle prit c^ meubles
pour des cercueits ; je lui fis voir ce que c'^tait, et elle
se calma. Mais ^tant entr^ ensuit^ dans un petit cabi-
net noir ou ^taieot deux boites k violon, elle se sauva
en criant : c Des cercueils partout ! »
Ces frayeurs, r6elles ou supposes, me mirent en
defiance. J'en eus bientdt d'autres sujets.
Mme Melanie Valdor, chez laquelle j'allais en soiree,
me pria une fois de reconduire dans ma voiture deux
A
CHAP. II. — CE QUI A PRiCE0lS MON ENLEVEMENT. 43
dames de ses amies qui habitaient la m^me rue que
moi.
Ges dames ^iaient M°^^ Lef^bure et sa fiUe, artiste
peintre^ pour laquelle M°^^ M^lauie Valdor, qui itait
tr^s-bi^ au Btiinist^re de rinUrieur, avail obtenu des
secours et des commandes. EUes habitaieiit effective-
ment 17 ou 19, rue Laval, et moi 23.
M™« Lef(§bare vint me remercier, puis revint de loin
en loin et me pria de lui eonfier des billets de concert,
des albums, de la musique, des portraits, me deman*
dant une remise ; elle se mit, en retour, i mon ser-
vice pour faire quelques commissions et m^s recouvre-
ments, accapara ce qui lui fut remis et ne revint plus.
e'^tait, comme je I'appris^plus tard, une personne
tr^intelligente et tr^s-adroite, qui faisaitfi^cbedetout
bois, se faufilaitpartput sous pr^textede bonnes oeuvres,
avait les poches pleineg de billets de loteries (qui ne se
tiraient jamais), vendait du vin, qu^tait pour lespauvres
honteux, se chargeait de mariages, se m^lait d'affaires
de famille, ne reculant devant rien,^tant toujours pr^te
a donner un conseil ou un coup de main, etc.
N'ayant plus de ses nouvelles depuis mon ddmina*
gement, j'allai chez elle la prier de r^Ier notre compte,
en ne me donnant. que de petites sommes k la fois, si
cela la gdnait de faire autrement.
£ile me dit alors, avec un certain embarras, qu'elle
^tait pass6e chez moi et que, ne me trouvant pas, elle
avait remis de Targent pour moi a mes concierges.
/
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■ 1
^4 WKMOIRES D*UNE ALIENEE.
t
I . , ■ . .' .... .;',,...,,.
Ces gens souturent que c'^tait pour eux personnel-
lament. H s'ensuivit, entre eux et M™® Lefebure, une
correspondance que les portiers me laissferent, en refu-
saiit de rendre I'argent.
EUe leur avait donn6 30 fr. en trois fois.
J'appris ainsi, a ma grande surprise, qu'elle 6tait §n
relations avec la loge, y venait en mon absence, a men
insu, puisque, sur trois fois qu^elle avait donn6 de Tar-
gent, les concierges ne m'avaient pas dit une seule fois
I'avoir vue.
Je mis les lettres de M°»« Lef^bure avec mes pa-:
piers.
Pourquoi se cachait-elle de moi? Poiirquoi mes ne-
v^eux venaient-ils me. renier chez mes concierges ? S'ils
avaient quelque chose a me dire, pourquoi n'entraient-
ils pas chez moi?
J'allai done directement chez ma sceur, M™e Jean
Rouy, dont le man ^tait directeur de I'usine de schiste
d'Aulun, alors tr5s-florissante.
Ma soeur n'y 6tait pas.
D'autre part, on ne m'avait pas remis ma quittance
du 15 juillet. Je Tavais r^clamee deux fois, et mi con-
cierge m'avait r^pondu « que le propri^taire 6tant
absent et n'ayant pas ]aiss6 les quittances avant son de-
part, il fallait attendre son retour. »
En sorte que je ne savais m^me pas, quoiqu'ayant
pris des arrangements avec M. Grenard, sous quel nom
6tait rest^e ma location, reprise par moi au comte.de
. 1
CHAP, II. — CE OUI A PRfiCfiDE itON ENLJIVEMENT. 45
I- -- -r — •- - ^-^-^-^— ^^— ^— ^^— ^^^^^^^- --■ ., ■i---_iB . .a "
I
Cambis pour la iin de son baU ; ce qui, avec 1e bruit qui
courait que mon logement Mait loue k un autre pour,
]e terme d'octobre, ne laissait pas que de me pr^oc-
cuper.
Cependant, je ne pouvais rester ainsi.
J'^crivis done k un bomme d'afTaires, M. Malcot, que
j*avais vu chez M, le docteur Lombard, qui eut la bonte
de lui faire parvenir ma lettre. Je lui parlai sp^ciale-
ment de M^^e Lef6bure. < .
li vint aussitdt. J'^tais absente. II m'^crivit et me
conseilla de ne parler qu'avec une grande prudence,
d'abord parce que tout cela ^lait strange, ensuite
parce que, pour porter des plain tes aussi graves contre
quelqu'un, il fallait des preuves ^criles ou un coriimen-
cement d'ex^cution.
Je lui repondis que jie mettais toutes les lettres de
cette personne, ^insi que les autres papiers, k sa dis-
position, et que je Tattendrais le samedi 9 septembre,
toutes pieces en main. Je joignis sa lettre k mes autres
papiers concernant cette affaire.
Lasse des comMies jou6es par M™^ Nicplle qui, outre
les 20 fr. que je lui donnais par mois pour mon
service, I'anse du panier qui sautait enormement, mon
cbarbon qui servait a sa cuisine sous pr^texte de la
mienne, mon pain de la veille qu'elle prenait, disant
qu'il 6tait trop dur pour moi, profitait encore de ma
cle pour fouiller dans mes tiroirs et me voler, je
jugeai k propos de la remercier* Cette mesure ne fit le
3.
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f
4«
MEMO!RE» D'UNE ALIENKE.
/
compte de personDte, et on ne devait pas tarder ^'se
vengier.
Un matin, pendant que j*6tais au fond de Tapparte-
ment, occup^e ai ma toilette, je fus attir6e dans Tanti-
chambre par les aboiements fr^n^tiques de »« petite
chienne Coquette, que je ne pouvais feire taire, quoi-
qu'on n'eAt pas sonn^.
On crochetait ma porte !
J'ouvris en h&te et me trouvai en face du commissaire
'de police, du concierge «t d*un s^rrurier.
' On venait dresser prochs-verhal de ma mart et de
celle de ma petite chicnne.
Nous restimes tons stupdfaits.
Le semirier s'en alia en riant, et M. le commissaire
me dit que le concierge 6tait venu le pr^venir qtie je
n'avais pas paru depuis deux ou trois jours; que tout
etait ferm6 chez moi et que je devais n^'^tre suicid^e
aprfes avoir tu6 ma petite ehienne, pui8(][u'on n'enten-
dait aucun bruit. 11 me croyait si bien morte qu'il
n'avait mtoe pas eu Vid6e de sonner.
J'expliquai, /& mon tour, k M. le' commissaire que,
n'ayant plus besoin des services de la concierge, j'em-
portais ma c16 en sortant ; que j'emmenais toujours
ma petite ehienne avec moi, et qu'haUitant au rez-de-
chauss^, je fermais mes persiennes et m^me mes fe«
nitres avant de pariir ; qu'ayant beaucoup a faire, je
sortais depuis trois jours d^ le matin, dinais en ville
et pp f enterals le soir qu'uii pen tard ; que ponrtanl,
CHAP. I!. — CE QUI A PRKGKDE MON ENLKVEMENT. 47
chaque fois, je demaodais s'U y avait ({uelque chose pour
moi et que, notamment la veille, je m'^tais adress^ aux
enfantiB, qui tenaient la loge ce soir-la.
11 m'exprima tr^s-poliment ses regrets de m'avoir
d^rang^e d'ime manifere aussi d^sagr^able^ gronda le
coacierge de ne pas mieux savoir ce qui se passait et
s'en alia.
Les NicoUe me fir'eBt leurs excuses, tout en prditant
de cet 6clat pour me perdre.
lis s'adresd^rent pour cela a M^^ de Grozelier, dame
de charity de Saint- Augustin, nbtre paroisse, qui vint
justenient ce jour-la, au siyet d'une place d'institutrice
qu'elle m'avait propos^e quelques jouzis avant. lis lui
dirent qu'on ne pouvait me voir ; que j'tois devenue
foUe furieuse, I'^pouvant^rent et finirent par la prier
d'^crire i mon fr^re» dont Us lui donn^rent l^dresse,
bien que je M leur eusse pas pari^ de ma fiBunlUe que
je ne voyais plus depuis six ans. Us ^taient done ren-
s^ign^s pard'aUtres*
Sans ii^fii^chir que c'^tait au commisssure de police,
qsA sdrtait de ch)s& moi ; au propri^teire, qui ^tait aussi
responsable de la sScurit^ de sa maison, on aux per-
sonnes qui me voyaient joumeUement, k prendre cette
initiative, cette dame, qui m'^tait tout k £aut ^trang^re,
dcrivit a mem frfere, le 30 aoM 4^4, pour lui dire que
ma situation 6tait fort dangereuse el le prier de s'en
occuper. C'esi ceto dateie elle^m'toe ^^h ^ 1*73, ^
40lin^ 0^ rensd^nemeptSt
/
, I
48
MEMOIRES D'UNE ALIENEE.
■■^ .^ l^w ■■
Comrae on le pense bien, j'avais 6t6 atssez impres-
sionn^e par Faventure du commissaire, bien que j'igno-
rasse le parti que mes concierges en avaient tirS. Je
commengai k croire s^rieusement aux dangers qui
m'avaient 6ti§ annonc^s, et je pris aussU6t les precau-
tions indiqu6es.
Je fis trois paquets de mes papiers.^
Je mis les actescivils, lettres et documents de famiUe,
articles de joumaux 6tablissant mon nom, ma filiation,
ma possession d'etat, la position de mon p^re et la
mienne, dans une paire de pocbes ne me quittant pas
le jour, et que je ihettais la nuit sous mon oreiller. U
s'y trouvait, en outre, deux reconnaissances du Mont-
de-Pi6t6 qui m'avaieht 6t6 donn^es en nantissement
par M"*® Lef6bure et une somme de 1,100 fr., dont
600 fr. en deux billets a ordre, et un billet de 500 fr.
cache dans la doublure d'un petit portefeuille alg^rien
qui me servait de porte-monnaie et contenait ostensi-
blement 2 fr. 50 ; plus Tinventaire de mon mobilier
et. de mes effets.
Tons mes papiers d'affaires, factures acquittees,
lettres, comptes de lemons, de musique, d'albums, de
billets de concert formaient le second paquet, place au
fond d'un petit panier a ouvrage qui se trouvait tou«
jourg pose & ma portee en cas d'alerte et qui contenai
aussi quelques billets de banque.
Je fis un troisieme paquet du reste des 20,000 fr.
remis par ri^cqnnu, des papiers Johnson et des actes
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CBAP. n. — CE QUI A PR£CEDK MON BNJL.fiVEMENT. 49
* '' ' ■ I )■ ^ ■ I » ■■! ii»mi> IP I I ,^m Y .r I I I »■ I
SOUS seing priv6, que je mis dans le m^me paoi^r;
par dessus ces papiers ^talent un sac de sucre cass^ et
des objets de toilette routes dans uae serviette, comme
pour aller aubain..
J'^tais done pr6te k tout ev6nement, et il n'6tait que
temps, comme on va le voir.
J*6crivis alors k mon fr^re qu*etant dans Tintention
de me marier, je le priais de me faire tenir les papiers
de mes p6re et mfere, qui 6taient rest^s chez lui avec le
testament et tons les papiers qu'il avait emport^s de
Picpus.
La rdponse ne se fit pas attendre.
' f
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to MlGMOlhES D'uNE ALIENEE.
GHAPITRE HI
Hon enlevement et moh entr6e & Gharenton.
Le 8 septembre i854) un homme dtooir^) accom-.
pagn^e d'un poriefaix qui resta dans Fantichambre, se
pr^senta chez moi vers midi. *
II entra aa salon, mais ne youlut pas s'asseoir et me
dit qu'il venait de la part de M. Qaude-Daniel Rouy,
mon fr^re et son ami, qui d^sirait une conciliation et
qui, ayant entendu dire que j'Mais souffrante, I'en-
•voyait me proposer d'aller passer quelques jours dans^
sa maison de campagne, en le chargeant de m'y ame-
ner. II ajouta que sa voiture ^tait k la porte.
Je remerciai cet inconnu qui, sans se nommer, sans
avoir la moindre lettre d'introduction, croyait que
j'allais accepter cette proposition, passablement extraor-
dinaire, et je refusai en lui disant que non seulem^nt
je n'avais pas pour habitude de sortir avec des stran-
gers, mais encore que j'Stais beaucoup trop occupSe
pour me di^ranger h, propos d'^ne offre aussi inat-'
X . \
I
I
I
fHiAP. in. — MON ENTREE A ( UARENTON. 51
■■ . - .1..
tendud;'que mon- fr^re pouvait m'^crireou m'envoyer
un de ses fits.
II rougit de colore, me dit qu'il 6iait le baron de
Kinkelin, et que si je ne voulais pas le suivre de bon
gr^, je le suivrais de force....
£tant avertie du malheur qui devait m'arrivei:,
sachant qu^ toute proteetatioa serait inutile et m^me
fdcheuse, ne^ voulant faire ni bruit, ni esclandre, de
peur de donner priee a une accusation de folie, j'en pris
imm^diatement men parti.
Je me h^tai done de farmer mes fenMres.*.. Le
portefaix voulut m'aider ; il aocrocha un des stores de
mousseline avec Tespagnolette et le d^hira*
M. de Kinkelin pi^tinait derri^e nous, II parais^it
press^ et voulait m'emmener tMe nue et comme j'^tais.
Je n'eus que juste le temps de mettre un vieux cba-
peau qui me tombasous la main, de m'envelopper dans
un ch^le, de placer ma ch6re petite chienne sous mon
})ras et d'emporter le petit panier qui contenait mes
papiers.
Je voulusaller, au fond de Tappartement, fermermon
bureau, ou se trouvaient 500 fr. en or, et prendre la cl^
d'une grande caisse ou ^taient ma correspondance,
mon argentine, des effets de prix ; mais M. le baron
s'y opposa. Je fus oblige d'y renoncer pour I'-empdcher
de porter la main surmoi.
Lorsque nous Mmes sortis, je fermai ma porte, et je
mis mi^ di dans ma pochet
52
MlgM0IRE9 D*UNE AU^££.
■1
•I;
(i
i
4
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Cxmvuti
;^
II n'y avail personiie dans la I6ge des concie
porte de la rue etait ouverte. Le coup6 attendait
montSmes aussi tranjquillement que pour faire u
nienade d'agrement. Le portefaix y monta av
et s'assit sur le strapontin.
. C'est ainsi que j'ai, pour toujours, quitt§ men
eile, laissant derri^re moi tout ce qui pouvait m
peler mes affections, les souvenilrs pr6cieux de
qui m'avaient ^levee, ces mille riens qui tienn
coeur, qui peuplent ]a solitude, vous rappelle
absents ou les morts.... sont ^our vous une pa
vous-m6me, par I'habitude de les voir, et vous rend
foyer domestique si cher.
Pendant quelques instants le silence fut gar
part et d'autre; puis M. le baron de Kinkelin m<
manda tout a coup : \
— Vous 6tes mademoiselle Rouy? *
11 ^tait bien temps !...
— Vous ledites.
— Mais on dit autre chose : ^tes-vous fille du m
pfere que M. Rouy?
Je le regardal fixement sans r^pondre. Get horn
selon moi, d^passait tout ce qu'il ^tait possible a
indignation d'exprimer, et je ne trouvais pas def pard
pour formuler ce que je pensais.
Ainsi done, il ne savait ni mon nom,iii ma liliati
ni mes relations de famille, et, sans s'assurer de m
identity, U commen^ait par m'enlever, . sans me ri
*
i
ji-
0(mtiM*A4rtw«-' <ic -£mCc4.-^.
■IF-****'!
■4-.--1
'',
t . \
CHAP/* ni. — MON ENTREE A CHARENTON.
53
demander, quitte & se r^seigner p^r raoi-m^me, en
route !
Voyant que je me taisals, it reprit :
— Vous croyez aux lables tournantes?
— Certainement.
— Je n*y crois pas; c'est une ftouerie,
— Une flouerie?.... Est-ce done pour me conduire
chez le juge d*instruction que vous m'enlevez de vive
force, monsieur?
— Chez lejuge d'instruclion?
— Sans doute ; une flouerie est une escroquerie,
une tromperie, et tout d^lit ressort du juge d'instruc-
tion Comment done, si les tables ne tournentpas,
y a-t-il dcs personnes que ce ph6nomfene rend folles ?
I] me regarda avec une certaine hesitation, puis me
dit :
— JVeuillez remettre votre.cl6 ^ M. le commissaire
de police.
— Ou est-il ?
II m'indiqiia son portefaix.
— Monsieur n'est pas le commissaire de police.
— C'estson adjoint.
— Non pas; je le connais.
— Son porte-note.
. — Dites done votre commissionnaire^ monsieur, et
n'en parlons plus.
— On a besoin de votre cl6 pour vous d^m^nager ;
veuillez me la remettre, car votre appartement est lou6
[■•' ■ \. I
\
I
V
• * » \
54 , M^MOIRES D'UNB AUfiNlfiE. ,
\
I
pour ociobre, et les conciergfes vont enlei/er voa meu^
bles imm6diatemenl.
— On n'enlfevera rien du tout, monsieur, car Tap-
partement-est k moi jusqu'en Janvier; je n'ai ni donn^
ni refu conge, et nul n'a le droit d'entrer chez moi ni
de toucher k ce qui m'appartient sans ipa permission.
Get appartement ne pent done avoir 6t6 lou^ k mon
in$u.
Tout a coup, la Voiture s'arr^ta..*. Nous etions k
Conflans.
Grand fut mon Stonnement, je Tavoue. On joa'avait
bien avertie que j*irais k Gharenton, mais on ne m'avait
par parl^ de Gonflans.
Or, il y avait alors au convent de Gonflans une
petite fille de six ans quiy avait ^t6 plac^e par Mf L^on
Sibour, 6v6que de Tripoli, que M"*® Barat, supSrieure
gen^rale et fondatrice de I'ordre du Sacr6-Coeur, aVait
adoptee, dont M"« de Joubert, cousine de la famille
Benoit d'Azy, el moi, 6tioTis charg6es. Je devais m6me
etre la marraine de cet enfant ; mais des circonstances
impr^vues Tavaient fait baptiser a mon insu.
Dfes que je vis ou nous 6tions, je fis un mouvement
pour me lever, en remerciant M. le baron de m'avoir
prepare une semblable surprise, car j'allais triJs-rare-
ment k Gonflans.
II sauta vivement de la voiture et alia parler au cocher
qui, ne comprenant pas bien, fit le tour du convent et
s'arrSta k la porte de la cour.
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. CHAP. HI. — MON ENTREE K CHARENTON. 55
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— Vous avez bien raison, monsieur, lui dU-je; cette
entree est preferable, et si vous le permettez, je tous
prftsenterai k ces dames,
II devint pourpre de colore, i^auta d'un trait jusqu'au
cochep, auqael ilparla ayec une violence extr^e, et qui
comprit^nfin ou il fallait aUer.
— AUons, dis-je iM.de Kinkelin quand il fut
remonte, le pauvre homme a eu deJa peine k compren-
dre qu'il fallait passer la barri^re de Gharenton.
Apr^s un moment de silenpe, il me dit :
— Votre proph^tie est fausse, car nous venons de
passer la barri^re de Bercy.
— Oui, mais pour fermer sur moi la porte de Gha-
renton.
— Ah! voiis savez que vous allez k Gharenton? He
bien! vous verrez qu'on saura bien vous y garder!
— Je n'ai rien k craindre, monsieur, car je n'ai rien
fait de mal, et si, sachant ce qui allait m'arriver, je
sujs rentr^e au lieu de fuir, c'est que j'ai foi en Thon-
neur et en la justice des hommes auxquels je vais avoir
affaire.
-r- Vous sortiez done 9 me dit*il avec stupefaction.
— Gomment 1 dis-je k mon tour, fort surprise ; com-
ment, si je sortais? Mais journellement, et c'est un
hasard que vous m'ayez trouv^e. Qui ferait mes affaires,
si je restais chez moi lea bras crois^s?
Notre etonnement r6ciproque est facile a expli-
quer. .
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56
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MEMOIRES 0'UNE ALI^NlilE.
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M. de Kinkelin ne savait de moi que ce qu'on lui
avail racont6 de ma pr6tendue sequestration; et moi,
malgre la visite inattendue du commissaire de police,
venant peu de jours auparavant constater mon d^c^s
irifiaginaire, je n*avais pas suppose un instant que,
sortant toute la journee, on put me dire enferm6e et
m'enlever sous ce pr^texte.
D'ailleurs, M. le baron ne m'interrogeait nipar bien-
veillance, ni dans le but d'etre juste. Sa parole 6tait
bi'usque, dure; il semblait fortennuy6 et fort en colere
de perdre son temps k remplir une besogne p^reille ; SI
ne jne questionnait que pour faire quelque chose en
route.
Le peu de mots que j'ai rapporiji^s plus haut monlre
que c'etait un parti pris, puisqu'il m'a signifi6 qu'cw^
me garderait.,, et qu'il m'a enjoint de « donner ma
cl6 » au simulacre de commissaire de police qui Tac-
compagnait, et qui semblait aussi afflige que confus du
role qu'on lui faisait jouer.
La voiture s'arr^ta devant un 6tablissement au haut
duquel un grand drapeau flottait au vent.
Nous 6tions arrives.
Je fus conduite dans Tinterieur, je ne sais ni par qui,
ni comment, a travers des chemins dont je n'ai garde
aucun souvenir, tant T^motion m'a envahie quand j'ai
entendu la porte de la rue se fermer sur moi, et que je
n'ai plus eu besoin de toute mon Anergic pour paraitre
calme et pour r6pqndre k propos k cet inconnu, qui,
CHAP. Ill, — MON ENTREE A CilARENtON. 57
sans m'avoir jamais ni vue ni interrog^e, disposait de
raon sort k son gr6.
Get 6tat, du reste, n'a dure que le temps du trajet.
B^S que je me suis arrMee et trouvee dans un quar-
tier clos de toutes parts, le sentiment de ma position
m'est revenu; j'ai pu regarder. autour de moi et me
rendre compte de I'endroit ou on m'avait men6e.
On aVait pris la precaution d'aller faire une visite a
M°*« la sup^rieure pour la pr^venir de mon arrivee, la
mettre au courant de ce qu'il ^tait indispensable de
faire savoir a MM. les docteurs et administrateurs.
Introduite, dks mon arriv6e, dans une division propre
et tranquille, dite de convalescence, je fus interrogee le
lendemain matin par M. le docteur Calmeil, entour^ de
toute son imposante suite d'internes et de religieuses.
J'appris alors' que M. le baron de Kinkelin 6(ait le
docteur Pelletan, que je savais 6tre le m6decin et
Tami de mon frere etde sa famille.
J'^tai^ accus6e de spiritisme et de monomanie reli-
gieuse, avec hallucination, etc., etc., dont M. le docteur
trouva si peu de traces qu'il s'6cria « qu'il etait im-»
possible qu*on m'eiLt amenee pour cela, y> Mais quand
je lui eus dit qu'on devait s'introduire chez moi, y
fouiller, prendre ma correspondance, et que je Tens
rais au courant des avertissements qu'on m'avait
donnas, dont une partie 6tait d^ja accomplie, puisque
j'etais ehferm^e; quand je I'eus pri6 de vouloir bien
faire conetater mon identite, mon 7ioyn^ ei examiner
"V.
54
/
MEMOIRES B'UNE ALI^NlgE.
pour octobre, et les conciergfes vont enlever voa meu*
bles imm^diatement.
— On n'enlfevera rien du tout, monsieur, car Tap-
partement «st & moi jusqu'en Janvier; je n'ai ni donn^
ni re^u conge, et nul n^a le droit d'entrer chez moi ni
de toucher k ce qui m'appartient sans ma permission'.
Get appartement ne pent done avoir 6t6 lou6 k mon
in$u.
Tout a coup, la Voiture s'arr^ta..*. Nous etions k
Conflans.
Grand fut mon Stonnement, je I'avoue. On jai'avait
bien avertie que j'irais k Gharenton, mais on ne m*avait
par parl^ de Gonflans.
Or, il y avait alors au convent de Gonflans una
petite fille de six ans quiy avait ^t6 plac^e par Mv L^on
Sibour, 6v6que de Tripoli, que M"*^ Barat, supSrieure
g^n^rale et fondatrice de I'ordre du Sacr^Coeur, aVait
adoptee, dont M"« de Joubert, cousine de la famille
Benoit d'Azy, el moi, etions charg^es. Je devais mAme
Stre la marraine de cet enfant ; mais des circonstances
imprSvues Tavaient fait baptiser & mon insu.
Dfes que je vis ou nous 6tions, je fis un mouv^ment
pour me lever, en remerciant M. le baron de m'avoir
pr6par6 une semblable surprise, car j'allais trte-rare-
ment k Gonflans.
II sauta vivement de la voiture et alia parler au cocher
qui, ne comprenant pas bien, fit le tour du convent et
s'arr^ta k la porte de la cour.
. CHAP. III. — MON ENTREE K CHARENTON. 55
/
-— Vous avez bien raison> monsieur, lui dU-je; cette
entree est preferable, et si yous le permettez, je tous
pr^senterai h ces dames,
II devint pourpre de colore, $auta d'un trait jusqu'au
cochep^ auqael ilparla ayec une violence extr^e, et qui
compritenfin oil il fallait aUer.
— AUons; dis-je k M. de Kinkelin quand il fut
remonte, le pauvre homme a eu deja peine k compren-
dre qu'il fallait passer la barri^re de Charenton.
Apr^s un moment de silenpe, il me dit :
— Votre proph^tie est fausse, car nous venons de
passer la barri&re de Bercy.
— Oui, mais pour fermer sur moi la porte de Cha-
renton.
— Ah I voiis savez que vous allez k Charenton? H6
bien ! vous verrez qu'on saura bien vous y garder !
— Je n'ai rien k craindre, monsieur, car je n'ai rien
fait de mal, et si, sachant ce qui allait m'arriver, je
suis rentr^e au lieu de fuir, c'est que j'ai foi en Thon-
neur et en la justice des hommes auxquels je vais avoir
affaire.
-r- Vous sortiez done? me dit*il avec stupefaction.
— Comment I dis«je k mon tour, fort surprise ; com-
ment, si je sortais? Mais journellement, et c'est un
hasard que vous m'ayez trouv^e. Qui ferait mes affaires,
si je restais chez moi lea bras crois^s?
Notre etonnement r^ciproque est facile a expli-
quer. . .
\
'■■-J
\ I
60 MEMOIRES d'UNE AULNEE. ,
I
/e compris eafin, d'aprfes ce$ soins energiques, que
je devais passer pour iAalade, et je le devenais en effet
de corps et d'esprit, car, n'^tant pas de nature k me
laisser malmener, je commenQais k me r^volter et a me
plaindre hautement, quand cet ^tat de choses, qui avait
dur^ quinze jours, changea pour^faire place aux ^gards
et aux attentions. On me prescrivit un regime alimen-
taire exceptionnel ; on me donna une chambre parti-
culifere; je pus all^r d'une divisfon dans Tautreet rester
urie heure on deux par jour ati piano, dans' un cabinet
s6par6.
J'6tais devenue n^cessaire . a I'administrHtion*:
W^^ Langlois, la musicienne, ^tait tomb^e sUbitement
malade, etje I'avais remplac^e avec'une graude com-
plaisance, pour ne pas priver les pauvres pensionnaires
de leurs reunions musicales du dimanche et des repe-
titions qui avaient lieu en semaine.
fitait-celi Puhique raisondece changement?
Je ne le crois pas. Les documents produits par Ten-
qu^te constatent que Tadministration Mait k ce moment
fort embarrass^e de la fagon irregulifere dont j'avais ete
plac6e et que j'ignorais encore; on voulait 6viler que
j'eusse d'autres motifs de me plaindre.
Des pensionnaires me r6p6tferent avoir entendu dire
(L qu'on avait apport^ quelques effets pour moi k
M™« la sup^rieure, k laquelle on avait dit en mftme
temps que tout ^tait saisi chez moi ; qu'on allait faire
vendre et probablement me passer a la Salp^lri6re, si
'TB
CHAP. 111.
MON ENTREE A CHARENTpN.
64
on ne pouvait continuer 4 payer ma peusion; qu'enfin
ces Messieurs ^talent tourment^s au sujet de mes
papiers. »
Je ne compris rien k ce qu'elles me disaient. Puis-
qu'on avail entre les mains tous les papiers que j'avais
si soigneusemeni reunis, de Targent, etc. , que fallait-il
deplus?
D'un autre cote, qui pouvait feiire vendre chez moi ?
Pourquoi? Je ne devais rien a personne. Ce qu'on
nie disaitla etait faux, impossible.
Ne pouvant queslionner M"^ la sup^rieure sans com-
promeltre celles quim'avaient fait ces communications,
et pehsant qu'on m'en parlerait si c'^tait vrai, je
r^solus d'attendre les 6v6nements sans rien dire.
Les papiers, divis^s en deux paquets et caches dans
mon petit panier, ne m'avaient pas 6t6 enlev6s, et voici
comment.
II est d'usage de fouiller les malades a leur entrte;
afin de prendre note de ce qu'elles poss^dent, Les pa-
piers, valeurs, argent, bijoux, sont port6s au bureau
ou rendus a la famille.
Pour 6viter toute scfene de violence, on visite les
vetements apr^s le coucher ou a Theure du bain.
J*ignorais celte circonstance et ne compris pas pour-
quoi, lorsque je me rendis au bain, mes compagnes rae
conseill^rent de cacher mon petit panier. Poiirlant je le
plagai derrifere la baignoire avec mes poches dessus, et
mis tous mes vetements sur une chaise. A peine fus-je
4
. i
I
\.
62
MfiMGIRES l>'tJN£ ALIENEE.
dtktis Yean, ^ti'ori empottai cette chaise pOUf foiiill6i' et
itiventorief imes 6fFet§, et j^m'applaudis d^avoir pris ks
precautions qui m'avaient 6t6 conseill^es. Quand je reti-
tfai dans la division, on dfut fnes pbche^ et raon pailier
visit^s, et on ne s*erf occupa plus.
j*ai dit en quelles circonstances la scetii' Saint-Sau-
veur s'empara des papiers contenus dans meiS pddheS;
Le 22 septetntre, je fe^iis la visite de rfnconriu qui
s*6tait presents chez itioi peu av^iit mon enlcJve-
ment. II me dit avoir pris le tlti'e de docteui* et le
horn de Chevalier pour parvenir jusqii^a inoi, parce
qu'oii ne pouvait refuser a un mMecift de voir'une
inalade.
II m'engagea k lui r^ndre les papiers, qui pouvaient
m'Mre pris ou ne seMraient qu'a cofnpliqiier Taifeire,
et Targent, qu'on emploierait k payer jua captivit6 pen-
dant vingt ans et k me d6pouiller de ma possession d'etat
et de mon horn connii, au lieu de me servir k obtenir
justice. 11 valait mieux aller k la Sa1p6trifere, ot un
employ^ etait qharg6 sp^cialement de s*occuper des
alTaires des malades, et la, si j'elais interrog^e, dirfe ce
qui m'avait et6.dit, eri priant ceux qui voudraient bien
me prendre sous leur protection de faire examiner mes
papiers, et de voir si la confusion qu'ori s'effor^ait d'eta-
blir sur mon 6tat civil ne datait pas de mesUres prises
en 1814. •
li me dit que si j'avais besoin des papiers et de l*ar*
j^ent que j6 lui restituaiS) je n'aurais qu'i m'adresser
»ff f
CHAP. m. -— »iON ENTREE k CHARENTON. ,63
' ' '" « » ' i I ■ ■ i| I ( r py ■ . I ..11 ■■ i| ) I . ^
4 M. Athanase Goquerel, pasteur protestant, i& Paris,
ami de M. et W^^ Johnsofi, mais de, ne le faire que
quand j'^urais trouv6 des protecteurs et recouvr6 mes
papiers Rouy, parce que Timportant 6tait de savoir
pour(^tioi ce nom 6tait mis en doute, et pourquoi il y
avait eu une sub«titution et une s^uestration.
L'existeiuse de ce docteur Chevalier eat, prouv^e par
una lettre de lui, du 7 novembre 1854, priant le direc-
teur de Charenton de suspendre mon transfert k la
Salp6trifere, et par une lettre de M"»« Isabelle Chaplin,
qui se dit belle-mfere de ce docteur et declare le lende-
main avoir 6t^ abus6e par des promesses erron^es^ les
personnes dispos^es k payer ma pension ayant renonc6
k\e faire.
Je. connaissais les dames Chaplin depuis 1838, et j'af*
firme que le 8 septembre, jour de moil enlevement,
M"" Chaplin n'6tait pas marine, qu'il n'en etait m^me
pas question. II m'est done difficile d'admettre qu'un
mois aprfes M«n« Chaplin eut pour gendre *un docteur
Chevalier, qui donne son adresse 7, rue Marboeuf,
alors que Talraanach Firmin-Didot de 1854 ne contient
le nom d'aucun Chevalier dans la liste des medecins et
officiers de sant6.
J'ai rendu k ce myst^rieux docteur les papiers John-
son, les actes sous seing priv6 et 17,500 fr. sur I'ar-
gent que j'en avais regu.
«
Une lettre de mon neveu Henri a son pere, coramu-
niqu^e par ce dernier, prouve rjue les incojfihus qui
V
/
64 m^moires'D'une alienee. '
I
s'occupaient de moi n'existaient pas ^eiilement dans
mon imagination.
t
Paris, 9 novembre 1854.
.... II est venu samedi 6 noveijfibre, le soir, me voir a la
Presse un monsieur dont je n'ai pu saisir le nom. Dans la con-
versation qu'il a eue avec moi, sa voix ^tait tr^s-basse et tr^s-
difficile a entendre. Ce monsieur, dans tous les cas, m'a demand^
si j'^tais le frere de M"« HerSiHe Bouy»
Le docteur Chevalier avait 6crit le 7 pour suspendre
mon transfert.
Sa belle-m^re, M™« Chaplin, 6crit le 8 pour le
presser.
Un visiteur inconnu va le 9 4 la Presse r6v61er k
la famille Rouy qu'il connait mon pom veritable et
ma parents, alors que j'ai 6t6 enferm6e sous le non) de
Chevalier, de parents inconnus
II y avait hMe de me faire quitter Charenton.
CHAP. IV. — QUI A FAIT AGIR LE DOCTEUR PELLETAN. 65
CHAPITRE IV
Qui a fait agir le docteur PeUetan.
On remarquera sans doute que ce qui s'est pass^
jusqu'ici met en jeu tout une s6rie.d'inconnus, m'aver-
tissanty me feisant des ofFres diverses, pour aboutir
enfin 4 Fenl^vement et a la sequestration annonc^s.
•La facon dont j'ai agi prouve bien que j 'avals regu une
r6gle de conduite, sans quoi je fusse rest^e obscure,
ignor6e, apr^s la mort de mon p^re comme aupai'avant.
Au lieu d'une artiste dont on parlait, je n'aurais 6t6
qu'une pauvre petite maitresse de piano, dont personne
ne se serait souvcnu apres quatorze ann^es de dispa^
rition.
Grdce k la notoriety que j'avais acquise, j'ai pu invo-
quer de nombreux et honorables temoignages; j'ai pu
eclairer I'enqu^te, k laquelle je dois de pouvoir recons-
tituer a peu prfes le pass6.
II y a des personnes qui soutiennent que les visites
de la dame noire^ 4e ^'inconnu qui i^i'a remis de^
s/'
66 MfcfMOmrs i>'jL:Kj: Aat^^4^.
\
\ V ' . '
papiers et de Targent, sont un r^ve de mon imagina-
tion^ . '
Je demande \ toute personne raisonnable si un r^ve,
une foli4 raisonnante, commedisentMM. les ali6nistes,
peut fairjB deviner ce qui se passe, ce qui s'est pass6,
faire prendre les precautions que j'ai prises et que les
evenements ont si W^n jii9tifi6^9.
Quand le pseudo-docteur Chevalier est venu-m'aver-
lir de J'immioeace 4e la ^^siraphe ^ ^loi annoncee
depuis 1840, il me dit : « Que vous le veuilliez ou non,
les choses serpnt ; et si vous ne faites pas tout ce que
je v<ms dis, voias Mes perdue. M^ttez Aam^ la i^aisoa et
le droit de vofre c6te. Fo^ie ou noa folie, vous allez
passer paur I'^tre. One fois s^questri^e, tout ^st coalre
vous, a moins de reneonfrer des gens int^res «ur voir^e
route. Of , «achez*le bien, V6>u6 edes perdue i^galeodeiit
si vous redevenez libre sa^is avoir proave quie \mi&
n'avez jamais 6t6 folle et que vous i^«s la Retime d'uo
crime. j>
' Cest cette con^ction qui m'a fait refuser k dixerses
reprises un eertificat de guirison me livrant, sass defense
et sans ressource, k desfennemis caches dontjWais
^prouv^ la puissance.
Le baron de Kinkelin avait pris ie nom de moia fr^e
comme pr^texte pour m'enlever de diez mol ; mais
j'ignorais absolument alors que M. Claude-Daniel Rauy
eikt tremp^ en queique chose dans cette infamie. Nous
ne TJ0i*3 Yoyiops plus ; i^ ^flfeir^ de h si|e(3<»si(» d«
t
4
>
i:UAP. IV, -*- our i FAIT AGIR LE DOinXUlt PEI.LETAN. ' 07
• » ^ V_
*^^^^ ^* ■ I ^ ■ ■ 111*." — ■ ■ i- - III I -111 I -^ m I m r t f •* ' i ' ■--- — — - --
man p&re '6t^iit r^l^ depuis longtemps ; nous
n!aKionf( auoun 'vit^^ commiin> ran .qui pdt {aire de
moi un sujet de h&ine on d'eoifearras.
G'est lui-m^me qui afjfirmesa participation ^ ce crime
dans un m^mpire, dif&maJUMjpepour moi 6t qui est loin
4'Mne ju^rtificatif pour lui| qii'ii a adr<es«§ 4 M« Tailfaand ,
q»W f^porteur ^ la Gbambre dm d§puti9.
La minutieuse enqu^te &ila BMcceaaivejoient par les
deux rapporteurs de ma pi§titioQ, MM. Tailbaod et
d'Aboville, a fait connaitre les agissements 6trange$
auxquels j'ai dH ma sequestration.
Veici d'abord un passage du m^moira de M. Bouy :
Ville-d'Avray, le 3 octobre 1872.
Tootes rMttton^ 6Uwai entre nous irr^v^cablBment rompues,
et na m'^i Accupant plus, je la perdifi de vur. Je fus dnwi fort
surpris eo recevant a la Presse, dont j'^tais radministrateur^
la vmte d'luae dame, la comtesse de H..., Tenant Ucher de
reaeuer ees reiatioas. £Ue envofa quelque temps apr^s une
autre dame a M. £mile de Oirardin, pour solbctter son influence
sur moi» Je Tenais drsnbir une douloureuse operation, et j'etais
par suite, alit6 dans ce moment mdme & Ville-d'Avray. Ge fut
done a mon fils, gerant de la Presse^ que M. de Girardin adressa
J a note qui suif :
« M°>« Lef^bure, dont je vous envoie le billet, est venue roe
« (aire p^ de la situation extreme dans laquelle est tombed
a voire tante; M^** Jlersilie Rouy, il parait qu'elle est folle ; elle
K n^est plus nourrie que par son concierge, sans lequel elle
II moi^rrait de faim.
« M"^« Lefebure ma dit avoir fait une d-marche pr^s de votre
4c p^re. Je lui ai repoudu que je ne pouyais intervenir dans une
% ^ire de %mijle, que je fer^i? part seulem^nt de ]a. 4^maTCbe
/
f
68 MEMOIRES D*UNE ALIENEE.
a qu'elle avait faite pres de moi. £n tout cas, il me semble que
« M. Pelletan etant m^decin de la Salp^trie^'e, il y aurait lieu de
« voir avec lui ce qu'il y aurait de mieux k faire pour voire mal-
(( heureuse tante, si on la transporte a la Salp6tri^re. »
'^oWkle premier ^l attache,
Le docteur PeUetan r6(Jigeait les articles de mMecine
dans le journal la Pres8e;\\ 6tait rami et le m^decin
de mon fr^re et de ses enfants.
Void le billet de M™® LeKbure a M. de Girardin :
m
< Monsieur,
« En sortant hier de la bienveillante audience que vous avez
(( bien voulu me donner, je me suis apergue que j'avais oubli^ de
« vous donner Tadresse de M"* Rouy, que son frere ne doit pas
(( connaitre, puisqu'elle a change de quartier depuis quelques
f( mois ; je vous I'envoie au bas de son portrait, et je vous prie,
(( Monsieur, si quelques r^sultats arrivaient pour elle par votre
((. puissante intervention, de vouloir bien les faire connaiitre a
(( M™8 la comtesse de R..., qui s'interesse beaucoup a M"® Rouy,-
c( et a fait aupres de son fr^re la. d-marche remplie de bont^
« et de bienveillance dont je vous ai parle.
(( J. Lef^bure. »
Je ferai remarquer que, dans cette lettre, M™« Lefe-
bure ne parle nullement de folie ni de me faire
enfermer, mais de me venir en aide d'une fa^on quel-
conque.
On m'avait bien avertie qu'on mendiait en mon
nom,
Le passage suivant d'une lettre d^ M^* de R... k,
N
CHAP. IV. — i QUI A FAIT AGIR LB DOCTEUR PELLETAN. 69
'' r '
M. d*Aboville prouve combien cette daifne 6tait loin de
sedouter de la trame 6. laquelle on cherchait a m^ler
soa nom :
25 d^cembre 1875.
.... Uue dame, M"* Lef6hfUre, que j'avais rencontr^e chez
JPJ« Rouy, 6tant venue me parler de I'etat de gSne et de souf-
france ou se trouvait cette derniere, nous eftmes I'id^e de faire
une souscription pour elle parmi ses nombreux amis, et d'en
parler tout d'abord k son frere ; nous alUmes done k la Presse,
Des les premiers mots, M. Rouy, assez disgracieux, eut Fair de
ne point connaitre sa soeur, et nous partimes irrltees de ses
mauvais sentiments, etc.
Gt«»« de R...
• M. de R... fils avail ^crit ^ M. Le Normant des Va-
rannes, le 5 Janvier 1869 :
Completement ^trang^re aux circonstances qui ont precede et
accompkgne la reclusion de M^^* Rouy a. Charenton, ma m^re
ignorait meme qu'ellc y eut ^t^ plac^e sous un autre nom.
Je reprends la suite du m^moire de mon frfere :
M°>« Henri Hayet, ancienne connaissance d'Hersilie, qui ne
I'avait pas vue depuis trois ou quatre ans, a re9u lundi (28 aout)
un rouleau de trois romances d'Hersilie, avec son portrait, quel-
qaes vers au bas, et dans une enveloppe un de d'or, ancien
cadeau qu'elle lui reQvoyait.
Surprise de cet envoi, ayant une sorte de pressentiment, cette
dame est ali^e le soir m^me rue Laval, puis rue de Penthi^vre,
19, oii demeure actuellement Hersiiie. Elle a sonn^, elle a
frapp^, et n'a obtenu aucune r^ponse. Hersiiie, a ce que lui a
70 /
'r-
>li:MO)Lit£g U C<*4^ AU^NKE.
dit le con^ier^e^e^t aniermee chez «U^» calf^utr^, tputesi^prte^
et fenkres fer^^es depuis dimasche, c*est-a-dire qi;i'au moment
de la visite de M™* Hayet, i! y avait d6ja vingt-quatre heures.
Cette dame, tres-inquiete, est ali^e a la Presse, puis est venufi
ici le mdme soir, a di;c heufes, pour me prevenir. Le concierge
de la rue de Penthi^vre l^i a dit qu'il craignait qu'Hersilie.ne
fuUille.
Le fait de la r^stUutioa est exact. Cost moi-m^me qui
ai depose c^s objets chez son concierge, et J'avais pour
agir ainsi de^ raisonS que M™® Hayet connaissait bien,
J'^tais tout bonnement allee diaer en ville pendant
qu'elle carillonnait chez moi.
Puis iZ m'^mt encore qoe M- Audiat^ le m^ecin d'HerisiUe,
est venu liU-m6me le pr6venir qjgi'eUjs 6tait daiigereusement
foUe, et qu'il fallait y prendre garde.
-Enfin, sous Tent^te : « Diocese de Paris, paroisse de Saint>
Augustin, B je re^oi8 la lettre dont, ae|te fois, eopie entiere,
dat^e 4u 30 aotU 1854; ^
(( Monsieur,
(c £tant a la recherche d*une institutrice pour une famille tres-
« recommandable, M. le cur^ de Saint-Aagustin, a qui j'^vais
a demand^ conseil, me donna Fadresse de W^* Rouy, 19, rue de
c( PenthieTre. J'af ^& douloiureusement affeet^e de trouver cette
« demoiselle dans un etatd'ali^nation compiei. Le matin m^me,
(( la police avait dii ouvrir la porte de force, parce qu^elle n*avait
<( pas paru depuis plusieurs jours, et que Ton craignait quelqae
(' malheur. J'ai cru, Monsieur, que je devals vous inMmire de ee
« fait, pour que vous puissiez prendre dee mesures pour M ademoi-
« seHe votre soeur, d(mt la position est on ne peut pto alarma^nte ',
<< le propri^taire craint queique accident, et les concierges m'ont
a pri^e en gr&ce de vous exposer lenr difiieile position vis»9'Vis
■ ■ ■ • , .\
I'.nkv. IV. — uui a FAtx asiu'le iioctkuk pelletan. 71
(t de M>^* Mdtiy, potif la^^uelie ils out beaucoup d'^gards et de
a liofldtd^ration, m&is av€d lact^elle ils ne sont pas en si)iret^
« d&Ds l&s conditions d(5tttelles.
« Hdcet ez, ^c.
Sign^ : c G« d6 6rOZBli£r< »
Cdinment ceite dame, qui etait venue m'offrir une
place d'institutricei qui semblait extr^mement conve-
Bfible it bienveillante, avftit-elle pn^ en sortant de chez
moi, m'ayant vue elle-m^me, appeler mon frere k
prendre des mesures^ sur la pri^re instante de mes con-
eierffes? C'^tait inconcevable. — J'ignorais qu'elle fftt
venue Utie Seconde fois potir me voir.
J'en re^us l*explication suivante de M^^^ de Grozelier
elle^m^me^ h laquelle M. Le dormant des Varannes,
Charge par Fadmihitstration des Hospices d'Orleatis de
feire une eiiquSte sur ma situation, ^crivit pour lui de-
mander quel avait ^te au juste eofi r6le dans cette affaire,
et lui jgippretidre les desststreuses consequences de son
ifltervetition ;
taris, 11 fevrier 1873.
Monsieur le Receveur,
Effectivement, dans le coutaint d'aottt 1854, j*ai 616 pri^e par
ane fiiiiiille atnie de pYocurei' uil^ institatrice pour une jeune
fille. Je m'adfessflii pour cela a un v^n6rable ecci6siaslique,
tflor9>car4,de la paroisse de Saint- Angustin, que j'habitais, et
qui avait toute Ma confiJince. II voulut bien m'indiquer M"« Rouy,
qtt'it tie connaissait pas persoilnellement, raais qui lui slvait M
reconimand^e.
Je me pr^senlai chpz cette demoiselle, que me re^ut fort bien
\
<. ♦
72 - MEMOIR|:S D'UIj^E ALIENEE.
et rien dans cette visite n'a pu me donner la pens^e que son
esprit ne fut pas parfaitement sain. Je ne puis dire le temps qu*a
dure notre entretien, probablement celui de lui adresser quel-
ques questions qui intercssaient la famille pour laquelle je
traitais, de lui expliquer les conditions. Un point seulement
n'avait pas 6ie suffisamment 6clairci; je lui promis d'ecrire et de
lui rapporter la reponse.
Elle etait seule chez elle, et je ne vis personne autre dans
la maison. Mais apr6s environ une semaine, quand je revins, je
trouvai qu'elle venait d'etre s6questr6e chez elle; on me dit que
la police ^tait venue le matin mdme et que personne ne pouvait
la voir.
Le concierge et sa femme me firent part de ce malheur avec
une grande Amotion. Je les voyais pour la premiere et la der-
ni^re fois ; je ne leur ai parl^ que dans cette circonstance. Us
me parurent porter un grand inter^t a cette demoiselle, et lini-
rent par me prier avec instance d'avertir le frere de M^'« Rouy,
dont ils nae donnerent I'adresse.
J'y consentis, dans la seule pens6e d'attirer la sollicitude d'un
fr^re pour sa soeur dans une circonstance aussi penible ; tnon but
a et^, en cela, de faire acte de charity chr^tienne, moi qui etais
compl6tement etrangere a cela, cdmme vous le ditesTort bien.
Jamais il ne m'a et^ accuse reception de cette lettre, et j*en
entends parler pour la premiere fois hier, 10 f^vrier 1873 ; et a
ce sujet, permettez-moi de vous exprimer plus que mon eton-
nement, ma stupefaction.
Comment 1 en pleinXIX' siecle, dans un pays civilis^, oiiil y
a une police, des tribunaux, une magistrature, on peut accom-
plir un acte aussi grave qu'une sequestration sur le simple aver-
tissement d'une personne inconnue I
Mais cela, personne ne voudra jamais le croire ! Quoi I la police
saisie de cette lettre, de mon nom, de mon adresse, n'est pas
venue a moi pour plus ample inform^ ? a moi, qui n*ai jamais
quitt6 le quartier de la Pepiniere, et que Ton eut trouv^e mille
fois disposee a dire tout ce qui pouvait dtre utile a cette demoi-
selle, dont le malheur m'avait vivement ^mue!
I * •
CUAP. IV. — QUI. A FAIT AGIU LK DOGTEUR PELLETAfii. 73
II y a certainement 14-dessous une OBuvre d*iniquite que voua
decouvrirez, je Tespere ; quant a moi, j'ai dit sur cette affaire
tout ce qu'U m'est possible de dire.
Veuillez agr^er, Monsieur, etc.
i^igne : C. de Grozelibr.
Malgr^ la stupefaction de M^^^ de Grozelier, c'est
pourtant bien ainsi que les choses se sont pass^es.
Ma femille, qui a regu sa lettre, n'est pas venue me voir,
et mon enlevement s'est effectue sans que cette pr^ten-
due folie ait ete constat^e par personne.
M. Rouy, pour justiQer son intervention dans ma
sequestration, invoque les declarations :
1^ Du commissaire de police ;
2<> Du proprietaire, M. Grenard ;
3® Des locataires;
ip De M"« de Grozelier ;
5» De M«o la comtesse de R*** ;
6o De M. le docteur Audiat, mon m^decin ;
7o De W^^ Lefebure ;
8« De M«»o Hayet ;
9» Des conciei^es.^
1^ Le commissaire de police a fait chez moi la
demarche que j'ai racontee chap, ii, et ni lui, ni au-
cune autorite quelconque, n'est intervenu 'pour me se-
questrer, ainsi que le constate une lettre du Ministre
de rinterieur au directeur de Charenton, en date du
25 fevrier 1869, qu'on trouvera chap. xiv.
5
' i
74 , MfiATOIH^S d'-UNE ALIKNKE.
2o Lepropri^taire est mo^t; M. Rouy declare hruUe
par megarde la lettre qu'il pretend ait en avoir regue.
La famille de M. Grenard n'a jamais entendu dire qa'il
y eut une foUe, dangereuse ou non, rue de Penthi^vre.
30 Les locataires, dont quatre ont et^ retrouves et,
interroges, n'ontrien vu^ rien entendu, ne se sont jamais
plaints. L*une d'elles, la gouvemante de M. Grenard,
demeumt au-dess-us de moi, a rentre&ol.
40 ^He de Grozelier, dont on a vu les tettres, ^^crit
sur le rapport des concierges.
50 ^me la comtesse de R..., a qui Ton a dit que
j'^tais dans la g^ne, ne ^'occupe que de me r^^conci-
lier avec mon frfere et de me venir en aide p^cuniai-
remeht.
60 M. Le docteur Audiat, interroge€n1873parM.-Le
Normant des Varannes, lui a dit ri'avoir ^14 pour rien
dans ma sequestration et n'en avoir eu connaissance
que longtemps apres qu'elle 6tait accomplie.
M, Rouy dt^clare ^galement brtil^e ou perdue la
lettre de son fils lui faisant part de la visite tlu docteur
Audiat,
70 M™e Lef6bure, d'accord avec mes concierges, court
ehez tout le monde ; mais la lettre qu'on cite d'«lle ne
parie pas de folie.
go y[me Hayet, pour ne pas m'avoir trouv6e cbez moi
le soir, quand elle sait que je suis alMe chez elle dans la
journee, en conclut, sur la foi de mes concierges, que
je suis folle et fait la d-marche que Y-on sait.
■f
CHAP. IV. — QUI A FAIT AGIR LE DOCTEUR PELLETAN. 75
' ■ ■ ■ " ■ ■ I ii »■■■ III I I I'll I ■
T
90 Les concierges renseignent lout le monde, mettent
chacun en avanl, etM.de Girardin seul prend sur lui
de conseiller de m'envoyer a la Salp^trifere, en indiquant
la m^decin qui pourrait s'en charger.
Tout s'est donp passe entre la loge de^ concierges
de la maison que j'habitais et les bureaux de la
Presse,
n ne faut que quatre jours d'activit6 pour mener
tout k point. Du 26 au 30 aout, tout est tdcUy la fa-
mille appel^e, grace k des portiers bien styles... et de
ce inoment je.puis aUer, vBnir, renter, sfxciir^ rentrer,
jeuner ou manger ; nul ne s'en occufiie, luaMm^oiu* me
dire s^questree chez xnoi.
M^HOIREy D'UNt: ALlF,h£[£.
dutranton ; plBoement, BnregiBtTeiDent, translBrt.
M. le docteor Pelletan fcrit Jl M. C.-D. Rouy la
lettre suivante, sans date, raais contepant un certiQcat
dat^ du 6 septembre 1854 :
Mon cher Uonsieur,
Oblige de partir a I'instant pour alter voir une malade lain de
Paris, je vous envois le cerlificat que j'ai fait pour faire entrer
Mademoiselle votre s<bot dans iine maison de saxkl&.
J'ai ^\6 voir, apres ma visile chez elle, le commissaire de
police, qui aurait bien consenti a I'envoyer a la Salpfitrifere, mais-
les Torniatit^s en sont tellement r^pugnantes, que j'ai hiaiH i
prendre surmoi celle resolution.
Ainsi elle devrait Stre, si on suit ce mode, mise en voiture
cellolaire et envoy^e & la Prfitecture de police. Elle y passerait
plusieurs heures et mirae la nuit en cellule, et serait de la
transports de la m^rae inani^re, apris avoir paas^ une visite
publique a la SalpStriere.
Je crois que, poor voire nom si connu et pour votre hmille,
aussi h'mn rgiie p^r hiim,iiille,il vaudrait raieui la faire transpor-
ter a Cliarenlon avei; le cprtificat ci-joint.
La, pin paierait 50 fr, pourle premier mois, ce quidonneraitle
lemps de soliiciter une demi-bour«e.
<:HAP. V. — CHARENTON. * 77
Je TOQS engage 4 ne pas tarder de prendre cette determination,
car il 7 a urgence sous tous les rapports.
Pelletan de Kinkelin.
Je mets en regard de cette lettre le passage de la
d^positioii faite par !e docteur Pelletan au comrrrissaire
de police charge de I'enquSle minist^rielle de 1869 :
Autrefois, par mes relations avec le journal la Presses je con-
naissais M. Rouy, qui. en ^tait le g^rant, et c'est ainsi qu'un jour
de Tann^e 1854, il me fit part du triste etat ou se trouvait la
demoiselle Hersilie, alors domiciliee rue de Penthiivre, dont
les allures etranges avaient, parait-il, inspire des inquietudes
pour leur s^curite a tous les locataires de'la maison, a tel point
que le proprietaire etait venu le prier de prendre a Tegard de
cette demoiselle une mesure de precaution pour elle et pour
les autres.
J*allai done pour la Toir; mais n'ayant pu obtenir aucnnere-
•ponsey j*allai trouver le commissaire de police dont le bureau
^tftit dans le voisinage ; la demoiselle Rouy n'avait pas paru depuis
deux jours.
Nous fumes obliges de faire ouvrir la porte, et nous trouvdmes
la demoiselle Hersilie en etat d'extase dans une chambre tendue
de noir, ayant au fond une sorte d'autel et des flambeaux dans
lesquels brulaient des bougies qui edairaient de petites boites
ayant Tapparence de cercueils.
Nou^ vimes bientot, a Tincoherence de ses discours, qu'elle
ne jouissait pas de sa raison, et a la demande meroe du com-
missaire de police, qui me fit assister d'un de ses employes, je
la conduisis a la maison de Charenton, dans ma propre voiture,
en lui disant que je la menais aupres d'une de ses amies, reli-
gieuse a Confians, qu'eile manifestait le desir d'aller voir.
Le commissaire de police^ M. Strop6, etait mort lors
78 MfiMOIRES D*UNE ALlfiN]&E.
de TenquSte ; mais ses registres ne portent aucune
trace de cette fantasnaagorie, dont il et!lt dCl dresser pro-
cfes-verbal. •
Le lecteur est assez ^clair^ par ce qui pr^c^de peur
faire lui-m^me justice de cette accumulation de men-
songes et n'en retenir qu'une chose : c'est que, de son
aveu m^me, le docteur Pelletan ne ni'a vue que le jour
oil il m'a eniet^e.
Jamais, avant 188&, i! n'avait ^ question de c^r-
cueils, sinon dans les frayeurs de la femme Nicolle.
Gependant M. Pelletan ayant^r^du compteinKm
frfere de la fa?on dont it avait accompli sa mission, 9
devait Atre ais^ de voir si les deux declarations concor-
daient.
n ^rit, le 9 septofthire 1854, k M. Henri Reuy :
Mon Cher Monsieur,
J*6cris 4 votre p^re pour'lui dire que tout est terming: j'ai
accompli hier la mission dontil m*avait charge. Pour les details,
vous pouvez briser le cachet.
Si vous le voyez demain, veuillez lui remettre tout ce que je
vous envoie pour lui. Je viendrai lundi chez vous savoir le r^-
sultat de ce qu*il aura ddcid^.
Tout k vous.
Pelletan de K...
Je voudrais bien savoir ce que M. Pelletan a fait
remettre ^ M. Rouy. Est-ce ma correspohdance, ma
•montre, mes bijoux, mon argenterie? II m'avait de-
mands ma cl6 ; Je la lui avais retusSe ti^i, Mais on s'en
CHAP. V, — ICHARENTON.
71*
/
esl passd. 0ne^ mire immedi(Uementchezmoi,ei on
m'a d6valis^e. Qui? Peut-^tre un pftu tout te monde;
comme on le verra jjlus loin.
Je ferai remarquei? que toutes les letlres 6chaog^es k
moa s»ij€t seat sans date avant men enli^vement, et
r^guliferement dat6es apr^s.
Pemprunte k uue lettre de M. le vicomte d'AboviUe
les renseignements sur la leUre de details d^ docteuor
Pelletan :
La lettre de details adress^e a M. Rouy manq[ue au dossier.
J'en demande copie a M. Rouy le 28 decembre 1875.
M. C.-D. Rouy me r^pond le 30 qu'il a de nouveau compulse
toiifi ses paj^iecs^ sans y trouver cede lettre ; <|uUl Vl sans doute
brCdee par inadvertance, il y a environ trois rdois, avec deux
an trois cents autres.
V«« 1^'Abovii.le.
Singul&eve inadveptan^!/ Le 23 dScemkre 1868
M. Ro«ty ^rivait ^ M. le receveur des hospices d'Or*
l^ans qu'il gardait soignecksement tout ce qui concer-
nsu4 M^ Chevalier, et qu'ii avail inscrit sur oe dossier,
CQmeae recommandatioti a ses h^pitiers : c Aucune
pieee de oe fatra^ ne doii etre aneantiej "& et il ea
bnkle lui-mdoie une telle quantity, qu'elle le laisse saos
aucune preuve de ma folie qu'un certificat dont il ne
veut pas se servir !
S'il avait effectue lui-m^me le placem^it, il aurait diH
se nommer. Cost pour ^viter cela que le docteur
Pelletan a pris sur lui de me conduire en personne.
80
M^MomEs d'une alienee.
A notre amv6e a Charenton, il est entr6 au bureau
et a remis le certificat suivant :
Je, soussign4, m^deein de Lariboisi^re, chevalier de la Legion*
d'Honneur, certifie que M"» Hersilie Rouy, dcmeurant rue de
Penthi^vre, 19, est atteinte d*une monomanie aigue avec hallu-
cinations. ' ' '
, Cette affection la rendant dangereuse pour elle-m^me et pour
les personnes qui Tentourent, exige son admission imm^ate
dsms un etablissement special.
En foi de quoi j*ai sign^ la pr^ente attestation.
Signe : B»» Pelletan de Kimkelin
Paris, 8 septembre 1854.
Je fus inscrite au registre matricule, sans autre pi^ce
h Tappui que ce certiflcat : « Chevalier,,., Hersilie, i9^
rue de PerUHievre^ » rien de plus.
Comme il n'arrivait aucun renseignement du dehors,
M. Verjean, Tun des internes, est venu me demander
monnom, mon ^ge et ma profession, que je lui dis.Vers
la fin de septembre; un autre interne, M. Laisseraye,
me demanda mon lieu de naissance et mes pr6noms.
Comme il se trouvait un bianc entre Chevalier et
Hersiliey on y intercala Rouy; mes deux pr6noms
complj§mentaires, Camille^ Josephine ^ suivirent celui
d'Hersilie, au lieu de le prec6der, et on remplit les indi-
cations, rest6es en blanc dans le bulletin iinprim^, sui-
vant ce quej'avaisdict6 aux internes. Pourquoi n'y a-t-on
pas inscrit egalement les noms de mon p^re et de ma
mfere que j'avais donnas comme le reste?
1
/
CHAP. V. — CHARENTON. 8i
Void (done la teneur exaiite de mon enregistrement h
Chai^enlon :
Mu« Chevalier-Rotiy, Hersilie-Camille-Josephine, n^e i Milan
(Italie), dg^e de qaarante ans, c^ibataire, filie de et
de. . . ...
Profession : maitresse de piano.
Domicili^e a Paris, rue de Penthidvre, 19.
Trois semaines apr^ mon entree, le docteur Pelle-
tan ^crit au directeur de Charenton :
J*ai foit placer le 10 de ce mois, dans la maison imp^riale de
Charenton, M"« Hersilie Roay, pour laquelie je demande une
bourse gratuite. Comme le mois va finir et qu'on pourrait T^va-
cuer sur la SalpStridre faute de paiement du mois prochain, j'ai
rhonneur de vous pr^venir que je suis charge par les personnes;
qui s^int^ressent k cette malade de vous payer le mois pro*
chain.
Cette lettre n'avait pour but que d'^tablir officielle-
ment ma quality d'indigente sans famille.
On m'avait envoy6 de chez moi, du 25 au 28 sep-
tembre, un peu de linge et quelques efFets de rebut
jupes sans corsage, caracos du matin en ^toffes d'et^
avec lesquels il m'^tait impossible de me pr^sente
nuUe part au mois de novembre, si Ton m'eut remi?
en liberty, et m'obligeant k demeurer toute la journ^
dans une tenue n6glig6e qui m'attira un bl&me c
docteur.
On avait joint k cet envoi une pi^ce de jaconas av
5.
— A . ,
/ r
\
82
M^MOIRES D*UNE ALIENEE.
laquelle on me fit faire une robe de chambre, malgr6
nies protestations. J'ai cependant profits de cette mal-
heuretise robe pour la mettre sous mes jupes et me
couvrir un peti liiieut, car je sotlffr&is bfedncoiip du froid
et m'en plaignis au docteur Calmeil, qui fit 6crfre le
24 octobre au docteur Peiletan :
Permettez-mpi, Monsieur, de la maniere la plus pressante, de
voiis prier de faire doiinalire S qui de (frdit qtle la privation de
vStements chauds est on ne t^edt pliis fliiii^ible si la satit^ de la
malade, et qu*il y a urgence a en effectuer renvoi. M"^ Hersilie
pi'^tend avoir chez elle des vStements et dtt llnge plus qu'il i^e
ltd en faut, etc.
Le Directeur de Charentony
Sign4 : BouA.
Le docteur Peiletan repondait le 27 :
J'ai fail part a qui de droit (?) de la reclamation que vous
m'avez faite pour les v^tetoents cPhlver dfe M**« Jiersilie ; je xi'ai
pas encore re^u letii^ r^ponl^e.... Je crois que l^urs moyens ne
lenr permettrotft; pas de payer sa pension.... et qu'il n'y aura
pas lieu pour Tadministration de donner suite k cette demande.
ie viens vousjprier, daris ce cas, de la diriger sur la Salp^tri^re,
dans le service de moii arai Fdlret.
II priait toutefois le directetit' d'atteildte uiie nou-
velle lettre de lui.
Le 30 octobre, le docteur Pelletaii ecrivait au dirfec-
teur de Charenton pour confirmer le refus de paiement
et moh tfansfert a la SalpMrifere, k dah^ tk servibe de
1
/
z'
t
CIUP. Y. — CUARENTON. ' ' 8ft
: , — . , .
mon amiy le docteur Falret, auquel firai la recom-
vyinder, »
Ma pension 6tait pay^e jusqu'au 1«»" novembre ; j'au-
rais done dt ^tre envoy^e k la Salp6trifere k cette 6poque.
Mais M"c Lafilte, passant par Paris a son retour
d'Angleterre, et ayant su que j'etais a Gharenton, s'y
presenta pour me voir. On lui refusa ma vue; mais on
lui dit sans doute dans quel deniiment je m'y trouvais,
car elle paya un mois de pension et m'envoya une robe
de chambre en drap anglais doubl^e de finette.
M®® Lafitte 6tant repartie pour Londres, etpersonne
ne payant plus, M. le directeur de Charenton adressa
au pr^fetde police une demande de transfert k la Sal-
p^trifere, suivant que le docteur Pelletan Ten avait
pri6, « pour la demoiselle Chevalier-Rouy (Hersilie-
Camille- Josephine), admise a Charenton a litre de
placement volontaire, n'ayant^ ct ce quHl pdrait^ ni
famille, ni parents, et completement denuee de
resaources, t>
- L'ordre de translation, sollicit6le 11, arriva le 30 no-
vembre de la prefecture de police. ,
Sauf le retard du a la gen^reuse intervention de
M°*« Lafitte, les choses s'^taient bien passees ainsi qu'il
en avait 6t6 convenu entre M. Pelletan et ses manda-
taires.
M. Pelletan ecrivait a M. Rouy, dans une lettre sans
«
date, eommuniqu^ par ce dernier k mon rapporteur, ef.
qni me parajt avoir 6t6 6crlte en octobre :
r
84 « MEMOIRES D*UNE AUENKE.
L*administration d\e la SalpStri^re fiecherche la ikmille legale
de's malades qa'elle revolt, et lorsqu*elle les trouve en position
de payer les journees, elle Texige ; raaisdans ce cas, vous n'avez
pas paru : moi seal ai et^ mis en avant.
J'ai pay^ jusqu'ici a Charenton; je ne le veux plus. Voici ce
que je r^pondrai a radministration, si elle veut me relancer, et
tout sera dit,
La famille legale, ce sont les ascendants ou descen-
dants du malade; les collat6raux ne doivent rien,^t le
docteur Pelletan devgiit le savoir mieux que personne.
Mais en recherchant ma famille legale, on aurait trouv6
ma famille r^elle, et c'est ce qu'il ne fallait pas, pour
pouvoir me dire Chevalier, de parents inconnus, et me
faire passer sous ce nom aux indigentes.
Sous ce rapport, Charenton 6tait pr6cieux, car,
ainsi que le dit encore le m^me docteur Pelletan, dans
une note adress^e k Ville-d'Avray, et dat6e du !•' aoui
1854, surcharge de septembre :
Un certificat d'un m^decin connu, constatant T^tat mental de
la malade, suflfit pour faire mener a Charenton la personne qu'il
faut soigner.
1" aout (septembre) 1854.
Et mon neveu Henri 6crivait k son p6re, toujours
sans date, mais la veille ou Tavant-veille de mon enle-
vement :
Le mieux, a son id^e (il s'agit du docteur Pelletan)' et quoi
qu'on en decide, s^erait d'envoyer Hersilie a Charenton, de payer
l«-r
CHAP. Y.
CHARENTON.
85
le premier in($is, soit 90 fr. S'il ne te convient pas de continuer
le paiement, elle serait transport^e d'office k la Salpdtri^re) sans
aucune formality ddgradante.
Ge serait done, au bedoin, un moyen de la faire entrer a la
Salp^tri^re sans ces formalit^s premieres.
Les formalit^s d^gradantes sont celles pr^cis^ment
qui out lieu dans le transfer! d'^tablissement k ^tablis-
sement, transport en voiture cellulaire, etc., tandis que
de Chez moi on m'eilit conduite en fiacre k la Salp^-
tri^ve ; mais on voit assez, par les lettres que je viens de
citer, quelles sont celles de ces formalit^s qu'il impor-
tait k la famille Rouy d'^viter.
A cette dpoque pr^cis^ment, radministration de
Charenton se trouvait dans I'embarras k mon si:get,
m'ayant accept^e d'une fagon irr^guli^re, sans autre
pi§ce que le certificat du m^decin effectuant le place-
ment, et on ^tait aussi d^sireux de me dire guerie pour
me renvoyer, qu'on avait 6t6 press^ de me dire folle
pour me recevoir.
On me fit proposer la place demusicienne, si je vou-
lais accepter un certificat de gu^rison mettant chacun k
convert.
On disait que tout avait 6t6 saisi, vendu chez moi, et
qiie je n'avaisplus rien au monde; cette d^tresse devait
me rendre de facile composition.
Ne pouvant accepter d'avoir 6t6 folle, de me recon-
naitre guerie, et par consequent d'abandonner toute
poursuite; croyant mon argent et mes papiers au bu-
. ' ^ * - / ■
86 MEMOIRES D'UNE ALIENEE..
reau; sachant que je trouverais a la Salp^trifere ua
agent sp6cialeinent charge des affaires desinalades; ayant
»
pris d'autre part )a pr^cautron d^ cacher une somme
de 900 fr. en billets de banque dans une petite bottine
d'^toffe claire qui ne me quittait pas et dont j'avais fait
nil sac ^ ouvrage, je fas presque contente de me voir
transferee dariscette maison.
,f
CHAP. VI. — DE CHARENTON A LA SALPfiTRIERE. 87'
CHAPITRE VI
De Charenton k la Salpdtri^re. — La Prefecture de police.
Aiissil6t Tordrede mon transfert arriv6 a Charenton,
le 30 novembre, aprfes le dejeiiner, on me fit descendre'
dans la cour,.ou se trouvait une voiture cellulaire dans
laquelle on me fit monter.
Une religieuse, que je n'avais vue (Ju'une seule fois,
m'a accompagn6e jusque-l^ et m'a souhait4 bon voyage
et bon courage.
J'aurais 6te excessivement saisie, si mes pauvres com-
pagnes ne m'avaient pas fait connattre le vehicule qui
devait me conduire k la Salp^triere.
Depiiis quelques jours, je ne faisais plus un pas s?ins
avoir mon double chdle sur mes ^paules et mon petit
panidlr k mon bras, en prevision de mon depart.
On sait que ce petit panier ne renfermait plus que
mes papiers d'affaires et les notes de ce qui m'^tait dfi
poitr lemons, musique, etc. J'avais aussi une petite cor-
beille chinoise dans ce panier. Gette corbeille conte-
88 MEMOIRES d'UNE ALIENEE.
nait quelques bijoux en or massif et m'avail 616 remise
avec le ling^e qu'on m'avait envoys it la fin de sep-
tembre.
J'6tais inqui^te de tout cela, parce qu'on m'avait dit
qu'on prenait absolument tout ce que les malades
avaient, et que le d^sorSre 6tait extreme dans cette
maison de sant6 du pauvre et de I'abaridonn^.
, En arrivant k la prefecture de policoj on m'a intro-
duite dans un horrible cabanon dont les murs 6taient
outrageusement converts d'ordures.
A une certaine hauteur se trouvait une lucarne bar-
dee de fer, au-dessous de laquelle se dressait un
-enorme tuyau sans couvercle, destine aux usages par-
ticuliers.
C'etait naus6abond. Le mobilier se composait de detix
paillasses aussi d^goiitantes que les murs, et sur ces
paillasses 6taient tamponn^es deux couvertures de laine
grise.
La porte de ce logis n'avait pas de serrure; eUe
se fermait au moyen de deux gros verrous places
dehors.
En entrant dans ce repaire, j'y trouvai, k ma grande
surprise, M">« R..., une gentille petite femme qui
avail 6t6 ma compagne k Gharenton pendaiit un mois,
et qui s'y 6tait prise d'une sorte d'adoration pour
moi.
Aussitdt qu'elle me vit, elle s'exclama, s'indigna,
comprenant fort bien, a son avis, qu'on piit la conduire
CHAP. VI. — DE CHAR^NTON A LA SALPfiTRIERE. 89
a la Salp^tri^re, mais moil ii\oi I! Et a ceite id^e, la
pauvre petite fpndit en larmes, tant la chose lui parut
abominable^ inouie, etc., etc....
Je ne savais plus que faire pour la consoler... de
mes malheurs, et je pris, pour atteindre ce^ but, un
petit air indifF«§rent sur mon sort, qui, je I'assure,
n'^tait pas vrai du tout, car j'avoue que le cabanon
me faisait voir les ' choses en laid, et m^me en tr^s-
laid.
Cette jeime femme, apres avoir dit tout ce que Tindi-
gnation pouvait lui sugg^rer, finit par se calmer un peu
en ne me voyant pas trop chagrine, et elle me raconta
que c'6tait la seconde fois qu'elle passait par la prefec-
ture de police, parce qu'elle 6tait pauvre, avait de fre-
quentes rechutes; que sa maladie durait assez longtemps,
et que son mari aurait ^t^ oblige de payer ou de faire
des d-marches extr^mement p^nibles s*il ne I'avait
plac^ pour un mois k Gharenton, qui, n'^tant plus
pay^, la transfi^rait comme indigente k la SalpMri^re,
ne gardant les gens que tant qu'il y avait de I'argent
pour eux.
Je ne savais pas encore comment on s'^tait arrange a
mon sujet ; mais j'avais vu plusieurs personnes k Gha-
renton a qui semblable chose 6tait arriv6e, 'et qui me
Tavaient racont^e, comme etant un moyen trfes-com-
mode de^ se faire soigner pour rien.
On m'avait bien dit qu^on 6tait moins bien a la
Salp^tridre qu'a Gharenton ; que Targenterie 6tait
90 M^MOIRE* D*UNE ALIlgNfiE.
remplac^e par F^taift, mais' aufim... of^ ni& payait
ptzs !
II y avait environ unebeuve que nous^ioii^I&toutefi
<teux, quand' on- nows ame»a uaj^ ^ilieptiqiie fbit m6-
chante, ^ce qu'if pwatt, car te malheupelifee (Hait souil-
l^e de have, dte boue, et camisol^§e au cadenets Sit6t
arriv6e, elle firt prise d^uiit aec§s, temfea-, et je n'eus
q«6 le temps de metli»e une des couvertnres sotrs sa
t^te pour Temp^cher de se la casser contre le bois du
lit et la pierre
A cette dpilepfiqiie suocjSd^pettt deux idiotes a ne
pas prendre avec des pincettes Le gardfen les
annon^a par leur nom, tout haut.
Une fois tout ce persottnel instalM, oil nous apporta
k chacune unejattette iomHon... (gras k en aBumer
un lampion), un gros niorceau dfe boeuf et un plu^ gros
morceau de pain ; enfin, de quoi ne pas nous laisser
mourir de faim, j'eii r^ponds, le tout dans des 6cuelles
de bois, avec des cnilTeres pareill'es.
Je fis mon repas, et ma pauvre compagne, sur ma
prifere, suivit mon exemple... Puis, voyant que les
itliotes ne refgardaient que dans le vague, je m« mis en
dtevoir de les faire manger, ce qu'elles firent aussi ma-
chinalement qu'elles regardaient.
Comme j'^tais occup6e k cette besogne, on tira
brusquement les verrous, et la porte s'ouvrit toute
grande .
Deux hommes s'arr^t^rent sur le seuil.
\
CHAP. VI. — DE CHARENTON A LA SALPfiTRlfeRE. 01
Vxaxj qui seitiblail le chef, paraiss»it avoir uAe qua*
rantadne d'ann^es. It avail im exterieur distingue, un
air iateltigenty eatendu, UenraHant et s^ere k k fois;
Tautr^ ^tait xxrt magaifique jeune homme aux che-
veux cMtains, qui regardaitpar dessus T^paule descm-
ebef.
— Que fattes-Yous done? me <Kt-il, ass^ sturpris
de me voir avec la cuUI^re de bois k la main.
-^ Vou9 le voyez, je ftfe manger Fune, et je t^he de
consoler Tautre. A quoi bon se desoler qtiand on Be
pent changer son sort?
— II paratt que vous 6tes philosophe. Quel est votre
nom?
— Hersilie Rouy.
D regarda une liasse de papiers qu'il tenait k la
main, fit : c. Oh ! oh I > et referma brusquement ces
papiers.
Puis, s'adressant k ma compagne, il lui demanda son
nom, et quand il le sut, il compulsa de nouveau son
petit dossier et dit a son suivant :
c II n'y a qu'^ mettre le pied sm* la p6dale pour
celle-ci ; quant a Tautre !... » II fit un geste qui disait :
< Ce n'est pas facile. »
B jeta un regard autour de lui, sortit, et k porte se
referma sur nous.
Quel ^tait le beau jeune homme qui accompagnait
M. le docteur ? £tait-ce un 6teve de ce grand maitre de
la science, ou par hasard le commissaire de police
/
<
92 M^MOIRES D'UNE ALIENEE.
I ^ - I II, J ■■ ■ ■ ■ ' _ - ^ ■ ■ T^
« I
\
dont le proces-^erhal est merdionne dans Varritey
mais dont il n'existe pas trace ? — Je le demande au
lecleur, qui en salt la-dessus tout autant que moi. —
Toujours est-il que la visite etait faite, notre sort d6-
•cid6.....'
Voici ies pieces moyennant lesquelies je suis devenue
pensionnaire du d^partement de la Seine, sous la res-
ponsabilit^ de son pr^fet :
Gertificat du docteur Calmeil appuyant la demdnde
de transfert :
Nous, soussign^, etc., certiiions que W^^ Chevalier-Rouy est
atteinte de d^Iire partiel; qu*eUe peut encore soutenir, dans
certains moments, une conversation a moitie suivie, mais qu'elle
est le reste du temps en proie aux id^es Ies plus fausses, aux
conceptions Ies plus d^raisonnables ; qu^elle s*abandonne aux
actions Ies plus extravagantes ; qu*il y aurait du danger ^I'aban-
donner a Tentrainement de sa folie ; qu'il est k desirer qu'elle
soit maintenue i^^questr^e.
11 novembre 1854.
Signe : Calbieil.
Note du m^decin pr^pos^ k la visite des ali^n^s.
Paris, 30 novembre 1854.
Je, soussign^, etc., declare que la nommee Rouy-Chevalier,
sortant de Charenton, ou elle est en traitement depuis septem-
bre 1854, est atteinte de d^Ure partiel, actes incoh^rents', manque
de direction dans sa conduite, forme chronique constatee par
le docteur Calmeil, et reclamant plus long examen.
Signe : Lasi&GUE.
T?-^ ■
CHAP. VI. — DE CUARENTON A LA SALPfiTRIERK. 93
N'est-il pas effrayant de voir comment se font les
certificats qui (incident, cependant, du sort et de la
liberty des gens contre lesquels ils sont dresses?
Ainsi done, voil^ le docteur Las^gue, qui a pourtant
un air de superiority, d'inconteslable intelligence, de
franchise et de bienveillance presque joviale... 11 me
trouve secourant, consolant, nourrissant mes com-
pagnes... et il m'accuse d'actes incohirents !
II ne m'a vue qu'une minute ou deux, ne m'a dit que
ce que j'ai rapporl6 plus haut, et ilme condamne sur
la foi du docteur Calmeil, qui m'a condamn^e sur la foi
d'un m^decin ne m'ayant jamais vue, lequel m'a enle-
vee, par complaisance, sur la foi d'autrui !
II est vrai que M. le docteur Lasagne ajoute que mon
etat reclame un plus long examen Qu'on lui
donne alors k lui-m6me les moyens et le temps de
s'assurer personnellement de cet 6tat, avant de prendre
sur lui la responsabilit^ d'une sequestration aussi
terrible, qui d^truit tout une existence humaine !
Que signifie son certificat, aprfes tout ? T6moigne-t-il
de ce qu'il a vu lui-m^me ?
Non, certesl Et c'est pourtant sur sa signature
que Tarr^te suivant a ^t^ pris :
I 94
MEMOIRES D UNE ALIENEE.
1" DIVISION
PREFECTURE DE POLICE.
5e BUREAU.
!'« Section.
isr« 36,0.18.
Paris, le 30 novetnbre i854.
Placement d'oflQce.
ALlfeNfiS.
AMPLIATION.
CHEVALIER- ROUY.
Nous, pr^fet de police,
Vu rarticle 18 de la loi du 30 juin i«38 ; '
Consid^rant que fa N^« Hersvlie^Cwndlle^
Josephine Chevalier-Rouy, maiiresse de
pianOy dgee de 40 ans, nee a Milan^ derrieu"
rant rue de Penthievre, n° i9, sortant de
la maison de CharerUon, oil elle ne pou-
vait plus payer la pensiouy est dans un etat
d^alienation mentale qui compromet Tordre
public ou la si!iret^ des personnes, ainsi qu*il
est constat^ p^r uu proces-vepbal du com-
missaire de police de la section du Palais"
de- Justice y
£t certifi^ par MM. les docteurs Calmeil
eiJMsegue,
Avons arrSt^ et arrdtons ce qui suit :
M. le directeur de Vhospice de la vieiU
lesse (femmee) recevra du porteur da pre*
sent et placera dans ledit ^tablissement :
Ladite Chevalier-Rouy,
pour y Stre trait^e de la xnaladie dont elle
est atteinte, laquelle s^est manifestee par
des actes extrafagants.
Le Prefet de police,
Signe : Pietri.
Pour ampliation, .
Le Secretaire general,
Signe: (illisible).
^
1
/
CHAP. VI. — 1>EJGHARENT0N A LA SM^PfiXRI^RE. 95
Tout ce qui n'est pas en italiques est imprirn^ sur le
cerdficat. L'appr^ciation mddicale est tionc ia m^me
pour ious.
Nous restdmes enferm^es dans le cabanon jusqu'a
quatre hetires. Alors on nous fit monter de nouveau
dans la voiture cellulaire, et nous arrivdmes, toutes a
reculons, a la SalpStri^re.
J'^iais a bout de forces, ayant 6t6 obligee de me tenir
accroupie, les coudes sw la banquette, parce qu'il m'est
impossible d'aller k reculons, et je me demande encore
pourquoi on fait subir cette douleur inutile a de pauvres
gens qui ne peuvent rien voir, puisqu'on y est absolu-
ment dans une boite ? . . . .
On nous fit entrer dans une pi^ce ou etaient deux
individus assis chacun devant un bureau, et trois ou
quatre gardiennes qui riaient avec eux.
Mffl» R... fut a peine entr6e qu'elle disparut, celui
qui nous conduisait ayant remis ses papiers en arri-
vant, et une des gardiennes Tayant reconnue.
Ce mot dezifkaaide une explication ; la voici :
H y a plusieurs seetions et plusieurs m^decins a k
Salp^tri^e.
Chaque section est un asile complet, tout k fait etran-
ger a la section voisine.
Chaque m^decin a son service particulier.
Quand une malade a ^t4 dans un service, elle rentre
dans ce m^me service, de droit.
On ne pent la changer de section que sur la de-
f
\
96 MEMomEs d'une alienee.
- — — - - ■-■-■■-■- ^ - , I -— I ..I. ■ ■ ■
mande, soil de la malade, soil du m^decin, et avec
rautorisation du directeur, sur un ordre du bureau,
absolument comme si on la changeait de d^partement
6u d'asile.
L'epileptiq[ue fut envoy^e je ne sais ou.
Restaient les deux idiotes, aussi sales, aussi abruties
Turie que Tautre.
Grand e.tait I'embarras des employes cbarg^ de leur
assigner un gite, car ilfallait au moins savoir leur nom
pour les inscrire. Aucune des deux ne repondait ^
Tappel.
Alors on leur appliqua les noms au hasard, et justed
ment on se trompa. On voulut envoyer Tune^ sous le
nom de I'autre.
Le surveillant de la prefecture de police, en les fai-
sant entrer dans le cabanon, les ayant annonc^s a
haute voix, j'avais retenu les noms et les figures aux-
quelles ils s'adaptaient.
Je m?empressai done de rectifier I'erreur commise,
erreur qui, sans doute, n*aurait 6te d'aucune impor-
tance pour ces pauvres femmes, mais qui pourtant n'en
aurait pas moins 61^ une substitution de personnes
faite officiellement, et aurait pu avoir des cons^uences
graves pour les families.
II ne restait plus que moi.
On prit mes papiers, et omn'inscrivit ; puis, en don-
nant ma carte k la gardienne, on iui dit •
-^ M"c Chevalier, section Trelat.
I ^^ • J
CHAP. VI. — DE GHARENTON A LA SALPfiTRlERE. 97
Je regardai'autour de moi, sansbouger de machaise,
ne me doutant pas que c'^tait moi qui ^tais M^i« Che-
valier.
€Yenez-vous, mademoiselle Chevalier? me r^
p^ta la domestique.
— Qui done ? Ce n'est pas moi, sans doute ; je suis
MW« RouY, et non Chevalier.
— Aliens, bon I fit le chef de bureau.
— Venez tout de mdme, me dit la fille.
— Allez , mademoiselle Chevalier-Rguy, me dit
notre condueteur.
— Mais je ne suis pas M^« Chevalier ; il y a erreur.
— Vous expliquerez cela ^ M. le docteur et k I'em-
ploy6 qui ira vous interroger ; nous ne pouvons vous
donner que le nom sous lequel on vous am^ne, i> con-
clut le chef de bureaa.
lis se regard^rent les uns les autres ; mais M. Cons-
tant (le condueteur) leur fit un signe qui voulait dire :
a II y a quelque chose. :f)
J'avais protests, et comme je ne pouvais faire plus,
je suivis la gardienne, qui n'eut, bien entendu, rien de
plus press^ que de raconter les choses.
Comme, au r6sum6, j'avais deux noms, les unes
m'appei^rent Chevalier, les autres* Rouy, et depuis ce
moment ces deux malheureux noms, qui n'^taient pas
plus justifies I'un que Tautre pour Tadministration,
furent un sujet de reclamations, de discussions, de
doute qui embrouilla si bim tout le monde^ qu'on finit
-/'
5S ^ ilfiMOIRES p'UNE iUUIEKEE.
,'--'■■■'■ ' " ' ■
par ne plus savoir du tout qui je pouvais' ^tre, ni quel
4Uit mon vrai nom.
Ge que je dis 1^ doit certainement paraitre tout a fiait
invraisemblable £t imaginaire, car eato nous dtions
it Paris ; je ne tombais pas des nues. La seule chose a
4^e^taitde m'iitterroger^d'aUerou j'indiquais prendre
des renseignements, des pireuves et des t^moins.....
Malheureusement, U comme a Charenton, xm ne t4ent
aucun compte de ce que disent les recluses.
Quinze jours ou irois semaines apr^s mon arriv^, 11
vint bien un jeune homme medemander c qui j'^t^.oi
Je lui dis que radministrafion avait mes papiers. Je
croyais quails m'avaient suivie, et c'est par eet employ^
que j'appris qu'ils ^talent. restes a Gbarenton.
Je le |H*iai done de les yaller r6clamer.
Le fit'il? Je n'en sais rien. car je n'entendis plus
parler de lui du tout, tant que je restai dans le service
du docieur Tr^lat.
La loi (avec laquelle il y a des accommodemenis),
exige que le m^decin qui re^oit les malades 4 Paris,
dans an ^tablissement public ou priv^, envoie au prefet
de police son certiOcat immMiat dans les vingt-quatre
heures, et un autre quinze jours plus lard.
Les ?oici tons les deux :
CERTIFICi^T IMM&DIAT.
ler decembt-e 1854.
Je, soussigne, xn^ecin, chaf de service a Tasile de la Salpe->
^'.
\ I
)
CHAP. VI. . — DE CHARENTON A LA SALPfiTRlfiRE. 99
trifere, certifle que la nommee Chevauer-Rouy, 4g4e de qua-
rante ans, profession de maitresse de piano, n^e k Milan,
d^partement de (Italia), entree le 30 novembre 1854, au traite*
ment des ali^n^es,
Est affectee. de d^lire partiel .
Signe : Tk^lht.
Comme on le voit, M. Trelat n'a fait que prendre un
mot, ddlire partiel, sur le certificat du docteur Cal-
meil pour constater mon entree.
Son certificat de quinzaine ajoute :
Est afifeet^e de d^lire multiforme en voie de d^mence ; en oet
6tat, est dangereuse pour elle-mSme et pour les autres.
ISigne : Tr^lat.
Le 6 d^cembre, M. le directeur de Charenton avisait
M. le docteur Pelletan de mon transfert a la Salpe-
trifeve, faute de garantie de paiement.
Enfin, on y 6tait parvenu ; c'6tait entendu, fini : j'6tais
installeei pour le reste de ma vie, comme pension-
naire indigente du departement de la Seine, dans les
maisons de Vtltat, « d'ou on ne sortait jamais,
(d'aprfes ce que mon fr^re m'avait dit en 4848), ou on
ne manquait de rien, Tadministration fournissant le
n6cessaire; ou nul n'allait vous voir, defense 6tant
faite de p6n6trer dans Fint^rieur et de deranger les ma-
lades quand on n'etait pas de la famille. :»
100
M^MOIRES D'UNE AXIEN16E.
CHAPITRE VII
Lb. Salpdtii6re. -^ Premiere mise en Ubertd. — Mon arrestation.
Malheureuseraent, ce n'^tait pas, comme on I'avait
cru, dans la section de M. le docteur Falret, 6u je de-
vais etre si hien recommand^ey que j'avais 6t6 placee,
M. le directeur de Charenton ayant omis de le de-
mander.
M, le docteur^Tr^lat n'ayant aucun renseignement
sur moi, aucun papier me concernant, personne ne
venant me voir, trouva au bout de trois mois que je
n'6tai8 pas k ma place chez lui, et ne pouvant me ren-
voyer, faute de savoir a qui s'adresser, se d^cida k me
passer k la deuxi^me section, dite des Grandes Loges,
au service de son collogue, M. Metivi6, ou j'entrai le
4 mars 1855.
D6s le premier jour, M. le docteur M6tivi6, avec
lequel j'eus immMiatement une explication, me declara
qu'on ne gardait pas aux aU6n6s une personne dans
mon ^tat, et me dit qu'il allait signer ma sortie.
Je le priai de n'en rien faire avant de m'avoir fait
I
CHAP. VII. — LA. SALPeXRIERE. 401
"■ I. ■■■ ■■ '/' ■■ii*ii' ..■■^. ■
rendre les papiers el Targent que j*avais k Charenton,
et mes papiers d'affaires qu'on m'avait pris et gard6s au
bureau k mon arriv^e k la Salp^tri^re.
M. le docteur M6livi6 fut fort 6tonn6 lorsque je lui
dis qu'il n*y avail sur mon compte aucun papier admi-
nistralif, aucun r^pondanl, ni renseignement officiel ; il
voulut avoir le» coeur net de celte affaire et savoir le
nom reel eiVindividualite d'une malade bien ^lev^e,
quoique n'ayanl ni tenants ni aboutissanls.
11 alia done en parler s6rieusement au bureau. On
lui remit mes papiers d'affaires, que le bon docteur
m'apporta lui-m^me le lendemain. Mais dans quel
6tat ! On les avail fouill^s, chiffonnes, mis en d^sordre,
au point de n'y rien reconnaitre.
II me fallut deux jours pour d6brouiller ce paquet et
montrer a.u docteur 6bahi vingt-cinq lettres convenables
et intactes. Je les gardai, en attendant le r^sultat des
d-marches de I'employ^ de radminislration.
Elles furent loin d'etre satisfaisantes.
On lui r^pondit a Gharenton que je n'avais de Var-
gentj des papiers civils et de famille que dans mon
imagination malade; que je ne pouvais savoir qui
j'^tais^ puisque nul ne le savait, radminislration elle-
mSme n'ayant aucune pi^ce, el le docteur Pelletan,
baron de Kinkelin, ne m'ayant plac6e a ses frais que
parce que je n'avais ni parents ^ ni famille, ni repon-
danty et que ma triste postilion lui avail fait pilie, ainsi
qu a plusieurs personnes charitables.
6. .
102 MEMOIRES D*UNE khit^tE.
Rien n'et^iit plus d^courageant qu'une r^ponse sem-
blable.
On comprit cependant qu*& quarante ans, fl 6taJt
impossible de ne pas avoir une individuality qael-
conque et des meubles, au moins pour coucher chez
sol.
L'employ6 avail pris la chose k coeur. II alia; chez
M. Rouy, qui I'envoya promener en lui disant « qu'il
ne savait ce qu'on lui demandait, ni de quels papiers
on voulait parler. » II alia chez des musiciens qui, fort
6tonn^s d'Mre questionnes sur ma filiation et me^
affaires, s'amusferent a le faire courir de Fun chez
I'autre; enfin chez le docteurPelletan,auquel il dit (pxe
j'allais porter plainte et r^clamer ma sortie que le doc-
teur M6livi6 d6sirait signer, le d^faut de domicile
seul s'opposant k ma mise en liberty.
M. le docteur Pelletan accourut a la SalpStri^re
apr^s Theure de la visite, s'adressa a M^^* Beloeuf, la
surveillante en chef, qui me Tamena k Tinfirmerie, ou
j'ilais depuis mon arriv^e.
M^® Beloeuf, femme aussi sup6rieure que bienfai-
sante, m'avait regue avec la plus gralide sympathie; me
trouvant faible et 6puis6e, elle avait pour moi d'affec-
tueuses attentions.
M. le baron qui, en m'enlevant sans me connaitre,
ne m'avait m^me pas regard^e, a ce qu'il parait, fut
trfes-6tonn6 en trouvant en moi une femme du monde
Je recevant avec dignity et sachant s'exprimer de fagon
CllAV. YII. -— LA *SALPfiTUlb:RE.
103
a ne lui laisser aucun doute siir ses intentioni^ hi i§ur
son etat mental.
II se confondit alors en excuses, avoua son impru-
dence et d^clara a M"® Beloeuf qu'il n'^tait jias venu
constater mon ^tat pair .lui-m^me. II s'^tait contents
d*6couter les tappoHs de ceux qiii n'6taient renseign^s
que par les del^gu^s des concierges, et, sans fentrer
chez moi, s*6tait 6galemen{ adress6 k ceux-ci, afln d'ob-
tenir deplus amples explications.
II deplora ce qu'il appela son itourderiey promit de
tout r^parer, mit sa bourse k ma disposition, me pria
de ne pas porter plainte, d'attendre son retoiir, me
demanda pardon, etc.
Je promis d'attendre quelques jours; je refusal avec
hauteur Foffre de sa bourse, en lui faisant savoir toutes
les bontes de M"« Beloeuf pour moi et en lui ddlclarant
simplement « qu*en fait de reparation, je ne r^clamais
rien, que mon domicile et son contenu. j>
Mon domicile et son contenu !!!...
C'est seulement alors qu'il coniprit, je crois, la
portee de son etourderiej car il resta un moment
silencieux et interdit; puis il partit en me tendant la'
main et en me promettant de se hater de tout arranger
pour le mieux.
Je ne lui donnai pas la main ; mais je Tassurai que
j'etais prdte k concilier si chacun y mettait du sien, de
fagoii k ce que je puisse reprendre ma vie artistique,
laborieuse et mondaine, sans faire aucuh scandale
.104 MEMOIRES D*UNE ALIENEE.
d'une absence dequelques mois, facilement explicable
' du moment oii je rentrais chez moi comme si je reve-
nais d'un simple voyage.
J'ignorais alors absolument comment les choses
«
s'^taient pass^es. Je ne pouvais croire, malgr^ ce qu'on
m'avait dit, qu'on avait pu v^dre ce que je possedais,
sans que j'eusse 6t6 ni inform^e de ce fait, ni mSme
interrog6e par personne ; et comme M. Pelletan 6vita
de citer un autre nom que celui des concierges, j*6tais
persuade qu'il n'existait r^ellement qu'un malentendu
f^cheux, mais reparable.
M. le baron de Kinkelin, tout au contraire, sachant
que j'^tais complMement d^pouill^e, comprenait toute
la gravity de la situation et dc la responsabiliti qui
pesait sur lui, car rien de tout cela ne serait arrive sans
sa complaisance, sans son certificate ses conseils, ses
d-marches personnelles.
C'est done sur lui, sur lui seul, que toutle poids de
cette triste affaire devait retomber.
Ce n'^tait plus pour ^tre agr^able aux autresqu'il me
devenait adverse; son propre int^r^t lui ordonnaif de
se sauvegarder avant tout.
II courut raconter le cas k M. le directeur de I'assis-
tance publique, lui faire comprendre TafTreux scandale
qui r^sulterait d'une reclamation de ce genre, faite
centre Tadministration, centre des personnages aussi
'connus que les m^decins qui m'avaient gard^e, que
M. Rouy, qui Tavait charge de me placer k Gbarenton.
I-'
CHAP. VII. — LA SALP£tRl£RE. 105
" I ■ < ■! ■ . Il.l II., I ».. I I I I ■■ I.
^
M.Je directeur, 6pouvant6, d6fendit a son commis de
s'occuper de moi, en parla k M. Basse, alors directeur
a la Salpetri^re. II fut entendu que, si je sortais de U,
j'en sortirais avec un certificat de guerisouj sous la
seule responsahilite du mSdecin, sans que radnainis-
tration me vint en aide sous aucun pr^texte, car cela
aurait eu Fair de convenir d'un tort.
Le pauvre jeune commis, qui y avait mis lout son
zMe, vint me dire cela lui-m^me, n'y comprenant rien,
parce qu'il avait 6t6 charg6 d'autres affaires k peu prfes
pareilles qui s'^taient arrang6es du consentement de
chaque partie.
Quelques jours apr^s, on me fit savoir du bureau que
la somme de 15 fr. y avait' ete d6pos6e de la part de
Af«* la baronne de Kinkelin.
m
On n'entendit plus parler du docteur Pelletan, et
Vadministration resta dans une ignorance d'autant plus
profonde de mon nom et de mon identity, qu'il avait
r6p6t6 ce qu'il avait dit k Charenton, affirm^ qu'il
ti'avait agi qu'i la demande de personnes tres-haut
placees, qui me portaient un vif int6rM et qui ne vou-
laient pas 6tre nomm^es; que je n'avais absolument
aucune ressource ; que ma folie 6tait des plus caract6-
ris^es, etc,
Ceci s'accordant avec le desir de Tadminislration
d'^touffer cette affaire, on donna raison au docteur
Pelletan, ^t les bureaux ne s'occupferent plus de
moii
/
/
106 MEMOIRES D'UNE AJLI^N^E.
Cepen(fe^fkt, ce qui venait de se passer aftira I'atten-
tion sur moi.
Le besoin qu'on setnblait avoir de me faire ispa-
raitre, tout en disant me porter int6r6t ; le soin qtf oh
meltait k taife mon identity, h ne procurer, aucun pa-
pier, aucun renseignement ; le silence de radministra-
tion charg^e de ma (utelle ; la manffere dont j'avais ,it6
6lev6e; uno certaine ressemblance qu'on me trouvait
avec M>ae la ducbesse de Berry ; le nom de Chevalier,
se rapportant k celui d'une femme qui, m'avait-on
dii,^tait accouch6e aux Tuileriesle 29 septembre 1820,
rappelferent les bruits r^pandus depuis cette 6poque
sur la naissance du due de Bordeaux j et firent dire
queje pourrais Men 6tre la fille dela princesse.
Chacun fit son commentaire.
Cela devinf d'autant plus s^rieux <^'on 6tait en
pleines n^gociations pour amener li. fusion des deux
branches des Bourbons, et qu'on savait que la Salp6lri6re
servait souvent d'oubliette pour engloatii* des victimes,
sous pr6texte d'ali6nation mentale.
Je r^clamais mon nom, reparation, justice.
M. le docteur, constern^, me fit comprendre qu'il ne
pouvait me rendre libre que par un certificat de gue-
risohy et, en I'absence de tout moyen d'existence,puiS"
que je n'avais plus rien, m'offrit de rester dans sa sec-
tion, ou on t^cherait de rendre mon sort le plus^ doux
qu'on pourrait.
fitait-ce possible? £tre d6pouill6e de tout ce que
r
CHAP. til. — LA. SALP£;TRlE;itE. 107
/
■ ■■■—-■. ^ m ■— ^ ■ ■ ■■»■■■■-■. -■■—■ ■ ■ ■ ■■^ ■ ■■ ■ <■ - — pi^^— ^^^^i—i^^^^— wi—i^p^
t '
j'avais et accepter ia sequestration, la degradation
mteUfictuelle, ia perte de tous mes droits civils?...
Vivre au milieu de pauvres insens^es, dans le centre le
plus miserable, leplus ^nervant, le plus effroyable....
alors que^ dans toute la force de T^e, du talent, de
rintelligence, je pouvais reprendre laa place avec d'au-
tant plus de succ^s, qu'un scandale pareil devait 6inou-
voir la foule, faire courir it mes concerts, mcttre toute
la presse en ^moi, me procurer des dommages^int^ets
conaid^fales?
Non, certes!... Mais que faire?
Le pauvre docteur ne pouvait que ce qu'il ofDrait.
Mes lettres ne partaient pas, et le chef de bureau
m'avait assure que la justice, si elle intervenait, se bor-
nerait k me Isiire mettre a la porte, sans s'occuper
autrement de mes affaires, des ennemis qui pour-
raient me faire enfermer de nouveau, ni de savoir o^
i'irais, sans papiers, sans ai^ent, sans domicile et sans
protection.
Les mois s'ecoulaient, et je commensals k d^sesp^rer,
tout en sentant crottre mon indignation et ma resolu-
tion d'en finir par un coup d'§clat.
Sur ces entreMtes, des ouvriers .vinrent travailler
dans la section.
J'eus I'id^e de frapper leur imagination en me ser-
vant du myst^re qui m'entourait et de la ressemblance
qu*on me >trouvait avec la duchesse de Berry,
J'avais vu tant de proems de vrais ou faux Louis XVH
V
I
108 MEMOIRES D'UNE ALIENEE.
impressionner la foule, que j'eus fci en moi-m^me
pour la remuer a mon tour et pour arriver, au moins,
k faire un peu de bruit.
J'dcrivis done k ces ouvriers en les priant de se
charger de lettres pour la justice, la prefecture de
police et quelques joumalistes.
Ces lettres disaient :
c Qu'une inconnue ^tait arbitrairement s^questr^e k
la Salp^triere ; qu'il ^tait impossible de se procurer
aucuns papiers la concernant ; que c'etait la fiUe de la
duchesse de Berry, k laquelle on avait substitu^ un
gargon^ etc. »
Les ouvriers connaissaient cette histoire. lis prirent
feu. Je leur remis un mot pou^r aller chercher quelques
portraits de moi et des romances chez un marchand de
musique. Cela leur donna coniiance ; ils firent ma com-
mission, m'^crivirent, en parlfereht, vinrent me saluer
k Finfirraerie pendant une courte absence de Tinfir-
mi^re.
L'effet ne se fit pas attendre; mais il fut autre que
celui que j'en esperais avant ces demonstrations inat-
tendues.
Les visites farent interdites ; on me d6clara archi-
folle; et, au lieu de me rendre les papiers, les effets,
Fargent que j'avais a Charenton... comme tout cela
avait cause un assez grand mouvement, on me mit en
cellule, ainsi que les malades qui me servaientj afin
de couper court k tout rapport ext^rieur.
I
I
GIIAP. VII. — LA SALP^TRIKRK. 109
■ 11 ■ . ■ ■ I I I ^^mmm^mmmmmm in ■■ i I
/
L'ouvrag;e des ouvriers fut interrompu. Aucune sorte
de papier ne put plus p^n^trer dans la section. On
fouillait les malades, le service, Jusqu'aux parents des
malades. On enlevait le papier qui recouvrait le cho-
colat...., etc.
G'^tait un veritable 6tat de si^e.
Mais ces mesures rigoureuses ne firent qu'aggraver
les choses^ \
La section fut de plus en plus agit^e. Le quartier
des fr^n^tiques, ou on m'avait plac^e, n'^tait s6par^ du
quartier g6n^ral qu^ par une grille donnant sur une
grande allee ou on ne se promenait jamais, les folles
furieuses faisant peuretpiti6. Mais d^sque jefus U, les
malades s*y pr6cipitferent, surtout aux heures de r^cr^a-
tion ; toute la largeur de la grille fut obstru^e par des
femmes m'appelant, voulant au moins m'apercevoir a
travers les barreaux de ma cellule. On employait les
imib^iles, qui trouvaient assez d'esprit pour faire la
commission, k me porter des fruits, des douceurs, et
mdme du papier et des billets ecrits au crayon, pen-
dant que les gardiennes mangeaient ou avaient le dos
tourn^. Ces malheureuses femmes 6taient sur les
dents. Jamais encore chose pareille ne leur ^tait
arriv6e, et, ne sachant plus que faire pour Eloigner la
foule encombrant la grille, elles montaient la garde
avec leur balai de bouleau sur T^paule, de fa^on k en
presenter la verge k la figure de celle qui avangait la
t^te. Cela aurait fait rire, si cette sequestration n'avait
7
110 MEMO^RES D'UNE ALIEN^IE.
I
■ ■■ ■ 4 ■ ■ .1 ■■ ■ ■■ ■ ■ ■ ■ ^
^t^ atroce et I'lndignation trop grande. C'eat ainai que
j'appris que le dehors se remuait et qu'on voulait m'en-
lever la nuit par la buanderie. J'6tais d^ol^. Ge n'^tait
pas eo cachette et par force qua la liberty pouvait
m'Mre rendue.
M. le docteur M^tivi6 etait parti en vacaneea afni^s
avoir donn^ ses ordres. Voila cemment il troava les
t^tes mont^es k son retour. H comprit qu'il ne pottvait
plus me garder et me signifia que ma pbee dtsdt a
Cayenne^ mais non dans un a&ile d'ali6nas« Puisque
j'avais des gens prenant fajt et cause pour joaoi k Paris,
je n'avais qu'i alle^ les trouv^. Sur c^ il signa naa
sortie dans les termes suivants :
11 octobre 1855.
Je, soussigne, chef de service de service de Tasile de la Salpd-
tri6re, certifle que la nommSe Ghevali6r'Rouy, &g^e de quarante
anfl, profefistoft de maitresse de piano, n^ a Miian (Italie), en-
tree le 30 novembre 1854 au traitemexit des alien^s, est caime,
r^guli^re, peut travailler, et que, quoiqu'elle conserve encore
quelques sdieirations, j'esUme qu'eUe pent sortir de Tasile pour
essai.
Signe: MiTivit.
L'arr^t6 du pr^fet de police, pris en vertu de cet
strange certificat, disait :
M. le directeur de Fhospice de la Vieillesse (femmes) laissera
immediatenaent sortir ladite Ghevalier-Rouy, et nous informera
dujour ou eette sortie aura lieu.
Le Pr^fet de police : Sig^ie : Piiim.
CHAP. VU. '— LA SAtFi^MtlRE. , ill
- - - ^ ■ ■ ^ I —
Cest le 19 octebre que Tarr^U du pr^Iet de poHee
fat es?oy^, bien que datd du 11.
D^ que eette pitee indi^kensable fut arriv^e, on
ferma les portes pour emp^cher les malades de m'en*
tourer, et je sortis de ma cellule aUx a^t^es, eseort^
de deux suFveUlantee qui me eonduisirentau bureau, ou
on devait me rendre mee bijoux et meg pawners d'af-
faires. NL^is il s'y ^leva une discussion. D'abord, il
manquait aux bijeux une petite eliaiae de Veniae munie
d'uii f^rmoir ^aill6, et deux boutone d'oMiUes pareita
au fermoir ; de plus, il fallait signer 8ur le regiatra la
r6eeption dea bijoux.
— ^g&er?
— Oui. .
-<^ Ei quel nom ?
— Parbleu I le ^tre : Chevalier.
«<^ Je ae auis pas Cfaevalier et ne aigpiiesai pac un
£eiux. ,
-^ Vous n*aurez rien eans signer. Voyens, fioiasona.
#
Je pris la plume et fis ^jr^ * Mais ma main fut
aniline par le bpreaucraie, qui s'^ftofia : < Yous abi-
naez men regiatm S » me le ferma au nez et remit ie
pattier aux bijoux dant le tiroir»
Restaimit mea papieM, eemme je i'ai dit. M. le doc-*
teur M^tivi^ me les avait fait rendre. Depuis I'affaire
dea ou^riers, on me les avait raprta, croyant y troa^r
qaelqpe elieae retaitif k men nom^ k nea idank^, etc.
' /
il2 MEMOIRES D'UNE ALIISN^E.
Mais, comme'on le sail, mes papiers de famille 6taient
rest^s k Gharenlon. Ceux que M. le docteur M6tivi6
m'avait fait rendre ne contenaient que des avis de re-
ception d'albums, de billets de concerts, la note des
sommes me restant dues sur leur placement, etc.
Ges lettres-]^ ^taient done fort importantes pour moi,
car elles mettaient de Targent comptant k ma dispo-
sition, donnaient le nom et I'adresse des personnes
qui s'int^ressaient k moi, pouvaient renseigner sur mon
compte et peut-^tre me venir en aide dans ma d^tresse*
Messieurs du bureau me dirent ne pas les avoir vues
depuis qu'ils me les avaient renvoy^es. Le docteur M6-
tivie, qui n'habitait pas la Salp^tri^re, ne devait venir
que le lendemain matin, si bien qu'on me fit monter
dans un fiacre qu'on accompagna jusqu'^ € la porte des
Champs, » et on la referma derri^re moi...
Voilk exactement comment les choses se sont pas-
sees et comment cette version : € fille de la duchesse
de Berry^ y> se trouve d'un bout k I'autre dans les
rapports et certificats de MM. les docteurs, inspecteurs
g^neraux, hauts fonctionnaires minist^riels, qui, sans
savoir a quel propos est venue cette filiation retenr
tissantey en ont fait leur grand cheval de bataille,
parce qu'e^Ze fait effet; comme moi, de mon c6te,
je me suis servie de cette l^gende invraisemblable dans
le m^me but.
J'^tais dans la position la plus difficile, Je n'avais
plus rien au monde, pas d'amis : les pauvres et les
' ' .
'V/
/
CHAP. VII. — LA SALPfiTRlfeBE. 143
■ ■II ■ . . ■ ■ . ■ .'
I
fous font peur. D'ailleurs, k cette ^poque, toutes mes
connaissances ^talent k la campagne. Je ne savaia done
ou aller.
On etait bien venii k I'appel que j'avais fait par les
ouvriers ; mais la porte avait 6t§ ferm6e k tons, et je ne
savais qui avait cherch6 k me voir. Je ne pouvais mSme
pas aller m'en informer a ceux qui m'avaient 'servie,
la moindre imprudence pouvant leur faire perdre leur
ouvrage, les cbmpromeltre gravement, et moi ne vou-
lant pas, bien entendu, donner suite k cette aven-
ture.
On m'avait mise k la porte dans Taccoutrement que
j'avais le matin du 30 novembre 1854, lorsqu'on
m'avait emmen^e de Gharenton, c'est-^-^ire en robe
de chambre k manches ouvertes, gamies de dentelles
et de rubans cerise, t^te nue, en pantouftes. Je n'avais
ni argent, ni domicile, nipapiers H Mait six heures
du soir.
Je me fis conduire directement k la prefecture de
police.
J'allai, en arrivant, droit au bureau du pr6fet. II n'y
dtait plus.
Son secretaire m'adressa au chef du bureau des
ali^n^s. C'6tait alors M. Leroy. '
II m'envoya au commissaire de police du Palais-de-
Justice.
Je dSclarai k ce maglstrat que je sortais de la Salp6-
tri^re ; que je n'avais ni papiers, ni argent, ni domi- ^
I
«4
!tffiMOm«l D*trNE ALTJ^NftE.
<^}e. Je le pri^< ft t^moifi de ia tetttie dans laquelle cm
m'avait renvoy§6 eft qui fte in^ petiSiettait m^me pas de
me presenter nuUe part. Je lui dis que je me nommg^s
Hehsilic tlOtJT. Je )Qi dotinai tous les renseYgnements
desirables pour qu'il p^t s'mfortner des faits, s'assurer
de mes felations, de moti nom^ de mafamille, et le
priai de m'accottler TiiospitaHtS jusqu'A ce qu'on m'eUt,
all moins, r^tidu les papi«fs^ l^s effets et I'argeut que
j'avais k Charentoti et i la galp^tfi^c.
C'cst escoil6e par tr*ds serg«^ dei viHe, qui m'ont
fait traverser toute la prefecture de police sou$ leur
garde et qui oftt 6t6 fort bietweillants pour moi, que je
suis arriv^e tsans eacombre JUsqti'au bureau de M. le
commissaiie, au PalaisMle-JttstJce.
Quaiid il fut gut le point d^ iiftdiger sou pfocfes*'
veAal, le brigadier lui dit (de lui-tn^m^ ou par ordre
de M. Leroy ?...):
— On ne peut pourtant pas mettre madame ayec
les autres.
Les autreSf c'est-4-clire au dep6t de la prefec-
ture de police ; on salt... . ou on devine hn. quelle com-
pagnle.
Sur cette observation, M. le comraissaire fedigea la
note suivante ^
Le 19 octobre 1855, une femme disant se nommer HersiUe
Rouy, ne paraissant pas jouir .de ses facult^s mentales, s'est
presentee a mon bureau, en se disant « sans asile, sans res-
sources, sans nom. »
- /
CHAP. VIT. — LA. SALPfiTRlftRE. 115
Apr^ hyoit port6 le mot que M. ie commissaire de
]^ice remit aiix agents qui m'accompagnaient dans
deux ou trois autres bureaux, j'obtins enfin, gr&ce ^la
mention : < ne paraft pas jouir de ses facultSs^ » la
laveur d*ttn cabanon, oii je pus ^tre seul6.
Lelendemain, 20 octobre, M. Ie docteui* Lasfegue
Tint m*y voir, et je lui dis ma position avec la m^me
ft^nchise qu'au commissaire de police. H en parut
toQcM et me sembia Ir^s-d^sireux de m*aider. ; cepen-
dant les moyens de le faire lui manquaient.
n ti'y avait pas d'argent pour me mettre k la malson
Dubois. Souffrante comme je T^tais, ayant des transpi-
rations qui exigeaient un changement frequent de
linge, il m'^tait impossible de coucher pendant plu-
sieurs nuits, sans draps, sur une paillasse malpropre.
II monta done voir au bureau ce qui pourrait 6tre
fait pour me procurer un gite provisoire, sinon d^fi-
nitif.
Les r6sultats n^galifs de sa d-marche furent cons-
tats par la note ci-apr&s :
La nominee HouY, quarante-un ans, sartant de la Salpdtriire.
AiT^t6e en 6tat de vagabondage. — Lettres d61ii*anteg. Impos-
sibility de trouver un domicile (sortie le 19 octobre).
Signe: Las^Gue.
d Arretee ! dit le docteur, arretee en Hat de vaga^
bondage! »
JEffectivement, si une femme, dans mon accoutre-
/
')
116 m6moires d'dne auieni6e.
- - ----- — - ^ - - .,■■■,
menty d piad, sans papiers, sans argent, sans domi-
cile/ avait ^te trouvee dans la rue, ne sachant que
deyenir, il est certain qu'on Taurait arr^tee.
Mais loin de la. J'^tais arriv^e en voUure bien
fermee, que j'avais pay6e moi-m^me de mon dernier
argent. J'avais fait personnellement toutes les d--
marches necessaires pour prendre la prefecture de
police a temoin de la malveillance dont I'administration
avait fait preuve envers moi en me renvoyant dans le
plus complet d^niiment, dans une tenue impossible,
aprfes avoir refus6 de me faire rendre ce que j'avais
apport(§ en entrant.., J'avais d6clar6 ces faits au doc-
teur, comptant sur sa bienveillance, plagant moi-
m^me mon sort entre ses mains Et voil^ la note
qu'il donnait ! •
Ce n'est pas tout ; il avait ajout6 : « Lettres deli-
rantes! »
Assur6ment, je n' avals pas 6crit dans le fiacre ; si je
Tavais fait, j'aurais jet6 mes lettres a la poste, et je ne
les aurais pasport6es k la prefecture. G'est done d'apr^s
celles qu'il a trouv6es au bureau (lettres dont les ou-
vriers etaient charges au mois de juiliet,. c'est-^-dire
troU mois avant ma sortie) que le docteur Las^gue
certifiait au mois d'octobre, de fagon a me faire
s^questrer de nouveau, n'ayant aucun fait recent h
citer.
Lettres delirantes ! Et pourquoi d^lirantes?
Est-ce que c'est parce qu'elles rappelaient une substi-
V
(JHAP. VII. — LA SALPfiTRlfiRE. 117
tution dont tout le laonde parlait depuis trente-cinq
ans?
Du moment ou un people intelligent se fait I'^cho
d'nne semblable l^ende, on doit s^attendre k voir,
t6t ou tard, surgir la femme 16gendaire, que cette
femme soi^ r^ellement la victime immol^e au repos de
TEtat, ou une aventuri^re voulant exploiter la cr^dulit^
publique. ' '
Que sont, apr^s tout, ces lettres dont on se fait une
arme centre moi? Un appel h Tautorit^ responsable,
une mani^re de lui faire comprendre le danger (Tune
negligence administrative livrant les ^tablissements
publics k des commentaires compromettants en rece-
lant une ^trangere inconnvSj n'ayant pour tout Hat
civil qu'un enregistrement officiel fantaisistey sous
deux noms, dont pas une pi^ce ne constate la r^u-
larit^. ,
Qu'avais-je done fait pour ^tre enferm6e comme
alienee ?
J'avais eu foi en Thonneur des fonctionnaires char-
g6s de maintenir Tordce et la paix. Je m'6tais adress6e,
dans une position aussi difficile pour une femme accou--
tumee aux convenances et au respect de soi-m^me, au
commissaire de police, au m^decin, au lieu d'en appe-
ler aux partis qui m'auraient tendu les bras et on
m'enfermait comme foUe !
En aurait-on fait plus, si au lieu d'agir avec tant de
prudence et de moderation, j'avais 6t6 courir de cdt6 et
7.
■ - V" I — — ■ ■ I ■ — - - . -'■ I - I - - -- ■ - --■ ■■ ■■—.■■ ■-
4'autre^ trouver Jes ottv*rier»9 r^lamer desmillumB et
ma royale filiation 9
II est efifrftyftnt da petiser^ que la libei^td individuelle
est livree k la tnerci de semblables ce^tificats en plein
Paris^ en plein XIX* BiMe !
L'arr^i6 du pr6fet dd police me reiivoyant k la
Salp^ri^re (^iait con^U dans lea mtoee termes que le
premier :
' La demoiselle HersiHe'Camille-Jofiephme Chevalier-Rouyf
^tant dans un ^tat d'ali^nation m^ntale qtti compromet Tordre
public oa k s^et^ des personties, aitisi ^'il est C6tistat^ par an
prdc^verbftl du cofnmisjaire ds pQlioe de la^oation du Palais-^
de-^ustioet
■ Et certifie par M. le docteur Lasegue^
Rentrerait dans ledit etahlissement pour y ^tre tralt^6 dft la
malddid drnit elle dst atte^Ate, kfUdll^ ft'dSt manifest^ par den
aetes extravagants.
-«-E-
/
CHAP. VIII. — MA RENTRl^E. — ASILE DE FAINS. 110
CHAPITRE VIII
Mm t^ntrH & ia S«lpMriM«* — Pr«itti«r traaafert on proYlsot.
— L'asile de Fains.
Lorsqu'nne folle rentre dans un asile, Tusage ou les
r^lements veulent qu'on la r^int^gre di^ns lo service
dtt m§decia qui a sign6 sa sortie. Gependant, k mon
arriv6e, le bureau m'envoya k RamhuteauJiaBis on
refusa de m'y recevoir. II en fut de rndme aux Incu^
raMes. On ne voulait de anpi nuUe part. Force fui
done de me renvoyer ou j'avais droit d'entrer, c'est^-fti^
ditne aux Chrtndes Loges,
Gela ne fit pas da tout Taffaire du docteur M^vi^.
C'^tait un bon, faonndte et eKceUent hommey juste
et d^ireux de rendre service, mais extr^mement vif,
petulant et occupy, U ae m'avait jamais trouv^ aucun
d^Hre ; avant moH renvoi, nous avions souvent caus6
de spiritisitte^ de magnetkme, dont lui<-mi^me s!occu«
pait au point de vue scientiCque. II me soutenail, avec
toute la vivacity de sa bonne nature, quHl ^toU impos-
$&ile qu^on m'eut dite folle k propos de spiritisnae,
\
120 MEMOIRES D'UNE AUENEE.
\ #
— Alors, pourquoi?
— Mais vous n'Mes pas foUel Ge sont des affaires ;
d'ailleurs il n'est pas admissible qu'une famille pos^e
comiue la famille Rouy ait agi ainsi.... II faut une
raison....
«
Je croyais alors, comme lui, ma famille abus^e sur
mon compte et n'ayant pris qu'une part trfes-indirecte k
ce qui s'^tait pass6. Je racontai au bon docteur tout ce
que j e savais, les avertissements re^us^ les precautions
prises, ce que contenaient mes troispaquets depapiers;
enfin je lui parlai des actes sous seing priv^.
II comprit 1^ une seule chose : c'est que les bruits
qui avaient couru sur la substitution d'Henri V pou-
vaient ^tre fond^s.... et me voici devenue fiUe legitime
des rois de France !
Ce que c'est que d'etre Chevalier, de parents in-
connus, d'avoir ^t^ ^levee par la famille Rouy qui vous
6te son nom, et d'etre enferm^e dans tin asile sans
6tre folle! On sait le parti que j'avais tir^ de cette
iUustre parents. Quand le docteur M^tivi^ m'avait jet^
dans la rue, je lui avals prMit que je rentrerais k
I'asile, a moins que je ne rencontrasse des protecteurs
inesp^r^s chez les agents de I'autorit^ auxquels j'allais
m'adresser, et je lui tenais parole. Partiele vendredi,
je rentrais auxgrandes logos le samedi, k quatre heures
apr&s midi.
D^s qu'on me sut de rietour, les malades voulurent
me voir ; Tagitation fut. e^^trfime, On ferma et on gard^
»•- ■ I
\ •
CHkV, VIII. — MA. RBNtREE. — ASII.E DE FAINS. 121
/
■ nm i^i— wi «ll» >!■ 11 , m I ii» iim^-i-^m^m—^-mm^^^i^mmm^-mm^mmm-mi i ^•m^mmtm
les portes; on mit en cellule lesplus turbulentes; mais
onueput omp^cher le dimanche ce qu'on avait em-
pdch^ la veille. Les malades appel^s au parloir pas-
saient devant la reception (on appelle ainsi Tendroit
ou couchent les arrivantes et o^ j'^tais provisoirement) ;
elles entraient • bon gr^, mal gr^, m'apportant des
friandises et du papier pour 6crire.
Ceci n'^tait pas fait pour ^tre agr^alile au docteur ;
aussi lorsqu'ii arriva, le lundi matin, fut-il furieux.
U ne voulait pas meparler ; mais comme je le saluai
amicalement, il ne put se contenir et me reprocha
vivemient ma conduite, en me disant ^ qu'il n'avait pas
a s'occuper de savoir si j'^tais Chevalier ou Bourbon,
Rouy ou Capet ; que ce n'^tait pas du tout du ressort
medical; qu'il y avait des tribunaux pour les questions
civiles, et que je pouvais bien Mre le diable en personne,
sans qu'il ait k s'en occuper; que je n'^tais qu'une
ent^^e, voulant tout bouleverser; qu'il ne pouvait pluft
contenir sa section depuis que j'y ^tais; qu'il ne pouvait"
pas non plus me garder en cellule et qu'il allait me
mettre de nouveau k la porte. ]»
— Envoyez-moi k Bambuteau.
-^ Je ne fais pas de semblables cadeaux k mes con-
freres.
— Que voulez-vous done que je devienne? OA vou-
lez-vous que j'aille? Je ne puis pas rester sur une
borne !
Allf5?; cbw vps ouvriers.
» ^ (
/
i22 miSmoires d'une alienee.
■ ■■ ■ ■ ■ ■■ ■■ I ^ ■ I 11 I ^ ■■1.^ ^'m- I m> . m • ■ — »— n ■■i... fc ■■■■■.■ ■■ ■■■■*> ■ ■■ ■ — — ... ■^ ^^» ■■■■
--* Noii, mottsieu!* le doctear, non ! C'est chet voue
que j'irai.
— Chez moi?
^ Oui, tnonsieur, il me ^ut un r^pondafit; 66dettt,
un homftie pouvant att^ter que j« KUis UAe vieiime 6t
non une ftveuturi^re^ et depute huit moi6 qu6 je suis
entre vos mains (je n*AVttid 6t(d libre qu^ Ting1>quatre
heures), vous savez k qu6i vous eu teuir, AUfisi bien sur
ma faison que sui* m^s jh§okLknatio&iS, que Bur le mau^-
vais vouloir de radmiuistl'ation ei da la JUBtioe, qui ne
s'occupe pas des ali^tt^s.
Ge que je di$ais 1^ i&tait la ^4fit4&. Je sei'ai^ all^
d'autant plus Chez le doct^ur M^ivi4 qu'il 4tait k la
tke d'utife grande taais^n d'all^u6« A Ivry ; que c'^tait
uti honn^te homme et qu'il aurait eu pitid de moi, une
fois que j'aurais ^\^ plac^e t$oua «a atule protectioii et
responsabilltt^.
II me savait femmeli ^ite ce que je disaiB.
Je ue pouvais rester au& Grafides Legee, c'Mait
certain.
11 me passa d'autorit^ k Rambuteau, et jtisfjifia men
maintien ^ I'asile par la nele mMicale euivante s
ft
Monomanie ambitieuse ; se dit Capet, n4e de la duchesse de
Berry, au lieu et place du due de Bordeaux, qui lui a ^t^ subs-
titu6 au moment de sa naissance. — EUe reclame le h'dne de
FVance.
Je fus re^ue h Ilambuteau pat M. le 4oetett^ Tr61at,
< A •
\ _ ; ■ .
chap: VIII. — MA REN'TH^^E. — ASILE DE FAlNS. 1^
— r
faisant rint^rim de M. le docteur Falret, chef d6 ce
service, Tami auquel le docteur Pelletatt m'avait
r^ommand^e.
M. le docteur Tr^lat «ie nfeprocha iifia rentr^e, sem-
blant fort 6tonn6 que j'^Uftiie 6t6 tne plaijidre iSi la pi^-
fecture de police.
Je nepus nd'empdchef de lut f^pottdre avec Uue
certaine vivacity, car,eti vferU6,je nepuis ettcord m'fex-
pHquer comment des hommes s^HeiTx pdttvateht
trailer une position comme celle oA je me troutrais
avec une semblable l^gferet^.
Dig que M. le docteur Falret fut de retour, il me
d^clara qu'il ne s'occuperait en aucune fagon de mfes
afFaires, qui tie le regardaient pas ; que je pouvais en
charger mes amis et connaissaiiceS, et qu'il me garde-
rait tant que je ne serais pas r^tJlam^d, la le^on que je
venais de dourer i son confrere iui faisant savoir k
quoi on s*exposait en me i*emettant ett liberty,
J*6tais done posilivement prisonnifere.
J'6crivis i la justice; -*- k Charentott, pour avoir mes
papiers et mes effets. — Personne ne r^pondit. L'ad-
minisitration me r6sta ioujours adverse, et les mois
s'6coul^rent sane aihener aucun changement.
Je finis par m'irriter d'autant plus que le docteur
Falret 6tait parfaitemeht bon pour moi, me traitalt en
enfant g^t^ auquel tout est permls, et qu'U m*6tait
impossible de Tester fdch^e contre Iui, car ii 6tait bien-
faisant et g6n6reux pour tons et pour toutes.
• r
124 ,MEMOI|lES D'UNE AUJEN^E.
» ■
Je mis done des ouvriers de nouveau en mouvement.
L'administration donna jdrdre de me mettre aux
Chalets,
C'est le quartier des a^^t^es. — 11 est s^par^ des
autres par un grand mur> douze petits chalets y tien-
nei^t lieu de cellules, car on ne garde la que les
furieuses qu'on est oblige d^isoler.
La section «nti^re fut agitte, et cette agitation amena
des consequences auxquelles on n'avait pas songe.
Les malades m'aimaieilt. G'^tait leur bonheur de me
■
voir, et on ^tait oblige de garder la portje de la reception
ou j*6tais rest^e depuis ma rentr6e, c'est-i-dire depuis
dix mois. Quand elles me surent aux Chalets, «lles se
firent punir pour y Mre envoy^es ; de cette fagon, la
punition devenait une recompense, et on ne pouvait plus
venir k bout de personne.
II fallut prendre un parti. Je m'entendis avec
M. Blondel, Tinteme; il fit comprendre que c'etait
d'abord un veritable crime de me tenir dans un endroit
semblable; ensuite qu'on s'y prenait fort mal en
privant les malades de me voir. Le meilleur moyen
de les calmer etait de promettre k celles qui seraient
bien sages de les laisser venir m'apporter quelque
chose et causer avec moi.
On essaya, et on s^en trouva bien imm^diatement.
De son cdte, M. le docteur Falret, que je ne voulais
plus voir, demanda mon passage dans une autre mai-^
son.
CHAP. Vin. — MA RENTREE. — A8ILK DE FAINS. 1%
■ I ■ I ■< . ■ . II . »
Tout est relaiif dans le monde, et la femme la plus
ordinaire dans un certain cercle de soci^t^ passera
pour remarquable dans un cercle infi§rieur.
Combien plus vif est ce contraste quand une femme
bien dev^, accoutum^e au meilleur monde, ayant de
I'instruction, un talent d'artiste, tombe par mi de pau-
vres ins^ns^es indigentes !
EUe est d'abord leur point de mire, Tobjet de leur
haine, est traits d'aristocrate ; puis, si elle se montre
bienveillante, si une superiority r^elle la place au-
dessus de Tenvie, elle devient pour ces esprits faibles
et malades un dtre sup^rieur, ayant pris les haillons,
de la mis^re pour porter secours et consolation
aux afflig^, une sorte de fetiche qu*on adorerait
volontiers.
Ce r61e m'a 6t4 d^volu partout, et je Tai accepts. Je
pouvais le rempKr en arr^tant par ma seule presence
les actes de violence auxquels se livrait le service, trop
souvent grossier et brutal, car on savait que je les
ferais connaitre aux chefs. Ceux-ci ^taient attires k moi
par la superiority ^vidente que j'avais sur mon entou-
rage, tenaient compte de ce que je leur disais et me
traitaient avec 6gard.
Mon transfert k Fains donna un exemple de la
singuli^re fascination que j'exer^ais sur les gens de
condition inf(§rieure.
Conduite k la gare avec plui|ieurs autres malades
que leur depart mettait au d^sespoir, et qu'on avait
126 MfiMOlRES D'UNE ALI^NftE.
I \
V '
*™i»^» - I ■ T I II » 11 ■■ »^^ ■» ^» ■■■■■■»■■ II I — . ■—■ ■--^^— Pi»^^ I 1 I ^^•^-mm^
camisol6aSj ffia presence produisit une hnmense sen*
sation^ aussi Men sui* les sefgents de vitte, qui inaiiite*
naient la fould curieuse se preds^i^t atitouf de nous,
que sur cette foule elle-miSme, qui m'aceueillit par un
murmurede compassion.
J'avais la fenue avec iaqueUe j'avais fait man expWi-
tion a la prefecture de police; M"*« Latour, notre
^imable surveilianle, m'avait seulement pr6t6 une
fanchon de mousselinej gr&ce k iaquelle je n*etais plus
me nue.
Chacun voulait s'approcher de moi, me parler, tant
la piti6 6tait grande.
Malgr6 la resolution de ma nature assex ^ergiqiie,
j'^tais ^mue, eft ma p^leur naturelle en 4tail augments.
Je me soutenais a peine; il fallut placer prfes de ttioi
une gardienne qui me donna le bras.
Les hommes d'^uipe du chen^in de fer 6protivferent
la m^me impression, et tandis que notre condncteur,
M. Pecheux, faisait entrer les malades agit^es dans les
wagons qui leur avaient ^6 reserves, un surveillant en
chef du chemin de fer s'elan^a si ma rencontre et me
dit :
— Vous ne pouvez pas entrer 1ft, madame ; c'est
trop affreux I Venez !
II me conduisit vivement dans un wagon occup6 par
des voyageurs; ils firent un accueil des plus sympa-
thique k la pauvre foUe qui attirait en ce moment tons
les regards.
CHAP. VIII- — MA RENTRfiE. — ASI|.E DE FAINS. 127 <
., . : . 1
L^onii, mn gsrdieniie, n'eutque le temps de.se pt^-
cipiter dans ce wagon qui allait se fermer Sans sa
promptitude, je croid qii'on m'aurftit d^gais^ et cach6e
parmi led voyageases.
Au motnefnt aix le convoi allait partir, !es hommes
d'^quipd, teiif chef eft t^te, vinrent arec Amotion me
dire adieu, au revoir, me souhaitef un ban voyage, un
heufeux reftcmr; toutee les mains se tendirent vers
moi.
Je pas^ par la portiere les deux miennes k ces
braves gens, qui me les serrferent tour a tour, k la
grande stupefaction de M. P^heux et de M. Basse,
directeur de la Salp^triftre, qui m*avaient perdue de
vue dans kyut* le mouvement que leur avaient donn6 les
agitees.
Je restai^ pench^ k la fen6tre taut que je pus voir
mes ncruveaux amis, auxquels je fis signe de la main
pour la demi^re fbis, avant de regarder L^onie, qui me
dit en riant :
— II n'y a pas k dire, ils y passeront tous, jusqu'aux
gendarmes!
J'arrivai k Fains toalade, brisi^e, et fus immediate-
«
ment conduite k rinfirmerie, ou une jeune soeur me fit
fftte, oharm^e de liV)Uver au milieu de ce convoi de
fr^tiltiques iiiie petite Parisienne lui* r^jouissant la
vue.
J'avais quarante-deux ans, tous Icts iticonv^nients de
r%e critique aggravfe ^£ir les emotions incessantes
128 MEMOIRES d'UNE ALI£n£b.
. '■■;... I > I I I I . , .1 ■ ■ I ■ I ■ ■■ II
d'une maison de folles; des sueurs nocturnes m'^pui-
saient.
J'Stais au lit le lendemain matin, lors de la visite de
M. le docteur Auzouy, auquel je dis mon 6tat, le
priant de me prescrire un r^ime alimentaire fortifiant
et de me faire donner du linge pour me changer.
Surpris de rarriv^e comme ali^n^e indigente d'une
personne paraissant avoir re^u une Education dis-
tingu^e, il interrogea la gardienne qui m'avait amende.
Cetie fille lui dit c que j'^tais la seduction incarn^e;
que je ]eur avais donn^ plus de peine Ji moi seule que
toute la section ; raconta mes exploits de la Salp^tri^re,
ce qui s'^tait pass6 au chemin de fer, et pr6dit k Fains
tous les tracas dont Paris avait enfin le bonheur d'etre
d61ivr6. »
Le docteur, epouvant^, d^clara que je ne s^duirais
personne k Fains, me fit enlever tous mes ckarmes
(c'^st ainsi qu'il appoint mes efifets). La sup^rieure
d^fendit aux jeunes soeurs de m'approcher, et le doc-
teur me dit en pleine salle :
— Vous allez ^tre s^par^e de fagon a ne voir que
M°»c lasup^rieure et moi; et ce n'est pas moi que vous
s^duirez 1
J'ai done 6t6 mise au secret le filus absolu dans une
petite chambre de pensionnaire et ma fen^tre cade-
nass6e, d6s les premiers jours de mon entree a Fains,
presque sans interruption jusqu'4 celui de ma sortie
de I'asile, c'est-^-dire pendant quatorze mois.
CHAP. VJII. —MA HENTRlgE. — ASILE DE FAINS. 129
• ■■III I « ■ 1 1 1 1 ^1 [ . I
Huit jours apr^s, cependant, le docteur avail permis
d'ouvrir ma fen^tre, m'avait rendu mes effets, cher-
chait k m'^tre agreable, tout en me tenant strictement
enferm^. Mais il s'occupait beaucoup de moi, de mes
affaires.... J'^tais sa captive; il ^tait meridional ; j'eus
peur.... Je saisis Toccasion de cette p^riode de bieh-
veillance pour lui 6crire et lui demander, dans I'int^*
ret de la tranquillity g^n^rale, de signer ma sortie,
sans chercbev k d^brouiller ce chaos. Gette lettre le
mit hors de lui; il me fit aussitdt enlever encre et pa-
pier; sa fureur, son agitation ^taient inconcevables.
J'eus la nuit suivanteune transpiration si abondante
que je dus quitter men linge mouill^. N*en ayant pas
d'autre k ma disposition, je me couvris de deux jupons,
d'une ^charpe de laine et d'un chale qu'on m'avait
laiss^s. Quand Tinfirmi^re m'apporta mon d^jeiiner, je
lui remis mon linge hors de service, qu'elle porta k la
soeur d'ofQce p6ur en avoir de recbange.
Malheureusement, la sup6rieure, M"»« G..., qui dfes
mon arriv6e m'avait 6t6 hostile et avait mont^ le doc-
teur contre moi, 6tait aussi viv6, aussi emport^e que
lui. Yoyant eette fille ma chemise k la main, elle cou-
rut dire k M; Auzouy que j'eiais sans chiemise dans
ma chambre, ce qui lui fit penser que j^^tais nue et me
conduisais sans doute scandaleusement.
J'^tais bien, par le fiait, sans chemise, tout en
^tant fort d^oemment couverte, et d^jeunais tranquiUe-
ment, quand la porte s'ouvrit avec violence. M. le doc-
\
^
130 , M^llOIRES B'UNE AUtHtE.
teur entra eomme une bombe avec la {sup^rieure^ et,
sans rien examiner, la soeur d'office et deux infirnii^res
saut^rent 8ur moi, m'arrach^rent mon ch^le et mon
trkot^ me mirent nue jusqti'a la ceinture devant le
docte.ur et me garoU^entdans la camisole de force, an
moi»s de t^mps que je n'en mets k d^crire cette sctoe,
q«ii pouvait me rendre folle de saisissement.
On s'empara de mes elfets, dee petites l^ottines
d'6toffe qu'on m'avait d^jk prises une fois, et que la
domestique m'avait rendues en secret. On mit tout en
pi.^ces; on coupa ma pauvre robe de cbaiaibre ; on en
arracba les garnitures et les dentelles, pouir mel punir,
disaitp^Q, de mon orgueil et de ma. coqueU^rie. On jeta
au feu ce qui semblait trop beau pour une indigente,
m^me une petite tabati^re d'^caille contenant de la
poudre de quinquina. Mes bottines eurent le ^m^me
sort, q«oique j'eusse imm^diatement d^ckr^ lea 900 fr.
qu'elles contenaient.... Mes 900 ir. furent Hamb^s !
Le lendemain, a la visite, je demanddi froidement
du papier pour ^erire auxmdnistres. Le docteur, eifray^
des cons<§quences que pouvait avoir la scene du 13 oe-
tobre, courut dire au directeur que je voulais le pour-
sufvre en ^ attentat k )a pud^r. > M. Barroux viat me
voir auflsit6t; ii me parta avec douctur et b^veiilance^
et me fit donner ce que je demandais.
Gomme ce n'^tait pas le docteur Au;g(Miy qui avait
port^ k main sur 'moi, mais une retigieui^ et deux
servanteS) sous les yeux de M^^ k suj^rieure eft ies
>7:
• _
CHAP. \nu — SfA. lUSNTaJSE* r^ AMUR DE FAINS. 131
-^ i
siens ; qa'on VaTsiit poiuis^ k eette violefice par de fbux
rapports, je me bomai k raooater la sc^ne, sans en
Jeter sur lui toute la gravity.
C^pendant, ausftU6t mes lettres parvenues k la pre-
fecture, M. Chadenay, pr^fet d6 la Meuse, fit aecompa^
gaeac et surveiller lavisite par un de ses employes. Cela
n'a duri que irois jours, et naturellemeiit, pendant ees
trois jours, M. le docteur Auzouy a ^6 fort conve-
nable.
Qudques jours plus tard, M. le prefet est venu lui-
m^me me iToir, et je kui ai raootite la se^ne du 13 octo-
b^, eu lui montraut que je n'avais |^U9 rien qu'ua
jupon et line petite ^cbarpe en tricot de hiine, ce qui
6tait isisuffisduiit, aussi bi^i pour me leter que pour la
saison qui s'avan^t*
M. le prefel fit dea obciervations, et le eb41e qui m'ayait
ete arrack|§ de dessus les ^paules me ^ rendu. Le
reste fut jug6 inutile, puisque je ne bougeais pas de
ma efaamltfe et pouvais, k la rigueur, rester au lit.
Ge a'est qu'aprfes la visile du procureur imperial'
qu'en me rendit ma m^eureme robe, toute d^ousue
et d<^ir^.
Pourt^fit, trois jeure avant isa venue, ne voulant sans
doute pas me laisser parsdtre devant lui en chemise
dafts moB lit, on m'e&voya un petit caraco. Depuis le
depart de mes ^ttres, on m^entourait de soins. J'en fus
touchi^e; je cms au repentir, et lorsque M. le procureur
Impidrial vint pour recevorr ma plainte, je I'aban-
1
/
/
132 MJ^MOIRES D'UNE AUENEE.
donnai, me bornant ^ lui exposer les fails, k demander
mon passage da^s.une autre maison et k reclamer mes
papiers de Charenton.
M. Leroy, le substitute les fit demander par lejuge
de paix de Saint-Maurice.
On r^pondit k la justice ce qu'on avait r^pondu a
radministration de la Seine : qu'il n'y avait rien k moi
dans cette maison.
Je m'adressai alors k M. I'abb^ Rauix, aum6nier de
Fains, en le priant d'^crire lui-m^me et directement a
4
M»ne la sup6rieure. 11 le fitavec une grandeobligeance,
apr^s s'en 6lre entendu avec le directeur. M™« la supe-
rieure lui r^pondit, courrier par courrier, qu'elle avait
retrouve les papiers au secretariat^ (ou il est prouv6
qu'on ne les avait jamais eus), et qu'elle mettait ce fa^
tras, ainsi que mes effets, k sa disposition, s'il voulait
bien les envoyer chercher en remboursant 7 ou 8 fr«
qui restaient dus.
Cette l6ttre fit sensation. Mais on ne donna aucune
suite k cette affaire, parce que le docteur Auzouy, ^tant
all^ a Paris, y regut tout k point des offres d'ai^ent
faites en ma faveur par un pere anonyme^ voulant
me procurer un peu de bien-^tre, un piano, de la mu-
sique, etc.
Exasp^r^e par ces faux renseignements venant du
dehors compliqiier encore le myst^re qui m'entourait,
je refusal ces offres et r^clamai mon acte de naissance,
en d^laranl ^nergiquement que M. Tastronome Charles-
,^JJ.
F
CHAP. VIII. — MA RENTR6e. — ASILB DE FAINS. 133
■ ' ■ - I.I . . ,1 , I ,— .,'■.,... ,
Rouy, mon p^re, ^^tait mort k Paris en 1848, c'est-i-
dire depius neuf ans, ce que M. Auzouy prit pour folie
et consigna dans son rappprt en ces termes :
« Elle se prend enfm pour la pile de je ne sais quel
M. Rouy ! »
Chaque fois que je voulais insister sur ce point et
reclamer ihes papiers civils et de famille, il me disait
c: que je racontais toigours la m^me chose et qu4l
fallait varier. :»
Je le fis de grand coeur, et de faigon k ce qu'on ne put
m'abcuser d'avoir une id6e fixe.
Fottrquoi n'aurais-je pas racont^ les versions les
plus contradictoires, alors qu'on me disait folle de me
croire la fille de M. Rquy, et qu'on m'imposait un p6re
inconnu? Je fis §clat de tout ce qui avait 6t6 d^bit^
sur mon compte, de ce qui m'avait ^t^ dit, montr^,
t^\^\6y des divers noms qui m'avaient ^t6 attribu^s,
sans oublier celui de fille de la duchesse de Berry y
qui depuis raffaire des ouvriers revenait comme un
glas. G'^tait un d^lire complet, d'autant plus dange-
reux et incurable. que je parlais comme une personne
ayant toute sa raison , et parfois m'accusais moi-
m^me.
Pourquoi ne me serais-je pas dite criminelle, en
effet, puisqu'on me pers6cutait innocente, et qu'on
refusait de s'assurer de mon honorabilit^ et de mes
antecedents ? Les criminels ne sont-ils pas plus pro-
t4g6s que les fous^ puisqu'on leur permet de produire
i
^ -1
' / ■
134 MilMOlRES D'UNE ALI^^E.
leurs preuves, leurs t^moiBS k d^charg^e^ de se d6-»
fendre, de se justifierj qu'on leur donae \m avoca*?
Et comment me traitait-ou? Je passai to«t Tblv^
9ans feu et sems lumiere^ n'ayant pour me preserver
du froid que ma robe en lambeaux et le petk caraco
dpnt j'ai parl4! Au printemps, on me mit dans une
obambre plus grande, situi^e juste au^iesfltts du calo-
Fifere de la cuisine, qui 6tait allum^ de six heures du
matin a six heures du soir. Gelte chambre dtait de plus
en plein midi, et je n'en soriais jams^is.... Je ne sais
comment je n'y suis pas morte.
Tout k coup, ma porte fiit ouvertc, ma fi^^tre.
d^chain^e, et jepus me promener dans le comd<)r, qui
^it ferm^ k d^ aux deux extrtoiit^s.
■ J'appris bient6t que je devais le bonheur de pouvoir
prendre un peu d'exercice solitaire k Tapproche de
M. I'inspecteur g6n6ral, le doeteur Ferrus, qu'on
redOutait excessiveraent.
Aussi tout fut-il mis en ordre, la maison nettoy6e
sane perdre de temps, car il arrivait souvent inopin^-
ment et dans le momei^ ou on te croyait dirig^ sur un
antre d^partement.
Je me tins done pour avertie, et je me preparai k lui
soumettre ma position.
Mais M. le doeteur Ferrus, qui songeait k prendre sa
retraite, Atait accempagn^ de M. le doeteur Gonstans,
nouvelkment nomm^ inspeeteur gdn^ral, qui faisait sa
premise toum^ sous f ^gide de ee grand maftne.
^ . }
nHAP. VIII. — . UK nSNTR^E. -^ A9ILE DE FAINS. 135
Bhs qu'on apprit ceUe circonstance k I'asile^ on
s'arrangea de fagon k Eloigner 1e docteur Ferrus du
quirtiBr oil je me trouTais.
M^ le ditecteur le mena voir les eonstructions nau-
Telies^ la buanderi^y le jardin, etc., tandis que M. le
doeteuf Anzotiy, s'emparant du docteur Constans, le
pr^enaH conto^e moi, toot en lui parlant de la inani^re
6fXoeptiolin«He dont j'^tais plae^ dans une chamhre de
pensionnairey et me Tamenait, en riant^ dans cette
chainbre dont la parte ^U grande ouverte.
Mes plaintes sur la rignetir de ma g^uestration pro-
daiairent leplus f^cheux eiTet, puisqtie ma porte n'^tait
pas ferta^e^ et je fus regard^ comme une ingrate et
une iblle bien orgueilleuse, car, au lieu d'etre recon-
naissante envers un pere qui, tout en gardant Vano^
nyme, vdulait adoucir mon sfort, je repoussais ses
offres en me disant <i fille if on ne savait quel
M. Rouy^ mofi en 1848 ! »
M. le docteur Constans fit part de tout ceci a M. le
docteur Ferrus.
Depuis ce mdment, qui a d^idd de ses impres-
sions, M. le docteur Constans est rest^ le meilieur
ami de M. le docteur AU2ouy et m'a toujours ^t6
dontraire, ne pouvant se donner tort en reconnaissant
que son premier rapport avait 6t6 fait trop 16g^re-
ment.
II va sans dire que ma porte fut refermee dfes le soir
m^me.
I
' 136 MEMOIRES O'UNE ALI^N^E.
■ « ■ ■ - . ■ ■ ■ I. . I , ■ I. ■ ■ ■ I ■ ■ ' ,
M. Chadenay ayant eu son changement, le baron
Rogniat lui succ^da.
M.°^^ la baronne Rogniat, qui 6tait non seulement
une femme tr^s*sup^rieure, mais encore tr&s-bien£ai-
sante, voulut visiter Tasile des ali^n^s et y arriva un
dimanche, en Tabsence du^m^decin et du directeur.
G'est M™« Barroux, la femme de ce dernier, qui lui
lit les honneurs de la maison, lui ouvrant toutes les
portes, meme la mienne.
Mme la pr^fette fut bien 6tonn^ en trouvant une
malade enferm^e dela.sorte eten me reconnaissant
pour m'avoir rencontr^e k Paris chez plusieurs de ses
amies, entre autres cbez M»»e la comtesse de Rotalier et
chez M™^ la comtesse de Valory, princesse Rusti-
celli.
. Elle prit ma cause k coeur ; quand elle sut tout ce
que j'avais souffert, tout ce que j'^tais expos^e k souf-
frir, elle me donna sa parole de me sauver en faisant
changer le m^decin. Mais un m^decin ali^niste est
tout-puissant et ne se change pas comme cela.
Celui-ci s'empressa de la consigner^ sous pr^texte
que la presence de qui que ce soit m'agitait. Et ma
captivity redevint plus ^troite que jamais.
Le directeur lui-mSme osait k peine venir me parler.
Excepts lui, la sup6rieure et une vieille domestique,
personne ne pouvait p6n6trer aupr^l; de moi que le
m^decin.
M. Barroux, indigne, m'apporta un jour de Tencre
CHAP. VIII. T- MA RENTRI^E, — AfilLE'DE FAINS. 137
^ ■""■—"■'■ I ■■' I ■ ■■ .1111 » III ■III. . ■ I .. , ». .!_ ,
/
et du papier, me priant de faire porter ma plainte plur
tdt sur la sup^rieure que sur le m^decia, parce que,
faile en ce sens, elle n'irait qu'^ la prefecture, tandis
qu'une plainte contre le docteur allait au ministfere et
pourrait le mettre, comme directeur, dans une filQheuse
position.
Je n'avais pas k h^^iter, pas a choisir. II me fallait,
avant tout, conserver un protecteur et me mettre a
Tabri de violences qui toutes, je dois le reconnaitre,
provenaient de la sup6rieure, et j'6crivis dans le sens
qu'il m'indiquait.
M. le directeur porta ma lettre au prdfet. On-
demanda le changement de la sup^rieure,
L'ordre de Saint- Vincent-de-Paul refusa et mena?a
de reprendre ses quatorze soeurs, si on insistait.
Le pr6fet tint bon, et des soeurs de Saint-Charles vin-
rent remplacer celles de Saint-Vincent-de-Paul.
Mais le docteur Auzouy resta toujours le m^me, se
livrant a des emportements un jour, m'en demandant
pardon le lendemain. Port^ par son coeur et ses bons
sentiments k m'^tre bienveillant et secourable, et par
la terreur que lui inspirait ma plume a me tenir cach^e
a tous les yeux, il m'envoyait sa femme et sa lille, et
d^fendait k toute creature humaine de me voir. Desi-
reux de faire le bien et faisant le mal, ses plus cruelles
extravagances me faisaient piti^ et me trouvaient pr^te
a lui pardonner, pourvu que je fusse loin de lui.
Ne pouvant comprendre par quel moyen j'avais 6crit
8,
I
138 M^MOIRES*D'rNE AIJ^NEE.
au baron Regniat, on'poussait les fouilles jt^gqu'^ em-
porter mes jupons, k peigner mes cheveux boud^s, k
^carter les bouffettes de mes pantoufles, afln de s'assu-
rer qu'un bee de plume ou un bout de crayon n'y
^tait pas cach6.
. Les malades, qui me voyaient de leur petite cour,
m'avaient prise en amiti^ et avaient eu piti6 de moi.
Elles me donnaient des chiffons de papier, en les alia-
chant k un ill que je faisais\descendre par ma fen6tre;
d'autres m'en glissaient sous la porte en passant dans
le corridor. Je cpUais ces morceaux ensemble ; k d^faut
d'encre, j'aVais mon sang, Une malade nommee
Renard, quisortait quelquefois, mettait mes lettres k la
posie. Elle fat surprise, etle docteur lui fit donner la
douche. J*6tais d^ol^ et le Ini dis.
— Ne vous tourmentez pas, me dit-elle; c'^itpour
vous : je ne Tai pas sentie. Avez-vous d'autres lettres?
Je suis pr^te.
On mit fin k ce beau d^votiment en murant ma
fen^tre, c'est-i-dire qu'on y fit placer une hoHe en
iois, ne permettant k la lumifere de p^n^trer que par le
haut, ne me laissant apercevoir qu'un coin dn del et
rendant ma prison imp^etrable k tons )es regards.
Get exc^s de fpr6caution m*a priikits^ment amen^ des
sauveurs.
Des ouvriers qui travaillaient non loin de ISi, curiesox
de saToir ce qui ^tait si bien cachd et is^oestr^, mon-
t^reftt k r^cljell^ k quatre hcurcsjdii nialm^ et^ dans
CHAP. VIII. , MA HBNTR^. — ASILE DE FAINS. 139
^^ ■ - ■ - -^ ■-_ j_ ■■^-■■■n.-. — ^i^
/
]'horreur que leur causa oette monstrneuse dMention,
me pass^rent de quoi ^crire et firent partir mes
En mAme temps M. Barroux, r^vdte daces rigueurg,
mais impuissant devant ]'autorit6 du docteur, avait ea
la bent* d'en * pr^venit M** Rogtiiat et de me
ramener, pottt la rendre t^moin de ce crime strange.
EI]e en fut indign^, en parla ii son man et intervint
personnellement pour me foire obtenir mon change*-
ment de maison par ordreminist^riel.
M"' Rouy -^ dcrivait-ll. 1« baron Rogniat au Ministre de
l*ixit^rieur -* se plaint de subir une double sequestration depuis
que le m^decin a fait placer une hotte en bois qui lui masque
compl^tement la vud; c'est pour dlle une v^ritabl^ cause d'eias-
p Oration qui, ajout^e aux souvenirs irritants de la sctoe du
19 oGtobre (celle oii ma rob« de cbambre avait ^t^ d^chir^e), lui
occasionne des crises nerveuses auxquelles elle finira par sue-
comber.
Et plus tard M. Tailhand appr^ciait ainsi le r6Ie du
docteur Atizouy :
Nous avon* trouv^ dasft les pieoes du dossier da miliiM^re
le compte-rendu de cette sc&ne ou cat homm« de Tart a jou^ on
role regrettable, et qui a laisse dans notre esprit cette impres-
sion que le m^decin s^etait montre beaucoup moins raisonnable
que sa cliente.
Ma hotte fut enlev6e. M^^e Rogniat vint me voir k
dherses reprises, m'amena sa fllle et uiiede ses amies.
t
/
140 MEMOIKES d'UNE ALIENEE.
— ' l| I ■ » II ■ ■■! ■ ■ » I I » »■
/
f
Enfin elle vint elle-mSipe m'annoncer que ma demande
m'etait accord^e ; que le noih de Tasile 6tait restS en
blanc ; que le jour de mon depart 6tait k ma disposi*
tioh; mai? elle m'engagea, avec toute son aimablebien-
veillance, k attendre k Fains, sous sa protection, lechan-
gement du docteur Auzouy, qui avait 6t6 demand^.
Comme on ne change pas un m^decin aussi facile*-
ment qu'une malade, je pouvais attendi^e ce ionheiir
trop longtemps. Je priai done M™e la pr6fette de m'en-
voyer au plus vite a Mar^ville, ou Fasile 6tait ^galement
tenu par des soeurs de Saint- Charles auxquelles je
serais recommandte. Malgr^ toute la reconnaissance
qu'elle m'inspirait, elle 6tait impuissante k me pro-
t6ger centre une omnipotence qui ne souflrait aucun
contrdle.
Loipsque le docteur connut cette decision, il fut
att^r6.
II demanda trois jours pour me rendre libre, pro-
mettant de lout arranger de fagon k me faire rentrer
dans mes droits; mais I'ordre de mon depart etant
arriv6 d^s le lendemain matin, M. Barroux, directeur de
Tasile, remit la lettre par laquelle M"''^ la sup6rieure de
Gharenton mettait mes papiers k la disposition de
M. Taumdnier entre les mains de soeur Arsine, sup6-
rieure de I'asile de Fains, et me confla k elle.
J'avais sur moi quelques lettres que je voulais mettre
moi-mSme k la poste.
La bonne soeur ne s'en dputait pas ; aussi ^tait-elle
CHAP. VIII. — M.\ RENTRfiE. — A.SILE DE FAINS, 141
sans defiance et m'accompagna-t-elle bien tranquille-
ment. Sur notre chemin se trouvait justement la bo!te
aux lettres. Je fis semblant d'avoir quelque chose k
arranger k ma chaussure; puis, me relevant subtle-
menty je jetai mes lettres dans la boite avant que la
pauvre soeur, toute surprise, ait eu le temps de m'ar-
reter. Kile s'^cria :
— Que faites-vous, mademoiselle?
— N'ayez pas peur, ma ch^re soeur ; je ne fais rien
de ma].
Nous arrivdmes le soir m6me a Nancy.
MfaioiREs d'une alienk.
CHAPITRE IX
DaazUme traiwUrt en pravlnos. — AtOm da ■BrCriU*.
M. le baroD Rogniat avait soUicit^ de M. le Mioistre
de I'int^rieur moo tntosfert, en le motivant ainsi :
La demoiaelle Herbiue ^tant tres-eicilie contre le m^decin
de Vasile de Fains, il 7 a lieu pour la calmer de la dinger sor
I'aaile de Mar^rille.
Le pr^fet de la Seine terivit, )e 28 octobre 1857, au
directeur de TAssistance publique :
Par d^Sche du 7 courant, M. le Pr^fet de la Meuse eiprime
le d^sir que fali^ofe Chetmjer-Rodt, ptac£e a I'asile de Fains,
au uoiiifAe de uiuri d^partement, soil dirte^e sur celui de
Marevilte. Cell? inesure etant dict^ dans I'inUr^t de la ma-
lade,]'; dotiae mon consentonent.
Le Prifet de la Seine,
Hausshahk.
Ce9 pieces oSicieUes ne m'ont iti communiques que
par mes rapporteurs et apris ma mise en libert*. Je
^
• ••
CBAP. IX. — A61I.E Dt MAREVILLE. ' 143
les place k le«r ordre ehronologique pour la dart^ de
mon r6cit.
Je ferai Yen^rqaer 1^ que M. le pr^fet de la Meuse,
n'osant me donner le neai sous leqtiiel j'avais tovjears-
^t^ connue k Paris et ne voulant pas m'en attiibuer ur
autre, me nomme la demoiselle Hee3S[<ie'; qme le
baroa Haussmann m'appelle, selon mon enregistre-
meol, I'alito^e Ch^voUier'-Rmcyi et q«ra les bureaux ap-
piiqaent sans k^siter ces d^signattons si direrses k la
m^nie persoiHM, #t sane qu'aaeun de ces fenctionoaires
^rottve )e besoiii de saveir au juste comment je me
nomme etquij^suis.
Le docte«r AusBony ne viTaii pas sans ma pens6e. II
avait trop de lorts ^iverf fiaei pour ne pas me eraindre.
Le d^ir de me reveir, finqui^tade de me savou* enU^e
1m maifie 4i'hommes qui, pi!^ut*^tre, auraient fei en
mes pareies, troubtaieBt sa Tie.
Qviasse jottrs aprte mon trassfeat k filar 6ville, il 7 ttt-
riva porteur #tt«^ lettre qui avaft ^ adress4e k Tad-*
ministration de Fains. EUe ^tait ^videmmcsit ^rile par
un maltre d'^riture ou un 4<»ivain public ayant une
tr^s-belle main, et sign^ I. -P. Francis, rue Laffltte.
Le docteur Auzouy accompagna la visite, et par
consequent tout le personnel mMical de la maison :
les docteurs M6rier, m^ecin en chef ; L6en Reber,
adjoint ; Khun, Mine! , Bailie, internes ; les sceurs
Emilienne et Marie, se sent trouv^a t^moine de notre
eitrevue.
I
j'
\
144 . MEMOIRES d'UNE ALIENEE.
— Gonnaissez-vous ce nom et cette Venture ? me
demanda-t-on'en me remettant la lettre.
— Non, et vous pouvez tous voir, messieurs, que ce
n'est pas une Venture courante, mais un modele
Encore un anonyme I
r— Lisez tout haut.
— Volontiers.
M. J. -P. Francois, s'adressant a radministration en
termes fort convenables, lui disait qu'il m'etait comple-
tement stranger et inconnu ; qu'il m'avait rencontr^e
dans le monde, y avait appris k m'estimer ; qu'il avait
suivi tous mes concerts et 6tait Tun de mes plus grands
admirateurs ; qu'ayant appris le malheur qui m'avait
frapp6e il d^sirait venir k mon secours, afin que I'ar-
tiste ayant tenu un rang aussi honorable dans le
monde ne s'aper^ut pas c^e sa chute ; qu'il mettait a la
disposition de I'administration tout I'argent n^cessaire
pour que j'aie un piano, de la musique, une chambre,
du feu, etc., et.sur^owtde I'argent de poche pour satis-
faire toutes mes fantaisies.
' — Vous devez connaitre cette personne ? me dit
M. Auzouy en reprenant la lettre.
— Non.
— Vous avez jet6 des lettres k la poste durant votre
voyage ; c'est peut-^tre une r6ponse ?
— Je ne le crois pas.
— Qui est-ce done ?
— Je I'ignore ; je suis entouree de raysteres..
CHAP. IX. — ASILE DE MARJSVILLE. 145
— Voulez- vous accepter les ofifres qu'on vous fait ?
— Y pensez-vous, monsieur? Pourquoi tous ces ano-
nymes ? Pourquoi s'adresser k des administrations pu-
bliques sous igi p3eudonyme ? Quel myst^re est cela,
et quel r6ie jouez-vous dans le drame de ma miserable
vie?
— Vous ref usez alors ?
— Certes I
Queiques jours apr^s, le bon et gentil docteur L6on
Reber me fit observer que j'avais tort de refuser de si
bonnes choses ; que ce M. J.-P. Francois 6tait fort con-
venable ; qu'il .ne demandait rien ; que c'^tait m^me
d^Iicat k lui de taire son nom, pour ne pas m'imposer
une reconnaissance p^nible dans ma position, et m'en-
gagea k lui r^pondre.
La lettre ne m'^tait pas adress^e, et je n'y devais
aucune r^ponse. Pourtant j'6crivis :
€ Qu'^tant entour^e de soins et d'^gards par M. le
directeur et par MM. les docteurs, je le remerciais
des offices qu'il avait bien voulu faire k mon sujet, et
que je r^servais sa bonne volont^ et sa bienveillante
proposition pour le jour ou peut-6tre, centre mon
esp^rance, j'aurais besoin d'y recourir. »
On pr^tendit que ce M. Francois devait 6tre mon
p&re, et, malgr^ mes protestations, je fus done...
M'le Francois I
Geci s'6tant pass6, comme tout le reste, publique-
mentydans des ^tablissements publics... s'etonnera-t-on
9
14B MlfeMOIRES D*UNE, ALIENEE. '
encore que, dans mon indigtiation, j'aie fiignd, pour pro-
tester contre de st^mbiables faiU, les noms de fantaisie
les plus excentriques, dans Fespoir d'attirer enfin I'at^
tention de la justice? %^
Tbutes les discussions qui survenaient entre les
administrations et moi roulaient sur mon nom, sur mon
identity, sur ma filiation ; et, comme on le voit, je ne
manquais pas plus de p^resque de m^res Je n'avais
pas m^me Tembarras du choix, chacun m'en fournis*
sant k sa guise.
D^s mon arriv^e a Mar^ville, mes r^lamations com-
menc^rent. Aucune r^ponse n*y ^ant faite et np you*-
lant pas accepter le p^re Francois, j'^crivis k M. le doc*
teur Emiie Renaudin, directeur d^ cette maison, une
lettre sign6e : L'ANXfi-GHRiST.
Aussit6t M. le docteur, accompagn^ de M. Tapin,
r^conome, arriva prfes de moi.
Tous deux'^taient grands, gros, forts.
J'^tais blonde, p4le, fr^le, delicate, toute boudie.....
— Nous venons vous prier de ne pas sign^ vos
lettres d'un nom si effroyable.
— Je ne demande pas mieux que de vous dtre
agr^able, messieurs, et je signerai mon nom aussitAt
que j'aurai les papiers m'octroyant Ugalement un nom
a moi; veuillez 6tre assez bons pour me les procurer,
et je cesserai) du jour ou je les aurai, de signer ce joiom
qui vous ^pouvante.
— Mais en attendant?
'\ ^ . ' ■ ' - ^ I
CHAP. IX. ^ AHILE DE MAftftVlLLE. ii7
Ea attendant, msBSteura, j'aurai la doulenr de
vpus d^phira, et je aignerai ! rABU">Ghriat.
-^Ohl BOByiiaiia voua en prions! Voua na aavez
pas oombien eeU effiraie !
— Dites k ceux qui ont peur de veniv me voir, at on
sera fassuvd.
>trr Qui I maia eaux qui no voua varront paa at qui
voFront voire ^If n^iiuve iont eapablos d'en devenir ibus
de teri>our.
— Alora, vite, donneinmoi mea papiora, et je aignerai
sacNii nom.
— Je vous en pria !
.^>-0 VoyoQa done, meaaieura, c'eat pour rire que doux
honriBiQs oomme voua viennant prist une^ pauvre
petite feipmo comn^e moi, qui auia au. lit, aans
force.. »
9-R Pour rire? Noua ^omnoa dea hommea airioux,
raapoBsablda do la tranquillity de la maisgn, at c'eat
au nom de eotte raaponaabilitd quo noua voua lo deinan-
dons.
rvp- Maia I jo aagn^ rAnt^Chriat eommo je aifpcioritis
PoLiQHimLL^ ! pour prQteator oontre un dteordro qui
brise men existence.
-rrr Sigaos PotiehiAollo.
T^ C'e^t VQUM, monaiaur lo diraoteur, qui mo deman-
dez 4f aignar... Poughinellb ? H6 bien, aoit I jo ai*
gnerai FoliohineUo.
Mil, Henaudin et Tapm a^on ailte«it fiirt oontenta
i
••I
148 miImoibes . d'une alii^nee.
t
x* ' ' ' ■ I ■■ I ' ■ !■ ■ ^
d'avoir obtenu une si grande victoire, sans coiyipreadre
combien ce mot de Polichinelle, sign6 sur leur demaiide,
les condatnnait, alors que les r^glemeats et la loi
exigent que Tidentit^ et le nom des personnes enfer-
m^es soient ^tablis.
Je fus done pendant cinq ans M«o Polighinelle.
Personne ne me connaissait sous un autre nom. Les ma-
lades aimaient leur dame Polichinelle, appelaient Poli-
chinelle a leur secours, lorsqu'elles ^taient menacees
ou qu'elles voyaient faire une mauvaise action.
On sautait par dessus les palissades pour voir Poli-
chinelle. On criait : « Vive Polichinelle ! »
Eh bien ! ce nom de Polichinelle, sous lequel j'ai ^te
I'idole de mes pauvres compagnes, je me suis prise k
I'aimer, et je me plais a I'ecrire ; car, bien que je sois
accus^e de folic vaniteusey dHdees de grandeur
ce nom de marionnette, le plus petit de tous ceux qui'on
m'a donnas, m'a appris que j'etais aim^e des pauvres,
des afflig^es, des abandonn^es, non pas pour mon nom,
mais pour moi-m^me.
Quelques mois apr^s mon arriv^e, les docteurs Mi-
rier et L6on Reber furent changes et remplac6s par les
docteurs Teilleux et... Auzouy I
J'6crivis au minis tfere pour demander qu'on m'en-
voy^t dans une autre maison. En attendant, et pour me
soustraire aux persecutions du docteur Auzouy, le
directeur oblint du pr6fet Tautorisation de modifier Tor-
ganisation du service medical. Au lieu de laisser les
. »
CHAP, IX. — ASILE DE MAWEVILLE. ' 149
> I.
deux docteurs s'occuper concurremment des malades
des deux sexes, on s^para le service, et le docteur
Auzouy fut charge de celui des hommes, avec d6fenSe
expresse de pen6trer dans le quartier des femmes.
J'6tais done pr^servee de ce c6t6 ; mais le nom ^e
Poliehinelle devait m'6tre fatal, et I'ignorance ot Ton
6tait sur mon 6tat civil m'attirer d*autres m^prises
cruelles, mon transfert m'ayant 6l6 refus6.
J'avais ^t^, d^s mon arriv^e, plac^e au pensionnat, et,
quoique indigente , on m'en donnait le regime. J'occu-
pais un lit h rinfirmerie, et j'y 6tais entour6e de soins
et de gracieuset^s. Mais on ne me donnait pas mes
papiers.
Au mois de novembre 186Q, en Tabsence du m^decin
des femmes, en cong^, M. le docteur Renaud du Motey,
m^decin des hommes, faisait Tinterim. II dit aux in-
ternes : « Faites parlir toutes les lettres, excepts celles
ou on se plaindra de la maison. »
line malade de premi&re classe ayant §t^ battue par
sa bonne, I'^crivit k son mari. ^M. les internes d6chi-
rferent sept fois ses lettres. Elle me le fit savoir k
rinfirmerie des indigentes, en m'appelant k son se-
cours.
J'^crivis k son mari et au procureur imperial.
M. le procureur imperial, selon I'aimable coutume
de ces magistrats, envoya ma lettre k I'administra-
tion, qui la remit au docteur X... i son retour. Ce-
lui-ci ne trouva rien de mieux que de me declarer
V
150 ' MGfiMOIRBS I>*IINE AUfe^fijE.
qne y^tais (l fori dax^ereuse i et de me faire passer
aux gdteusai^.
Nous itions en plebxe discussion sur mes uoms et
surnoms. CSette discussion avail commence anssitdt ma
sequestration. Ayant ^t^ enferm^e sous pr6texte reli-
gieux et spirite, j'avais refos^ un certiAcat de gu^rison
que k sup^rieure de Gharenton me suppUait d'aceep-
ter. Garrison de quoi ?... Dela voix de DieUy parlant
k ma conscience comme a celle de tons les hommes*
Cast alors que j'avais d^clarS que je signerais TAnte-
Christy c'est-^-dire celle qui crqit en un ordre de choses
existant avant le Christ, et par cons^uent en la voix
de Dieu, principe fondamental de toutes les reli-
gions; et je mettais ce nom en avant quand j'etais
pouss^e k bout,
Cette explication n'avait pas plus ^ti admise k Mar^-
ville q\j!k Gharenton. MM. les docteurs, sana a'informer
des raisons qui avaient amen6 ce mot^ m'ont accusSe
d-orgueil, d'ambition; on m^a cite des proph^ties,
TApocalypsei etc. J'ai fini par m'impatienler ; j'ai
tout accepts, et j'ai fait de cela un petit volume de
choix dont on voulut tirer parti en 1868 pour m'ac-
cabler,
Ges feuilles etaient plac6es dans une enveloppe ca-
chet^e que j'avais mise, avec d'autres petits papiers
moins int^ressantSy dans une malle fermSe k cie qu'on
m'avait donn^e a I'asile.
Aprfes m'avoir pass^e aux gftteuses, le docteur X...
CHAP. iX. ^— A8ILE DS MAKKVILLE. 151
prit ma cl^, oumt ma malle, s'empara de mes papiers
et refusa de me les rendre. Gependant il ne s'impres-
sioanait pas de mes grands mots; 11 riait avec moi
« des betises ]» qui faisaient m belle pear auz auires, et
pfoor lesquelles il trouvait cependaut urgent de me s^^-'
questrer.
On verra dans le chapitre xxi comment fut res-
pect^e par leis . docteurs eette * enveloppe scellde sur
laquelle j'avais ^r it : Secret de ma confession, lequel
ne relevait pas, il me semble, de la m^ecine ali^*
niste, ,
Je trouve cependaut, dans Touvrage public sur les
ali^n^s par le docteur Achille Foville, la phrase sui-
vante :
On a pf^tendu qu'ane fois sSquestr^s, a tort ou k raison, les
aii^n^s sont tictimeB de Tarbitraire du m&dedn ; que rindiscr^-
tioa de celai-ci va jusqu'ii lire.leurs lettres.
Ges accusations sont, h^las ! trop justili^es par ces
deux faits.
Ne pouvant conserver ie traitement de pensipn-
naire, alors que j'^tais indigente, et faire la guerre a
oeux dont je recevaLs les bienfaits, je d^clarai ne plus
Youloir rien accepter, et en sortant des giteuses je
r^clamai imp6rieusement mon droit de rentrer aux
indigentes. J'y fus plac^ dans une cfaambre attenante
k I'infirmerie, de sorte qu'ayant le regime alimeataire
desrm^lades, je ne m'y irouvais pas trop mal, si tant
/
/
I
152 M^MOIRES D'UNE Ail^N^E.
I' ■ • I.I ...
est qu'on puisse ne pas 6tre affreusement mal auls:
folles.
La maison fut, un beau jour de cette ann^e 1860,
dans un tohu-bohu g^n^ral : on allait, on venait, on
^tait sens dessus dessous on levait les bras, on chu-
chotait.
M. le docteur Gerard de Cayeux, inspecteur g^n^ral
desali6n6s de la Seine, venait d'arr^ver comme une
bombe, sans en pr^venir, et la maison n'^tait pas en
tenue 1 Elle n'6tait ni nettoy^e k fond, ni pavoisee I
Eile I si mont^e sur le respect dH aux puissances, si
pourvue de tout ce qu'il fallait pour recevoir avec
pompe les autorit^s la visitant !
Et encore notez bien que M. I'inspecteur g^n^ral
6tait rami intime, le bras droit, I'oracle de M. le ba-
ron Haussmann ; qu'il ^tait le fondateur de Tasile
d'Auxerre, cit6 comme un modMe ; que M. le baron
Haussmann, devenu pr^fet de la Seine, avait emmeli^
son inseparable k Paris, oii il lui avait confi^ la
charge de Tasile de Sainte-Anne, tandis qu'il trans-
formait, de son c6t§, ce vieux Paris, que nul ne pent
plus reconnaltre.
Et on sait que S. M. I'empereur Napoleon III ne
pouvait vivre sans son baron, toujours flanqu^ de sou
docteur.
Et voila Mar6ville pris au d6pourvu !
Quelle affaire 1 presque quelle honte !
Mar^ville est k une assez grande distance de Nancy,
fit quand on y Tient, surtout pour une inspection, on
est obligS d'y coucher. — Oblig^!... c'est-S-dire qu'on
I i« plaisir d'y couulier, car touty est organist defa?on
^ recevoir princiSrement les yisiteurs.
M. le docteur Gerard de Cayeux, connaissant la mai-
SOD, faisait-il dedain de toutce qui n'^tait pas alignS,
?^r»alier, ou etait-il presse '! Toujours est-il qu'on ne le
,^nt ni dans les vieux quarliers, ni ft I'infirniene, qui
.pwirtant valait la peine d'Stre vue. II fit peut-6tre lion-
oeur- de sa presence aux pensionnaires : je n'en eais
nen. Je constate simplemenl qn'il resta enl'errn4 pen-
■'«nt trois jours cons&utifs dana la saile du conseil
if'a<iltninistration, assis devant une immense table
Te&oyverte d'un lapis vert, eritour6 de MM. les doo-
'leursj des qualre internes, des surveilbnU et de la
lup^rieure.
Cliaque ali^n^ passait k son tour ; U en examinait le
dossier, I'interrogeait. II tenait anrtout 4 navoir si on
tiAit content de la maison, du regime, etc....
Certes, il y mellait le temps, car i la fin du troi-
^tae jour je n'avais pas encore 6I£ appel^; et pour-
WQtj'appartenaisau d^partement de la Sdoe.
Enfin, mon (our arriva. On m'avait garden pour la
i/ttaire. 11 ^tait deji tard; M. rioepecteur avail
7«W0PB bioucoup a faire et de\*ail partir le «oir
ntae.
~ If. le docteur Kenaud du Motey, m^decin des tiom-
mes, qui n'aTait rien a voir dans le sernee des temines,
9.
154 MEKOUt^ D'UNfi AiJilNISE.
i I " I - .. ■ . ■ .1. . ■ . ■ ., , . .1 ■ ». ■ .1 ■ ■
n'en vmi pad moins assists k toutes les stances.
Fatigue, H s'en allait et ^ait d^ja au bas du perron
quandy m'apercevani, il remonta en fa^te, rentra
dans la salle pour m'annoQcer et alia reprendre sa
place.
n £tait au baut de la table, dont M. Gerard de
Gayeux oceupait le centre, ayant en face de lui le doc-
feur Achille Foville, m^decin du service des femmes,
dont on compulsait les dossiers.
A mon entree, M. Tinspecteur g^n^ral ne parut pas
m'apercevoir ; il continna la lecture qui I'absorbait, et
je restai bien cinq ou six minutes k attendre avant
qu'il ne me vit. II me regarda alors avec surprise,
et dit en baissant de nouveau la tdte sur son manus-
crit :
— Continuez
Gontinuer quo!?... Nous attendimes encore. Enfin,
n'entendant rieni il leva la t^te et regarda en face de
lui.
La place itait vide. M. le docteur en chef du service
des femmes avait disparu»
— £h bien I dit M. I'inspecteur, ou est done le doc«
teur Foville?
Ghacun se regarda. M. rinspecteur touma la t^te et
entrevit son jeune Hive englouti derri^re les rideaux
de damas vert d'une des fen^tres.
«— Que &ites-vous done Ui? Ayez Tobligeance d'in*
terroger madame.
I
CHAP. IK, — AyaE liK MAftKVILLE. 155
■■■■■■ .1 ■!■ ^ .1 I ■ ■. ■ ■-*■■■ ■■■■-■■-,-■ # ■ '^
Je dois dire, pourtacompr^heaalonde catte petite sc^ne,
que M. k docteur Achille Foville, depuis rescarmouche
que j'ai racoat^ at qu'il avait eue avec moi dhs ics
premiers jours de son arrival me radoutait passable-
meat, et M» le docteur Aiuouy lui en avait tant dit sur
mon compta qu'il avait trouv6 prudent, dapuis ca mo-
meoty da na plus me voir at da fuir k mon approche.
li esp^rait done ma laisser aux prises avec M. la doc-
teur Gerard de Cayeux, et rester, derrifere le ridaau,
spectateur invisible da ca qui allait se passer.
A un ordre aussi precis, il fallait ob^ir. Reprenanl
place, il ouvrit mon dossier ; puis, trouvant la iettre
de la sup^riaura de Charenton, que je rMamais vaine-
ment depuis longtempsi la lut, s'^tonna, allait peut-^tre
en r^f<§rer k I'arbitra de la dastin^a das Parisiennes
(comma on nous appalait), quand M. I'lnspecteur,
ayant lu ce qu'il tenait, me dit :
-** Qui est voire pir^ ? Qui vous a 61av^ ?
--* Je suis filla de rasfronpme Cbaries Rouy, at je
ne Tai jamais quitt^.
— Pourquoi vous a*t-on enferm^ ?
— Je n'en sais rien ; on a dit qua c'atait pour s'em-
parer da papiers concarnaat mon parrain.
— Qui est-il done ?
— Le comte Petrucci.
M. rinspecteur g^n^ral se retourna gravement du
c6t6 de M. I'interne Pellevoisin, qui lui servait de secrt-
taire, et lui dit ;
\
/
\
156 M^liOIRES D'UNE ALliN^E.
■ — - - — - — —
— Insert vez que madame refuse de repondre.
— Comment! je refuse de repondre? dis-je avec
stupefaction ; je viens de vous dire, monsieur, que le
comte Petrucci 6tait mon parrain.
— Inscrivez qu'elle est pXe du comte Petrucci. >
Oncommen^it k rire; mais je ne riaispas, et je
regardaLs tout le monde en ouvrant de grands yeux,
me demandant si je devenais folle, si j'entendais de
travers.
M. I'inspecteur, irrit6 de ce silence et de la gsdt6
dont il s'apercevait, r6p6ta :
— Inscrivez done qu'elle refuse de r6pondre.
L'interne Pellevoisin me dit alors, de sa voix ordi-
naire, d'un bout de la table k Tautre :
— Parlez plus haut, car il a Toreille un peu dure.
— Un peu ! Vous auriez bien dA m'en avertir plus
t6t!
Puis, rapprochant mon fauteuil de celui de M. Tins-
pecteur et me penchant vers lui, je lui dis presque 4
Toreille et un peu haut:
— Pardon, monsieur ; le comte Petrucci n'est pas
mon pfere : c'est mon parrain.
II se recula vivement d'un air effar^, en regardant
tout le monde, pour savoir si j'6lais dangereus^ sans
doute, et me dit :
— Pourquoi done me parlez-vous si haut €t si
pr^s?
— Parce que vous Mes sourd, monsieur.
CHAP. IX. — ' ASILE DE MARfiVILLE.
457
— Mais non, mais non, dit-il i'lih air ahuri et en
regardant de nouveau toute la labile, qui ^tait partie
d'un grand ^clat de rire et que la contenance de
M. I'inspecteur amifsait beaucoup.
— Mais si, monsieur ; void une demi-heure que je
r^ponds, tant k vous qu!k M. le docteur Foville, et vous
faites inscrire que je refuse de r^pondre. Voici des
annees que je me d6bats contre un tas de p^res qu'on
me trouve de tons c6t6s, et vous en faites adjoindre un
nouveau ; puis c'est sur mon compte qu'on met tout ce
qu*on ne comprend ou n'entend .pas ; aussi je ne vous
parlerai plus que dans Toreille.
— Voyons I voyons ! j'avoue que j'^tais distrait. Je
suis un peu fatigu6 ; 6crivez-moi, et ne nous fdchons
pas. Je sais que vous avez des plaintes a faire. On
m'enverra directement ce que vous m'adresserez*
Sur ce, nous nous sommes s^pares dans les meilieurs
termes. li est parti deux heures plus tard, et je lui ai
ecrit, comme je m'y 6tais eng^ee. .
Je n'ai jamais eu de r^ponse.
J'allais de temps en temps faire de petites visites
aux dames pensionnaires, et alors je me mettais au
piano. J'y allai un dimanche k deux heures. Ges dames
refusferent d'aller k v^pres, pr6f6rant rester avec moi.
Voyant que cela contrariait soeur fimilienne, surveil-
lante en chef du pensionnat,. je mis mon chapeau de
jardin en disant que j'irais aussi k v6pres, Toutes
me suivireht.
/
158 MGMOIRSS D*UNE Ahlt^EE,
\
■ ■ ■ - I I ■ M .1 ■■ I k , I , ■ ■.- ■ ■ ,
J'arrivai le dimantche sulvant ^q peu plus tard,
peasant lea trouver toutes parties. EUes ne T^taient pas
encore, maia ^taient prates. D^ que je parus, oa ne
voulut plus l)ouger, et la soaur, furieusei s'elan^, ferma
le piano k cUf en me disant qu'cn^n^en jouait pas pen-
dant les offices*
Je fus bleas^ de son proped^ et ne voulus plus
retourner au pensionnat, qui fut dans la desolation.
Sur ces entre£aites, un nouveau changement amena
k I'asile le docteur Verron.
£n general les pauvres malades aiment, craignent ou
d^sirent un changement quelconque; car, ainsi que
j'en ai fait la triste experience, MM. les docteurs sont
peu de la m^me opinion, et souvent Tun trouve fort
sense ce que son confrere trouvait fort insense.
Cependant, chose inouie, les ooalades du pension-*
nat, au lieu dQ songer k elles, n'eurent qu'une penste :
M"»* Polichinelle.
Elles comploterent done une demande collective
pour obtenir du nouveau medecin que, pour sa bien-
venue, il d^cid^t M"^® Polichinelle a venir les voir.
— Madame Polichinelle ?
— Oui, monsieur, Mn»« Polichinelle, qui ne veut plus
venir, alors que nous I'aimons tanti
II s'en fut et demanda au directeur, au docteur et
aux internes ce qu'etait cette dame.... Polichinelle?
— On ne sait pas au jusle; les uns disent une chose,
les autres une autre : des p^res inconnus, des parents-
/
CHAP. IX. -^ A$UiE D£ MABl^VILLE. 158
non avou^s; somme tpute, une femme charmaate qui
fait toiurner la t^te k tout le moude et met lout k Ten-
vers, comme yous voyez,
— OCi est-elle?
— Aux indigentes.
— Ah!
ratals aux indigentes, ea efifet, dans une petite cham-
bre; on m'y avait rendu le peu de v^tements que j'avais,
et en outre' donn^ des effets de succession, les r^Ie-
ments de Mar^ville tlU^hant d'adouclr le sort des ma-
lades, de les encourager et de relever la maison par
une tenue soignee. J'^tais done convenablement v6tue
et biea coiff^e, avec mes cheveux boucl^s tout autour
de ma tMe. M. le docteur Verron en fut frapp6.
— C'est vous qui ^tes madame Polichinelle?
— Qui, monsieur.
— On vous desire au pensionnat
— Ges dames sent bien aimobles.
— Yous allez y aller.
— C'est un ordre?
— Oui.
— Alorsi monsieur le docteur, vous me permettrez
de refuser,
— En quelle quality madame est-elle ici?
— Indigente de la Seine.
— Et c'est une indigente qui refuse les dames pen-
sionnaires? Madame ira leur faire de la musique imme-
diatement.
t
\
160
MiMOIHES D'UNE ALI^EE.
4
— Non, monsieur.
— Non? Alors, on va i*etirer a madame ses v6te-
me?[its, sa chambre, son regime et la passer dans un
ouvroir.
— Je suis malade, monsieur ; comme telle j'ai droit
k rinfirmerie.
— Je suis 16 m6decin, et je ne vous trouve pas ma-
lade; ou vous irez au.pensionnat, ou on vous mettra k
Touvroir.
— Alors j'irai a I'ouvroir, monsieur.
7- Orgueilleuse !
— L'orgueil est la fortune du pauvre, monsieur le
docteur, et le pauvre a le droit de fte pas servir de
jouet au riche.
— Et si on vous en prie?
— Alors, monsieur, ce sera different. Le pauvre,
alors qu'ii est riche de sa superiority, pent en faire
raum6ne aux riches qui I'implorent.
Le docteur Verron se retourna, stup6fait, vers la
sup6rieure et lui dit :
— Que les portes soient ouvertes k madame.
— Vous faites bien, monsieur, car je suis une ter-
rible ennemie pour ceux qui me pers6cutent et qui
croient me dominer.
— Je ne vous crains pas.
— Voua 6tes le maitre, c'est vrai ; mais vous ignorez
peut-^tre la force du petit et du faible.
— Oh I... je viendrai bien k bout de vous.
CHAP. rc. — ASILE DE MAR^ILLE, 4fM
— Je Be crois pas, et je pense que la paix doit rtgner
mtre notie.
Ceci I'avait 6mu. II faut dire que M, le docteur ¥er-
^^ IB, 4g6 de quarante-cinq ans, 6lait estrfimement ma-
fde. II aoulTrait elTroy able men t, el son teint livide, ses
tilCTaut dess^ch^s, son ceil hagard, prouvaient com-
m le mal physique, que sou courage et la n^cessite
igarder sa position lui faisaient vaincre, altaquait son
Mneau et lui donnait des hallucinations.
Eo sortant de ma chambre, il d^clara qu'il me re-
otLaissail ; que j'^tais une femme marine a un sieur
thevalier. bonne musicienne, ayant rouU sur Tor,
loe i mes charmes ; ayant 6t^, douze ans aupara-
Mil, la maitresse de son ami, le docteur Reboul-
tdiebraque de Caballeros ; menant un trSs-grand
ayant maison a la ville, maison & la campagne,
; lui ayant donnS h Auteuil rhospita]it6, une
aitqull J 6tait arrive avec son ami, etc.
On doit comprendre I'indignalion 6prouv6e par moi
Be rfcit. Je protestai. II soutint que c'Stail vrai. Je r6-
Unai mes papiers, Le directeur s'en mSla, et tout alia
lutant plus de mal en pis que M. le docleur Verron,
rdant un ^acieus souvenir de cette dame Chevalier
laquelle il me prenait, et espferant toujours re-
ymer en moi une femme facile, tr&s-flattge de ses
entions et de ses prevenances, se d^pSchait de (aire
tisile pour venir s'installer chez moi. Cela ne pouvait
e fort mal finir. J'dtai^ indign^e d'etre une Chevalier, i
460
m£moires d'une au£n£e.
— Non, monsieur.
— Non? Alors, on va retirer a madame ses v6te-
me^ts, sa chambre, son regime et la passer dans un
ouvroir.
— Je suis malade, monsieur ; comme telle j'ai droit
k rinfirjnerie.
— Je suis lei m6decin, et je ne vous trouve pas ma-
iade; ou vous irez au.pensionnat, ou on vous mettra k
Touvroir.
— Alors j'irai k I'ouvroir, monsieur.
-r- Orgueilleuse!
— L'orgueil est la fortune du pauvre, monsieur le
docteur, et le pauvre a le droit de He pas servir de
jouet au riche.
— Et si on vdus en prie?
— Alors, monsieur, ce sera different. Le pauvre,
alors qu'ii est riche de sa superiority, peut en faire
raum6ne aux riches qui I'implorent.
Le docteur Verron se retouma, stup6fait, vers la
sup^rieure etlui dit :
— Que les portes soient ouvertes k madame.
— Vous faites bien, monsieur, car je suis une ter-
rible ennemie pour ceux qui me pers6cutent et qui
croient me dominer.
— Je ne vous crains pas.
— Voua 6tes le maitre, c'est vrai ; mais vous ignorez
peut-^tre la force du petit et du faible.
— Oh I... je viendrai bien k bout de vous.
\
CHAP/ nU — ASILK DE MARlgVILLfi, 461
— Je ne crois pas, et je pense que la paix doit r6gner
entrenous.
Ceci Tavait 6mu. II faut dire que M. le docteur Ver-
roD, ^g& de quarante-cinq ans, 6tait extr^mement ma-
lade. U soufifrait effroyablement, et son teint livide, ses
cheveux dess^ch^s, son oeil hagard, prouvaient com-
bien le mal physique, que son courage et la n^cessit^
degarder sa position lui faisaient vaincre, attaquait son
cerveau et lui donnait des hallucinations.
En sortant de ma chamhre, il d^clara qu'il me re-
connaissait ; que j'^tais une femme marine k un sieur
Chevalier, bonne musicienne, ayant roul6 sur Tor,
grdce k mes charmes ; ayant ^t6, douze ans aupara-
vant, la maitresse de son ami, le docteur Reboul-
Richebraque de Caballeros; menant un trfes-grand
train; ayant maison a la ville, maison k la campagne,
voiture ; lui ayant donn^ k Auteuil I'hospitalit^, une
nuit qu'il y 6tait arrive avec son ami, etc.
On doit comprendre Tindignation 6prouv6e par moi
a ce r^cit. Je protestai. II soutint que c'^tait vrai. Je r^-
clamai nies papiers. Le directeur s'en mdla, et tout alia
d'autant plus de mal en pis que M. le docteur Verron,
gardant un gracieux souvenir de cette dame Chevalier
pour laquelle il me prenait, et esp^rknt toujours re-
trouver en moi une femme facile, trfes-flattee de ses
attentions et de ses provenances, se dOpSchait de faire
sa visite pour venir s'installer chez moi. Cela ne pouvait
que fort mal finir. J'Otais indignOe d'etre une Chevalier.
■i
1
164 MiJ^MOIRES d'UNE ALI^N^E.
fois-ci, les lettres inoadferent! Jen'avais pas d'encre,
n^ais j'avais du sang !
^ Sur ces entrefaites, on annonga la visite de M. le doc-
teur Parchappe, inspecteur g^n^ral des ali^n^s.
Toute la maison, nettoy6e du haut en has, est en
liesse; les malades ont leurs habits de f^te; des fiieurs
sont plac6es dans Touvroir, et un orchestre, accompagne
de choeurs, doit c616brer la bienvenue de M. Tinspec-
teur, protecteur et ancien professeur du docteur Verron,
qui lui fait les honneurs de Mareville.
Apr^s avoir 6t6 conduit dans tout ce bel 6tablisse-
ment, M. Parchappe arriva dans le superbe b^timent
des giteuses, au-dessus duquel j'6tais enferm^e. Tout
en faisant ffete k son ancien maitre, le docteur Verron
se gardait bien de lui parler de sa recluse.
Mais M. Lherbon de Lussats, le*directeur, n'avait
pas les m^mes motifs de se taire, et M. I'inspecteur
d6sira me voir.
Oh vint me chercher. J'avais une grosse fifevre, une
de ces fifevres nerveuses aiixquelles j'6tais si sujette,
et qui se terminaient toujours par une sueur exces-
sive.
Impossible de me sortir du lit en cet ^tat.
En sa quality d'inspecteur g6n6ral, M. le docteur
Parchappe aurait du monter voir lui-m6me le donjon
ou on me faisait jouer le rdle d'une de ces heroines
l^gendaires des contes de f§es et des romans de cheva-
lerie, et I'^tat dans lequel ^tait ma sant^.
' /
, CHAP. IX. — ASILE DE MAR^VILLE. 165
' ■ \
11 n*en fit rien et me donna* rendez-vous, pour le
lendemain, dans le parloir des soeurs.
Je ih'y rendis accompagn^e de la soeur d'ofEce, qui
seule avait la cl^ de la chanqJ)re ou j'6tais renferm^e
jour et nuit.
M. I'inspecteur ne se trouva pas au rendez-vous.
La soeur vint me reprendre ; mais comme I'^tablis-
sement est immense, que les quartiers^sont s6par6s
par des jardins, et que par consequent on a un petit
voyage k fairepour aller de Tun kl'autre, elle passapar
la communaute et me laissa deux ou trois minutes au
parloir, ou il n'y avait qu'une personne attendant sa
sceur, et la portifere.
— Est-ce bien vous? me dit celle-ci... Oh! que
pourrions-nous fiaire pour vous servir?
— Me parlez-vous debon coeur?
— Groyez-le bien.
— Je voudrais faire parvenir & M, I'inspecteur quel-
ques lettres que je comptais lui remettre si je I'avais
vu.
— » Donnez-les-moi. En ma quality de portifere, c'est
moi qui faisles commissions ^ Tadministration ; je puis
done les mettre imm^diatement dans sa chambre
m^me.
Je ne connaissais nuUement cette fille; mais toutes
me connaissaient, et plusieurs des infirmi^res avaient
^t^ r^voit^es en apprenant les agissements de M. le
docteur Verron envers moi.
f ^
d60 m£moibes d'une au£nee.
* I I III ui II II I I I II
— Non, monsieur.
— Non? Alors, on va retirer k madame ses v6te-
me^ts, sa chambre, son regime et la passer dans un
ouvroir.
— Je sids malade, monsieur ; comme telle j'ai droit
k rinfirjnerie.
— Je suis lei m^decin, et je ne vous trouve pas ma-
lade; ou vous irez au.pensionnat, ou on vous mettra k
Touvroir.
— Alors j'irai k Touvroir, monsieur.
7- Orgueilleuse !
— L'orgueil est la fortune du pauvre, monsieur le
docteur, et le pauvre a le droit de He pas servir de
jouet au riche.
— Et si on vOus en prie?
— Alors, monsieur, ce sera different. Le pauvre,
alors qu'ii est riche de sa superiority, pent en faire
raum6ne aux riches qui I'implorent.
Le docteur Verron se retouma, stup6fait, vers la
sup^rieure et lui dit :
— Que les portes soient ouvertes k madame.
— Vous faites bien, monsieur, car je suis une ter-
rible ennemie pour ceux qui me pers6cutent et qui
croient me dominer.
— Je ne vous crains pas.
— Vous 6tes le maitre, c'est vrai ; mais vous ignorez
peut-4tre la force du petit et du faible.
— Oh !... je viendrai bien k bout de vous.
' /
I
I
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CHAP. IX. — ASILK DE MARfiVILLE. ' 461
— Je ne crois pas, et je pensfe que la paix doit r6gner
entrenous.
Ceci Tavait 6mu, II faut dire que M. le docteur Ver-
ron, ^g6 de quarante-cinq ans, 6tait extr^mement ma-
]ade. U souffrait effroyablement, et son teint livide, ses
cheveux dess6ch6s, son ceil hagard, prouvaient com-
bien le mal physique, que son courage et la n6cessit6
de garder sa position lui faisaient vaincre, attaquait son
cerveau et lui donnait des hallucinations.
En sortant de ma chambre, il d^clara qu'il me re-
connaissait; que j'^tais une femme marine ^ un sieur
Chevalier, bonne musicienne, ayant roul6 sur Tor,
gralce k mes charmes ; ayant 6t6, douze ans aupara-
vant, la maitresse de son ami, le docteur Reboul-
Richebraque de Gaballeros; menant un trfes-grand
train; ayant maison a la ville, maison k la campagne,
voiture; lui ayant donn6 k Auteuil I'hospitalit^, une
nuit qu'il y 6tait arriv6 avec son ami, etc.
On doit comprendre Tindignation 6prouv6e par moi
ace r6cit. Je protestai. II soutint que c'6tait vrai. Je r6-
clamai nies papiers. Le directeur s'en mdla, et tout alia
d'autant plus de mal en pis que M. le docteur Verron,
gardant un gracieux souvenir de cette dame Chevalier
pour laquelle il me prenait, et esp6rknt toujours re-
trouver en moi une femme facile, trfes-flatt6e de ses
attentions et de ses provenances, se dOpSchait de faire
sa visite pour venir s'installer cbez moi. Cela ne pouvait
que fort mal finir. J'Otais indign6e d'etre une Chevalier.
N.
I
168 M^MOIRES D'UNE AUEN^.
A Sa Majeste VImperatrice EugSnie.
Asile de Mardville, pr&s Nancy (Meurthe), 27 mai 1862.
De mon donjon.
Madame,
Avant d'en appeler k la noblesse frangaise, avant que d'ins-
truire une famille infortun^e du sort del'une de ses enfantsplus
malheureuse encore que sa malheureuse famille, c'est a vous, a
TEmpereur, votre auguste epoux, que je m'adresse, Madame, et
j^ose esperer, pour moi copame pour tous, que ce ne sera pas en
vain.
Apres Tassassinat du due de Berry, la duchesse, sa femme, mit
au monde un fils et une fille.
II n'est pas n^cessaire, Madame, de vous ra^peler la position
de la famille royale en ce moment, pour que vous compreniez
la n^cessit^ absolue de sacrifier la pauvre fiUe au repos de la
France.
^le fut doh6 enlev^e du palais des rois et soustraite a la yue
de la nation.
Cependant on avait vu emporter un enfant, et ie secret n'en
put Stre si bien gard^ que le bruit d'une substitution ne prit la
place de la triste v^rit^.
Cette enfant fut embarqu4e au H^vre, pour la Russie, fut re-
mise entre les mains du grand-maitre de la police a Saint-P^-
tersbourg, et apres avoir pass^ quelques ann^es enfouie dans
une campagne aux environs de Moscou, elle fut renvoy^ en
France avec une famille richemeut r^mun^r^e.
Elle passait alors pour un membre de cette famille faisant
partie de la bourgeoisie, et par consequent ne pouvait atlirer
sur elle Tattention gen^rale.
Malheureusement, par une complication de circonstances,
Faisance procur^e a cette famille lit bientot place a la gSne, et
comme elle ne connaissait pas les parents de Fenfant.... la pau-
. vre petite subit toutes les cruelles vicissitudes de ses parents
improvises, a I'insu de sa royale famille.
r.'r ^'
. \
CIIAP. I\'. — \FJIX OE' MMJlTvn.LK. 403
Car I 'cbt en Pji^^ia qn'on a re.vii.s i'en.an! aa ^i-ur Ciiail.s
noay, qi i .-'cjI mgi^e a \\ I'mc. f>i>ser p:ur hi i'l.U'. » ' ou Tran-
t^Hi-i, til .it'ce^.taut, ain-i q.ie si (i'ii:iiu', co dt'ijot avigilc, uiut
ohliger uiie j^t.uiJo "Ja-Me ^•u^^e ou polugii-e.
TiitMitot ineme, J 1 t-.ruyaul poir loiijoura abauionneo, cA ::ans
auties pail tils et a'»iis quM ceux que sa Uej»liiiee lui avdit d jiines,
il la JC^arJi corniiie sitMiue.
Gependant Tenfant grandissait. Mu'jjino; ?x irssemui.uire
frHj)pi?itc Hvec 1 » d.jiie->e(lo tioiiy ohmiKii! to t le u oinle. et
rap^i. la»t m 'Igre bui le 5,«tii\eiiir dt&biu;ta la iieux quiavnciit
Ci cu'e liUo de ba i».»i^.!»ani.!t'.
SaMo' ia p<Jiiii..ji hon jjaMc tJc I • fiTiillc Ixouy, sat\'> 'ifcux ! >criS
ef una :iat'J>' du luC»J)e jOm', ^.im> l'e<(>hj<tr:hic;li Sil'"inol d*.- Ysfi-
tiUiKHMo ail luo liCii!. uii Cf'a c V .MieuitMJt? s OUior I acco.nidiS, on
a.ir.tit eii dt'b d^id^-.:* ...
ijieiitot on lit dinpafaltrfj lun ap!'cs laid re, les dciix fert35
dv,* la j'uMt* iJilL*; 0.1 ijiari.1 s> i ^wah avec uiie ri<..v)Mi'aiss£tr.ce
<l'Lii^.tat iiat.ii'ol, p.)ur lie ^*i\^ pn^ luiro I'acLo \\c iiai-ii.-.nce.
, Et loiaquo I'd.'.troiio.ne, soul piotectcuido Id j'Huio abui-
doiiiiee, lat in jit, n'osml paS pro^o^oi* a oelle qui etail' irivvlo.!-
taireuieut entree dans' s.i r.i.iiille Jc q idler It <jo n qu die Hv.iil
reyu ile ceUd qn» i"a>ai' t levce ave • ttiidrssr?, oti i'ru!t%'a ; on la
fit dispaiaitie ddrI^ one d ces ba>ti}lea q li ont si.i vvvnai I'Lyinie
doclia; on reiifei in.i tldu^ ur.a-ile d'alieAtlion inen'ale, en jf^Aiil
a ceux qui en .soul i;liar.;iiit le nom de lJie>afWi\ dj pa-*i->fy
inconuus.
In.^truilrt dtj son sort et de sa uai.-»-Ance par cob.ii q'ii !'ava»t
CVli-iit'iiO" h M n Jr. I*!'t>KO t.i q-it •v.'jit Muvj >;* -It'S iii/'f. \'].i\\}V-
t.iiiOe [»i i J l»ij 111.! . i>'i' tl- r<a iC ii-j di'. I'll \r)in . 11 »:.|i , d*'. \0'i"r.i.'
I'l'-ii t'.\ii'i)5w;r Ct.' •( i: It C'jn :••. ii.i.i . ilt^ l.i prtiiM-^ mui- i \tr
jjjoliidiou tl d«: lu! iJ>.'iii ti uii iii>m ia (i.cliaiu a l.'.i;:i do ir.jt
d.tn^t r.
(;jt irui';! iscs: i e.t'an>d' m;^ tU' rt'iT. d !'r^i,ir-i: '^0 /.o u' ■•/>'.'-/-
heufii; on la jct ; Ln o* din^ les !ie<4\ Ifs : iwi> inif tls x- >. jdus
buiyanlr, Ivt p!»i.s h-jri'-bles ; or; m p.i a. .ie no iiTirni''^ ce vete-
"ueuU ; on la tr<vlua dans dts fcougci i*i..'is d.»s cin.hots, d.'iis dr.£
i7Q M^MOiRE^ d'une ali:6ni6e.
<ioDJons ; .oil Fappela indigente avec m^pris ; on lui fit ^puiser
totttes les privations, toates les doulears, la privant m&me de
Kn^ pour ,se changer dans des sueurs gtaciales et nerveuses,
d'auUnt plus douloureuses que le fi'oid est plus vif et qu*elle
passe dans ce donjon son hiver sans fen et sans iumiSre.
, Ne pouvant r^sister, dans I'^tat ofi elle est, a tant de cmaut^s,
elle vous supplie, Madame, de lui venir en aide, en adouciss^nt
son sort et en priant'S. M. I'Empereur de donner des drdres a
sen sttjet.
EUe n*a pas demand^ k naitre I Le malheur de sa naissance ae
pent lui Stre reproch^ comme un crime, et elle esp^re, Madame,
que votre bont^ lid ^pargnera la douleur d*en appeler k ceux
qui Font reniie. . . pent-dtre mdme en la croyant mort&'ne . . .
Ineonnue elle a v^cu, inconnue elte voudrait finir, si votre im-
pdriale bienveillance voulait la sauver d'en appelor h la 'pi:^Ii-
citi.
Daignez, Madame, agrSer mes profondjs respects.
SoBur du roi Hen^ V.
Le dedeur IMm Rehw m'ayant apppis, en 1857,
(ju*on me tenait enferm^e jtarce que j^4tais sosur du
roi Sanvi V^ j'aws jur6 de m'en venger, et je lui
tenais parole en me servant de cette nouvelle T^aioft^
comme |e m*^tais servie Sl k Salp^tri^re. desr supposi-
tions du. docteur M^tivI6y ba^^ea sur la ressemblance
(|u'il ]»e tFQ«ivait avec la duchesse de Berry et tea
bruits de substitution qui avaient eouru. Mes lettres
• aux ouvriers m' avaient valu ma mise en liberty comme
gu&riQy bien que diclar^s delirantes ; il ne m'avait
manqu^ que les raoyens df en profiter. Je n'airaie plus
qu\ine chance de sortir de cet asile ou on m'enseve-
If-' .i >
CHAP« IX. -^ ASILE DE MAAtVILLE. i71
' ' ■' I ■ y 1,11 .1 I I I II. , .1 I ■ ■ I
]ie$ait dans le silence le plus pro£oad : c'6tait de £aire
parier da moi au dehors, fut-ce par des exceniricitia.
Qui sail si ma lettre, qui certaiuement eat parvenue k
son adresse, ne serait pas remise k Ba Majesty 4 cause
mSme de la bizarrerie de son contenu? On la disait
Idgitimisle ; cette fa(on de rexnettre en causa I'accoU'
chemenC si discut6 de la duchesse de Berry devait pi'-
quer sa curiosity. Elle voudrait peut<-dtre savoir qui
6iait cette pauvre folle implorant son secours**... et
la moiadre enquSte m'eAt sauvee. Mais il n'en devait
pas Stre ainsi, et j'^tais encore loin du port*
M. le directeur 6tait fort embarrass^ de son r61e et
de sa responsabilit6* Son intervention en ma favour
.pr6s de M. I'inspecteur g^n^ral ayant eu un si triste
d^noiUmenty il m'amena M> le premier president de la
cour imp^riala de Nancy t qui n'eut pa9 peur de monter
si haut, et qui lui recommanda de parier de tout celt au
pr^fet, alors M. de Saint-Paul.
Mais il n'aurait probablement pas pris cette initia-
tive, si je ne lui avais fait parvenir une lettre pour ce
magis^trat, qui, d^squ'il sut cequi m'^tait arrive, donna
I'ordre imm^diat de m'ouvrir la porte et de me faire
3ortir de ce quartier, qui n'^tait pas le mien,
II fit, en outre, donner du papier a tous le$ ma*
lades ^ avec ordre de lui faire parvenir touU% les recla-
mations.
Je fus done ramen^e dans ma petite chambre, auprfes
de I'infirmerie, et il n'^tait que temps, car, depuis onze
\
t
irl
MKMOinr.S r)\:>T, Al.IlvNEE.
nvriLl cte pnveo d.; fi.u, <ie Ae^M-jicnt^ penil.Jht up hivir
\«i '^l:i.cial que ma foMo'iv* nt.-iit resle-:? i^'^tJi, sans poiivoir
6lre oiiverlt^, pr^rvlani. (Uvix rIloi^• cnri^'-.ntir.s.
CV.»5t. v-^is i'«-j tt^tnps que M li.^ J'^cleur Pavrfnppe
re>inl faii-o imo vsitf: (1ar»;< cot. 6lal>Hjs ^mimmsI '.u il :iVait
oJ« ri Lieu rrf;u.
M. le (1ir.^cte\ir .-'nnprrs^o »!«-', n-e Tjiro savoir que la
toiirn(!'e src lorail a l*inljrrncrie le Jendcmoin, afin que
je pub?'v^ (lonuf.T (iire( temtnt a M. rfr^p.^cfcur ce que
j'l^vait? '^ in] iv.rTjellrc.
h\ m'^ lin.s proto, oJ lorsfpju |,) v\-\\'j ,M?^a dcvanl ma
dif^inlii'e jo Touvii*, sal lai M Pa}v!i)(>pG tti lui romis
uno sir>q'](* i«.Ilre.
Al. le diiecUiur s'empressa '!•? lui ra]>pel"i'la pro-
me>se pi'il a-ait h»il«» r.iru.LV (i'.Av;i r;t (i.- .s'occiipor do
rnui, t'L M I'^iiNpiiLtcur lui «iil :
.— C\.^l (loiic madune i\n'\ a rrfust' de mo voir?^
— Au contraire, uunis'cur ]<.• »jni;t»':»r, je lii «l»">irais
rivoTiu?nl; mai^ la pr(}n.<jjt' (oi- j'tMais ttM•l•.•l.v^L'o par la
fit'vr(^, ft M? lciJ<Kiif>airi \on:< jri'ivi z ()ui.lie(.\ (pjoique
nrayaut. tloiino I'enliz-voMs; do plu<, j«} m'oia..s f»it
r[i'.)nne:jr d • vo-is «}.:nro, el jo a\ii ivi^u ro^onse ^ au-
cjne de mos lei Ires.
— C'tVail. doQi'. \0'i>?
— 0».i. ilit !e dirccU'ur.
Ce f.'A touL
A'l. Tifispecieur ijon^ral einpo;(a ma Icllre Jonl je
CHAP. IX. — ASILE DE MAREVILLE. 173
. , L-^ -_
n'eus aucune nouvelle, en sorte que je ne sais pas s'il
I'a lue ou s'il 1^ de nouveau remise a son cher ^16 ve.
Le lendemain matin,^ la visite, M. le docteur Verron
me dit d'un air trfes-satisfait que <£ rim{^ression pro-
duite m'avait 6t6 tr^s-favorab]e. >
C'est tout ce que j'ai retire de cetfe tentative, qui me
fut aussi infructueuse que toutes les autres.
Je me demande k quoi servent les inspections.
Celle que j'ai fiaite pendant ma longue captivity, en
^rivant avec mon sang quand Tencre m'6tait enlev6e,
a ^tS faite k mes d^pens. Je n'en ai retire que douleur
et animosity. Mais je puis affirmer que j'ai entendu
plus, de plaintes que MM. les hauts dignitaires qui sont
charges de les recueillir, et que j'ai porte au coeur de
mes pauvres compagnes plus d'espoir, de consolation^
que tons les m6decins sp^ciaUstes ensemble.
J'en ai gu6ri.... Et je dois dire que j'ai trouv6 k
Mar^ville une sainte fille qui en a gu^ri de son c6t^, et
solidairement avec moi, par ses bonnes paroles et ses
soins, plus que ne Font fait ces grands maitres avec
leurs douches et4eurs camisoles, qui sont pourtant in-
dispensables dans certains cas, non comme moyen de
gu6rir ceux k qui on les applique, mais pour preserver
les autFes de leurs violenees.
J'^fais tomb^e malade de la poitrine par suite du
froid dont j'avais souffert dans mon donjon.
Le ^octeur Verron 6tant devenu trop malade pour
continuer son service, fut mis k la retraite, et le doc-
iO.
* « «
174 MEmWrE^' D'ONfi* ilLlftNTfiK.
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teurRenaudrfu' Mot6yfif encore* tm'e foisPJfttfifi A drf
service d& femmes.
ii se trouvatit ators k JKarMlle trhe soe\!iT *rtm»6e
Lidflvihe, (fui, rf^srgir^^' a^ed' (jTielqti'es atitr^s pottr te
asile d'ali6n6s h Rom6, venatt if faSi^e ^ofi fff^e,- i^*^
I'lisage de To^dre de Saint- Cftarl^*, oMik^b^^ri^ s^tet
pas charg6eS sans preparation de tes tt/tidSdn^ dffi^
cates.
G^^tait une femme inf elRgfefife ei bon*te, et 611^ fit ce
que je f^clamais intitilein'e'trt deptrfy fcttit d'^nd&i d^
Tries docteur^ 6t de f adrrifni^f f'tftii/h . Elte cliafgerf
une steur de Sori ordr^, fe'fi c^ itfotaietti Jt Pfi^ris^,-
d'aller l*6clameV raes jyapief^ a Id supSrietirS d6 Ohsli
rentbh.
Cofnrhe la r^poiise' tardslit heiiitmp, j'^drii^ * M
famille Bendlt d'Azy, si {ilsittatferti^Kt bbnne' pent rii(fl
et qui me croyait m6He d^piilir iongteirfj[]fd; cdr,* dihsi
qii'oh le v^rra pliis tstrd, mi ihdH aTctit 6t6 kMimi^i
peu de temps apt^s moh enl6vettient^ S totil^ m€l6 Mttiift
ct connaissances.'
M. Benoll d*Azy eut la hohii de tti^ V^potidi^^ :
M. Cochin (1) s'est occap^ de tmifHtsr Tbil pslt)iets j Hit irotti
sehont rendtts par ane scear que la du(i6riear6 Ue iGhareatim a
charg^e de vous les remettre, etc.
Comptez toujours sur noire affectueiix souvenir ^
(1) Qendro de M. feribit d'Aiy,
it
CHAP.- t^^ *^ A4ll%e Dlft ttXR^?ILLE.
fft
— -" — "— '-^"nri."
^l«^ M^ j^aff' li^ siGfeiir lidhsvifltf et k decteor R0^^
Motey, et Fott reeaMsntvleBdlD quey^lak tten tt^i^ Hear^
^^ ftaniyy fttte te PaslfMMixitf ChaDriwHottj^ ahtti que
M^ il iittttdcpitit besteovip de dtoMi k cet envoi,
et j'^«^fi«^ iptiWc hm rMam&r k lli mpMeure ds Qia-
f^0filci6^ Void} la Hsie de 6« qu'on mfa f eiidu el de ee
^4tt II g«rdd :
^titue en 0(6$.
Uon acte de naissance.
Celni de mon frdre T^l^ma-
Traduction l^galis^e de ces
actes.
ittiAmiot aiit6gni|)h« de
M. Charles Rovy^
iettres de famille.
Papiers concemant Une pen-
sidluiaire da S^dr^-Gogur.
P^sepun d6 ll« Rouy.
Liste de souscription a Milan
poor son m^canism^ astrono-
mique.
IflirlsAtiik*^ de c^e qu'Avait em^
porl4 M. Rouy & Sainte-P4rine»
Articles de journaux concfer-
naht in^ m&tih^es musicales
Iffon resittuS.
Invenfaif e des meubles, bi-
jottn, lingcf^6ffet9;Tal#atfs,ete.,
qui te troutraient dtns tton tp-
partement, 19, rue de Penthi^-
vre.
I>eill teedantAHant^n du
MonMe-PiM, ramisM par on
tiers.
iluit lettres fertn^es et scel-
Ubs de oinq cachets.
Factures toquitt^M.
Nombreuses lettres de fa-
mine et d'affaires, notamment
celles d'une damd L6f^bur6.
D^ut billets k ordre, d*en-
•emble 600 fr.) payables k Pa-
ris, le 19 roars 1855.
tin porte-feuille algdrien dn
Velburs i^ouge brodd de pftiU
lettes d'or, eonti^nant uh billet
de 500 fr. dans la doublure in-
t^rieure et '2 fr. 4^ dans la
pOChe.
.< /
— 176 MfiMOIRES IX'UNE ALIIENEE.
Je n'ai jamais re^u de r6ponse de M"*® la sup^rieure;
I'argent et tous*les papiers indiqu^s comme manquant
ont ^t^ bien d^finitivement perdus pour moi.
Le docteur Renaud du Motey et la soeur Lidutine
examin^rent avec moi'les pieces, plus que suffisantes
pour prouver qui j'^tais et qnelles ^taient mes relations
de famille et de soci^t^. Mais nulle suite n'y futdonnte,
soit parce que le docteur jugea i^uperflu de s'engager
/lans une affaire fort ^pineuse concernant une ali^n^
^trang^re au departement, soit parce que je lui signalai
les diverses irr^gularit^s de ces actes^ en sollicitant
I'examen des magistrats.
Et je restai Chevalier -Rouy, de parents inconnus
comme devant, malgr6 les nombreuses lettres de mon
p^re, de mon fr^re et de mes soeurs, et les articles de
joumaux constatant ma notori^te artistique.
A cette 6poque expirait le traits pass6 entre la ville
de Paris et Tasile de Mar^ville pour le placement des
ali^n^s indigents. Ce traits n'ayant pas 6t^ renouvel6,
on dut verser dans d'autres asiles d^partementaux les
malades de la Seine.
— Oh I Polichinelle, Polichinelle! qu*allons-nous
devenir lorsque vous ne serez plus li pour nous pro-
teger et plaider notre cause?. — disaient les pauvres
malades, le jour ou elles ont appris que j'allais ^tre
transf^r^e ailleurs.
Je n'^tais pas non plus sans inquietude sur ce qu'il
m'adviendrait de ce changement, et surtout sur ce
mn \
CTTAP. IX. — AS:i-f. liR .MATlLvnLC. 177
— I .-...».
fpro)) noiiiTolt (Mire fK'«? rn]jier«? r(nM)Livrt.v^ avec' tant de
perne. Je fis sortir de rasile et mettrcen depot chez liu
divine cur^ du voisinage touf ce qui ni'avait ^te roirY(^y<»
de CharcUon, .et je remis a un interna qui s olait
monfre coiisinimneii^. l)ieuv».illaiit \o\\v nioi. M. Octave
L'niiilier, !l's Icthrs de !a .suiiui'.'ijM? do Ch.nt>nl«»n, d.^
M. Iiern.it d*Azy. do iM'"*-' do S.i-nt.-Maui*, (U\, qid
pi^'oavjiierd. !•-• tenvoi de ces pi^.ioJN s'u- ma jv( laina urn
M. Id d'>c(our IJiuiiiior, auqu'^i j^i ^uis houivu-'O de
lonit)i^ner jiHljliquoiriOiil. nia Tv<,o!tnrji>.-nnc.', < t (U'.i (?"'.
aw-out'd hui elMl)li ft Piiris, ^5, ioulov.wd du T*-iiqi)e,
M. ?o do.-l:' u • Ronr'jii diJ vh l.cy (it ( Jioix pour nioi
d'Auxcrre, onnn.:e elatit i^iii do^ plus jolis :ihl!<'j< de
Franco, el M. !«; d r.:clour' do Mrireviilo. M. Lht'rl)op. «1e
L»ii<<a's, m'y co.'id r.sil lui-rn hti j aw^c [dii-iouro aidr.i'
iiMiij^ente.-.
11 ji>i^n"l au\ Ijonf; oflico? qiTil niViva^l d''j» r- n lii<;
c<*hii c|r» raconl'T Inut co qin ntr coriivnirdt .mi dirci-,-
Iv-^nr d'Aiixme, de r.«(j:'.»n a iui biou ptM'.sM.idvT quo ^M
av.dl^ en niaius «iae Ijinno foil uiyd.'Tieij.-^'j, ftjri daii-
^•eVeu.se peul-efii? a uii cerLaiii point de yue, du moins
n'6tait-ce pas une foUe.
I I
m
M^M^IRES D'VNE ALI^^E.
\
CHAPITRE X
A&il« d'Kuxan:
/■
J'arrivai ^ Auxerre le 3 d6cembre 1862. »
CeC asile est en elfet un des mieux organises de
France. Tout y brille, tout y est coquet, bien a6r6; par-
^out des galeries k colonnes : on reconnatt que le baron
Haussmaifti a pass^ par la. Les jardins n'ont pas de
murs, mais un saut de loup cach^ par des buissons de
roses, |)ermetlant k la vue de s'etendre jusqu*4 un
lointain horizon, amelioration due au docteurPoret,
sous la direction duquel j'allais me trouver.
J'arrivais avec un certificat du docteur Renaud du
Motey, ainsi con^u :
W^^ ChevaUier-Rouy, CamiUe-Jos^phine-HersiUe, 6St atteinte
de manie chroniqae. Id^es de grandeurs. Se dit fille de la du-
chesse de Berry; renie ssi famiUe.
Et laquelle, puisqu'on disait que Je n'en avals point?
On voudra bien remarquer que le doctenr Renaud de
CHAP. X. —^ ASILK d'AUXKRRE. 179
Ikiotey Mail i^ ie e^ux que j'avais le plus touripentes
au svijel de moit nom ; qa'i) itait present lorsque soeur
Udmiie ra'a^t remUi mes papiers; qu'i) ks avail
eontfiiitedtf avae ^le et moi; qu'il s'Mah adsur^ que
j'avais bien droit au nom de Rouy, le seul que j'eusae
jsmaia f^dam^. Miiis o'eat ainai qu'on certifiait a tort
et k tmtevs, pour motiiier le maintien de ma seques-
tration.
On m*«nai plae^ dans une petite cbambre k trois
Ms eu couehail une gajrdienne; j'avais du pain blanc,
igm. v^gime aweculenit et abondant. La snrveillante de
\sl aeelioOy M<»® P^ns^, ^^^ ^^ <^6 quarante-einq 4
^quainte aiifi, eomme son amie, M^^ Br^elet, la sur-
veillante g^n^rale, qui ^enait la toir toura lea soira et
dofit la eoin«f satkm m*6tait fort agreable.
S n'y avail pas huit }ours que j'^ais insiaUee, quand
M. le doctear Pctf^t me fit yenir dans son cabinet et me
propeaa^ de la paart de I'administraiion^ d'entrer au
pesaiannat, d'y avoir une chambre^ le droit au piano, a
la bibtiolMNfAe, unmeilteur r^ime et les plus grands
seiae, ma sami^ n^eeasitant un repos complete
B afe«rtait qu'aa bout de trois ou quatre mois, c'est-*
a*^dire dans les beaux jours, je sortirais gmrie, et serais
bien recamixnattd^e et prot^g^e, mais que c'^tait d la
mnditien du silsnee le plus ahsolu aui% tout ce que je
vermis el aur le aeruiee,
Men qai B!e fi^t k veir et k dire ne s'^ait pass^ de-
pusa cnen arrive. Je r^pondis au doeteur que je me
/
I
ISO MEMGIRFS D'TNL ALIiJr.EB.
[»'OLJ\yis for'; bi^fi comn^c j'eiais ; '•jijejc ne pouvais pas
I r-nclre ie rooiu.ire en^n^x^'fJi^**^- ^^u sujcl dt* :noA ^e-
ltUi.ct:^ mais quf^ je. pouv.us aliirm»M' que je n'avais et
ii'aurai'5 rirn a cciin*, si los choses elaieiit ioujours de
nieme.
Quant ^ la question d^ sortir guerie au bout de
trois mois, c'est douc que pendant trois mois il me cer-
tifierait nliene*?
— Sans aucun <inute ,y^ ne ptiis vous ;;nrJer qu'a re
prix. t'l vou^ n'clos pas en elal ile couf ir les nie^ «1e
Paris K'U h'wcv. lyail lours, folio ou noii foilo, v(ms pa>-
sez pour- Te're t.'^hl que vou.-^ e*e? ici.et, aM'cIa graii(ie
([iiaulilu «le cefti!K:il^ fails sur \otre compte, un tie
plus ouUe nioiu.s x\c fera pus ^rarufi ho?e.
CVtyit jusU, el j'lHais liop souffrante pour dipcultr.
A Auxene le service est puronu»nL lai^ue, tie-s-
compli U chacjU'i section a une survcilluuleoo c:hef, une
sui'vL'iiiaulc on sou--orc«re ot (]<?i»x ga 'iliriiutc. Touc oe
])Or.-ounel os\ ^mi ;.iti'a»iii fori j. une: )»• •'octeur a pour
piiu'jpe (i[\i'i la jeunesse apporte plus de douceur • t 'le
gaiie dans ses rapports avec les malades, dont on clier-
che a rendre le sort aussi supportable que possible ;
v.iu>\ i»'s lu ■!.:» n'.'s. 'oii! iMj ! t.'/i>uil. Hf I:i maJM'a it)
\''s! a le loiiijil'l, si c; 'i •'•u!' (.>!. iuios>a!io, out. \l'
(.iiC'i -lij _:' r 1 .'! I', -i • j} '.-f r 1 -ur-; oi'i".*'.-. <y» st uu p'J'iiL
.' {I'll iiiL' . j .ii \'i ''o icis ilij «j-j).)ir.~, sIl* .-i ^laiitlo.- ii')u-
I»*ui.^, (ie SI tje^^:?;'jeiay.tf.< viokiiot.s 5 cause ilos vete- *
CHAP. X. — A61LB D A.OXERRE. 181
surtout pour les personnes qui, ayant tenuun certain
rang dans le mOnde, se trouvent d'autant plus malheu-
reuses d'etre contraintes h revfitir le costume des indi-
gentes.
Quoiqu'oQ ait soin, \k comme k Mar^ville, de placer
les personnes convenables dans un quartier^ part, elltjs
se trouvent encore parfois fort mal eutourtes.
On sort tousjes dimanches et mdme dans la semaine
avec une permission; le r^me alimentaire est boa.
On cherche & distraire et k occuper les malades ; le tra-
vail n'est pas impost; chacune s'oecupe & pea prts
comme elle pent ou comme elle veut. 11 y a meme une
salle de musique, conslruite comme une aalle de con-
cert, avec estrade, gradins, etc
Mais comme il n'y a pas de mMaille sans revers,
void le revers.
Une petite servante de dix-neuf ans, nommee Louise,
- jolie comme un bijou et plus ambitieuse em^ore que
jolie, ^tait gardienne du quartier od j'^tais; cllu n'eut
pas de pail ni de tr&ve qu'elle n'eflt oblenu k placi; de
M"" Paris, la surveillante, que ie docteur Poret pkfa
dans un autre service.
Quand cette enfant, qu'on mettait k latSte dun quar-
tier de quarante-cinq 4 cinquante femmes, a hujuelte
ondonnait en sous-ordre deux autres jolieM lilies de
seize k dii-huit ans, vit qu'elle n'avait qu'un mot k
dire an docteur pour tout rfigler k sa fantai'-ie, pnur
isdre mettre au bain de punition de pauvres meres de
11
182 MEMOIRES DhJNE ALIl^Nl^.
■ ■ " ■ , I ■ . , , ^ ■> ■ ■ p ■■ ■
t
£amiUe, Tayant ennuy^e ou reveillee aecideatellexaenl,
eUe ne garda plus aucfuie niesure^ et ea moiius de six
s^emaines tout fut sens dessus dessous.
Les malades ont la permission de garder leurs effeis;
Que planche est disposee k la tSte de chaque lit pour
c^la.. Lpwse $'empara de tout ce qui lui plaJ^aU»^ et,
avec le consentement qu'aucune de ces pauvres
femipes n'aurait ose lui refuser, de peur de s'^ faire
une emieruie terrible, elle porta tow a touff les ffobes,
les A^^tements, les cMles des malai<jles, ae fit kiKxier et
coufectionuer par elles une foule de choses, etc.
Ce n'^tait qu'un long eclat de rire entre ces trois
jeunes fill.es et une deml-douzaine de jeunes peusioo-
naires; chacune a son tour faisait le guet pour pr^r
venir, par un signal convenu, de Tarrivte d'un chef,
car M. le docteur ne plaisantait pas, et si ojqi le voyai^
paraitre, vite chacune etait a sou poste, ua ouvrs^e
a la main et une ^pingle en guise d'aiguil^le,, si Vdin
guille manquait, C9j; on, ^avait qu'il n'y viendrait pas
voir.
II passait, enchants de son service... et apeipeljat
porte etait-elle ferm6e que les jeux et les riyes, les
coquetteries avec les internes, les gardiens, reparenaient
de plus belle.
Jamais encore, nuUe part, je n'avais vu ckose p^**
reille I
Des enfants I des iilles sans ^ucation, sans expe-
rience, a peine sorties d'apprentissage, 4ireplac6es i la
* •
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CHAP. X. — ASIL!! l^*AtntBAIlE.
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iSSI
tMe d'un service impprtant de femmes malades et mal-,
heureuses, sans aucun contr61e sMeux!.,.
Quand Louise prenait quelqu'un en antipathic, elle
la tuait, Utt^ralemeiU. Elle Vaiiachait A un banc, la
frappait k coupa^ de quenouille, la fouettait en plein
dortoir J puis le lendemain, k la visite, la disait « agi-
te^y » et le m^decin en che£ achevait par la doudbe,
le» bains, le e&nfessionnal (4), ce qu'elle avail eom-
mence^j de $a propre autorit^, et bien entendu sans le
dire.
J'ai vu ^ la d^sesptoince dans toute soa horrible
intensity; nul recours n'^tait possible cofitre le' service,
un seul homme, a la fois inMecin en chef et directeur,
^tan^t maitre absolu de oe m^me service et des malades
qui, naturellemeht, sont sacrifi^s, la difficult^ de
recruter le personnel faisant compter avec lui.
J'en pjst]|^lai k W^^ Br^veiet, qui me r^pondit :
— Qtt*y feire? NVt-il pa» change M»« Paris pour
elle? ,
Je r^clamai sicnplemenpt mon chans^ement de mai-
son.
M. Hussoti refusa par la lettre suivante :
N
(1) Un vrai confessionnal quant a la forme, un peu plus dtroit
afin de forcer a rester debout. Les pieds posent sur un plancher
a jour, et du haut de ce confessionnal tombe de feau en averse,
deluge 0u torrent, cpfbn fait durer a volont^. — II parait que
c'estplUs-terrftle que les douches, car fai vu des malades re-
commencer apn&s la douch^^, jamais apr^s la confession.
^
184
MjgMOIRES fi'UNE ALI13N1SE.
Paris, le 10 avril 1863.
Monsieur le directeur,
Le 14 mars dernier, vous m*avez entretenu des r^damations
que ne cesse de vous adresser la nommee GhevaUer-Rouy, pen-
'sionnaire de mon d^partement dans votre asile, a Teffet d'dtre
tranf6r^e dans un etablissement desservi par des soeurs on r^in-'
t^gr^e a la SalpStri^re. Pendant son s^jour k la Salpdtri^re, cette
alidn^e a ^t^ pour les m^decins, les surveillantes et les fiUes de
service une cause incessante de difficultes, a tel point que, sur
les instances dii m^decin auquel elle avait ^t^ confine en dernier
lieuy je la fis diriger sur Tasile de Fains. Dans ce nouveau
placement, la malade ne tarda pas a Clever contre tout ce qui
Tentourait les mdmes plaintes qu'i la SalpStri^re ; elle soUicita
bientot son envoi ii Mar^ville, ^crivit a ce sujet k M. le Ministre
de rint^rieur, et obtint ainsi sa translation dans cet etablisse-
ment. La, seS' conceptions d^lirantes reprirent le mdme cours:
le regime alimentaire y ^tait detestable, Tair fktal et sa vie en
danger, si Ton ne Tenvoyait proraptement dans Tasile de Saint-
Yon, a Rouen, ou elle trouverait, disait-elle, des soins intelligents
et des amis devours qui ne la laisseraient manquer de rien.
En presence de ces plaintes et de ces fantaisies, je crus devoir
laisser Talien^e Chevalier-Rouy a Mar^vilie, d*ou elle est sortie
pour les causes que vous connaissez, pour Stre transferee dans
votre etablissement.
Par ces details vous reconnaitrez vous-meme, sans aucun
doute, qu'un nouveau deplacement serait ineflicace a procurer a
cette infortunee les adoucissements qu^elle en espere.
5'ajouterai que cette malheureuse femme est dans une pro-
fonde erreur en s'imaginant qu'elle a conserve 4 Paris certains
parents ou amis qui seraient disposes a lui donner une assistance
qiielconque.
Agreez, Monsieur le directeur, etc.
Pour le Senateur, prefet de la Seine, et par delegation,
Le Directeur de V Assistance pubUque^
Signe: HusaoN.
CHAP. X. -* ASILE D'AUXERRG. 185
i J ^
Cette lettre constatie non seulement qu'on me repro-
che uniquement des plaintes contre mon entourage,
ma position et le service, mai^ encore elle affirme de
nouveau que je n'ai 'parents et amis que dans mon
imagination malady.
Qu'il nOQS soit permis de fidre observer, dcrit a ce sujet
« M. Tailhand, que ce n*6tait pas W^ Bouy qui ^tait sur ce point
dans une erreur prdfonde ; des lettres de M. le comte Benoit
d*Azy, de M"^* de Saint-Maur, d^autres encore existant au dos-
sier, notamment un billet de M. Laurency Rouy, chef de division
auz Haras, son cousin, d^montrent que Terreur dtait absolument
du c3t^ de TAssistance publique.
1
Je . fus done obligee de me r^signer & rester dans ce
milieu peu ^difiant.
* Ce fiit bien pis quand il arriva des ouvriers pour
nettoyer la maison du haut en bas» ce qui avait lieu
tous les dix ans, Le scandale devient tel que les n^a-
lades se r^voltent; elles en appellent k moi, en me
disant que je dois en informer le docteur. ^
— Ayez; patience, leur dis-je ; ce n'est que Talfaire de
quelques jours; je ne puis rien. J'en ai parl^ a
Mile Br6velet, qui n'ose rien dire. Le docteur Poret est
directeur et m^ecin en chef; 11 pent faire maison
nette en favour de cette enfant qui le trompe, et mettre
sous la douche qui bon lui semble.
— £h bien I si vous ne parlez pas, nous parlerons
nous-m^mes. Nous sommes d'honn^tes femmes, on
doit nous respecter; des malades, on doit nous soigner.
1S6 niHOmES D'QNE ALflfiN^
%
I ^
et non nous b»Ur6 et ikms fouetM; des iBdiB<6iiteSy on
doit nms vdtir^ et noapennettre k tto^ domestiques de
s'emparer de iios «ffels.w<». NoQfi n'osons plus tourner
1ft i4te; o'test une faonte !
— J'ai fait une partie de ces obs^vatioixB & Mi le di*^
recteur, lui repr6$entant que des soeurs emp^cheraient
ces d^sordres ; il m*a moatrS I'arr^ti du Ministre de-
fendant dans.cet asUe les orclreis r^lifieuxt Patience^
croyee-moi*
Elles he voulurent pas fti*^6al;er, et Tune d^elles pril
la parole le lendemain pour laire «avoir 4 M. Poret oe
qui se passait.
La pauvre f^mmel On la mmeiiii du bain pre^ue
sans connaissance, tant la douche ou la ^ttfession avfidt
et$ tude, et cette petite effront(§e de Louise passait et
repassait devant elle en riant, frappattt du talon^ ehan-'
tant, la regardant sous le net, en Tengageant k user
de son influence poQr sauver T^tablisisemeht I
Cette fois, je pris lA plum^i
Je suia raide quand j'eoris sous Timpulision d^ Tindi-
gnation.
Je commengais par remefcier M. Poret des feoltts
qu'il me donnait; je lui dis qu'il Atait indigneraent
tromp6, et que tout ce que la pauvre ftemmis qu'il venail
de martyriser lui avait dit ^tait m^me au^^dessoud de la
v6rit6; que si de tels faits 6taient connus au dehors, on
ferait de eet inconB^uent enfantilla^e lin v6ritabld
soandale d^partemental ; que si je n'avais ridn dit jus*-
■/ : ^
/
[chap. X. -- ASILE D'AUXfeRRE. 187
*---■' ^ - \
s
qu'aldrs, c'eBt que je pensais que leg t'ravaux terminus
dans notre quartier, cela t^e se renouvelleralt pas, et
que je-tne serais eiicot*d absienue sans son imprudente
vivacity k se portier garant d'une fille qu'il ne cdnnais-
sait pas, et k s6vir sans enqufite pr^alable.
L'eifet de cette lettre dur M. Poret fut tefrible.
II en oublia son ait compass^ et arriva pr^ de mon
lit, non pour me remercier de le renseigner, mais pour
me declarer qu'ilallait me renvoyer; qu'il neme gardaii
que par compassion, par pitie, puisGfu'il etait impossible
de me prendre pour folle, et que je n'avais pas droit de
renter dans un asile; que j'avais as6ur^ment quelque
ch&se d cadher pour refuser la libertifi avec une tell^
perseverance ; un but k poursuivre, pour m'acharner
contre le service,
— Comment I'entendez-vous, monsieur?
— Comme je vous le dis.
* — Moi, quelque chose k cacher? Veuillez me faire
donner de quoi 6crire, et M. le procureur imperial
saUra avant une heure pourquol et comment je suis
forc6e de rester ici ou la.
J'iScriTis k M. le procureur imp6rialj et ma lettre lui
fut remise aussitdt.
Je lui d^non^ais ma position.
J'etais sous un pxux nom. On avail; change ma filia-
tion pour faire de moi une femme sans tenahts ni
aboutissants, n^e a Milan, de parents inconnus. On
m'avait depouiliee, ruin6e, et les papiers que j*avais
i
' t
188 MfiMOiREs' d'une ali6n]6e.
'- . / > ■ ■■ ■
I
port6s k Gharenton m'y avaient 6t6 pris. Ma mort avait
et6 annonc6e, et je n*6tais plus enire les mains de
VStat qu'une aventuri^re dont I'fitat 6tait naturelle-
ment responsable, n'ayant aucun papier ni renseigne-
naent me coiicernant. ' , .
Je signal : ladite Chevalier^Rouy,
M. le procureur imperial fut irfes-surpris.
. Depuis quatre mois que j'6tais k Auxerre, personne
ne lui avait parl6 de ma situation extraordinaire, et
jamais affaire semblable ne s'^tait prSsentde depuis
qu'il ^tait magistrat.
Peu de jours apr^s, je pe^us la r^ponse du procureur
qui, s'en 6tant ent6ndu avec. le pr6fet, avait d6cid6 que
mes discussions avec la Seine ne regardaient pas
TYonne.
Le pr6fet signifiait en m^me temps au directeur que
c'^tait une horrible affaire, et qu'ft moins que je ^e
fusse folic a lier^ il ne voulait me garder sous aucun
pr^texte.
M. le directeur vint me dire ce r6sultat, en me de-
clarant que je m'en irais, bon gr6, mal gr6; que tout
cela commenQait a faire du bruit et qu'il fallait en '
finir; que si je refusals, on allait mie montrer de cer-
taines cellules o£i je ne serais pas trou^de et ne trou-
blerais pas.
— Alors c'est un' crime pr^m^dit^ que vous allez
commettre ? '
— AUez-vous-en.
./
CHAP. X. — ASIUS Dy'AXJXERRK.
189
— Je n'ai plus rien au monde.
— Vous avez cent francs. On vous conduira k Tad-
ministration de la Seine, et, du reste, si vous avez quel-
ques reclamations k faire, I'avoud de I'administration
est k votre service.
Je le vis; mais M. Favour ne s'occupait que de titres,
de propri^t^s, et non de reclamations reposant sur des
on dit et dont il fau(^rait aller chercher les documents
jusqu'i Paris, ou il valait mieux, de toutes &9ons,
aller moi-mSme.
On me fit voir les cellules dont on m'avait menac^e...
Elles sont effiroyables.
n y en a cinq ou six. Elles sont carries, un peu plus
longues que le lit en bois (lit de g^teuse) qu'elles con-
tiennent. Un fauteuil perce est place k cdte. G'est tout
le mobilier. Lit et fauteuil sont scelies au mur. Une
cour, de la meme largeur que la cellule et deux fois
plus longue, en depend. Elle est entouree de hauts
murs, en sorte.que la recluse ne pent absolument rien
voir, ni etre vue par personne. Elle ne peut qu'en-
tendre les cris de frenetique souffrance, de fureur in-
dicible de ses malheureuses voisines. Rien n'est plus
affreux.
Deux de ces cellules sont disposees de fa^on k atta-
cher la femme sur^le lit et sur le fauteuil, et & y faire a
volonte Tobscurite la plus complete.... II y a de quoi
rendre furieuse la personne la plus douce et la plus
calme.... de quoi pousser au suicide.
14.
ido
MfiMOIRfiS l)*U»rfi ALIETNEE.
Je n'ai pas ici k examiiiei' I'effet qui pettt Mre produit
sur les nidlades par ces diff^rents systfemes de r^prps-
siou; jefais senlemeiit rfemarquer que M. le docteur
Poret, qui 6tait cerldinement un brave homrae, m'a
menac^e de m'y faire enfermer, et je dois ajpUter. qiie
c'est g^n^ralement centre les personn^s qui out leur
raison et savent se d6feudi*€J on se plaindre qu'on em-^
plofie ces terrlHes Uioyens pour les dompter.
Ce n^est pas \& seu) c6te itisie et cach6 de cettd mai*
son, eu apparence si bien tenue.
Je sois all^e un jour visiter le pensionnat, que j'^ais
curieuse de connaitre, apr^s Tavoir l*eftis4. On m'y a
fait mouter voir uue mdlade g^teuseet agitde.;. La pau-
vre feratne!
Pans les autres dtablissements que j'ai vus, l^s g^-^
tenses ont au moins une paillasse. On change de paille
ou de paillot, quand la paille est mouill^ ; on est chau^
dement couverte, et en g^n^ral la paille n'est que sous
le si^ge; la t#te, le dos, les reins, les piedsi Sont surun
matelas coup6.
A Auxerre, au pensionnat*... hen ! rienl hen I
On est couch^ sur un lit en fer. Une sangle^ un bas-
sin dessous, une couverture qui, n'6tantpas bord^e^
puisqu'il n'y a qu'une sangle^ va, vient, selon le mouve-
ment de la malheureuse creature, qtd grelotte jour et
nuit sur eette sortede hamftc^
Je n'ai Vu cela qu'& Aulerfie. G'est horrible.
Si on Economise ainsl paille, draps et peine pour les
\
\
CHAlP. X. — ASILE p'AUXERRE.
im
pensipnnsiir^B, on doit faire moins encore (si c'est pos-
sible) pour les indigenteB»
Mais revenons k ce qui me coneerne. Le docteur
Poret,-au lieu de me faire fouillerj de se livrer centre
moi k d'horribles violences, comme ses pr6d6cesseurs,
se oontenta de me menacer. I'^tais pourtant a sa dis-
cretion iabsolue. Le pouvoir du medeoin devient terrible
)orsqu*6tant en m^me temps directeur, il Texerce sans
contrdle, se laisse tromper ou ferme le^yeux. Dans les
maisons plus importantes, ouce pouvoir estdivise, le
ni6decin a la direction des malades, le directeur celui
du service, mais avec un certain droit de contr61e r^ci^
proque. S4l y a parfois conflit, ce ne pent Mre qu'au
profit des malades. Ces deux pouvoirs sont indispen-
sables : indispensahles. Que serais-je devenue k Fains,
a Mar^ville, sans Tintervention du directeur qui avait
pr6venu le pr6fet? J'y serais morte sans doute, cachee
a tous les yeux ; -^ ce qui ei]lt ^pargn^ bien des ennuis
& l*admihistration.
Sur ces entrefaites, M. Piroux, m6decin adjoint de
I'asile, ayant 6t6 a Nancy, en rapporta 100 fr. que
M. le comte de Lambel avait d6pos6s chez M. Vagnet,
dditeur, pour mettre k ma disposition personnelle.
Sit6t que M. le directeur eut cet argent, il me dit que
j'avais dttffisamment pour aller a Paris ; que je n'avais
pas besoiti « d'Un carrosse a deicx chevaux » pour
sortir d'un asile^
11 me fallut done en prendre "mon parti et compren-
/. '
\
\
192 MEMOIRES D*UNE AXI)&n6e.
dre que je n'obtiendrais rien k Auxerre. On m'accorda
pourtant quelques jours de r6pit pour me soi^er. , i
Le 15 juin 1863, M. le directeur Poret annongait eu
ces termes mon renvoi & M. Husson :
Quelque mal fondles que soient les plaintes de cette ali^n^e,
elles finiraient n^anmoius par faire un tort considerable dans
Topinion publique au pensionnat, qui est une des principales
ressources de Tasile.
Le 26 juin, il &isait signer ma sortie au pr^fet de
TYonne, en lui envoyant un certificat de guerison.
Je crois devoir citer,4 propos de cette sortie, le pas-
sage , d'une lettre de M. le direcleur de Charenton k
M. le directeur de Tadministration d^partementale et
communale au minist^re de rint6rieur, passage relev6
par M. le president Tailhand dans son enqu^te, en
1872:
. . . . Ce que vous ignorez peut-Stre, c/est qu^elle est sortie
d'AuxeiTe en vertu d*un certificat de guerison du docteur Poret.
Pourquoi M. Poret Fa-t-il declar^e guerie? G'est parce qu*il
n'y pouvait plus tenir et voulait a tout prix se d^barrasser d'elle.
La voila libre enfin. Elle retoume k Paris et va chez M. Has-
son. M. Husson lui donne 200 fr. (1). Elle va dans un hdtel
garni.
Quelque temps apr^s, on la retrouve a Orleans, dans le ser-
vice du docteur Payen.
Comment se fait-il qu'elle soit la ? Elle a di^ faire ane dtape
avant d'y arriver ; selon toute vraisemblance, elle a pass6 par
<1) Trente francsy et non deux cents, dontdix pour m'envoyer
a rouvroir de Vaagirard.
CHAP. X. — ASILE D'AUXERRE. 193
t
la Prefecture de police, n sendt int^ressant de savoir dans
qaelles circonstances et k la demande de qui, apr^s avoir ^t^
si bidn gu^rie par le docteur Poref, elle a 4t4 de nouveau s^-
qaestr^e dans nne maison d'ali^n^s ....
Ce qu'il y a de curieux, c'est que M. le directeur de
Charenton^qui icrit des lettres si famili^res k M. le
directeur g^n^ral, v!est atUre gue M. BarrouXy ex-
directeur de Fains, qui s'^tait constitu6 mon z61e pro-
tecteur centre les agissements du docteur Auzouy,
avait amen6y comme on salt, M^^ la pr^fette chez moi,
en secret J et avait torit en 1857 au minist^re, au sujet
de ma fenStre, bouch^e avec une hotte en bois par
I'ordre du m^decin.
Toujours est-il que mon depart fut d^cid6, comme 11
le dity parce qu'on voulait se d^barrasser de moi ^ tout
priXy et que si j'6iais rest^e pacifiquement sans rien
dire, sans faire savoir aux chefs imm^diats et respon-
bles ce qu'ils devaient savoir ^ on m'aurait tr^s-pr6-
deusement gard^e.
Done on me renvoyait guMe, parce que ma folie 6tait
de plus en plus insupportable, et qu'il devenait urgent
de mettre fin k mes plsdntes et k mes rapports.
J'ajoute que je suis heureuse de pouvoir produire ces
pieces, car on ne me croirait pas si je le disais.moi-
m^me. ^
Enfin, tout est bien r6gW, convenu, arrange, et je
suis pr^te k partir d^s le lendemain matin, quand.sur-
vient une difficult^ inattendue.
( /
194 iK£tfOm)SS B'tlNE" ALliK^B. -
II y avait % la cais»e cetit <dt qu^lqUea f^ants m'apparte*-
nant. On me lesapporte. Jeles prends; je les empoche,
etje remercie.
Mdis ce n'est pas tout. H faut signer la reception.
— ' Signer ?
— Sans doute.
^^ Mais quel n()m 5rouleil«-voud qu« j6 eigne, puibque
je n'ai pas de personnalit^ authentiqunf
— Signet Chetalie^■Rduyi
— Ge n'est pas moh Hdm»
'^ Qu'e8t>*ce que eela ftiit, puiiiqUe o'est lui sous
lequel vous 6tes enregtstr^e ?
— Ce serait faire un faux, et je ne I© puis pbs<
— G'est pai* m6chafitet^ que vous retlises.
Je prends mon parti,^ elje dis :
— Donnei: ; ce n'est vraiment pas la peine de se mal
quitter, quand on pent tout ooncilier avec deux petits
mots*
Je prends la plume, et je signe sur le registni :
LiikdVttR Ghevalier'-Rouy;
G'^tait fait. II n'y avait plus ^ y revenifi
Je ne puis dire Teffidt produit parens deux tnotd, ^i
sauvaient la situation et constatatent ma protestaiibh.
Le lendemain toatin^ W^ Br^velet, la suirveillante
g6n6rale, Itant charg6e de m'accompagner avec une
gardienne, Tomnibus du ehemin de fer venait hous
prendre avant le lever g^n^ral. Oil atait eu pour moi
mille aimables attentions ; j'emportaii det protisions
. \
CHAP. X. -»- ASlLfe !>*lt)X«flRE. 495 .
t
pour trois jours au moins et deux bouteilles de vin
fin*
Durant tout le cours de mon s^jour dans cet ^tablis-
sement, les choses se sont pass^es envers moi avec ce
m^me calme, cette m^me bienveillance tranquille.
Un seul incident a trouble^ pendant deux heures^
cette quietude. M"* Louise redoutait mes Merits. Elle a
vu que j'avais du papier; la peurl'a prise; elle a profits
de ce que j'6tais en bas pour grimper dans ma cham-
Iwre, briser le cadenas de ma malle, y fouiller, et n'y
trouvant rien, de peur d'etre prise sur le fait, s'est
saiivde, laissant tout seu^ dessus dessou^ daos tna~
chambre.
Je m'en suis plainte at! docteur. On a tnis la chose
sur le compted'une malade; le docteur m'a fkit rendre
un bon cadenas, et Louise en a 6t6 pour sa peine. Elle
xi'avait que dix-neuf ans^ la pauvrette ! Sans cela, elle
aurait su que ce n'est pas sous cUy dans un asile, qu'on
cac/ie c^ qu'on veut soustraire aux perquisitions.
t 1
i9d MiskoiRES d'une axu&m^.
CHAPITRE Jl
L'hdtel Salnt-KloheL — 1a Pr6feoture de polloe.
' Mes deux surveillantes me conduisirent , aussitot
notre arriv6e k Paris, A TAssistance publique, Elles
devaient me remettre entre les mains de M. le direc-
teur et en tirer regu de ma personne. Mesure assez
bizarre, soit dit en passant, et plus arbitraire que le-
gale ; mais on avait peur que je ne restasse a Auxerre
et que je n'y soulevasse une certaine Amotion.
Pendant que W^^ Br^velet etait descendue pour par-
ler k M. Husson, j'6tais rest^e dans le cabinet du sous-
chef de la division des ali^n^s. Je renonce k dire I'effet
que produisit men arriv^: une b^te fi6roce, la foudre,
le diable et ses comes n'en auraient pas produit davan-
tage; tons les employes y entraient tour k tour pour
voir cette malencontreuse curiosity.
' M^c Br^velet remonta avec dix francs que le direc-
teur lui avait donnas pour me conduire k I'ouvroir de
Vaugirard, oil ces dixfirancs me donneraient le droit de
/
CHAP. XI. — L'h6tEL 8AINT-MIGHEL. 197
I
■ ■ ■ I I I , .1 , —^^—1 I II 1 1 ^ I .1
rester vingt jours, moyeimant que je paieraie k sur-
plus de ma d^pense par mon travail k Ysifwile, On
aurait bien voulu me claquemurer avec mon consente-
ment, car autrement i) fallait un pr6tette... qu'on ne
fut pas longtemps k trouver.
Je reiusai d'alier k Yaugirard ; c'^tait trop loin pour
que je pusse m'occuper de mes affaires. J'avais re^u,
comme je Tai dit, k Mar^ville, une partie des papiers
qu'on m'avait soustraits k Charenton; je priai Fadmi-
nistration de me faire rendre le reste.
— Allez au minist^re; Charenton en depend.
— Puisque c'est vous qui vous ^tes m^Us de moi,
qui avez renseign^, couru partout, c'estji vous k r^parer
le tort que vous m'avez fait par vos &usses d-marches.
— Non.
Je m'en fus m^contente, avec trente francs qu'on me
donna ; W^^ Br^velet et la gardienne me conduisirent k
I'hdtel Saint-Michel, quai Saint-Michel, n^ 1, et ne
me quitt^rent que quand tous les arrangements furent
pris avec mes h6tesses, MM^^^ MoufQette.
J'y suis arriv^e avec ma petite malle, sur laquelle
6tait le nom de Josephine Chevalier , et j'ai 6t^ inscrite
a rhdtel sous ce nom, avec la qualification de voyageuse.
On m'a demands mes papiers ; j'ai dil dire que je n'en
avais pas, et on a bien voulu me garder sans cela.
Cette position Equivoque ^tant tr^s-dangereuse, je
cms devoir la soumettre k I'administration de la Seine
et la prier de r6pondre de moi, ce qu'elle refiisa.
I \
m
$i|]gtt<^ll&S titli^E ALUgl^fE.
JWhisa Mi lepiiSfet da l§i BeiAe pour lui detnander
Uhe audt^i^d. Oft 116 1'^j^Atiit fiais. N
J'allfti aiji parquet. On me dii d'^rim-.
J« fia pluisieiir^ et)Ut%eis} pour r^trouv^ d'ltncientito
connaissances. Personne n'^tdit & Paris i la flfl de jtilii.
J'i§oritls me, Idite ihdi^^ ail b&k^fi d« Klhkdliii
(docteur Pelletan)^ pont lui dire la isltuatitftt dans M^
quellie j'^tais^ grftce ^ luL
J'allai Chez M. le comt^ 3eiioU d'Azy i^t ehee son
gendre, M. Augustin Gotshin. Ik ^taieht 1^ la campagA^.
Je leur Mentis* '
La chambre quts j'hablteds me cOiltalt 3 fir. par
jour, sans la nOUrriture) Ma bourse i^e vidait. Sanis pa-
piers,' sous un nom qui n'^tait pas Je mien, v^tue de
vieux effets de succession des asiles, je ne pouv^s me
presenter nuUe part pour ehercher une occupation
queiconqUO) avec le titre de foll4 gizitie.
D'ailleurs, je n'f pensais gu^rei Je Voulais d'abord
qu'on me rendit ce qu'on m'avait pris^ ne voulant pas
^tre reconnue ou m6me sdUpt^onni6e k Paris avant d'y
Mre remise sur Un pied convenable.
YMue aussl simplement que je Totals, on ne se
gSnait pas pour parler deVant moi, et j'entendis en
quatre ou cinq joUrs un tel concert de plaintes sur le
gouvernement^ ifur les impdts, que j'en fUs stup^faite.
Ge qui m'^tonnait surtout, c'l^tait le peu de precau-
tions qU'on prenait et les paroles menagantes qui
6taient daus toUtes les bouches.
I
— Ah ! si noiis «lVidfts quelqu'Uft k hoUtt tM^ ! di-
sait-on.
Une Xo% Vouhint ftll^r vt}ir Notre4)am<d', je toUrnais ,
le coin du (}uai, lOHQUe jd tid tetitr ddVa^ moi Ukie
pouvihe (^mme «ii haiUons, ^^^ meii^ii*, l^e soutenAnt
a p^inei Att moment de Kitidttre li§ pi^d ^r le trottdli:')
elle chancela et serait tomb^e si, m'6lan{ant vet*s
elle, je n& Pousse ^uienue^ Passant «t)n bi'tts b6us le
mien^ jd mUhformdl d« e^ icju'^lte ftv^it; J'l^ppHs
qu'ayant qtdtt^ rH6leUDi6U depuid httit jours^ d'ayant
pas de qudi ^ soigb^r til (»6 tiourrlr ei «e fletitakit mal,
elle allail ^tl Paifi>i« prier l6 mMdCin de Itt teprelidird.
T* £h bie& ! din^je^ je Vld« toui^ y cottduir^i
Et en Dti^e tempd, Je tirai 2 fir, de »ia jiddiei
Je fus & rinstant accdst^e pa)r tin homme eh blouse,
car eetle petite so^ne arait attin§ du mottde. tl mit
u&« poign^ di$ 00)18 dans la main de la p^uvre^fiej en
regardant autour de lai d'un air farouche; puis, preg-
nant le bras de cette f^mme et le retirant du mieU) il
me dit d'une t^AJL cohit^nti'^e!
--^ ^loignez^vous^ madame; votrebonte pour eette
psiuvre femme pourrait lui Itre fatale, et eu lieu de lA
recevoir au Parvis ou St. Thdpital, on vous Tdterait pour
Isi conduire ^ la Pr(lfecture5 de \k au d6p6t.».. ear on
arrdte le pauvre ici ; on n'a pas ie droit de le ^ecourir.
On chasse de- Thdpital ceuit qui en ont beSdtn; m^d on
salt bien y garder ^tii on Det4.... ^ioignefl-voudj ma**
dame ; on ne ferA paid attentit^n k noai»
•
CHAP- XI. — Ij'tfA'rtfiL UlLiNt-ttiCHEL. i98 'l
I
1
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"• ,4
^ NiSMomBs p'UNE ali£n£e.
. * ■ ' W.I ■ III 1
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\ / ' , .
Et il ajoi^ta en.s'approchant de moi :
— Si nous avions quelqu'un k notre t6ie I
Get homme me connaissait-il? £tait^ce un des
ouvriers qui m'avaient vue k la Salp^tri^re?
On se s^para, et chaoun donna q^elque chose & la
pauvre femme, que cet homme conduisait eurla soute-
nant.
Cette sc^ne m'avait saisie ; je restai 1^ immobile,
pensive. En si peu de temps avoir entendu tant de
choses, alors que je ne disais rieni Qu'aurait-ce done
^t6) si j'avais dit que depuis neuf ans on me trsdnait
d'asile enasile, de d^partement end^partement, faisant
des h6pitaux autant de Bastilles, ou le ceiiificat de
complaisance 'sign6 par un medecin 6tait une lettre de
cachet & la disposition du premier venu?
Cette occasion si d^sir^e, ce chef, ne pouvait-ce pas
4tre moi? Qu'avait-il fallu k Rdme? Vne Lucr&ce, une
Virginie.
Je rentrai k I'hdtel s^s dire un mot. Je voulais rester
inoffensive, tenter d'attirer Tattention de Tautorit^ que
je croyais abus^e, et que j'avais trouv6e si secourable et
si bienveillante en 1857, k ^ Fains, en la personne de
M. le baron et de M°^e la baronne Ro^at.
J'^crivis done k M°^c la baronne Haussmann, pr6fette
de la Seine, pour M. le pr^fet.
Mais ma lettre, au lieu d'etre humble et de r^clamer
secburs et protection, se ressentit du m^contentement
g6n6ral dont j'avais ^t^ tdmoin depuis mon arrive k
f I
CHAP. XI. — L'HdXEL SAINT-MICHEL. 201
Paris, et de mon m^contentement personnel en voyant
toules les portes se fermer devant moi, qui avals cepen-
dant des droits incontestables k faire valoir. /
Get ^rit fut done un emporte-pi6ce. Le voici dans
toute son audace :
«
A Madame la Prefette de la Seine,
Palis, 3 juillet 1863.
, Madame la Prefette,
La police ne salt rien de ce qui se passe. Elle ignore, ainsi que
les administrations, qui elle a sous la main ; elle ne s*occupe de
constater ni le nom, ni Tidentit^ des personnes qu^on transfdre
de d^partement en d^partement, sur un arrSt4 de M. le Prefet
de la Seine et sous sa responsabilit^.
VoUa neuf ans qu'on me fait forc^ment jouer, a visage d^cou-
vert, sous la garde des autorit^s civiles et judiciaires^ le rdle
da Masque de Fer dans les maisons de r£tat.
Entree exi France sous le nom de Charlotte Johnson, j*ai ^pous^
sous ce nom le baron del Lago,attach4& Tambassade d'Autriche.
— Je me suis marine sous ce nom. au comte Pierre Petrucci. —
J'ai ^t4 artiste sous le nom d*Hersilie Rouy. — On me promene
ofBciellement de province en province sous celui de Josephine
Chevalier (1).
Ce que fai vu de d^sordre est horrible «
La souffrance du pauvre — que j'ai partag^e — est affireuse.
. On fait de vos asiles d'ali^n^s des cavern es de voleurs oix on
devalise les gens. ... do vos maisons de sant^, des abattoirs et
des oubliettes oil les malades sont livr^s aux insultes, auxcoups,
aux violences d'un service brutal et grossier; oula terreur r^gne;
(1) Ces personnalit^s m'ont ^t^ attributes par les uns et par
les autres, d'apr^s les ressemblances qu'on me trouvait. On
m'eii.a doxmd plus de dix. Je n'en cite pas la moitid.
^02 mimofKEs d r^sE mjesek.
Ml <m pent eidermet eeu ^h at f^mgatBt daas #qlwjMes eel-
laJes, daiks des don/Diis, morer fears tenietres. .. tortiirer ei taer
{^ar le garrot on par U doociie, en disant :
c Je r^prime, el je soigne. » -
Le peuiiie «st meconteni ; il est pnH a se swlc^gr des qa*ii
aofa quelqu'on a sa tete. et qiiand fl saara qoelea medecuis font
des certificats de compiaisance senant de lettres de cachet pour
engloirtir eeax qu'on craint ou qm genent dans tos maisons
secretes.
II f era icmter i-os nouveUes Bastilles.
£t je sigDai, comme ma leltre a rimpetatrice,
Hkrwije, 9ceur du roi Henri V.
Si mes lettres raisonnables et poHes restaient sans
reponse, il n'en fut pas de m^me de celle-ci.
Je Tavab portee moi-m^me Ters midi. A deux ou
troisheureSy im jeune homme, fort convenable, se pr6*
sentait chez moi et me pria de le suivre a la Prefecture
de police^ ou M« le pr^fet desirait me parler.
Je compris que c'^tait one arrestation. Je fermai mon
bureau, ma porte^ dont je domiai la cI6 k mon hotesse,
et j'acceptai le bras de ce jeune bomme, pour ne pas
attlrer I'attention.
Nous arriv&mes k laPr^fecture, ou unautre agent me
conduisit dans le cabinet du docteur Las^gue, qpii me
demanda ce qui m'amenait.
— Je crois que c*est une lettre que j*ai 6crite k
M™« la pr^fette.
II se redressa.
— GommAiitl c'ast vouft qui aivea ton4 cetke fetire
,_-^«
/
CHAP.. XI. ^ l'h6tBL aUDOUfCHEL. 903
qw ^ boulevefs^ MM. lee pr^fets? On vie&t de me
TapporterJ mais je n'ai pas encof e eu le temps de la lire.
Que eoQlient-^lle done?
Je le lui dis. ,
---* Oh! oh! soeuF du roi Henri V 1 Mais c'eet le dra-
peau blanc aux quatre coins de Paris 1 Et voias avez
parl6 de cela k Thbtel et en ville?^
— On nfe raconte pas de telles choses dans un h6tel
garni, et si j'en avals parld k quelqu'un, je n'aurais pas
ecrit ^Mn^° la pr6fetiepour Tavertir decequise passait.
^J'aurais, au contraire, laiss6 parler et agir les autres,
demand^ mes comptes de tu telle administrative, r6-
clam^ mes papiers, men argent, des dommages-inle-
rets.... En Scrivant, mon intention ^tait de concilier.
— ^. Un pe« rudem|Bnt.
— J'6tais en colore.
— Aliens 1 C6 rCesk qu^un coup de tete; on ne pent
pas vous garder enferm^e pour cela. Donnez vos expli-
cations; ^crivez une lettrepolie, et on vous rendra voa
papiers et votre lib^te.
— Ma liberty! Je suis done prisonni^re?
— J'ai des ordres precis^ k votre sujet.
r*- Ah!....
J'^crivis stance tenante la lettf e d'excuses qu'il me
demandait.
Je fus conduite dans un cabanon par un agent aocom-
pagn^ d'une femme v<mant voijr si j'avais sur moi quel-
que instrument. dangereux ou des valeurs.
/
\
204 MISMOIREBt D'UNE ALI^N^E.
Je remis a Tagent mabourBe, qui contenait encore
100 fr. '
Une demi-heure apr^s, j'arrivais \ la Salp^tri^re en
voituije cellulaire. v
Void la note m^dicale ^ laquelle j'ai dti cinq ann^es
de sequestration :
La nominee CSievalier, 4g4e de cinqaante,ans,'traiUe dans
divers asiles, arrivee a Paris depuis quelques jours.
Lettre delirante avec menaces au pr^fet de la Seine.
£tat de manie raisonnante.
Sign^ : Las£:gue.
Un simple arr^^ de M. le pr^fet de police accompa-
gnait cette note, faite par ordre.
Je suis arriv6e ^ la Salp^tri^e le 3 juillet 4863. Le
mot reolMde a suffi pour m'y faire garder.
J'^tais parvenue jusque*la k maintenir le nom de
Rouy a la suite de celui de Chevalier^ Je ne suis plus
que Chevalier sur la note du docleur Las^gue. Mon
veritable nom a d^finitivement disparu.
Ce syst^me pour se d^barrasser des gens n'est-il pas
admirablement simple et primitif? Messieurs les prefets
ne sent pas contents de la donneuse d'avis; elle a une
manie^ de raisonner et de renseigner fort dange-
reuse!.... lis la suppriment avec quatre lignes d'un
medecin a eux... et.... tout est diti
Lors de I'enqu^te minisl^rielle de 1869, on trouve
dans le rapport de M. Juliet, commissaire aux d^l^a-
CHAP. XI. — L*H6tEL SAINT-MICHEL. 205,
tions judiciaireS) cette singuli^re Mention au sujet de
mon renvoi k la Salp^tri^ :
Le commissaire de police, ^tablissant T^tat d'exaltation de la
nomm^e Hersilie et son refus de rdpondre a aucune de ses ques-
tions...
Hersilie I mais c'est Josiphine Chevalier qui a ^t^
arrStee k Thbtel Saint-Michel et amende k la Salpd-
tri^re, qui de \k a dtd transferee k Orleans et en est
sortie sous ce n.om.
De plus, elle ne demandait qu'& s'expliquer.
N'est-ce pas curieux? Voil^ comme rautoritd est
renseigndel
Je n'ai vu aucun commissaire de police^ et M. Juliet
n'a pu produire de procfes-verbal; ce mot Herailie le
prouve.
La lettre de menaces n'a jamais dtd montrde, sans
doute parce qu'on ne la trouvait pas assez delirante
pour motiver la mesure de rigueur prise centre moi, ce
qui faisait dire a M. Tailhand :
11 est impossible d'appr^ier le caract^re des injures ou des
naenaces auxquelles M"* Rouy se serait laiss^e entrainer; ce fait
n'ayant pas ^t^ consign^ dans un procds-verbal r^gulier.
Comme inconnue, logde dans un h6tel garni sous
un nom qu'aucuns papiers ne pouvaient justifier,
j^avais droit a aller ep police correctionnelle^et c'dtaita
quoi je voulais arriver pour m'expliquer. On a eu
peur. On a cache ma lettre, et on m'a dite foUe»
18
\t • ' , ' .«
/
20|g iM^fi(<eifU^ i^'Vfi^ ALI£Nj^.
a- <*
Yoki, du rested sur I'Ul^galit^ d« ma r^^t^gr^lioa a
la SalpMri^re/ ropinion de m^w ^(nofiA v%f potter ^
dont la competence en mati^re judiciaire xie pent ^tye
mise en doute (1) :
Dans le coiirs de sa sequestration d^ja si ifongue, personne
i^'avait eu la pensee de requ4rir rinterdiction de M°" Rj»uy.
Sortie de I'asile d'Auxerre en vertu d'une autorisation r^guHere,
elle Mait rentr^e da«s toute I'lnt^grit^ de ses droits civils ; elle'
Hie pauitrait dpac ^e res|^ooaa^e des llaits qui iui etaieot iin-
put^s qvs devant les tribunaux, si elle avait la conscience du
delit qu'elle aurait commis> ou devant Vautorite administrative,
si ces mSmes faits ^ient de nature k eompromettre Tordre pu-
blic <m h t6mmt& 4es persosAeiR (ait. 13 dfi la kii da 30 juin-)«
On a cm pouvoir d^cliner la premiere juridlcliQ^, et M, l^
prefel de police a pens^ qu'il y avait lieu d*agir d'oflice.
Assurdment sa competence ^it inddniaUe k ce point de voe
absoki; msas dansceitfte hypotth^se la&me, 11 y anrait ndcesfii^ de
consid^rer llnternement auquel on soumettait M"* Rouy comme
etant un nouveau placement, etii fallal t, d6$ lors, rempli^r toutes
les formalit^s exig^es par la loi. Une sequestration anterieure
ne pent pa«, «a effet, avoir pour cMisequenoe d^assimiler fan- ;
cien Aliene qui a x>btenu sa libi^Ation ^difinitive an malade
echappe d'un asile, et de donn^r a un foncUpnnaire quelconque
le droit de Vavoir perpetuellement sous la main.
G'est c^eodant ainsi gu^ W^* Houy jsi 4t^ init&^ ,
L'expHcation eo. <est bim mm^ : si Voa ft saais oeese
use d'arbitraire avec moi, c'est que, pas plus lors de
mon premier internement (ju'4 mes deux rentr^es, Je
n'6tais assez folle pour qu'on pftt m'enfermer r6guli§-
rement.
(1) M. XuHaaAll «tiiit i>nM<tot A? iia opwd'^io^i <HNin«».
-'.
CHAP. XI. — L'ffM%L ftAl^W-ltfCHEL.. SOT
Pendant qu'on expediait si lestement mon affaire k
\i Prefecture' de police, voici ce que le docteur Pelletan
ecriyait^M. C.-D. Rouy :
2jaiUetl863.
Yotre soBor Hersilie Rouy est sortie ou s'est 6chapp4e de la
maison de sante ou ella 6tait, ei est a ]^4sent a Paris, sous le
nom de Josephine Chevalier,
£lle demeure quai Saint-Michel.
Depois quatre jours, elle m'inonde de lettres plus d^raison-
nables les unes que les stutres.
Du mSme, a M. Henry Rouy :
7 jniUet iW&.
CXker Monsieur,
VeiiiUez faire savoir a votre pete, aiiqoel je n'tois pas, ayant
onbli^ son adresse, que j'ai 'vu le directeur de TAssistance pu-
blique. II est parfaitement ^difi^ sur la folie de. M"* Hersilie
Rovf.
II n^est done pas besoin d^jlocumuler des preuTes dansce
seHs.
Je crois qu'il va la faire reprendre pour la r^int^grer a la Sal-
p^tri^re, ct donner une semonce au directeur qui Va fait
sortir,
J*ai regu son historique, de ladiie demoiselle, et je transmet-
trai cette pi^ce a M. Husson.
Bien at yous.
Sign^ 2 fi«° PltLETAN DE K..'*.
Tout cpmmentaire est inutile, je crois.
' r
/
208 m£moires b'une alienee.
CHAPITRE XII
Aalle d'Orltans. — Premiere partia.
\
Leg visites m^dicales de la Salp^tri6re sont toujours
fort suivies ; ma rentr^e y avait &it grand bruit ; on se
succ6dait pour me voir; aussi, au tout de cinq se-
maines, ^tais-je envoy^e & Orltons avec un convoi de
malade^.
J'etais plac^e d'office, sur un simple ordre de police
non motiv6, sur un avis medical ambigu, inscrite^ sous
le nom de Chevalier, sans aucuns papiers & Tappui. On
ne savait done ni pourquoi j'etais enferm^e, ni quelle
^tait mon individuality.
Le certificat de transfert delivr6 par le docteur
Falret disait bien : c se croit pile de la duchesse de
Berry. » Mais comme je n'en disais rien, qu'on n avait
aucune pi^ce me concernant, cette mention ne faisait
qu'^tablir I'ignorance ou Ton etait de ma filiation, de
mon identity, que constater la negligence de Tadminis*
tration de la Seine, qui m'envoyait en province sans
CMAF. Xlh — ASILE D^0RL£ANS. 209
-«-r"
documents, comme elle m'avait re^ue de la Prefecture '
de -police.
M. le docteur Payen, m^decin en chef du quartier
d'ali^n^s, devait, d'aprfes la loi, consigner au registre
matricule, le certificat de son collogue de la Salp^trifer^,
et naturellement sa premiere note m^dicale, d'accord
avec ce certificat, ne ppuvait 6tre que conditionnelle.
II mit done :
M^i* Chevalier serait affect^e d*^li^nation mentale, avec id^es
de grandeurs, de , hautes positions. — Position exceptionneUe,
' Ces demiers mots montrent d6ji qu'il 6tait sur ses
gardes.
Apr^s m'avoir 6tudi6e pendant quinze jours, avoir
souvent caus6, discut6 m^me avec moi, il adressa a
«
M. le prefet du Loiret le certificat suivant :
La demoiselle Chevalier n'ayant pr^sente depuis son adtnis-
sioBv aacun trouble dans ses faciilt^s intellectueiles, aucune
incoherence dans ses- id^es qui ne se rattachent qu'au besoin
pressant de recouvrer sa liberty, nous ne saurions radmettre
comme alienee qu'autant qu'une s^rie de symptomes ou de do-
cuments precis sur ses antecedents viendraient confirmer une
affection mentale pont nous ne trouvons aucun signe caracte^
visiique.
Orleans, 12 septembre 1863.
Sigue : D' PA.YEN.
D'aprfes la loi, je devais etre mise en liberie du mo-
ment ou pendant quinze jours d'examen on n'avait
12.
recoimtl en mpi aucun signe d'alidnatioii meniale. Toub
les mMecins ali^nistes sont d'accord que ce temps est
sufOsant poUr itablir leur opinion sur un malade quUIs
^tudient.
On n'avait done pas le droit de me faire attendre
siquestree Tarriv^e de renseignements qui, r6glemen-
tairemeni^ devaient ^tre joints k la pi^ee d'entrde ;
je devais sortir immediatementy et non rester k la
mercideceque pourraient dire des gens int^ress^s ^
raa perte.
Le docteur Payen m'avait dit avoir adress^ a Tadmi-
nistration de la Seine, sous pli special, un double de
son certificat.
Sitdt qu6 je sus que la Seine devenait Tarbitre de
mon sort, je compris qu*une nouvelle lutte allait com-
mencer, et je pris Tavance en adressant k M. le pr^-
fet du Loiret une lettra ou je le priais de signer ma
sortie.
J'etais dahs mon droit, car, aiDsi que I'^rivait plus
tard mon rapporteur, M. U president Tailhdnd :
Aux termes dd la loi du 90 juin 1838, M. le pr^fet dd Loiret
aurait dt prescrire la mise en liberty immediate de cette pen-
sioiuiaire.
M. le pr^fet ^crivit k Paris.
Le 13 octobre 4863, il re^ut une longue lettre de
H. le directeur de I'administration de la Seine ^num^-
mnt les cfifficultte qui 6taieat survei^ues partout |
■X
'Sll
t
I
CHAP. JCil. -— ASILE D'oftLlfiANS. 211
V
catis^ de tn(A et de mes plainftes, mais ne mention&ant
auctm acfe qui pAt motiver une sequestration (4).
Cependant M. le docteur Payen, au lieu de me ren-
voyer au plti^ vite aprfes ce document qui ne sp^cifiait
rien, ttie repfocha de porter le trouble en tons Uetlx^
me d^clara net qu'il me gard^rait pour rendre service
a ses cotittkr^, et qu'il avait charge M. le pr^pos^ res-
poDsable de me donner connaissance de ce dont j^Mais
accuse, en me pr6venatit que jene houleverserais rien
a Orleans ; que cet asile n'^tait qu'une succursale de
la Salp^ri^re, obdisflant aui m^raes chefs, et qu'il tie
pouYait plus rien podf mdl.
Comme je me trouvais fort mal k Tasile d* Orleans,
infiniment plus mal que partout ailleurs, gr^ce au ser-
vice int^rieut, j'6tai« r^solue k ne rien y r^clatner que
ma sortie, afin de le quifier plus t6t et k tout risque,
et j'avais ^te sur le point de Tobtenir.
i>hs que je mis qu'on 6tait r6solu k me garder,
j'6crivis k M. le procuteur impeHal, plagant ma liberty
individuelle, arbitrairement atteinte, sous sa protec-
tion. Cette fois j'^tais Men la vietime des agissemenfs
du Loiret ; il n'y avait plus k me dire dff m'adresser k
la Seine.
On va voir comment lea ohoses se sont organises,
compliquees ; comment je suis f est6e dailfi cette tille,
(1) Cette lettre est au dossier de la Prefecture du Loiret, ainsi
que la mienne, et Ton trouvera aux archives toutes les piece
officieUes en ma pdssedi^io^.
\ • ■ ^ I. y
. /.
214 lfEHOmE» n.'tTNE ALidNlEfi#
■ i -, ' , ,
mhhre ; a ^e liTi'ee aics ovttifages^ aiis toxk^, ams ^o-
lences d'un service grossier par des mMeemsekar-
g6s de rendre au monde un esprit 6gare, par , des I
magistrats charges de prot^er la liberty individtielle, -•
d'adalir^r Fexdcuiion da la loi I
PREMI^BE iHvisiON. — INDIGENTES (1).
A mon arrive, favais 616 plae^e, avee d^ttfl o«i trois '
a6:tres, aux indigentes de la premfete division, c'est^J-
I
(1) Partout ou elle a pass^, W^^ Rouy a beaucoup ^crit; elle
tenait note chaque jour, autant qu'e)ile le pouvait, des menus
f^its qui Se passaientauttfur d^eHe. ^
¥. 5i je n'avais pias pu Scrife, dis^i^ell^, ipancher aiftsi le
(a trop plein de mon coenr e^ rindignation dont il bouillonnait
« souvent, je serais morte ou devenue folle. » ^
Partout aussi on cherchait et on bHiklt soignetisemerit See
Merits, raremfent a la louafige, h<u i de ceax qui la gardaient.
£il6 en 6tait gen^ralement d^pouill^e chaque fois qu'elle chan-
geait d^aslle ou de quartier.
Doe partle de son journal de Fasile d*0rl^ans st pu dtre con-
serv^e par elle ; 11 ^tait ecrit sur une masse de ptttits fragments
de paplers de toat^ series et d^ toutes couWurs, parfois avec
de Tencre, avec de la suie d^lay^e, avec un liquide roussatre qui
n'^taii autre que du sang. Nous donnons la pbotographie de cdS
tristes t^moins de ses doul^rs^ tels qu'ils se scint prdsenf^s en
d^nboant le Yieul mouchoir k carreaux dans lequel ils 4tai£n^
renferm^s et qui les a prot^g^s sans doute, car on les aura pris
pour un paquet de chiffons.
M^*« Rouy a r^digd ceite partis de ses ra^iiioires sui* ces not«s
prises au jonr Id jourj c'est oe qui donne, plus qu'k toutle res^^
i.
7
:j
; I
.1
;i."«
\
(iire tens {e quartier ie plus epavenable, xm on kumm
ofrit, aa ^eoia d'«ifi^ 4les tablas du ciiiiuffi)ir/4i«ii8 4ic la
vaftsselleicoalettriioiUause, aoe sorte de' aali»iga«di8
pevrapp^tiaeaiit et na Terre d'^eaa rougie it islve ^neer
les dents.
£piiis6e, jesortis de finite fi&Ue ooiomaiMK, et ae trou-
vaat partoiit que ^s baocs d« bois om d£!6 iabcyurets^ je
ma mie an pjad d'luii trbre, dms la eour,ietm'fiQddriiii«
ansBitot.
Gela fut Tobjet d'un rapftert iaiixftinaQit te kudemakL
matin, et pour toute bienvenue M. le d^ieur me
soeoa^a lie la douebe.
Q^ie menace fiit i\eleyii§(» p^ir ji^i aywc iBidigvialicKQu
J'exptiquai ma ftdblaiHse, n^ foUgue, «« position^ «t
protestai avec ^nergie contre Tenvoi dsiis liud n^aison
au^si fw ho^pilati^ne.
Ges explications me ramen^rent fe docteur, 'fui
s'^tonna de me voir en pareillQ tcofofiagwie et m^ i»*o-
m^ d'l^is^
On vient de voipr ^py^ ^n t^ le nisultat.
Ma mani^re i'^B 4U»i trop len disi^0poi'#oi» asec
mon a;itQHii9ge pour m p^s §6iii^ le servioe.; mai8
4
un caract^re saisissant, poignant, v^cu, k ce r^cit des souffrances
d'tine femne uoteUigente, tuen iAe^&, distrngu^e, rabaicsite &
un tel point, plongde dans un si d^gradant, si repugnant iniUidu«
ou elle ^tait maintenue par ordre sapdrieur, et d'ou elle e^t enfin
sortie, grace, a Tintervention des administrateurs de I'hospice.
{Note de Vediteur,)
\ -
' / ■
/
5M6 ' MEMOIRES D'UNE ALIENJEE.
' ■ ■
comme il paraissait impossible qu'on me gard&t, on
patienta jusqu'au jour ou, k la stupefaction g^n^rale,
M. le docteuf Payen d^dara que Paris reclamaU ma
sequestration y et qiledes lettres particulieres I'avaient
averti que je houleversais tous les etablissemenis.
La soeur, ^pouvant^e, eut beau le prier de ne pas
prendre cette responsabilit^, de ne pas compromettre
son service pour cojpiplaire k des strangers ; tout fut
inutile : M. le docteur r^pondit qu'il follait bien que
quelqu'un se sacrifiM pour tous.
Et je restai.
n ne m'en dit rien ; mais du jour ou il re^ut cet
ordre, au lieu de passer pr^ de moi et de me dire un
petit mot tous les jours, il changea d'itin^raire et
m'6vita de son mieux.
le ne me tins pas pour satisfaite et Tattendis au
passage :
— Vous me fuyez done ?
II fouilla dans le portefeuille qu'il portait toujours
sous son bras et me dit, t^te baiss^e :
— Signez-vous toujours Tfitoile-d'Or?
— Mais certainement I et encore Polichinelle, Co-
quette, la Sylphide, TAnt^-Cbrist, Sathan, le Dia-
blo, etc., etc. II n'y a aucune loi qui d^fende les
pseudonymes, surtout quand on est officiellement une
anonyme.
— On m'^crit de jolies choses, de Paris, sur votre
compte !
CHAP. XII. — Aii'iLi: d'orleans. 217.
■ . ■ .■■■,,> ; ■ ■ ■ ■ ' \
— Oai. Vous bouleversez, r^volutionnez, semez le
trouble et la djscorde paptout,
. — Et vous'ave* ^nyie d'en tdter ?
— Oh ! vous ne bouleverserez rien ici !
—- II ne faut pas dire : « Fontaine, je ne boirai pas
de ton eau. ]i>
— Je vous en r6ponds bi«n, et je me dSvoue au salut
de mesTJonfrferes.
— C'est beau de votre part. Est-ce a la requite du
docteur Tr^lat, qui vous a si bien renseign^, que vous
vous sacrifiez?
— C'est mon ami.
— Je vous en fais mon compliment ; mais je vous
engage k juger par vous-m6me, k voir par vos yeux et
a ne pas faire du don quicholtisime sur la foi (d'autrui ;
vous prendriez ainsi Ae^ ailes demoulin pour des grants,
dt vous pourfendriez des ombres pour tomber a plat.
Ai-je done Tair d'une r6volutionnaire ?
U haussa les ^paules, et je lui tournai le dos.
II s'en alia en boitant de ses petits pieds fo}irr^s
dans des souliers fendus, parce que ses cors lui faisaient
mal, et en renfongant sa grosse t^te d^ns sa petite
redingote rap^e. II elait en tout si pareil au roi
Louis XI, qtfon aurait dit son portrait ambulant. Rien
n'y manquait; que les m^dailles de plomb sur le bon-
net crasseux. Son clignement d'ceil d^nolait une cer-
taine malice; mais sa figure au reposaVait un cachet
2i8 MEMOIRES D'UNE ALIENEE.
^ . , ■ :
d'imbecUlite. Du reste, il 6tait si ^e... le pauvre
homme(l)!
C'est alors que je comprii^ la teiribJe puissance du
dossier et de ces renseignements venus de Paris sur
mon compte. On savait qu'a cause de moi on avail
deplac§ des mSdecins, change I'ordre de soeurs desser-
vant I'asile de Fains. J'inspirais une terreur profoiade.
Le serwee n'avaft pas plus envie de Hie garder que la
sa3ur; maison ne savsdt comment faire,car je nedisais
rien k personne, towt en faisant mes remarques. Une
c<Hispiration s'organisa, et k force de r^^ter a la soe«r :
« Si vous n'6tiez pas si bonne, W^* Chevalier iirait dSHs
un autre quartier; elle aurait k faire a soeur X... ou
Z... » on linit par me faire prendre en grippe par
celle-ci, qui ehercha a se garantir co»tre tes m^liaa*
cet^s dont on me croyaft capable,
Eile -me fit venir au chauffoir, me fit ^alever pkaoe
et encre, mes 6critures la tourmentant ; trouva bientdt
que ma, presence exeitait rin^bordination 4es malades,
et un jour, ^tantde mauvaise humeor contre son ordi-
naire, querella tout le monde.
(1) Le docteur Payen avait ete un homme d'une intelligence
et d'un esprit remarquables. Sous sa direction et celle de la soeur
Clementine, le quartier d'ali^n^s de Tasile d'Orldaiis avait ete^
a sa creation, un quartier modele... Mais il y raourut gAteuX) et
aurait du dans ses dernieres annees y etre pensionnaire, et non
m^decin en chef. On n'osa pas le mettre a la retraite. Pour-
quoi? (Note de Veditetir.)
(1
CHAP. XII. — AjBILE O'ORliANS Sf9
' ■ . ■ '■!- ■ I II «. I I I I I I I . I J I
L'ancifiDne isBaabmhte d'uoe inarcbaBde k la haUe,
qui lupoMt en ee momeat Hfte iaagiiii({ue nappe
d'autely furieuse d'etre aussi prise & partie, k»i rapporta
son ouvrage en declarant ne pas vouloir travailier
pour rien et dtre grond^ par dessus le marches
La s(Bur.m'ac£iiBa ie cette tidveke iiiittenduey nous
Bt mettre toutes deux au bain Ie lendemain matin, et
demasMla m«ai cbang^Bient 4e qnu^er sm do<^ur^ ^ui
Taecorda.
II faisait si froid ce jour-la que les bams ne ebauf-
faient pas, et on en oosunanda <leux expr^ peur
Botts. I'avsas k grippe ; je pen^rais en mevrir. J'en fis
Fobservation, mais la«eew se voulnt fien entendre.
Les mechantes filles 4u service firent le bain a pdne
tiMe, de. sorie qu'U ^taii froid <an bout d'«ne heure,
et qiHind ^on ^vint pour bo«w en retirer, bo«s Mobs
bieues «t 4ie ponvions pkw remuer ies membres. Elles
n'avaiaol «ppori6 -qn'wi 4rap ; ettes soitarent d'abord
Charlotte O. de I'eau, f essuyferenty me jet^rent oe
drap tout moiull^ et se mirent^ la v^tir, me laissmt
me tmr d'a^aire eottme je poivrais. i^e ^elot-
tali 'A fort que ce Cut long, et je me d^p^hai telle^
ment que, qnoique sans aide, je fus pr6te en m^me
temps qu'ette, et d^jouai leur petit complot, qui 6tait
de mt p0it9ser dans un quMtier nouveau k moHi^
nue.
£n. sortant de ce bm, en effet, j'entrai A la troisieme
220
r '
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/
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1
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1
.
MEMOIBES^ D'UNE
AJLI^N^.'
• •
Le docteur me gronda d'etre venue au bain ; quand
il sut que c'^tait yar ordrey il s-en alia en faisant ses
reflexions et des grimaces. <
TROISIEHE DIVISION. — AGIT^ES.
Catherine de M^dicis a dit : cc Diviser pour r^gner. id
L'administration des hospices d'Ori^ns a dit :
« R^unir pour ob^ir: » .
, Dans toils les asiies, j'ai vu que les services etaienl
s^par^, et qu'il 6tait express^me^t d^fendu aux domes-
tiquesde se visiter m^me dans les sections.
A Orleans, c'est tout le contraire.
Tout ce qu'il est possible d'imaginer pour detacher
les infirmi^res de leurs malades, pour les d^ommager
de Tennui qu'elles en ont, a ^t^ mis en oeuvre. Eiles
sortent ensemble tous les dimanches, accompagnees,
comme des enfants, par les sceurs, tandis que les ma-
lades restent enferm^es ; et tous les soirs, une fuis
I'ouvrage plie et le diner fini, on fait coucher les pri*
so(mi6res dans un dortoir bien fermd et on les y laisse
faire toutes leurs volont^s, tandis que le service de toud
les quartiers se reunit enVeill^e sous la garde d'une
soeur. II en r^sulteque causant entre elle& de oe qui
«e passe dans toutes les divisions, elles se tiennent
toutes; chacune Spouse les querelles de ses compagnes,
et si une malade est prise en grippe dans un quartier,
^ ■ ■
i
. »
-; '■ ■ ' . • '
CHAP. XII. ^ ASItE D'ORL^AXS.
\ •>
221
elle ne gagne rien k en changer. La rancune de la
gardienne qui lui eu veut la suit pariout, ainsi
que la reputation, bojine ou mauyaise, qu'elle s!esf
£aite.
II n*y a pas d'intei'nes. Le mMecin en chef fait tous.
les matins sa visite, -seul. C'est lui qui fail le cahier,
.compulse la correspondance, ^oute les malades, qui,
du reste, ne lui disent pas grand'chose : le service y
met bon ordre. Le m^decin adjoint, le docteur Lepage^
bon vieiUard de quatfe-vingts ans, ne venait que le
soir, visiter les infirmeries. Et tant hommes que
femmes, Tasile contenait pr^s de six cents malades.
Quant aux soeurs, comme il faut qu'uiie bonne soeur
sache tout faire, on les passe alternativement de la cui-
sine k la buanderie, k la pharmacie, k la lingerie, k
I'injSrmerie et aux ali^n^s ; elles y arrivent avec" un
apprentissage k bare, Ce sont les domestiques qui
se chargent de les mettre au courant, et s'y prennent
assez adroitement pour ne les laisser voir que par leurs
yeux.
M™« la superieure avait voulu essayer de faire cir-
culer le service, de m^me que les soeurs. Mais les an^
cienne^s d^clarferent qu'elles s'en iraient plutdt ; qu'il
fallait connaitre le caract^re, les habitudes, la maladie
des foUes qu'on gardait, si on ne voulait pas ^tre expo-
«6eli.des dangers reels ens'y prenant mal. Devstntcette
menace de gr^ve, on baissa pavilion.
Je devais donner cette explication pour qu'on ptit se
(
^2 . V Bf^CXTRES P'ti^f^ iktlt^M,
It , ^ii I
X--
tenAre €ompte d€ la In^te (pjte f^i ene h soilieikir.eottire
one ligne g^n^rale dont le bul, avaue toat haut, ^ait
^ de me r^doire et de me dompt<^ k tout |Mrhi<
Aprfes le dejeuner, je m'assis au chaufFoir^ Julie, la
domestiqQe, me dit bi*QtalenieBft i
*^ La ChevalibRt all«i-tou»*«n i'lei ; 6n li'y garde
pa^ une d9p^ce de ve^re mri^^ ^ toli^e l^ee 6^ titx
rebtiti
^ On pense bien que je Bi'avai^ pt^ k r^ptfiidre. Je m^en
^llai au rebut, trouYBsit ^ rebut pareil en t((tttei^ Cboses
k la soeiMS de ehoix^
J'attendkt 1& ce qui devak arrWer, el je Ki'atteitdis' pas
longtemps.
Men indiffi^enGe et men silenee furent prie petir de
la crainte. Je fus poussto^ in^ultddy malmefn^e, $dtis
que je puisse encore ^ujourd'hui me rendfe eempte
des pr^textes motivant une sembkble CKmduite, dar
j'aoc^dais k tout ce qu'on voulait, sans souffler mot.
Si je faisais la moindre obs^ervation^ on me poessait
dehors en m'appelant fumier, pourriture, traineuse
(ThdpUauXf caureuse de foireSy fille de THaUvaise
vis, enfant trowee, venant on ne sait d*ou, ni de
qui, etc. On me fit jeter des pierres p&f les pauvres.
femmes qui^ en d^mence complete, ne isavaient ce
qu'elles faisaient, me frappaient k coups de sabot,
m'^sitignaient, me crachaient ft la fi^re^.... et je ne
pouvais fair, ^tant enferm^e avee elles dl»tis le m^me
dortoir la nuit et les tfottvant partout le jour.
' "».
1
CHiCP. XII. -— ASILE D'OBtfiANS. , 223
\
■ ■■ >iiiip«B 111 ii^»iw — ii^^ ■ ■ t '■ ■ — ipi^-^i ■■ ^.i I. I, ■ —I ^i^... ■ » ■ - I gf ^■■■■i» i*«i ■■ y ^ai > ■ ■■ ■
' I
•
^e m'6taisr(^ugi6e au haut de la galerie. Les domes-
tiques vinrent att'acher les plus grandea agit^ea prfes de
moi Je voultts F^clamer pr&s de la soear* Julie
me prit aia eolkt par derri^e, me terraasa en me
retirant mon si6ge. Man sabot tomba ; je le ramassai
en me relevant ; mais ks trois servantes se ru^rent sur
moi en apportant la camkole de £orce^ et criant que je
Youlais leur jeter mon sabot & la t^te. La scsur arrivait,
nesachanice qui se passait^ j'6tai vivement un petit
ch41e que j'avais sur les ^paules el le lui mis entre les
mains
— II ne faOait pas le rec^oir, cria ' Jnli& ; la cami-
sole est large et ne Vetoufferapas assez !
La soeur vint elle-m^me me la retirer an bout d'une
henire et me r^idre mon cbMe. ^
— G'est paroe que j'ai voulu vous parler qu'on
m'a traitSe ainsi, lui dis-je ; n*e$t-ce pas une honte ?
I
Elle baissa la tdte et s'en alia sans repondre, car elle
h'aurait pas os6 intervenir et me 'd^fendre.
C'^taient des taquineries de toutes sortes. On me prit
une tasse dan« laquelle je faisais Chauffer de Teau sur
le po61e. Si j'en voulais prendre k la fontaine ou ds^ns le
saana pour faire ma toilette, les demestiques accouraient,
fermaient le robinet et me jetaient le seau a pleine
vol6e dans les jambes.
Tons les matins, k cinq heures^ on nous'poussait par
la gel^e, Fhiver, sous la galerie dans la cour, et nous y
attendions en grelottant que ces demokelles nous y
)-
224^ X M^MOIRES D'UNE A.H1ENEE.
/
■ ■' ' ■ I I I ■ * ■ I II ■ ■ i^ I I.I I I ■ ■! ■ III »
servent notre dejeuner, qui consistait en quelques noix
oii du fromage.
^ Un jour, on me donna quatre noix ; je fis la re-
marque que Tune 6tait vide et Tautre g^t^. h^ ser-
vante me prit les bras par derrifere en disant qu/il y
avail trop longtemps que je n'avais ^te secotieey et me
conduisit en cellule en faisant taper mes coudes Tun
contre I'autre*
On m'avait enlevS I'encre et le papier qui m'avaient
^t^ rendus en changeant de quartier. Je ne poiivais
done pas 6crire, et on faisait cercle autour du docteur
quand il passait, pour que je ne pusse pas lui parler; ,
ce dont, du r^ste, je n'6tais pas tentee, car il m'inspi-
rait aversion et m6pris. ,
Je finis par me procurer, de ci, de 1^, des rognures
de papier, telles que marges de joumaux, de livres, ~
comets k tabac. Je les collai Miserable ou je les cousis .
au bout les uns des aulres, puis j'6crivis avec mon sang .
au pr^pos^ responsable, en lui racontant tout ce qui
pr^cfede ; j'ajoutais que les nuits 6laient^ encjore plus
cruelles que les jours ; que livr6es k elles-m^mes, les
^nergum^nes qui peuplaient ie dortoir sautaient, dan-
saient, chantaient, criaient, renversaient et transvidaient
les seaux infects servant aux besoins communs
que, prise de sueurs, j'6tais obligee de me lever toute
mouill^e; qu'on m'avait refus6 du linge pour me
changer et qu'on m'avait menac^e de me retirer ma
couverture si je r^clamais de nouveau, cela en plein
'.I
mois de f^vrier ; qu'il ^lait impossible de dormir dans
un dortoir pareil, plus iafecE encore que troid, et ou on ,
nepouvait ouvrir une fenfire, iu6nae k la deraande
gSn^rale, Julie m'ayant menacee de )a camisole si
je donnais satisfaction k cette r^clamatipn. Je termi-
nal^ en dlsant que je n'^tais pas dans un asile, mais
dans un abattoir, et qu'il m'avait fallu venir k Orleans
pour voir et souffrir chose pareil! e.
Lors de la visite, je remis ce chifTon de papier au
doclflur, k la grande surprise du service, qui ne pensail
pas a moD sang et q^ui ne m'avait pas vue ^crire, et je
lui demandai de me feire donner du papier pour Scrire
a YEmpereur responsable, puisque lea ministr^s fer-
rnaient fes yeux-
II m'en fit donner !
Pendant quatre jours, la scEur et les Irois gardiennes
I'attendirent dans le corridor pour TempSeher d'entrer
ct de recevoir mes leltres ; mais cela ne pouvait durer
longtemps, et elles finirent par lui demander un bain
pourmoi: c'Stait le seul moyen d'avoir mes Merits.
11 faisait si froid que les fonUines ne conlaient pas et
que les bains '4taient ferm6s ; cependant on en com-
mauda un. J'en fus inform^e par une malade.
Mon parti ful bienl6t pris. Je pla^i mes lettres entre
deux tranches de pain ; je dSchirai la guenille de colon-
nade rouge que j'avaiasurle cou; j'atlacliai le painavec,
et je Bs sauler le tout sur le chemin de ronde des an-
ciens rem parts.
?>.• t' ■' ■ X ' ■ ■. r : ■ -/
/■
I
2^ / MiaiOlRES D'XJNE ALIENEE.
t *
/
La terreur produitfe ^ir cet adt6 fut extreme. Oh
s*^langa sur moi ; on me mit la camisole ;/on courut au
dehors ; mais la missive avail 6t6 ramass6e (1).
Vets deux heures, la scfeur tint me retirer la cami-
sole, I)u bain, il tt'eh fut plus question ; k quoi aursiit-il
servi?
-^ Permettrez-vous au docteur d'entref fair e son ser-
vice, lui demandai-je, Inaintenant'quele ministre aura
ma lettre sans qu*elle passe par ses mains ?
Ledocteur passa. Je ne lui dis rien. '
II me restait du papier. J'^crivis une letlte fort vive k
M. le procureur imperial. II viilt aussit6t.
Au lieu de me faire appeler ail parloir, comme c'est
Thabitude, il p^netra tout seul jusqu'^ liioi, et tout
haut, devant le service, range respectueusement sur
deux lignes, devant les malades curieus^ment grou-
pies aiitouf de nous, il me dit :
Qu'il n'avait pas d intervenir dans tes dicisions
prises pdr l6s administrations; quHl n'a'Oait pas
a me faire donner du papier, ni a emp^cher le
service de me Varrdcher, si lesdites administrations
ne donnaient pas d'ordres & de snjet,
Apres cette majestueusfe harangue, M. le ptocureur
imperial sortit rbide, comme il 6tait entt*^, sans dai-
gner me saluer.
(i) J'ai su depuis que celui qui I'avait trouv^e n^avait pas cru
devoir porter a son adresse cette lettre d'une folle 11 en est mal-
heure^sement aiusi poiir tput ce c^ui sort 4'ui> asi)e d*aU^Q4s.
CHAP. XII. — ASILE D'0RL6aNS. 227
■ ■ ■ »■ »■ I' ■> 1 ■ ■ ■ I ■ ■ ■ ■■, M^ ■ ■ ^ I 1
I
!fitait-ce bien la peine de venii^ lui-m6me pour me
dire cela et'ne pas m'interroger ?
De cet ultimatum il r^sulta naturellement un re-
doublement de grossiferet^ et de provocations de la part
du service. '
Mes plaintes en devinrent de plus en plus 6ner-
giques.
Un fait ajouta la goutte d'eau au vase d^ji trop
plein.
Une raalade, M™« L..., ayant obtenu la permission
d'^crire une lettre, fut enferm^e dans le grand chauf-
foirqui 6tait s6par6 de celui d'entr^e, ot!i je me te-
nais, par Farcade du po61e.
Elle me demanda de sa place Torthographe d'un mot,
et jem'approchais du po^le pour la lui dire, quaod les
gardiennes vinrent k moi avee fureur. Julie me prit
par le collet de ma robe, me poussa devant elle. Mon
sabot tomba; elle le ramassa, me conduisit ainsi,
en me soulevant, Jusqu'a une cellule ou elle m*en-
ferma en me jetant mon sabot a la t^le et en me
disant :
— Nous vous attendions Id !
Malgr6 I'antipathie que m*i^spirait le docteur(qui
ricanait quand ces filles, qui Tappelaient (c vieux chiffon
mou, « lui racontaient comment elles me traitaient et
le silence que je gardais), j'aurais cru manquer k mon
devoir et me mettre moi-m^me dans mon tort en lui
Jafesant plus longtemps ignorer ce qui se passait. Je lui
» '
\
-228
MEMOIRES D'UNE ALIENEE.
/
racontai done, le lenxlemain matiii, la scfene de la veille
en lui disant que ces sortes d'infamies se passaienf
jouynellement, et que^j'avais -le droit de me placer
sous une protection quelconque, en dehors de lui,
pjiiisque ces actes le faisaient rire au lieu de l^in-*
digner. '
II m'accusa d'exag6ration. .J'^ippelai M°^« L..., qui*
raconta la chose presque dans les m^mes termes.
. II en fut saisi, en parla a M. le prepos6, 6crivit d^
nouveau a Paris.
Cette fois, les domestiques, surprises de voir que
j 'avals 6tdparler au docteuravec le m^me air tranquille
et s6rieux dont je leur parlais a elles-m^mes^ osferent
d'autant moins s'en prendre a moi que le docteur avait
paru m^content ; mais elles s'en prirent k M"*® L..^, et,
sous pr6texte que cette daiiie, etant libre, ne travaillait
pas assez, elles Tattachferent sur upe chaise a une des
colonnes de la galerie, assez pr6s d'elles pour qu'ellene
put parler a personne sans ^tre entendue.
Cela se fit si tranquillement que je ne m'en aper-
cus pas; mais voyant M™« L... assise roide, sau^s
bouger et si loin de sa place ordinaire, je finis par aller .
a elle.
— Ne m'approchez pas, me dit-elle en me voya'nt
venir; ne m*approchez p?ts : on me ferait pis !
— Quoi done ?
— Je suis attachee,"
— Horreur !
CHAP. XII. — ASiLE d'ohl£ans. 229
• Cela durait depuis huit jours, etje ne m'en Atais pas
doutte I Cela prouve eorabien la grande terreur inspi-
rte aim malades par le» gardieDnes rend la surveillance
diCiGcile^ puisque moi, sans cesse en &veil et ne les
quittant pas, j'ai pu Stre huit jours sans m'apercevoir
d'une pareille chose.
-J'^crivis Imm^diatement au pr6pos6; je remis le
lendemain ma iettre au docleUr en la lui recomman-
dant, sans dire un mot de plus. Deux heures apr&s, la
sceur et Julie furent appel^es au bureau
M"8 L... fut d^tach^e et laiss^e parFaitement tran-
quille et Hbre
Huit jours apr^B, la soeur tut changee
Je la regrettai. Cette sceur, que les malades appe-
laient la sceur a la figure bete, I'fitait r^elletHent A
force de bont6 et de faiblesse. Son premier mouvement
^taitbienveillant et afTectueux'; elle se reteuait imm^-
'diatement sous le regard du service et lui ob^issait au
doigi et k I'ceil ; mais si elle n'osait pas le contredire,
d^fendre un acte malfaisant, elle cberchait a r^parer au
plus vite le mal que sa presence passive avail permis,
et venait d^faire ce qui avait &i& fait. Ainsi, par deux
fois, d^ qu'elle a cru pouvoir I'oser, elle m'a At^ la
cam^ole; elle a ouvert la porte des cdliiles cjuand
elle a su que j'^tais enferm^e, et elle aurail ^Li^ excel-
.lente pour moi si on ne Ten avait empGchfe. Je lui ai
vn faire manger dea idiotes et des agilees, les soigner
avec une angSlique douceur et une compassion iulinie.
v' ' » . _
■ > itl ■ I ■ "P ■' H ' * ■ * .■ -. ■ , W ■■■■■**.,■■■■■.
/
Je cf ois faire ' mon devoir en fendant justice k une
pauvre femme qui serait impardonnable si, ayant une
autorit^ r6elle, elle avait ^t6 Finstigateur des affreux
traitemenls qu*on m'a fait subir sous sa respon^abilitd,
et qu'e!!© a ignores en grande partie, car e*est en son
absence que les domestiques se sont 6verti^ites k m'ac-
cabler d'injures. ' -
El)e fut rempkc^ par nne petite sceur pointne,
aupr&s de laquelle Julie ^tait un ange de paix et de
moderation.
Gette tiUe, qu'on avait laiss^e dans le service, ayant
appris aux veillees que Paris s'6tait d6charg6 de moi
sur Orleans, s'6tait promis de m'andantir et de me sou-
mettre. Elle s'6tait done, ainsi que ses compagnes,
acham6e contre moi ; mais, k part cela, quand on ne
lui disait rien, quand elle avait affaire surtout k des
imbeciles ou k des femmes tout k fait perdues, elle ne
faisait que les maintenir, et sa presence suffisait. Sa
force hercul^enne la rendaii pr^cieuse dans un quaf-
tier comme celui-1^ ; dfes qu'on la voyait paraitre avec
sa haute taille, ses 6paules carrees, sa face color^e,
sa t^te baiss^e comme un taureau qui pr^sente les
cornes, tout rentrait dans le silence ; les plus furibondes
tremblaient, car elle soulevait une femme comme une
plume et la retournait comme une omelette, sans dire
un mot.
La petite soeur n'etait pas de meme. Comme la plu-
part d^s petites feittmes, elle 6tait imp6rie\|8e, ra^^euse,
elleuse; de pins, grosaifere, dominatrice, et, dfrs le
btnain de son arriv^e, il y eut tajtage, cris, punj-
JtivoUe, entraTeSj camisoles, jet d'eau k ta
On ne s'entendit plus.
iUe g'en prit immeUialement, et ceta avec juste
lOtt, 3 one mauvalse petite fille de ThApital, nominto
'gioie, dont on ne savait que faire et qu'on 'avail
se comme donnestique dans le quartier.
Cette petile effrontSe abusait — et ella faisait bian,
rtft tout, — de I'auloritS que lea r^glemenlsaccordent
iX'domestiques dans cette admin titration. Kile frap-
Itles lines, mettait la camisole atix aiitres et cher-
^ toils les moyens de m'glr^ d^sa^r^able, soil en
itBerrant i boire dans un gobelet cass6 et sale, soJt
f Oe jetant un morceau de pain d^jfi entam^ par
vee„. enlln en faisant S chacune des maladea les
IsniiE^res possibles dans une maison oi!i les doines-
W out le droit, sans permission ni contrdle, de
^Sf lea malhcureusea prIsonni6res i merci.
^■WBur la mit a la porle et en cela merita un bon',.
'pwEtaide ce qu'on n'osait plus si- jcter »ur moi
"* 'Aasaer comme un chien, pour attirer I'attention
* tear sur la mani&re donl la vaisselle £tait lavAu
^ Cetle division.
* que I'eau propre arrivait, au lieii d'wi proliler
r**ettojer les verres el les *cue!le« en !«• iliibar-
■^ tout d'abord de ce qui y rcsiait et qu'on devait
L
/
/
\
232
MEMOIRES D'VNE ALlMlNEE,
verser dans un seau special, Julie jetait tous ces res-
tants dans I'eau propre et y faisait barboter notre
vaisselle, sous pr^texte que c'etait meilleur.pour les
pores,.,,. Les torchons qui essuyaient cette salet^
etaient ensuite ^tendus sur les bancs et sur les .chaises,
oil allaient s'asseoir les femmes qui s'oubliaient sous
elles
On comprend que^ dans cet ^tat de choses, on ire
mangeait qu'avec la plus extreme repugnance, et qu'on
ne pouvait souvent pas mettre^ ses levres sur ce qui
n'6tait que la bourbe du rebut.
La soupe ^tait tremp^e ave& des morceaux de pain
tripot6s par des fenunes qui les laissaient suf la table,
apr^s les avoir grignot^s et cassis avec des mains
pleines d'ordures. ^ .
M"»« L... et moi en emportions le plus possible pour
le Jeter par dessus le mur ou dans les latrines, afin de
pouvoir manger un peu moins a contre-coeur. Un jour,
«]le m'appela et me fit voir dans la cuisine des domes-
tiques — qui, elles, mangealent proprement et lavaient
leur vaisselle k part ; — elle me fit voir, dis-je, la fille
Marianne, les deux bras nus, qui remuait k pleines
mains notre salade dans un bidon ou elle venait de
mettre un filet de vinaigre et de I'eau pour assaison-
nement.
C'^tait notre seul plat. Nous ne pumes le manger, et
nous en Mmes rMuites k notre pain sec.
Ia soeur fit rdcurer la vaisselle et defendit la salete
- / .
CHAP. XII. — ASiLE dMrleans. ' 233
— ^p^^—i^i^,! I y ■^W^»^ ■■■■ ■ .p— — ^^ ■ I I —■■■■■■ Miif ■ - ■ ■ ^ ■■■ I ■ ■■ ■ ■■ ■ ,■■■■■■ ^ » I ■ T ^<
I
habituelle. Elle me fit donner un gobelet et m'apporta
elle-m^me des fruits achet^s avec Fargent' que j'avais
au bureau. Quand elle arrivait, elle criait,' d'un bout
k I'autre de la galerie :
— He! vous, Id^haSy dont je ne sais pas le nom !
J'allais prendreles fruits, dont je^donnais bonne part
a M«»« L..., qui, 3e son c6t6, me donnait tons ses
cornets de papier a tabac... , '
A propos de tabac, qu'on me pardonne si je djs
encore un des degouts que j'ai eus dans ce quartier.
Le I abac s'achfete; on n'en donne qu'une certaine quan-
tity par jour. Celles qui trouvent qu'elles n'en ont pa«
assez grattent leur mouchoir... et remettent ce tabac-
~ld avec Tautre, dans leur tabatifere
Mais, dira-t-on, la soeur etait pharmante pour vous !
Oh I certainement ! Elle m'a fait voir ses fleurs, sa
petite chapelle, et ne m'a rien dit de d^sagr^able ; elle
me porlait m^me mes lettres ; mais, avant de les re-
mettre, elle commen^ait par en prendre connaissance,
ce dont je me doutais trfes-bien. Cependant j"e dois
dire, k sa louange et k la mienne, que nous n'etions
. si bonnes amies qu'en attendant^ et en sachant parfai-
tement que nous jetions incapables de nous accorder.
. Nous savions ^ue le docteur avait 6crit k Paris.
La soBur esperait un exeat, Je savais la r^ponse
d'ayahce, et je me demandais ce qui adviendrait
alors.
Comme je m'y attendais, M. Husson, le directeur de
\
N
234 MfiMOlRES D'tNE ALBftNfiK.
■ ■ I - - ■ ■ ■ . ■ I, . I I I I ■ I ■ ■ ■ »« - ..
FAssfefeance publique, r^pondit le 25 juhi 1864, comoie
il avait r^pondu le 13 octobre 1863 a M. le pr^fet, k
peu pr6s dans les m^mes termes, toujowrs en r^p^tant
ce qu'il avait 6crit au directeur de I'aeile d'Anserre, et
M. le doctettr Payen, pres.'ie de mettre sa responsahi^
lit& a convert, eut la singulifere id6e d'enregistrer sur
le livre matricule de Tasile :
Juin i864, — Malgrd tout mon desir de me d^barrasser de
M"« Chevalier, une lettre du directeiir de I'Assistance publique
de Paris confirme de nouveau sa sequestration comme indispen-
sable,
II est trfes-heureux pour moi qu'une telle note ait 6te
reglementairement enregistree sur un livre d'hopital,
car, sans cette naivete^ de la part du docteur, per-
sonne n'aurait jamais pu croire que, de Paris, le
directeur de Tadministration pouvait commander les
certificats de situation du medecin d'un asile ^loign^,
Une^emblable injonction, ecrit encore M. Tailhand a ce sujet,
semblera probablement excessive et irreguli6re. La loi -a confix
aux m^decins de Tasile ou rah^n^ est detenu, et aux fonctioi^
naires prdpos^s par elle pour surveiller cet ^tal^lissement, le
droit de maintenir la sequestration ou de la faire cesser, suivant
retat du malade. Comment expliquer et justifier Fintervenlion
d'un fonctionnaire ^loign^, d^pourvu de toute espece de juridic*
tion sur Tasile, et cependant imposant sa volont^ a ceux qui ont
're^u de la loi le devoir de ne prendre conseil de personne que
de leur propre jugement ?
Toujours est-il que M. le pr^pos^ fat charge de me
( •
A
CHAP. XII. — ASILB D'ORLJ&ANS. 2^
,, ,. ,^.
faire ioit la r^ponse et qu'il vkt lui-mdme, avec tine
grande pancarte k )a main, pour me prouve^ toute la
bonne valont^ du m^decin.
C^esi^ coDame pofir M. le ppoctireur ixnp^rialy entre
deux files de femmes^ que M. )e pr6fM)s^ passa. Le ser-
vice, respeidtueux, se tint debout tout le temps et ne
permit It anernie malade de troubler le t^te*a^tMe qui
avait lieu au bout de la gakrie.
Mon indignation fat. extreme. Je n'etaia pas une
mal^de, mftis to prisonnibre du hon plaisir des fenC"
tiemnaires publics. Je n'etais pas une femme qu'on
chercbait a gudrir ni mentalement, ni pbysiquemeBt,
car on ehercbait tons le$ moyens de m'afbrutir, de me
rendre perverse et malade.
Que faire ? M. le pr6pos6 6tait d^courage. Je Tauirais
^te aussi, si je n'avais pas eu une porte de derri^re,
c'est-i^dire mes anciennes connaissances de Paris,
aussi bien dans la presse que dan& le monde, connais*-
sauces auxquelles je ne voi}Iaii& rien demander dans la
position o& j'etais, mais qui neanmoins seraient, a
touie extr^mit^, une planche de salut pour moi. J'en
etais k Fextr^it^. Tout devait m'Mre permis pour
sortir du cloaque ou je me trouv^is plong^e.
De satk cM^^ la soeur ne se souciait pas de m'avoir
dans son office a perp^tuit^
J'^eritls done k Paris, et e)le porta mes lettres au
bureau. Mais avant ht r^ponse k ces lettres, une cir-
consts^nce lui permit de se debarrasser de moi.
\
I
232 . MEMOIRES D'UNE AU^NISE.
verser dans un seau special, Julie jetait tous ces res-
tants dans I'eau propre et y faisait barboier notre
vaisselle, souspretexie que c'etait meilleur . pour les
pores..,,, Les torchons qui essuyaient cette salet^
etaient ensuite ^tendus sur les bancs et sur les chaises,
ou allaient s'asseoir les femmes qui s'oubliaient sous
elles
On comprend qpie, dans cet ^tat de choses, on ne
mangeait qu'avec la plus extreme repugnance, et qu'on
ne pouvait souvent pas mettrC' ses l^vres sur ce qui
n'^tait que la bourbe du rebut.
La soupe ^tait tremp^e avec des morceaux de pain
tripot^s par des femmes qui les laissaient suf la table,
apr&s le^ avoir grignot^s et cassis avec des mains
pleines d'ordures. ^ ^
M"»« L... et moi en emportions le plus possible pour
le Jeter par dessus le mur ou dans les latrines, aOn de
pouvoir manger un peu moins a contre-coeur. Un jour,
«Ile m'appela et me fit voir dans la cuisine des domes-
tiques — qui, elles, mangealent proprement et lavaient
leur vaisselle k part ; — elle me fit voir, dis-je, la fille
Marianne, les deux bras nus, qui remuait k pleines
mains notre salade dans un bidon ou elle venait de
mettre un filet de vinaigre et de Veau pour assaison-
nement.
G'^tait notre seul plat. Nous ne piimes le manger, et
nous en Mmes reduites k notre pain sec.
La soeur fit r^curer la vaisselle et defendit la salet^
/ \
CHAP. XII. — ASILE D ORLEANS.
233
habituelle. Elle me fit donner un gobelet et m'apporta
elle-iH^me dcs fruits achet^s avec Fargent' que j'avais
au bureau. Quand elle arrivait, elle criait, d'un bout
k I'autre de la galerie :
J — He! vous, la~haSy dont je ne sais pas le nom f
J'allais prendre *les fruits, dont je donnais bonne part
a M™" L..., qui, fle son c6t6, me donnait tous ses
cornets de papier a tabac... '
A propos de tabac, qu'on me pardonne si je dis
encore un des dugouts que j'ai eus dans ce quartier.
Le I abac s'achfete; on n'en donne qu'une certaine quan-
tity par jour. Celles qui trouvent qu'elles n'en ont pas
assez grattent leur mouchoir,,. et remettent ce tahac-
-Id avec Tautre, dans leur tabatifere
Mais, dira-t-on, la soeur 6tait qharmante pour vous !
Oh! certainement ! Elle m'a fait voir ses fleurs, sa
petite chapelle, et ne m'a rien dit de d^sagr^able ; elle
me porlait m^me mes lettres; mais, avant de les re-
mettre, elle commen^ait par en prendre connaissance,
ce dont je me doutais trfes-bien. Cependant j"e dois
dire, k sa louange et k la mienne, que nous n'etions
. si bonnes awnies qic'en attendant^ et en sachant parfai-
tement que nous etions incapables de nous accorder.
. Nous^ saviohs -que le docteur avail 6crit k Paris.
La scaur esperait un exeat, Je savais la r6ponse
d'ayahce, et je me demandais ce qui adviendrait
alors.
Comme je m'y attendais, M. Husson, le directeur de
238 M^xomes B'uNE^ALiKirfe.
_ - I - - — ■ — ■ ^- — ■
«
lues de simples blouses blanches, assez coottes, sans
aacun v^temeat qu'unecbemisesoQscette Uoase. Elles
etaient pieds nus. Une partie de ees paavres femmes
avaient des entraves ; ioates les antres avaieBt ce ^'on
appelle des hricoles, c'est-a-dire une ceinture et des
bracelets de cuir noir retenus ensemble psar deuK
petites lanieres, ne p^mettant aux mains d'alier que
jusqu'a la boucbe.
Selon que le bracelet est plus om moins serr^,
le poignet peut ^tre a Taise ou coup^ jusqu'au sang.
Elles etaient seuleset ne faisaient aucun bruit.
Deux ou trois d'entre elles m'eniour^rentet mefirenl
savoir qu'elles etaient dans cet equipage, Twrn parce
qu'elles etaient agitees ou dangereuses, mais i^fople-
ment parce qu'elles avaient repondu un pen vivement lit
Anne G., la servante maitresse du ipiarlier. Ges lemmes
s'exprimaientfort bien, beaucoup mieux qH'aueune de
celles que je venais de quitter.
Cela m'aurait paru horrible si j'avais et6 k mon
debut dans les maisons d'ali^n^s ; mais, en dixans,
j 'avals beaucoup vu, ayant parcouru non seulement
plusieiirs d^partements et plusieurs asiles, mais en-
core, comrae a Orleans, plusieurs divisions, et ayant
appris, par experience, que les raalades atteintes
d'acces furieux, une fois leur crise passee, avaient
toute la lucidite, toute la finesse d'esprit que n'avaient *^
pas. les autres, mais aussi que ces malades, fort dan-
gereuses, leurs acces 6tant intermittents, inattendus,
CHAP. XII. — ABILE »'0,RLS;A(iS.
pauvaient, m^me danB leurs naon>ents Ae calme, sauter
sur vous ; tpi'il fallait par consequent des prfcautions, '
surtout El elles avaient conlre vous de raauvais senti-
tneots, qu'ellee conservaient quelquefok toajours.
^ Nous reviendrons lout k I'heure'^ur c^ sujet.
Je ne vie le personnel du quartier, ainsi que les
malades de I'ouvroir, qu'au moment du diner, qui
se fit dans eette petite cour et qui fut servi par Anne G.
Chacune emportait eon 6cuelle et allait manger oil bon
lui semblajt.
Anne me dit un mot piquant, auquel je r^pondis
aussitdt; au lieu de s'en f&cher, elle s'excusa, «a
m'avouant qu'on lui avait dit beaucouj) de mal de moi
et en me promettant.de ne plus recommeDcer.
Je retrouvai Ik Charlotte (celle qui s'^ait r6voll6e
au mois de Janvier), et une autre malade qui s'^tait
faite I'amie des domesttques et les influen^it beaii-
coup. Elle me prit sous sa protection, me fit plusieurs
graci^nse^ee, et d^ le premier jour je compris que
cetle seetiim mfemaH, ce terrible Sanitas. scrait un
oasis sur ma route douloureuee.
La vaisselle y Stait fort propre. C'^tait Anne (.1 . qui'
la lavait elle-mSme, On me mit coucher ilans un Uor-
. toir de huit lits, parfaitement tranquille, el oii je pus
enfin dormir et respirer. Somme touie, on m'avait
rendu service en m'envoyant dans cette division dan-
gereuse.
Laseeurdece quartier ^ tact tme bonne jeunu sccur
' n\
240 MEMOIR^S D'UNE AUENElE.
qui cherchait k etre serviable a tout le monde, mais
«
qui, comme toutes les autres, subissail rinfliience du
service. •
Heureusement ce service 6tait, pour le moment du
moins, tr^s-convenable. II n'allait pas ^la veillee avec
les autrea, ce quartier 6tant trop. sujet a caution pour
^tre laisse s^ul, Les domesliquQs se reunissaient, pour
travailler ensemble jusqu'a neuf heures, dans I'ouvroir
g6n6ral qui avait vue sur tpu^ les dortoirs.
Le danger n'^tait jamais bieri grand, gracp aux pre-
cautions prises ; en pareil cas, ^il faut tout pr6voir et
^tre en force, avoir un materiel special.
Rien ne manqtiait au Sanitas : cellules avec liens,
\ dortoirs de gateuses, loges a paill^; aussi dortoir tran-
quille et deux ou trois belles cellules pour les pensiop-
naires.
La soeur en habitait une, et M^^'' L. T^utre.
Les maladies intermittentes ont un caract^re tout
particulier. Les plus grandes forcenees sont parfois
calmes du matin au aoir^ et le deviennent quelquefois
spontanement au milieu d'un acc^s. On crierait au
miracle, si un de ces calmes arrivait dans un endroit
consacre. Gela pent etre la guerison, apres une souf-
france extreme, comme cela pent n'etre qu'un repos de
quelque temps ; I'agitation, la fureur peuvent revenir
avec la m^me rapidite, la meme spontaneity, sans que
rien le fasse pr^voir.
II n'en est pas ainsi de ce qu'on appelle manie rai"
^
•
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•
•
•
•
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•
J
>
CHAP.
XII. -
— A.SILE d'ORLEANS.
w
sonnante. II y a toujours un petit- commencement ; on
peut, '— peut-6tre! — pr6venir le mal, rarement le
guerir Ces pauvres ^tres sont presque totalement
en d^route, raisonnant avec eux«-m6mes, a voix basse
ou haute, sans interruption^ faisant des gestes, des
gl^imaces ; querellant, chantonnant, ^nervant tout leur
entourage par leurs chucholements continuels, leurs
paroles, incoh^rentes et incessantes. De celles-la, il y en
a partout consid^rablement,
Enfin, il y a encore les idies fioces ; et on pourraiE,
il me semble, les laisser libres^ quand cette id^ fixe ,
ne porte le trouble nulle part. Cependant,'' je vais ra-
conter le cas particulier de M"® L., dont j'avais beaucoup
entendu parler k la premiere division.
M"« L. venait de Paris, comme moi. G'etait une
grande belle jeune femme de trente-cinq a quarante^
anSy les paraissant k peine, fille naturelle d'un M. L.
Son grand-p^re paternel I'avait fait mettre en pension
et I'aurait gard^e, k condition ^ue sa m^re ne s'en
occuperait pas. La m^re, dans une id^ de speculation,
la relira de pension, esp^raht que le grand-pfere donne-
rait de Fargent pour la reprendre ; mais ni lui ni le
p^re n'ont plus voulu entendre parler de Tenfant depuis
ce moment. La mfere a continue sa vie d^r^gl^e, et la
fille est entree en apprentissage avec une demi-6du-
cation.
Fort jolie, ayant chez sa m^re un entourage d'bom- ,
mes, It pautre malheureuse a ^td entrain^ jus({Ue
14
242
MM&IRES D'GNE AUllNKE.
dans des maisoas de pa899, 04k e!k % connu des officios
qui I'oni eminent en Alg^rie. L^, elie s'ei^ ^st donne
^i^ceur joie, parcourant le pays k chaval, a la grande
r(§jouissance des Arabes, qui ia regardaient avec admi-
ration, disait-eile.
De reiour k Paris, elle y apprit Ilk mort de son p^re
et de son grand-p^re.
Le p&re s'6tait «iari^, avait eu plnsieurs enfants.
Ayant ^U reconnue par lui avant son maiiage^ la
pauYre fille avait peut-^tre droit a une part d'h^ritage ;
mais ce n'est pas cela qui lui tourna la t4te. Elle se crut
frustr^ de Th^tage de S(on grand-p^e, qui, disait-
elle, avait test^ en sa faveur, et au lieu d'aller trourver
avoue, avocat ou notaire, alia center ses a^aires aux
officiiers qui Tenvoyferent promener, et rossa d'impar-
tance un chef de bureau de la pr6fect«re de police qui,
au lieu d'^couter €es discours, lui dit qu'^He ^tait bdle
et voiilttt Tembrasser.
L'agent ross^ la lit enfermer. Son exasperation
devint de la rage; elle voulut baUre m^deoln «t
internes k la Salpdtrifere. On Tenvoya k Od^ans, 06
elle agita si bien les quartieri? k propos de son testa-
ment, qu'on la passa au Sanitas, o^ je la trouvai fai-
sant ses pribres avec ardeuVy disant le chapelet^
donnant des lemons de lecture et d'^riture aux jeunes
servantes, sans parler des bonnets de coton et des cale^
90ns qu'elle oonfectionnait aux heures-de travail.
ie 4tti fis compliment de sa dev0(6on. Ellefne ^it que
: caitP. XII; — ASIUS D'ORtfi.\?iS. 3W
e^6tait pour ae fairi inen venir, m'engageant h es turn
Aulant et 4 dire que j'appsrtenais k k police, poar loe ~
faire craindre et respecter. '
Assur^ment tout cela 6tait ub aiufllfaine de roRSS
plutAt que de fotie, et ssaa \es extraTagxnces et les
Tkrlences dont elle s'£tait reodoe oonpable enrers
tes agents de la police, je pense qu'on n'aurait
jamais eu I'idte de la dire folle. C'^ut phitAt une
intr^ante.
Je reviens k moi. On te trotivait fort embarrass^ a
mon aujet. Je do ponvais ni rester dms lii Cour arec ces
pauvres femmea, ni k I'oavroir, parco que je rffitais pas
lie force k trsvailler toute la journ^e, et que d'ailleurs
cela aurait gSn6 tout le monde. II fatlait ponrtant me
mettre quelque part et me mettre en silret^. On eut
I'id^e de m'instalter dans line petite cotir ofi it n'y avait
personne et qui donnait derri^re les dortoirs. Je n'al-
lais, comme les ouvriftres et la seniee, qu'aux heures
de repas dans la cour commune, alin de n'^lre pas
espos6e k une attaque Impr^vue.
Cependant, aucune de cea panvres malades ne pensa
k me rien feire pendant mon s6jour au Sanilas. Au
CODtraire, plusieurs me parl^rent, et ce ful pour me
remercier de ne pas les bcUtrif I
-^ De tie pas vous battre ?
— Oui, car lout le moftde noas bat ici, m^me
M"« L.
Je n'insistai pas, ne toulant pa8 tne meter, sans
I
244
' ,/
a(£moire& d'une alienee.
y 6tre absolument provoqu6e, de rien de ce qui se pas^
sail hors de ma vue, et puisqu'on' m'avait mise a part,
i'en profitai pour fermer. les yeux sur ce que je ne pou-.
vais pas faire changer.
Je vis une nomm^e^Ang^lique, qui avail ^t4 k la
troisieme et qui avait, je dirais presque, toute sa rai-
raison, sauf la manie de contrarier, en se cachant
pour faire croire k sa fuite et se faire chercher. Manie
vraiment bien folle, car elle» en dtait la premiere vic-
time, ce& plaisanteries exasp^rant le service. J'ai vu lui
enfoncer la t^te dans un baquet d'eau sans lui donner
le moyen de respirer, lui serrer la camisole, la dou-
cher, rattacher; dfes qu'elle en trouvait le moyen,
elle , recommengait et riait. Ce jour-1^ elje avait
les hricoles, et ses poignets 6taient tellement serr6s
que les mains en ^taient tiimefi^es et la peau des bras
couple.
1— Qu'avez-vous done fait, rfialheureuse?lui deman-
dai-je. ^ /
— Mais rien, me r6pondit-elle avec simplicity ; c'est
vous qui rri'avez fait mettre les brjcoles.
— Moi I
— Oui ; vous vous 6tes plainte que j'avais parl6
haut avant le lever et que cela vous avait 6veill^e.
' — Oh ! ma pauvre Ang61ique 1 s'il n'y avait que moi
pour vous faire punir, vous ne le seriez jamais. Mais
comment avez-vous oubli^ que la domestique couche
k c6t6 de nous et a pu vous entendre?
.^VJ
I I
CHAP. XU. — ASILE D'ORLEANS. 245
*™ Mmmtm, m ^•'^^m^^mittt mi mm 9 I i^ 1^^— i^p^^i^M iP p■■^■ ■ — ■■<■ ^^^■.■■■■ — .—^^ ■ ■■■■■ ■■■■■» i» ii ■ ■■
— ' C'est vrai, me r6pondit-elle naivement ; mais
comme je ne parlais que pour vous eveiller et vous
contrarier, je n'ai pas pense a elle.
Elle a eu I'air touch6 de ce que je lui ai dit que je n^
la ferdis jamais ,puDir, et depuis ce moment, au lieu de
chercher k m'^tre d6sagr6able, elle m'a fait des avances
et des politesses.
J'avais trois chaises dans la petite cour dont on me
laissait la disposition, et on avait ouvert un dortoir pout*
que je pusse m'y retirer en cas de pluie. Je m'occupais
k dessiner ou a d^couper pour les petites chapelles des
soeur8;'je pouvais done dormir, me reposer, lire et
faire soci^t^ deux fois par jour. Je jouissais d'un calme
dont j'avais grand besoin. Mais il ne dura pas long-
temp$, et Vavertissement donn6 par Tadministration
de la Seine devait 6lre vrai d'un bout k Tautre,
J'avais d6j2i porte le trouble, bien^ malgr6 moi, aussi
bien a la premiere qn'k la troisi^me division ; il 6tait
dans ma destin^e de le porter encore, avec la discorde^
dans la quatri^me et la cinqui^me.
Une grille seulement s^parait ma petite cour de celle
de Tinfirmerie. Le service de ce quartier, sachant tout
ce qui ^tait advenu ailleurs k mon sujet, fut revolts de
me ivoir install^e juste en face, k m^me de faire mes
odieux rapports sur ce qui s'y passait. Pour me forcer k
m'en aller, on ne trouva rien de roieux que de me
faire envoyer une gr^le de pierres par les pauvres imbe-
ciles qui sont 1^,
14.
• I . ' ' ' .1 - .< * ■ /
' / ■
\-
246 M^MOlRES D^UNE ALIlfiNEE. ,
■ < p ■ ••• ^mmi^rm
La soeur de rinfirmerie fit aes plaintes^ d^clai'a qu'elle
He voulait pas voir sa section surveill6e par la eection
voisine, et voila deux camps en presence.
Goname^c'etait Anne G. qui m'avait fait assignef la
cour et son do»toir, elle prit fait et cause poiir moi, et
tout ce tapage alia jusqu'si radministration.
Le docteur comm^ngait r^ellement k ne pas se f^li-
citer de sa condescendance pour ses collogues de Paris
et ne savait plus oii me mettre, quand M. le pr^pos^,
k qui j'avais fait remettre des lettres aprfes sa visite 4 la
^roisieme, et qui les avait envoyees a tout hasard,
regut repohse a une qu'il avait 6crite lui m^me, tout en-
croyant que toutes mes relations de famiUe et de soci6te
n'existaient que dans ma i^te. •
On offrait de Targent pour queje fusae pepsioa>-
naire ; mais M . le pr6pos6 ne voulait pas r^pondre
avant d'etre sur que j'accepterais, ^11 mfe dit seu-
lement que c'^tait un incohnu, qui ne voulait pas ^tre
nomm^.
J'^tgiis certainement bien malheureuse k I'asile d'Or-
leans ; cependant je ne voulns rien prendre sur Inoi
dans cette circonstance, et je lui dis qu'ayant agi sans
me demander avis, la d6cision k prendre ne regardait
que lui.
II s'arrangea done a son id6e, et il fut conyenu qu'un
supplement serait pay6 pour me placer au pensionnat.
On m'annqn^a que je quittterais le Sanitas le 1" oo
tobre, ce qui, je le crois, contenta tout le monde/ car
s.
1
CHAP. Xll. — ASILE D'ontfiANS. 247
; ' ■■" *■ ■ ■ ■ w ■ — -■ • •
I
vraiment je g^nais et j'6tais fort mal, malgr^ le bdn
9
vouloir qu'oir m'y t6moignait, et bien que je n*aie pas
eil une seule fois & me plaindre du service de ce qUar-
tier.
Anne G. me dit uii jour qu'ella avail rencontre M. le
docteur Lepage, m^decin adjoiiit de l*asile, bon vieil-
lard qui, ne venant jamais dans les quartiers, ne me
eonnaissait que de reputation ; il lui avait adress6 la
parole pour la plaitidre sincferement de m'avoir dans
son service.
— Mais pourquoi done, monsieur le docteur? lui
avait-elle r^pondu ; M"^ Chevalier ne feit aiicun mal,
aucun bruit, et nous serious trop heureuses si nous
n'avion^ que des malades semblabtes chez nCus.
Mesdames les domestiques des autres quartiers sent
done bien gdtdes par les leurs, si elles en sont a de-
daigher celle-13i !
M. le docteur 6tait tout inlerdit.
— Cependant, dit-il, elle trouble chez vous, puisque
la soeur de ritifirmerie he veut pas y rester a cause
d'elle et qu'on vient de la homrher au pensionnat.
— G'est qu'elle ecout^ des mensonges au lieu de
juger par elle-m6me.
En eflfet, n*ayant pu me faire renvoyer de la petite
tour, la soeur de rinfirmerie avait demand^ son chah-
geihent et, preuve qu'on ne pent 6viter 6a destin^e,
venait d'etre plac6e a la premiere division, huit jours
avant 1^ copclusioi^ deg; arrangements avec le bienfai-
^y'
/
248 MEMOIRES D'uNE ALIENEE.
■x^
/
teUr inconnu qui m'y faisait entrfer de droit comme
pensionnaire. • *
J'ai quitt6 le Sanitas apr&s des adieux tr^s-affectueuiL
et suis all^e revoir depuis, dans son service a i'h^pital
• g6n6ral, la bonne jeune soeur que j'y avais connue. ~
Charlotte D. est partie pour Bonneval, pr^ de Char-
tres.
Quant a M^i® L., elle s'est sauv6e, fort heureusemeut
pour elle, quatre ans plus tard, au moment ou tqutes
les petites privaut^s qu'elle avait allaient lui ^tre reti-
rees.
II parait qu'aprfes mon depart, celui de Charlotte et
le changement de la soeur, elle s'^tait exasper6e, mal-
gr6 la bonne amiti6 des domestiques, et s'en 6tait
prise, avec une autre malade, a radministration, si bi^nt
' qu'un des administrateurs ^tant vehu au Sanitas, elles
Font attendu a la porte, se sont fiancees sur lui et
I'ont renvers6, autant de saisissement que de Tehran-
lement donne k son gros corps. Elles voulaient le tuer.
On leur a mis la camisole ; on les a enfermees en cel-
lules ; on devait leur donner la douche le lendemain...
Mais le lendemain la belle M"® L. n'y 6tait plus, et on
n'a jamais pu savoir comment elle 6tait partie...
J'ai vu dernierement dans les journaux .qu*une re-
compense avait 6t6 accord^e a Anne G. par le conseil
municipal...???
- LE PEN6I0NNAT.
CHAPITRE XIII
Aalle d'OrUan*. — Doax[iima i>artls. — !•« pmaloimELt.
Oa sera sans doute bien aise de savbir quel ^tait cet
inconnu genereux qui offrait pour moi un supplement
de pension, < que, m'^crivait M. le pr6pos6, M"« Che-
t valier aurait tort de d^daigner ; I'inconnu n'est pour
>«: rien dans le fait de sa E^questration ; c'est pour lui
c un fait accompli qu'il cherche k rendre moins dou-
« loureux ; !a dignity de M"* Chevalier n'a pas a en
. « souffrlr, au contraire; il est honorable pour elle
« d'avoir m^rit^ I'lnt^rfit de personnes bien poshes, » "
Ce personnage bien pos^ n'etait autre que mon fr^re,
M. Claude-Daniel Rouy,auquel M. le preposS, dans une
pens^e d'humanil4, avail ^crit pour lui demander de
me venir au moins en aide, s'il ne voufait jias rei;laniiT
> ma sortie, tout en lui laissant pressfniir iiue ciiiif
sortie pourrait bien m'fitre accord^e pai' le pit^fet ilu
Loiret, et I'aurait dSji 6t4 par le m^decin en clief sans
A
ST/) K^MOIHES d'UNE AtlENifi.
« I I . I . ■ ■ .1 .1 mi III ■ ^iwi 11 ■■ I »i i»
<
rintervenlion de M. le directeur de I'Assistance pu-
blique.
Je donne en entier la rfeponse de M. Rouy, qui
avait et6 class^e parmi les pieces de mon dossier a
Fasile :
Ville-d'Avray, 13 aout 186*.
Confidentielle.
\ . Monsieur,
J*ai fardS que/lque temps k ifoixs f^pondffef, p«fce qcre j*ai
voulu, auparavant, communiquer votre lettre a M. le docteur
baron Pelletan de Kinkelin qui, d'apr^s la notori^t^ publique,
les reclamations tr^-Tives de soft propri6taire et de ies ]f>f opres
amies, Vinstance de son propre m^deein, M. Audiat, et le con-
cours du commissaire de police de son quartier, avait du, pour
6viter des malheurs, faire inscrire M"* Hersilie parmi les
ali^n^es.
Yoici sa reponse, quant a la question de I^ sortie probable de
la pauvre folle ;
« Je n'h^site pas, dit-il, a declarer que ce serait, pour elle
(f d'abord, un veritable malheur, et pour tcfute -votre famille une
« suite tncessaute des plus violentes tracasseries. Je m'^tonne
d m^me que le medecin en chef de Tetablissement puisse en
?, avoir eu la pensee, car il doit 6tre bien convaincu de Tetat
« d'ali6nalion de cette pauvre femme. II est certain, d*ailleurs,
« qu'ici M. le directeur ^^n^ral la ferait reprendre de nouveau,
(( car dans sa derni^re sortie, elle lui a donn^ des preuves de
a son aberration d' esprit tellement fortes, et j'ajouterai mena-
ce gant de devenir dangereuses, qu'il n'a pas h^sit^, de lui m^me,
fl a la faire r^int^grer a la Salpetri^re.
m Ainsi done, vous pouvez dcrire a ce m^ecin dans ce^sens,
tt ou meme lui envoyer ma lettre, en ayant soin toutefois de Ic
f prier de ne pas me nommer devant la pauvre folle, csCr j'ai 6te
/ —
CIIA1>. Xm. — LE PENSIONNAT. 251
(L ieiJ^tfae^t Awu'xnfai^ pa^* ses divagaitian^ et fies recriminations,
($. que je d^sirerais qu'elle n'eut pas de motifs pour se rappejier~
« mon nojn. ))
En' effet, e!le ne parlait de rien moins que de nous assassiner
ions, en commengant par lui, M. P.elletan.
i'diX crn 4^vQi^, Mc\nsieur, commdncsr par vou^ <dire quelle
est Topinion^ ici, non seulement (jie M. le docleur Pelletan, mais
aussi de M. le directeur gdn^ral lui-mSme, et vous faire entre-
itoir «|ueUe ^responsa^ilit^ peserait sur jin iirdre de sortie.
Main tenant j'aborde ^j» ^UM^auti^ c^^aiit d'idees, celiii d'ap-
porter quelque SQulagement a F^tat de cette pauvre ilUe .adulte-
rine. Ddja ma femme et moi I'avons tente a diverses reprises,
XA6i]ae4»ous des noms emprunt^s, et la violence de son aberra-
Uon (est ^uiours ye«^e i reocontr.e de 1309 intentions chari-
t^ble^.
Ainsi done, Monsieur, ^ous consentirions, mais a la condition
ecepiceBse du secret envers elle, et avec les recommandations
parses i ,ce^» dii daeJt6^r iPakletan , a ajouter 260 fr. i Tallo-
CiQit^oi;! ac.tu«jUe 4? ^^ £r-., pQur monter sa pension d'uixe classe
et entretenir le trousseau; mais,'je le r^pete, ce ne serait qu'a
la condition du secret absolu, en disant, vous, Monsieur, a la
pauvre foUe que vous n'&vez pas eu de, reponse de moi, et puis
pl^^ t^, 9ffjc^ quelque temps d'intervsUe, .^ue vous avez pu
, v<\us-meme ami^liprer ga position.
Vous voyez, Monsieur, que je r^ponds a Votre causerie et que
j« 'ne vois dang votre iet4j:*e, <;omme vous le dites, que la pensee
c|':a4i»»^ir y\m vi^or^tune Qt i«#cuQe id^jB 4e jpcesatian.
Recevez, etc.
Gh. Rouv.
)Oi|i voit icd coEoment itiix doGte«i<r peut afdrmer Talid-
Birtion jneota^e ^ersisUpte, et ifi»p€ser le makytien dans
les asiles d'une personne qu'il n'a pas vue depuis dix
aikfi^ et qui aurait bien «pu 6Ure gin^rie «i eHe avail et^
Mi^. Mais oomooe ^ ne T^is pas ^avenue, ii etait
■V
, • • • 1
252 M^MOIRES O'UNE ALII^N^E.
y
k
./
'-^ f-
y
de plui^ en plus urgent de mdntenir ma s^ues-
tration. ' ' ' .
J'avais encore quatre ans de luttes k soutenir avaat
de la voir cesser.
Grace au supplement que M. Claude-Daniel Rouy
payait^aux hospices d'Orl^ans comme hienfaiteur de
M"e Chevalier, car j'^tais enregistr6e sous ce nom
seul, j'^tais^donc plac^e au pensionnat.
Mais je m'y trouvais presque aussi malheureuse que
lorsque j'^tais aux indigcntes, quoique je fu^se.mieux
nourrie,,parce qu'il y a, pour celles-ci, des divisions
sp^ciales ou Ton classe chaque personne suivant sa
cat^gorie, son calme ou son agitation, tandis qu'au
pensionnat tout est p^le-m^le : les agit^es, les gateusesf
les imbeciles avec les personnes tranquilles, sous
pretexte qu*elles paient autant les unes que les
autres.
J'^tais obligee, pour fuir ce contact incessant, de
me r^fugier dans un coin ou se trouvait une malade
qui, dans ses moments de crise, vociferait les plus
d^goutantes obsc^nit^s. Elle ^tait, k part cela, tout &
fait inoffensive et m^me serviable.
II y avait d^j^ treize mois que j'6tais 1^, quand un
nettoyage "(lu liaut en bas annonga la venue d'un inspec-^
teur g^n^ral dont le nom n'^tait pas encore connu dans
les quartiers.
En effet, ce haut fonctionnaire vint, le 11 novem-
bre 1865, en compagnie de M. le prudent Vilheau eC
CHAP. xiu. — LE rEKsioN>AT. 253
du pr^pos^ responsable, qui me prdsenta^ M. I'inspec-
-teur, en lui disant :
a Voici Ml'" Chevalier qui desire changer de maison.
— Ah ! Mais c'eat M"* Rouy 1... J'ai demands de vos
nouvelles k Marfeville de la part d'une personne qui
- s'int^resse beaucoup Jk vous, et on m'a dit que vous
■ ^tiez "k Auxerre. » ■ ,
Je restai ^bahie devant cet individu qui paraissait si
hien me connaltre, et que je ne me rappelais pas avoir
vu. II se nomma. Je fus assez mal apprise pour avouer
k M, le docteur Constans que je ne I'aurai* jamais
reconnu, lui ayanl vu des cKeveux noirs en 1857, et,
huit ans plus tard, ses cheveux ^tant devenus cha-
tains.
II pr6lendit que c'dtait I'age. Etjevoulus bien le
croire.
— Comment et pourquoi Stes-vous done venue
d' Auxerre a Orleans?
— On m'a renvoyfe d' Auxerre, et j'ai forit k M"" la
baronne Haussmann une leitr'e un peu roide, sign^e :
Sceur du rot Henri V.
— Ah ! oui, c'est vrai ; vous vous croyez (ills de la
duchesse de Berry.
— Ceci est une vieille histoire qui date de la Salpg-
trifere, oil le docteur M^tivie parlait de la sub'tlilul.ion
d'un garfon a une fiUe, landis qu'i Mar^ville le Joc-
teur Reber a dit qa'on me tenait renfermee parcf que
j'eiais sveur du rot Henri V, et je me suis servie de
/
f
254 MEMOIRES D'UNE ALIENEE.
cette royale fraternity en 1863, comme jie m'6tais ser-
yie de ma royale filiation en 1855.
— Tout cela vient de vous?
— Non ! Mais quand m^me cela serait ? Qaand m^rae
je me servirais de versions populaires pour attirer
Tattention sur ma position ^qilivoque, sur votne igno-
rance coupable, en quoi y aurait-il eu lieu de m'enfer-
mer a propos d'affaires, de noms de famille, qui tie
regardent que les tribunaux ?
— ^ Mais vous n*6tes contente nulle part.
' — SeiSez-vous content §[ ma place ?
H riait en me parlant ; mais il ce^sa de rire k cette
question.
— "Non^ certes! repondit-il en me tendant la main.. .
Puis, se tournant vers M. le pr6pos6, il lui demaoida
dans quelles conditions j'^tais la.
— Un tiers est intervenu et pale un suppl^mept qui
la fait pensionnaire.
— ]Eh bien I dis-je eij prenant la main qu'll me
tendait, venez voir ou je me r6fugie dans ce pen-
sionnat. — Et je le fis entrer dans le taudis dont j*ai
parl6 plus haut.
C'^tait un cabinet de toilette et de d6bai*ras oli ise
trouvaient, sens dessus dessous, des seaux k vaisselle,
des sabots, du bois, des cheveux, des essuie-mains, du
fromage, etc., etc. II fut indign^, ne comprenant pas
comment TAssistance publique ie la Seine, qui avail
tantde maisons a cboisir, m'avait envoy^ejustement ou
4
1.
f
CHA?, sXiif. — IB Yvssmxm^Kt, 255-
■ ■ ■ ■ I ll III I ■. !■ ■ ■ I ,« ■ ■ - ■ , .
' t
6He saVait q[«« j*a«rai« k plu9 i» me plaindrie, el il me
pf omit lie me faiare ehMger ^u pk^ t6t.
Je le i^sm^clai ^e 8a kromie voIoieI^^ lui diHiiii que
j^^l«»s )i€«r6ti«e d^a^i^ refieootir^ obes MM. ks admi-
illdtratdfiPB une protoetioii ei une bidnveiltertce qui me
manqueraient peut-Mre ailleurs, et epta je nd deman-'
\ dak que jiK^llee et Ifti^tiy la doBkuf de la capiifit^
^taitt partotit la m^e.
Jeii^tfti entendk plan pavler et ne )e r&m plus^ tant
que jd ftis emferm^ei
A la suite de la visite de M. le docteur Cksoiiltaiie, je
lui ai adre«96, par M^ Durangel^ une lettre qu'on trou-
verift & man dossier, car apr^ ma mopt tatts les dtmu-
tb&oi% ohidels me concemant tseroiit d^pos^, par ts^sm
ex^coteuF tei^meiitaire, aux archives dn d^partemenrt
dii Loire!, €ft permettront 4 totes ceux qui voudroilt biea
me lir^ de eofitrdier mes assei^tioiis.
Gette lettre d^montre qu'il n'a ^6 question entre sous
que de mon m>m, de ma filiatioii ; elle est la meilleure
prenve que ma sequestration a eu lieu pour des causes
qui ne segardaient ni les m^decins^ ni les idspecteurs
g^n^raux, ni les bureaux des ali^ndis, et que certaine^
meirt elle li'aurait pas et^ maintenue s'il- y ayait au
service des malades un awcai d'officQ, comme au ser^-
vice des prisonnierE^; ou un iuteur les prot^geant et
connaissant ies lois.
Un avocat nous aun^ ittimediatement dit, aux uns
et aux auftres, q^'une 4i9esti&n l^afe ft citnle dipsn-
/
256
MEUOIRES D UNE ALIEI^EB^
dait des trilJunaux; et devant un homme de loi.MM. ]es
docteurs n'auraient pu se permettre de me s^queatrer
k propos de futilit^s. On aurait pris dels mesures qui
m^auraient rendue libre d^s le lendemain de mon enle*
vement, et j'aurais pu rentrer chez moi aVant d'^ref*
tout k fait d^pouill^e. .
M. le docteur Gonstaas ^tait done, — et il Test tou-
jours, — ignoraiit de ce qui est 16gal ; il Test de bonne
fbi et se croit, j'en suis stire, le droit de decider du
nom, de la l^timit^, et d'apr6s cela, de la liberty de
ses semblables.
J'avais trouv^ beureusement d'autres appuis.
Par un bonheur inesper^, M. le comte de Pibrac
avait 6te n'omm^ administrateur des hospices d'OrlSani^
peu avant mon entree au pensionnat, et M. Yilneau,
president de chambre honoraire, le fut bientot apresl
Ces messieurs eurent la bont^ de me remarquer, de
parler de moi k leurs collogues, qui s'int^ress^rent a
ma situation et, apr6s la visite du docteur Constans, ils
attir6rent sur moi Tattention sp^ciale de M. Bureau,
pr6fet du* Loiret, et de M. le procureur g^n^ra], Grand-
perret, qui r6solurent de me voir.
Ces deux hauls fonctionnaires vinrent ensemble aux
hospices le 21 d^cembre 1865, et furent regus par
MM. Vilneau et Lesourd, administrateurs, qui les cpn-
duisirent directement au parioir des aii^n^s ou je leur
fus pr^sent^e. lis me t^moign^rent une bienveillance
qui me mit imm^diatemenl k I'aise at m'encouragea a
%
CHAP. XIII. — LE PBNSIONNAT. 257
leur dire tout ce qu'avait d'afFreusement ^ruel une si-
questration parmi les alienees.
lis itaient tellement ignorants de ce qui me concer-
nait^ que M. le procureur ginirai se mit aussit6t k •
m'interroger sur Vesprit frappeur!
Ma surprise fut extreme.
J'avais 6t6 arr^tte, envoyde k la Salpdtrifere et de \k
^ Orl^ns, k la suite de ma lettre a la baronne Hauss-
mann. Je n'y parlais nuUement de spiritisme, mais du
disordre administratif, de la fa^on dont on xjae faisait
parcourir la France incognito, sans savoir qui j'etais,
sous la responsabiliti du prefet de la Seine ; enOn du
m^contentement du peuple qui n'attendait qu'un chef.
J'avais signi : (n Sceur du roi Henri V. t^ Mon certiHeat
d'envoi portait : c se croit fiUe de la duchesse de Berry
et prete a monter sur le trdne. y> Et apr^s deux ans de
s^uestration dans Tasile de lear dipartement dont ils
avaient la haute' surveillance, les chefs de la justice et
de Fadministration supineure du Loiret venaient eux-
m^mes m'interroger sur les tables tournantes !1!
lis venaient sender ma pensie, ma croyance, pour
voir s'il y avait lieu de me ditenir a perpituit6 1...
Etais-je done devant de grands inquisiteurs ?
Je leur demandai alors avec une certaine vivacity
s'ils n'avaient pas eonnaissance de cette lettre, unique
cause de mon envoi k Orleans.
Ils n'en avaient pas entendu parler et ne savaient
pas du tout pourquoi j'avaii^ iti enfermie ni ce qu'on
I
358
UimHBJBB O'XJME AlilEN]^.
loe reproehaity setuf ee que leur ftvait. ^rit M. Hiiseoo,
Je leur dis que je savais qu'oQ me gardait par ordre,
et d^^aodai & M. le pv^tetcicwment nn homme a^ssi
supiSrieur qa'il semblait T^ira {M>u^yaU bfiser I'dvoBtf*
d'une femTne, perjoaeUj^ d'ait^er k sa liberte, mue
pr^tei^te € qu'elle porte la tete katde^ ns «^ trouve pas
dank son cenire, ee plaint de la gr)»e$ierete du service
et de son eniourage; a la pretentum de pauvoir vivre
de sen talent dtdesa plume,' »
— Etcommeat savez-vQu$ toui eela?' '
— Parce que H* le doetetir Payea a cm devoir
s'excuser de sa eoadesGe&daaiee en me fekattl cor-
naitre sa r^ponae
Ges mesafeurs ^toieiil; c^ifo&dusl Kvidemment ils ne
s'attendaieat|Mt6 i appreoAf e de teUes choaes.
Je priat M. ie pr^t de r^daffler copie da ua ietti^e
k M*"* Haussmann, ne diseimulani pas ma surprke
qu'on Teut si bien caeh^e, et ja rtj^ndis A M. le
procureur g^^ai, qui bm questionna aWrs shf ma
faipilie :
Que fitais fille Ugitime, d*un seaend Utj de
M. I'astroneme Charles Rouy; que f avals it6 elevee
a Paris, ou se treuvait toute fna famille paterneUe ;
quefy avais toujours tenu une plaee dee plus hono^
rabies dans la soeiete, et que mon sejeur aux aiienis,
qui ne pouvait etre justifid en aucune fu^on, Stait si
douleureuxy si inervant^ queje ne savais pas earn*
ment ma raison y avait rieist&,
♦ «
4 I
CHAP. XIII. — LE PENSIONNAT. ' 259
>- r-^-^ , ^ > ■ ■
ljp,terrQg6e f^ lui sur le persoimage qui payait un
sujpple^jent pour ma pensio», je dis ne pas le coa-
oaitre, (c'6tait vrai alors ; je n'ai su qu'en 1868 xjue
9'6tait mon frfere), M.- le pr6pos6 etant entr^, h mon
sujet, en porresp.ondance avec des inconnus^ et ce per-
somxage ne youlant pas ^tre Bomm6.
En me quittant, M. le pr6fet, qui me semblait fort
6mu dj^ ces e:xplioations, me tendit spputan^ment la
maija eja me donnant hautement et d'un air bieu r6golu,
sa parole d'honneur ^qu^il allait imm^Satement s'oc-
cuper de moi. .
M. le procureur general, qui m'avait parl^ avec mille
pr6cautiouis, comme s'il avait peur d'effaroucher une
enfant o.u de metltre uiie pauvre ali^n^e aux abois, fut
moins expansif, et tout en m'assuranjt de sa hienveil-
lance, r^e pie fit aucune proinesse, se reservant de voir
ce que les 6v6nements am^neraient.
Dfes le lendemainjesus, par MM. les administrateurs
presses de me I'apprendre, que Fimpression de ces
hauts dignitaires m'avait et^ tr^s-favorable, et qu'on
allait enfin prendre des mesuf es aussit6t que M. le
prefet serait de retour de Paris.
De retour de Paris ! C'etait encore a Paris qu*on
allait s'inforraer, demander permission !
le d^sillusiontiai ces messieurs en les assurant que
c*6tait une par tie perdue, la Seine ayant trop de torts
envers moi pour ne pas chercher k m'enterrer vive. ,
M. le procureur general fit a la Chancellerie un rap-
260 M^MOIRES d'UNE ALI^YfEE.
\
^ _i . ■ - _ _ - . m ■ -— *■ . ■ ^
port sur mon compfe, le 17 mars 1866, seulement.
Je lui avais adress^, ce jour-1^ mdme, une lettre r^su-
mant ma situation depuis que j'6tais enferm6e, et ou
je si^ais les difif^rents noms qui m'avaient ^te attribui§Sy
en le mettant au d^fi de choisir entre eux, puisque ni
pr^fets, ni magistrats n'avaient jamais pu ou voulu
s'assurer de mon identity.
Sa prudente reserve lui permit de ne pas agir contre
Tadministrati^ sup^rieure, qui voulait faire silence sur
une affaire passablement compromettante pour tons.
Peut-^tre, cependant, ce premier rapport m'6tait*il
favorable, car ii a disparu, comme disparaissaient g^n^
ralement toutes les pieces qui appuyaient mes rovendi-
cations. Ceci r^sulte d'une lettre du procureur. g^n^ral
adressant au garde des sceaux, qui en ^vait fait la
demande en 1875, copie des diverses correspondances
^chang^s a mon sujet :
c La minute du rapport de mon predecesseury en
d€Ue du il mars, n'a pas ete retrouveey > y est-il
dil.
Mais il y avait eu un second rapport que nous don-
nons dans son entier :
/ • -
CHAP. XIII. — LE PENSIONNAT.
261
''■'" 'V
COUR D'APPEL
D'ORLl&AMS.
Orleansy le 23 mai 4^66.
PAI^QUETf
DU
PROCUREUR GtNtRAL
Direction des
affaifes criminelles
et des graces.
i" Bureau.
R^ponse
au ii» 7,503, A, 2.
Monsieur le Garde des sceaux,
Votre Excellence a faien .voulu me com-
muniquer la lettre ci-jointe par laquelle la
nominee Chevalier se plaint d'etre arbi-
trairernent s^questr^e dans Fasile d'alien^s
d'OrMahs.
La r^clamante est la personne dont j'ai
entretenu Votre Excellence dans mon rap-
port du 17 mars derniei«» Nous Tavons in-
terrogee, M. le Pr6fet du Loiret et moi, et
lous dfeux avons acquis la conviction que
son ^tat mental justice la mesure prise
contre elle. Seuleinent, il nous a paru que
la nomm^e Chevalier avait le sentiment
tres-douloureux de la vie en commun avec
d'autres ali^n^s, et qu'il conviendrait ^e la
placer dans des conditions meilleures de sequestration. M. le
Pr^fet a fait, dans ce but, une d-marche a Paris ; mais elle est
rest^e jusqu'a present sans succcs.
La reclamante, ainsi que j'ai eu I'honneur de T^crire a Votre
Excellence, demeurait a Paris, ou elle exergait la profession
d^artiste musicienne; elle serait, dit-elle, soeur naturelle de
M^ Rouy, g^rant du journal La Presse. Ce dernier paie en sa
faveur une faible pension, dont il a refuse d'^lever le chiffre.
II invest revenu que, post^rteurement a la visite que nous
avons faite, M. le Prefet et'moi, k Tasile des ali^n^s, la nomm^e
Chevalier a obtenu d'etre conduite, je ne sals en vertu de quelle
autorisation, devant Msr Vfiv^que d'Orl^ans, qui n'a pas cru,
apr^s un entretien avec elle, devoir s'occuper de sa situation.
Je suis avec respect...
Le Procureur general,
Signe : Gramdperret.
45.
.' <■ ■ •-, - • .:;
, 202 MtHOiafifi b'UM£ ALIlElNfiE.
y- »' 1 1,1 II ■ II II I ■■ PI ■ III II 1 1 ■ , . 11 II ■ 1 1» m laji . pi»i ■ i^ I » ■ II M
\
On voit que ce rajiport ne dit rien du tout. C'est le
moyen de r6pondre sans mentir, et la folie nan spici^
fiee est vraiment pr6cieuse ; on n'a qu'4 articuJer ce
mot pour tout r^gUlariser.
Le fait de ma visite k M^ I'Sv^que d'Ofi^an«, que
M. le procureur g^n^ral croit pouvoir avslncer comme
m'^tant conlraire, piovient de Textr^me bont6 iont
M. le president Vilneau m'a donn6 tant de pfeuves.
Ayant parl6 d^ moi i Msf Dupanloup, lui ayant dit
que leg families Benoit d'Azy, Cochin, de Saint-Maur,
s'interessaient k moi, Monseigneur, qui Ifes connaissait
fort bien, dit qu'il me verrait avec plaisir.
J'ai done eu Vhonneur d'etre conduite a r£v6che,
grdee a une aulorisation du conseil d* administration .
M. Vilaeau m'avait pri^e de ne rien r^clamer de
M^r Dupanloup, qui n'avait pae quality poUir me rendire
libre. II fut done convenu que je ne lui parlerais que des
personnes que nous connaissioite et de mes' chagrins.
Monseigneur avait du monde quand je suis arrtv6e ;
il en venait derrifere moi, et il a quitt4 le salon pour me
donner quelques instants en particulier. Je n'ai pas
voulu abuser de eette obligeance, et ^^rks i'avoir prie
de vouloir blen Mre I'interprftte de ma reconnaissance
prfes des faptilles qui m'6taient restees bienveillantes et
qui me venaient en aide, je I'ai quitt6 en lui exprimant
ma profonde gratitude.
Mi^r Dupanloup n'a done pas eu a s'occuper do ma
positioQ en 1866. II ne m'a rien refuse, puisq[ue je ne
N
V
CHAP. XIII. — US PENSIONNAT.
263
lui ai ri^ demand^. Mais quand il a et6 nomm^ a
I'Assemblee rationale, il a eu la bont^ de me recom -
mauder viyem«njk, soit aux ministres pour me faire ac-
. corder des secours, soitaux rapporteurs de ma petition.
Malgri6 Tiasucc^ de rintervention de Tautorit^ judi-
ciaire et civile, MM. les administrateurs continu^rent k
me t^moigner un int^r^t peut-6tre encore augments
j^r ce malheur persistant.
Sur ma prifere, M. le comte de Pibrac se mit en
cprrespondaace avec M. le comte Benoit d'Azy et en
apprit q^'il ne m*avait jamais connue que sous le nom
d'HERSiLiE- RouY, dont on lui avait fait annoncer la
mort, ainsi qu'a toute sa famille que j'aimais beaucoup.
M°^e j^douard de Saint-Maur, sa fille ainee, mon an-^
cienne 61feve, ajouta un supplement de 200 £r. par an
pour me laire avoir une chambre particuli&re ; on me
donna une cl6 de cette chambre pour que je pusse,
en ni'y enfermant, me mettre a I'abri des invasions
^ des pauvres alienees dont j'^tais entouree. Bientot on
aJQuta k ce petit blen-(&tre un piano qui, plac^ dans
UQe chambre voisine, fut mis k ma disposition. On
I'avait apporte pour une pensionnaire et on le rempor-
tait apffes son depart, lorsqu'en voyant passer dans la
eour cet ii^stpupieht, qui me rappelait une existence si
diff6rente de celle a laquelle je me yoyais reduite, mon
Amotion fut si vive que de grosses larmes parurent
dans mes yeux, sans qije j'psasse rien dire. M. Lesourd
1^ y\\^ P^ fut to^<^4 6t PfdQRDa de laisser le piano.
»
I
^4 H^MOIRES D'UNE ALI£n£E<
\
Entour6e de tanl de bienveillance,j'auiraisdii trouver
• un peu de tranquillity, si on pouvait 6tre Iranquille avec
des ali^n^es, et si le service ne s'6tait pas d'autant plas
acharn^ centre moi que les 6gards dont j'etais robjet
rirritaient ; ils n^etaient pas dus k une indigente^ pen-
sionnaire en chambre comme une mendiantey par la
charite des uns et des autres. •
Ma position 6tait done toujours tr6s-douloureuse, et
J*eut-elle <^t6 moins, aurais-je pu etre heureuse sans
la libert6, sans I'honneur? heureuse sous la degradation
dont j'6tais stigmatis6e, degradation quimepla^ait sous
la surveillance de tons et de toUtes, comme un etre in-
capable et hors du bon sens le plus ordinaire ?
II faut avoir pass6 par cette douleur pour en con-
naitre toute Tamertume !
Je redamais done toujours, cherchant a ramener k
moi M. le docteur Payen, qui s*etait laisse influencer
par les ordres venus de Paris, mais qui, m'ayant certi-
fiee non alienee k mon arriv6e, n'ayant aucun acte de
folie k^ me reprocher depuis que j*etais sous sa direc-
tion, aurait du se joindre k mes protecteurs. Void c^
que je lui ecrivis :
15 juillet 1867. Asile d'Orieans.
Monsieur le docteur,
Vous n»etes pourtant pas m6chant I D'ou vient done, alors que
je suis enlour^e de la bienveillance de tous ceux qui m'appro-
phenl, c|u^ vous seul me restiez contraire et arrStiezle bon you-
' ■% t ^ M
CHAP. XIII. — LE PENSIONNAT. 265
kir de tous par votre attestation de foUe? Que yous ai-je d\X
^d*inseiis^, docteur, qu'ai-je fait qui puisse m^riter line aussi
^pouvantable sequestration. SpScifiez,
Yous ne me direzpasque vous me croyez comme MM"** B...,
T..., etc., en d^mence, lorsque je signe : VEtoile d'Or, Poli-
chinelle, Sathan, VAnUchtHst, la SylphidCy La Sirkne, La
Baltimbanque, etc., etc. Vous ne me direz pas queje me croia
tout cela^ ni <}ue je me crois iille de la duchesse de Berry, soBur
du roi Henri V, etc.
Non, dbcteur, non J vous savez fort bien qu'en cela je n*ai pas
la moindre divagation. Vous savez fort bien que je signe la
Sirhie parce que voiwm'avez appeMe ainsi ; soeur du roi-
Henri V, gr&ce au docteur Heber; fille de la duchesse de
Berry, parce que j'ai voulu mettre en Evidence le dire des doc-
teurs de la Salpdtri^re ; puis ici Josephine Chevalier, parce que
je suis enregistr^e ainsi; de pias'Hersilie Rouy, parce que j'ai
publiquement port^ ce nom et que vous avez, ici m^me, des pa-
piers me Toctroyant. Done, qu*on resume :jen'ai rien dit de moi-
mdme et que je n'ai fait que r^p^ter le dire de tous, aussi bien
le vdtre que c^lui des autres.
En outre, tout cela se signe sur papier libre, au bas de lettres
particulUres, et vous savez aussi bien que moi que cela est permis.
Vous devez mdme vous rappeler une discussion survenue
entre la soeur Placide et moi, discussion ou tous m'avez donn^
raison. Voici la chose : la soeur Placide m'a dit : — Vous Stes
foUe de vous croire FAntechrist. — Je ne me crois pas, je me
dis; tout comme vous vous dites la Providence (1). — Vous
signez Sathan? — Oui, tout comme vous signez Placide, et
comme la soeur Saint-Jean-de-la-Croix signe ce nom. — C'est
le votre? — Non. — Oui! — Non.
Lk dessus, docteur, vous lui avez dit : — Vous ne le signez pas
sur un acte? — Si fait, s'est ^cri^e la soeur Placide ; j'ai le droit
de le signer, et je n*ai plus d'autre nom.
(1) Les sceurs qui desservent Thdpital d'Orl^ans portent le
|t;itre de Sosurs de la Providence,
206 M^MOIRBS O'UNE AU£N]^
Noi|s notts sommes regard^s ea ria^t, doateur, et j'ai ijoutil
en la saluant : ^~ Vous joi^^ez au qaoins votre nom de ()aL^
miile, car sans cela votre jicXa serait nuL Elle a rougi. J'ai dit
encore : — Ooaj^i a mm, je ne signe point 4'acte aans avoir de
papiers en regie, et quant a TAnt^cbrist, e'est ma profession de
foi, coinme vous la votre de vaus dire c^^tiennii. -n Yens avez
approuv^, docteur.
Votre premier certificat a M foit apres cette discnssioa.
D'ou vient done que vons n&e dites fcUe maintenant? Qu'ai-je
£iit? Vous ne me parlez jamais de mes affaires ni de mon nom ;
je ne vous en parle pas non plus. II n'est done question entre
nous quede ma sant^, de v^sicatoires, medecines, ate. ; de recla-
mations au sujet de la nourriture, des soios, de la lumi^re, etc.
Vous me donnez raison, puis vous m'aecablezl £st-ce bien?
Pourquoi 'cette prevention? Pourquoi vous etes-vous fait une
cfaimere de rooi? Pourquoi avez-vons ^coate la Seine et votre
cher Trelat? Ne vous croyez-vous done pas assez d'iatelUg^ice
pour me juger veus-mSme et poiir les renseigner, que voue
vous adressez a eux? Vous m'avez dit qu'on m'accMsait de boule-
verser; qu*ai-je. done boulevers^ ici? Les cceurs des honn^tes
gens, docteur, ici comme 1^-bas, comme partout. Et c'eat a
mon honneur.
Voyons, revenez done aux bons et vrais sentiments que vous
aviez alors que vous agissiez par vous-mdme, sans etre sous
rinfluence de mes ennemis et du service de la Providence. -
Me voye^-vous agit^e, en delire? Nonl vous me trouvez tou-
jours calme, vous recevant bien , causant de tout ce qu*on vent
soui£rant a meurir I Et vous me diffamez 1 vous dites qu'il faut'
que je me promene, que je.me distraie; mais vous ne donnez
aucun ordre a ce sujet, de sorte que, oomme la Providence
est si pen providentielle qu'il faut toujours que je me d^batte
contre elle, il s'en suit que la Providence ne se croit pas
obligee de prendre par elle-mdme des mesures pour que je
puisse circuler. Au contrairel car je vous ai Aijk dit que les
r^ligieuses et les domestiques d^fendaient aux autres domes*
tique§ de me donner mSme des nouveUes de M"* h-t {[uand
CHAP. Xfli- — I-E PBNSlOtJNiT. 267
j'en 'demande. Oh I dsCI«urt auvrei done les jeitr, et vous
verrez que je suis r^elteraent une.... sirinet .
P.-S. — La loi defend de siipposer une folie pour perdre une
cr*alur6"bumaine. II feut de* fails, uii dSiire. Quel est ie mien?
Specifier, el Je nt'eipliquerai. La loi defend les certificata •■ de
complaisance et punil la sequestration.
Le docteur ne tint pas compte de ma lettre, bien
entendu.
MM. les administrateurs ne furent pas rebuts par
mes plaintes incessantes, et leur bienfaisante bontS les
engagea a prier M. le docteur Lepage, m^decin adjoint
de I'asile, de s'occuper de moi.
La premiere chose que fit ce bon vieillard fut d'aller
au plus press6. Ne fallait-il pas savoir, avant tout, qui
4tait ceite demoiselle Cbevaiier — oU Rouy — qui avail
de ci, deli, deux noms qu'aucune pi^cene justifiait;
qui se dounait une filiation, tandis qu'il 6tait officielle-
ment constate qu'elle n'avait ni tei^nts ni aboutia-
sants? Sur mes indications, 11 fit done venir de. Milan
des actes qui lui furent envoy^s par I'officieuse inter*
vention de Mb' I'Archeveque.
Ces actes, bien et dilment signfis, contre-si^^B, l^a-
lis^s, 6taient I'extrait de bapt&me de mon IVore, Jean-
Cbaries-Tt^lemaque, et le mien. lis nous declaraient
nfe de Charles Rouy et de HanriaUe Chevalier, epoux
ligitimes.
Cette fois, ce n'^taient plus de vaines paroles, des
raeontars : ^^ai^nt de* aetes.
268 MEMOIRES D'UNE iULI^NEE.
M. le comte de Pibrac les fit traduire, les centre-
signa. L'administration, la prefecture, le parquet en
furent instruits. Ce fut un saisissement.
M. le procureur imperial fit dire & M. le docteur Le-
page d'aller le Voir, lui demanda un rapport et lepria
de lui confier les actes, lettreSy papiers, etc., car
M. le docteur Lepage avait fait une veritable enquMe
de tous c6t6s. II les remit et fit son rapport.
M. le procureur g^n^ral ayant appris cette circons-
tance inattendue, voulut s'en occuper lui-m6rae; il
m'envoya M. Grattery, son substitut, pour m'assurer
de sa bienveillance et pour m'inteiToger.
II y avait alors deux arts que je I'avais pri6 d'etre
assez bon pour faire venir mes papiers et pour s'assu-
rer de ma v6racit6, et les pifeces que justice et prefec-
ture devaient avoir ne m'6taient arriv^es que pai'
rinitiative particuli^re.... Mais enfin, il fallait se rendre
k revidence, et je pouvais commencer a esperer de
nouveau..'.. quand... M. le procureur general. Grand-
perret fut subitement nomme k Paris.
II emmena^ eomme chef de son cabinet, M. Grattery,
qui devait venir me revoir, et tout en resta \k.
M. le procureur imperisd refusa de s' occuper de
cette affaire, sous pr6texte que M. le procureur ge-
neral se retant reserv6e, j'appartenais de droit k son
sup^rieur.
II fallait done attendre le successeur de M. Grand-
CHAP. XIII. — LE PENSIONNAT. 269
\
perret, lui donner le temps de s'installer, de prendre
connaissance de toutes les affaires de son parquet, etc,
M. le docteur Lepage voulut alors reprendre son dos-
sier, si p^niblement form^, afinque je pusse I'adresser a
M. le procur^ur g^n^ral avec les explications n^essaires. •
Actes, lettre», papiers, tout avail disparu du pai*-
quet!..., Aucune trace ne pouvait plus en 6tre trouvee !
. Je retombais ainsi sans preuves, sans aucune pi^ce k
Tappui de mes paroles.
Un fait aussi grave, a\issi extraordinaire, a besoin,
pour fitre cru, d'etre appuy^d'une autre autoril6 que la
mienne.
Voici le passage d*une lettrede M. le docteur Lepage
h M. le Normant des Varannes, receveur des hospices
d'Orleai\s, qui affirme cette disparition :
Orleans, 12 fgvrier 1870.
.... An cours de 1867, je fus appel^ au parquet de M. le procu-
reur imperial, pour donner des renseignements sur I'^tat men*
tal de W^^ Rouy (alors Josephine Chevalier) et sur le resultat des
d-marches que j avals f^tes dans Fint^rdt de son ^tat civil.
' Apres avoir eu une longue conference, ces messieurs me
pri^reQt de leur adresser un rapport sur Tetat mental de notre
pensionnaire, et de leur confier tous les papiers que j'avais ap-
port^s, afin de les examiner a leur temps, me promettant de me
les faire remettre lorsqu'ils en auraient pris une connaissance
plus approfondie.
J'ai envoys le rapport que Ton me demandait ; mais j'ai vaine-
ment aitendu le retour des papiers et actes que j'avais laisses
an parquet. Je m'y suis pr^sent^ plusieurs fois sans resultat....
Docteur Lepage p6re.
'/^ ^ ■: J^'
I ■ L ■ ■ I ' I ' ' _ H '-' r I ■ I ■ I ■ ^i; ■ . I ' - - ) ■ ^
' /
I
La fataUt^ qui s'attachait k moi .et faisait dispaiFaitrie
tous les dQCuments cles dossiers admioislratiCs %i jiad^
ciaires"; T^ige avanc^ du venerable docteur qui doonait
la craijote, si jamais on arrivait & s'oecuper de man
affaire, d'^re priv^e d'un l^moignage si iD9f)o^tanty me
fit, cinq ans plus tard, ii4 demander c<^ie de son rap-
port. II me Tenvoya et ajioa;ita au bas :
Je soussigne, docteur-m^decin en second du quartier d'ali^n^s
d'0rl6ans, reconnais que la lettre ci-dessus est la copie cpn-
forme et axacte de ceUe qua j*ai ^rite, le.^ oetobre WoU^ a M. le
procureur imperial, qui m'avait pri^ d*envoyer un rapport k sou
parquet' sur I'etat mental de M"« Hersilie Rouy, inscrite a
Fasile d'Orl^ans sous les noms de Josephine Chevalier, ISlle
de.... et de.... * *
J'atteste enoutre^etle ddelare b^si/tement devant qui de droil,
que cette demoiselle nem^a jamais sembl^ atteinte d'ali^nation
mentale, comme Tout prouv^ d'ailleurs tous ses actes depuis
qu'elle est sortie de I'asile, soit k Paris, ou elle a sejourne quel-
que temps, soit a Orleans, ou elle demeure encore maintenant,
5, rue de la Grille.
Orleans, 17 f^vrier 1872.
Docteur Lepage p^i^.
Le 25d^cembre 1837, nous eumes la visite de M. le
docteur Lunier, inspecteur g6n6ral.
' n parait qu*il etait fort presse et n'avait pas un iristanl
4 perdre, devant retpurner Paris le soir m^me, ensorle
que, sans s'apercevoir que MM. les administrateurs,
n'ayant plus son ^ge ni sa force, pouvaient a peine le
, suivre, il jies mena, tpujour^ j&ourant, h traver^ Les
quartiers, ne fit que jeter un coup d'oeil dans les dor-
CHhP. XIII. — LE PENSlONtJAT. 271
loirs el Lis chauffoirs, troijva qu'U fallait donner de
petUs bpKS aux malades pour mettre sous leurs pieds
9^ lieu 4fl tabourets, puis il enQla les chaonbres des
pensionpaires avec la m^qie rapidity.
C'eet ainsi qu'il entra dans m^ cbam^re comnne un
. ' tourbillon ; et vojant que je voulais lui parler, il me dit
qu'il n'avalt pas le temps, que mon nam suffirait, et il
' me le demanda.
Quand i) sut que f^tais € MU« Chevalier, » il me dit
qu'il dtait prScis^trtent charge de m'interroger et qtfjl
me ferait appeler ; et iJ s'empreSisa de laire la tourn^
d98 ohambrcs videg.
Un moment aprfe, je fus appelte aa bure&H, M. le"
doeleur Lunier ferma un registre qu'il compulsait et me
demaoda a eomment il sa fmsait qua fitais fille de
Id duchesae de Berry. >
Je r^pondis que M. le docteur Falret, m^ecin de
la Salpgtri&re, ayait mis cela k tort sur son certificat,
parce que ^e ne m'^is servie de cette filiation et de
plusieurs autres que pour attirer I'attention sur I'igDO-
rance ou I'on 6tait k mon sujet, et pour fjire lecher-
cher les papiers me conf^rant une oid^ne re^uli^re.
— Ahlbien, je comprends, etje suis fixij but votre
6tat menial ; p'est tout ee qu'il me faut . Ecrivez-moi les
dates et I'historique de vos sorties, rentr^es, Iran^ferls ;
envojez-moi cela dfe ce soir, parce qu'il fiiut que mon
rapport soitfait demain et envoye au ministere. Vonn
p&uvez compter sur moi.
272 m6M0IRES D'UNE iXIE^^E.
^
Sur ce, il partit pour le chemin de fer. Je me Mtai
de lui envoyer ce qu'il me demandait, convaincue que
c'6tait peine perdue. Aussi ne fus-jepas surprise lorsque
•je regus de lui la lettre suivante : je savais qu'oD refu-
serait sortie ou transfert.
Paris, 5 £gvrier 1868.
Mademoiselle,
J'ai lu attentivemeut votre dossier et toutes les pieces que
vous m*avez remises, et j*ai exprim^ en toute sinc^rit^ a Son Ez.
M. le Ministre de rint^rieur ce que je pensais de voire Stat
mental et de TopportunitS de votre sSjour dans nn asile d'ali6-
nSs. Attendez done patiemment la decision qui sera prise a
votre Sgard, et surtout gardez-vous bien de toutes r^rimina-
tions, de toutes menaces; elles seraient a la fois injustes et im-
prudentes. Toutes les personnes avec lesquelles j*ai paYlS de
vous vous portent un affectueux intSr^t, et si elles ne font pas
toujours ce que vous demandez, c'est que leur conscience leur
commande de ne pas le faire.
Veuillez croire, Mademoiselle, a tuute ma consideration.
LUNIER, '
Inspecteur generaL
Quelle Stait au fond la pens^e de M. le docteur Lunier
en m'Scrivant cette lettre 6nigmalique, que j'aurais in-
terprSt^e dans le sens de mes espSrances, si j'avais et4
moins exp6riment6e ? Me croyait-il folle, comme il Ta
affirm^ depuis? Je laisse au lecteur k le decider.
' I
^ ■
I ,
CHAP. j:i\. — ARRIVEE DE MES PAPlER8.
273
CHAPITRE XIV
▲alle d'Orl6^n8. — Troisi&me partie. •**- l^'wrriv^ de mes
papiers.
e: Aux petites causes les grands effets, > dit le pro-
verbe.
En allant un jour k la chapelle, j'aper^us M°»«leNor-
mant des Varannes, femme du Receveur des hospices,
et on me dit qu'elle 6tait trfes-aimable el trfes-obli-
geante.
J'^tais justement dans un grand embarras au sujet
d'une robe qu'il fallait .me faire a Tpuvroir; on n'avait
pas de modfele, et les ouvri^res du dehors ne p6n6-
traient pas dans les quartiers.
J'^crivis done un mot k cette dame, la priant d'etre
assez bonne pour me prater un patron, et je remis ma '
lettre k MM. Vilneau et de Pibrac qui s'empressferent
de la lui porter, de me recoramander k elle et de la
prier de me venir voir.
Elle m'ehvoya aussit6t des journaux de modes, des
illustrations, me procura sa couturi^re, entra en cor-
) I
•
\
274 ,
MKMOIRfiS D'tlNE ALIENEE.
respondance avec moi, vint ioae voir, me fit uh peu de
musique, et je pus m'assurer que j'avais eu le bonheur
de m'adresser, non pas k une femme bonne ,et aixnable
comme tant d'autres, mais a une femme essentiellement
sup^rieure, pleine de co^ur, d'initiative, avec laquelle on
pouvait parler serieusement des choses les plus'graves.
Je la priai d'etre mon intefprMe pnfes de quelques
personnes k Paris. Elle le fit imm^diatement.
M. leRecevefur, de son edt^, prit des r^^fisei^nemeiits
sur mes indications, a la pri^rp de MM. les adminis-
trateurs, heupeux d'avoir trouv6, au moment le plus
inattendu et k propo^ de chiffons, de puissanta atixi-
liaires, d6sireux de leur venir en aide dans leifr OBiiVre
de redemption, de me rendre service et de p^n^trefr tia
aussi singulier mystfere.
M. et M°»e le Normant regurent r^ponse k toutes leurs
lettres. On s'^tonnait de mesavoir vivante, cach^e sous
un nom inconnu, car ma mort avait et6 annonc^e par-
tout.
MoQ cousin germain, M. Laurency Roiiy, chef de
division des Haras^ maison de TEmpereur, auqtiel
j*6crivis des que je fus sure que mes lettres luipar-
viendraient, r6pondit aussitot, le iO juillel 1868', par un
envoi d'argent, et en exprimanl sa douloureuse sur-
prise de me savoir vivante et malheureuse, car dix ans
auparavant, une ancienne servante de mon frere etait
venue lui dire que j'etais morte, et il Favait 6crit k sa
mere et a ses soeurs (ma tante et mes cousines)*
.-/ . I
I ■
I
CHAP. VII. — ARRFVfe Ufe MES l»'APIERS. 275
Cete fit un efltet enorme.
De radministration, cette noravelle surprenante amva
a la prefecture et au parquet.
C'^tait encore plus grave que les actes et paplers du
pauvre bon docteur Lepage, et le 16 juiflet 1868, M. le
procureur g^n^ral Tenaille d'Estais tint pour la pre-
miere teis visiter I'asile. Aprfes avoir fait le tour de lal
division des pensionnaires, il s'arrdta dans la charhbre
du piano qui me servait ^e salori,
II etait accompagn6 de M. le proctrretir imperial du
BoHan et de M. le docteur Payen, qui lui fajsait les
honneufs de son service.
II s'assit et m'interrogea longuement sur ma fanjille,
sur mon cousin, Sur ma position dans le monde.
Je lui donnai sur tous ces points les renseignements
les plus d^taill^s, lui faisant comprendre toute: Thor-
reur d'une sequestration durant depais- quatorze ans ,
sequestration m'ayant supprimee du monde, pfiv^e de
mes droits civils, d6pouin6e de mon nom, de tout ce
que je poss^dafs ; ayant brise mon existence eniti^re
sans qu'oh pM dii*e pourquoi.... et je portai plarnte
contre M. le docteur Payen, present, qui se faisait le
complice complaisant d'un crime aussi abominable*
* Mi le docteur se r6cria en disant qu'il faisait toutes
mes^ volont6s, toutes mes commissions, me prescrivant
tout ce^ que je lui demandais.
— C'est vrai,dis-je; vous Mes unparfait cotnmission-
naire, un asse« bon maitre d'h6tel , mais surtottt xm
.^ ►.
276 MEMOIRES d'UNJB ALI6n6e.
' 1 —
excellent ge^lier. Aussi u'est-ce ni de :votre complai-
saiice, ni de vos soins aduels que je me plains; &e8tdu
crime que vous cofnmettez depuis cinq ans en me
sequestrant par ordre et par camaraderie.
M. le procureur general parut tres-touch6, non pas
de mon sort, mais de Tembarras de M. le docteur, qui
se d^fendait en all^guant ses bons precedes presents et
ses soins.
Nous nous s6parames tres-froidement.*Je reconduisis
ces messieurs jusqu'a la porte de ma chambre, que je
fermai en leur faisant une profonde reverence ; il 6tait
evident que je ne devais pas compter sur eux.
Gependant, M. et M"^ le Normant continuaient leur
enqu^te, encourages par les resullats obtenus.
De plus en plus confiante en eux, je leux* remis une
lettre pour M. I'abbe X..., et peu de jours aprfes, ce
qui restait des papiers que j'avais portes^a Gharenton
en 1854, arriva au pavilion des Hospices, chez nies
nouveaux amis, le 20 aoiit 1868.
Mnie le Normant me les apporta aussit6t.
Je me hatais de les staler sur la table de la cbambre
du piano, afin de les relire et de les classer,' quand je
fus tir^e de cette occupation par Tarrivee de M. le pr6-
fet, accompagn^ de M. Lesourd.
II venait aussi me parler de ce cousin qui, au boUt
de quatorze ans, et contre toute attente, surgissait pour
{aire d'une pauvre fiUe abandonn^, de parents
inconnus, la proche parente d'un dignitaire de FEm-
-\"
■ i '■ .- ■ » '
I
I
CHAP. XIV. — ARRIVJ&E DE MES PAPIERS. 277
*' ■' ■ ■— ■■■! ■■WillW at^M ^ >■! ■ — — M 1^ ^. ... 1,. ■■■,^, .M.^.l...... ,,
/
' \
pire. C'^iait k n'y pas croire, a n'y rien comprendre, et
surtout a rendre la situation de mes gardiens, — incre-
dules, mais respansahlesj — fort delicate, car ce cousin
paraissait porter un vif int^r^t k sa malheureuse eou-
sine.
Je lui r^p6tai alors k peu pr^s ce que je lui avais dit
le, 21 d^cembre 1865,»lors de sa visite avec M. Grand-
perret^ et prenant sur la table ou ils ^taient ^pars nos
actes de naissance, je les mis sous ses yeux, ainsi que
des lettres de mon pfere et de ma belle-sdeur, lettres et
actes qui avaient ^chapp^ a la perte de tout le reste.
II ^tait atterre.-
II prit un petit carton surlequel j'avais coll^^ la h^te,
eh 1854, quelques articles de journaux parlaiit de mes
concerts et de mes matinees, et se tournaiit vers M. Le-
sourd', plus confondu encore que lui, il demanda com-
ment ces papiers ^taient edtre mes mains et non a
I'administration.
Je me h^tai de lui dire que M°^^ le Normant les
avait regus le niatin m^me et que je les mettais en
ordre, afin qu'on pi!tt s'assurer que mes reclamations
avaient toujours 6t6 fondles et qu'une grande et
cruelle injustice avait ^16 commise envers moi.
II recommanda vivement a M. Lesourd de faire exa-
miner ces pieces et de lui en rendre compte, puis.... i^
me parla de mes pseudohymes.
-t-T Oh! monsieur le Pr6£et! allez-vous faire de noms
da faniaisie, de sobriqueti^, une question d'ali^nation *
1«
/
278 If^MOIRfiS D'€NE ALIi^N^E.
f »
•' • — ' : '■ 1 "
Ce fierait indigne de vous, et vous sav^z biai q^t'on pent
prendre et signer ies pseudonynies ies plus fantasques,
lesr {(ubiier, pourvu q'u'on ne prenne pas eeiui d'un
autre anonyme ; tandis qu'uD ckaiigement de Bom, un
faux enregistrement sur des livres publics, inscrits pour
an^antir u&e individuality, soat des mmds«
l\ se tut . . . . Qu^aumt^il pu ri^poadre ?
ie lui fis voir ma chathbrette, ea remen^nt Tadmi*-
nistration de i^ protection, et j^ r econduisis x^es meS'-
sieurs jusqu'ft la porte de sortie.
M. le pr^fet me tendit aote^r^ la mam,comm^ ea
1865; mais, malgr^ tous ses efforts, sa physfoBomie
expressive et blenvallante ii^bissait ^ne si^rjease
preoccupation, et M. Lesourd eomnaenfait a ne plus
savoirau juste le r^le qu'il allait avoir k jouer ai ^ce^e
affaire, le dois dire, k m<m grand regnet, qu'il 6Uii
ausfii faible de caract^e que biehfaisaajt, et qu^il <ie
laissait impressionner dans un sens ou dams I'auire
avec une surprenanie foeiHt^: €e qui ne devait pas
tarder malheureusemeni a fine ie rendi^e hostile.
D^ que mes papiers furent classes, j'aUai Les port^
k MoBA le Kormant. Je lui dis tout ce qui i^tai^ amv^, la
priant de ne pas se desi^isir du znoindre petit papier
et de les porter eUe-^meme au conseil.
Ge qu^elle fit le 12 septembr^ 1866.
Cette communication jeta ta comipaissipn aimiiotis*-
trative dans une grande p^plexit^. M. Vilneau Ten
tira «n d^larant ^fue^ die^ni des iatlree et aetes ibiA*-
■ r »
.~i
\
V
CHAP. Xlt. -^ AHRIVftE DB MES PAPIERS. 279
•w » *•
bllssant ma possession d'^dt comme fille legitime de
rastronome Charles Rouy, il ne s'aglssait pap de sa*
voir si on avait ou non k me reptocher quelques excen-
tricitSs. -
« Nous n'airons pas comme adminislratenrs, dit-il,
a examiner et i d^der la question de sanity d'esprit,
question qui reiitre exelusivement dans les at|ributions
du m^decin ; iriais nous aVons le droit ^t le devoir de
reohoTGher -et de reconnaitre ViudtYidliaUt^ de c^ux
que nous tenons s^questr^ss »
Ces messieurs en tomb^ent d'accord et pri^rent
M. Vilhedu, en sa quality d'ancien magistrate de se
charger de faire un rapport au parquet du procilreur
g^ndral sur la suppression d'6tat et Aq personne dont
Is venaient de reconnaitre qu'ils se faisaient involon-
tairement complices depuis cinq ans.
J^alkis done enfm, selon man persistant d^ir^ 6tre
plae^e sous la proteotion de la justiee par- Tadminis*
tration elie-mSme, une enqu^te serait faite d'office....
je me prenais h esp6rer...*
JI va sans dire qu'en eat ^at de ehoses, {jouvant
aller librement chez M*** la Normatity y diner quelque-
fois, voir du monde, faire un peu de musique, lire^
^crire k mon aise, m'enfermer pour ^titer^ le contact
des pauvres malad^s, je ne me trouvais plus malheu*
reuse. L'espoir me soiitdnait et je ne dema^dais plus
ma sortie.
Le F^vetl de ce beaur^vefut cruel. ;,<*• j'aurais pour-
280
M^MOIRES D*UNK ALIENEE.
tant dii m'y altendre, ayant d6ja Inexperience de la ma-
ni^re d'^gir de MM. les docteurs.
La position de M. Payen, d^ja assez %hxih par mes
relations avec MM. les administrateurs, devenait tout
a fait embarrassante depuis qn'^ leur pri^re M. et
Mmo le Normaiit s'etaient in§16s de moi.
La decision, prise par le conseil, de mettre cette
aiFaire en justice acheva de lui ouvrir les yeux sur le
triste r51e qu'il avait consenti k jouer II nepouvait
plus ni me retirer la cle que Tadministration m'avait
donn^e pour pouvoir rentrer k toute heure au quartier,
ni m'emp^cher de voir mes protecteurs ; touie la ville
en aurait et6 r6volt6e.
Beaucoup de personnes m'avaient vue chez M™« le
Normant, de I'ateu de MM. les administratlsurs qui
d^siraient savoir comment je me conduirais en pr^*-
sence d'6trangers. Rien n'6tait plus comique que la
surprise de ces personnes, qui venaient de causer ou de
faire de la musique avec moi, quand on leur disait en
quelle qualite je me trouvais li. ^
Le 19 octobre, M, le receveur des hospices ayant
achev^' le classement de mes pieces et le rapport offi-
cieux qu'il en adressait k I'administration, crut devoir,
par egard pour ses collfegues, MM. Payen et Boisbour-
din, leur communiquer ce dossier. Le docteur en chef
voulut a tput prix se sauver et sauver I'administration
centrale aussi compromise que lui.
Deux jours apr^s, il signa subitement, trattreuse-
Li
I
CHAP. XIV. — ARRIVEE DE MES PAPIERS. 284
■^ — " — • ■ ^ I I I ... _ . I
ment, un cerlificat de sortie, sans en dire un mot ni
k MM. les administrateurs, ni k M. le Normant, ni k
moi.
En voici la copie ezacte :
Je soussigne, docteur en tn^decine de la FacuUe de Paris,
m^deciil en chef du quartierdes ali^n^s de la viilejd'Orl^ans,
certifie que M^^* Chevalier (Camille-Jos^phine-Hersilie), fille
de.... et de.... n^e k Milan (Italie), le 14 avril 1814, domicili^e &
Paris, c^libataire, profession d*artiste musicienne, a ^t^ admise
le 29 kotii 1863, par translation de Tasile de la Salpetri^re en
date dudit jour.
Cette malade, quels tfu^aient ^t^ les antecedents maladifs en
r^cidive d'aberration mentale qui ont provoqae sa sequestration
raotivee et successive dans divers asiles d'alien^s, est mainte-
nant dans un etat de calnie relatif et d'apaisement qui me font
croire qu'elle peut etre inise en liberte.
La persistanoe de leg^res excentricites et de pretentions vani-
teuses la laisse ccpendant inoffensive, et rien ne fait pre^umer
qu'elle puisse etre, soit par paroles, par ecrits ou par actes, une
cause de trouble et de danger:
Nous concluons done a sa sortie de Tasile, pensant que la con-
tinuation de sa presence en semblable lieu auiait besoin d'etre
motivee par de nouvelles manifestations maladives, faites au
sein de la societe et en etat de liberie.
Orleans, 21 octobre 1868.
Payen.
Get acte d'autorit^ justifiait tout le monde.
J'avais ^t^ folle; je ne I'^tais plus, ou je Vitais
moinSy et je ne pouvais et devais 6tre que trfes-recon-
naissante des soins qui avaient amen^ ce rdsultat ines-
p6r6.
16.
^
V
\ ^
'S82
M£MOIRieS O'JUNE AUEN^S,
C'etait atroce. Mais c'^tait le drofi Au dodtmr,-
Ce certificat devait provoqjuer «n arrM6 4e M: le
pr6fet me metlant en quarante - huit heures daiis
la rue, sans domicile, sans arge^^t, presque saxfcs y^e-
ments.
On profitait pour «^r de «« que mes plus z^^s
protecteUrs, MM, Vilneau et de Pibrac, 6taieiit k la
..campagniB.
Le bonheur voulut que, justeme&t, lis fusseat v^aus
pour affaire k Orleans, ce jour m§me, et trouvassent ee
certificat au portefeuille Sans cette circonstance
fortuite, j'6tais irr^vocablement perdue.
D^ja deux fois, j'avais eternise d la porte 4efi adles
dans des conditions k peu pr^s identiqu^s, a^nsi que je
I'ai racont6. , , '
La premiere fois par la Salp6triere, en l^SSS, et
j'avais 6t6 a la. prefecture de police demander protection
«t hospitality. On m'avait rehvoy^e k la Salp^trifere
comme %iagahondA.
La seconde fois, eft 1863, f avais ^crit k M">« !a pr6-
fette de. la Seine ce qu'6tait ma position, et depuid
cinq ans j'expiais cette t6m6rite a I'asile d'Orleans,
ou on avait esper6 que je resterais engloutie k jamais.
Si je rentrais une r^roislteie fois, e'en ^Ulit fitit de
moi ! Je serais eonsidir^e comme use folle inibi»rable^
incapable de se conduire et ne pouvant rester lii»re.un
seul jour. On savait que la Seine m'^tott ^Averse^ C|ue
la justice et la prefecture du Loiret desiraient Id ^
V^'-
i
9
chap: XIV. — ABRI^fiE J>E MES PAPIERB. ^383
^^•^^■^T"
l6ii0e. Jfalade et sans ressources, je Sjerais'bien tovd^
de me faire reprendre, et OB ferait £«tomb^ toii^t le
poids 4e ceite rechute sur ceux qui me prot^eaient,
aiTssi bien que «uf les ati^<6s, do&t on rendrait la clo-
ture plus rigoureuse^ mon exemple d^moairant que
1& vue et les conseiis des peneonnes du dehors leur
montaieot la t^e en les nottrrissamt de r^ves impos-
sibles.
Mais je n'eiais pas de nature a me laisser ^eraser
sans Itttte. G'^tait done ia guerre, et k guerre k ou-
trance.
M. le docteur Payen avait-il agi de lui-mtoe ou en-
core par ordre ? C'est ce que j'ignore, ra^me aujour-
d'liui. Mais 11 fallait savoir qui ^tait pour moi ou contre
moi dans la situation uouvelle qui m'6tait faiie.
MM. Vilneau et de Pibrac convoqu^rent imm^diate-
ment leurs coll^ues en stance ^xtraordinsdre ; eUe fut
prdsid^e par M. Vignat, maire d'0rl6ans. lis y mandfe-
reni le docteur Payen^ auquel ih repr^senierent Tim-
puissance absolue ou ils alla«ent se trouver, d^ormais,
d'afir judieiairement en ma £aveur ainsi qu'iis avaient
arSsdu de le faire^^et le pri^ent de suspendre son cer-
tiAcalt jiiisqu'4 ce q^e ie parquet, dont la rentrie aliait
avoir lieu dans quelques jours, eut staiuiS sur la de-
mande en rectification d'Btat d^ii que M. Vilneau aliait
pr^enter, au nom de la commission, i M. Le pf:ocurear
general.
|i. te 4oote»r Payien s'y re£asigi . Mi^ G/ietxz^e^r 0'etant
V
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284
M^MOIRES
d'une alienee. •
plus assez alienee pour Mre s6questr6e, sa conscience
s'opposait a ce qu'il la maintint k Tasile.
L'administration se trouvait done dans Tobligation
d'envoyer le certiGcat k la pr^f^cture.Le m^decin 6tant
absolument maitre de ses appreciations^ la letlre d'en-
voi. 6tait une simple mesure d'ordre.
M. le Normant des Varannes, pr6voyant quel parti
on pourrait vouloir tirer contre lui du r5le honprable
et g6n6reux qu'il avait jou6 dans cette affaire,. demanda
alors aux administrateurs de vouloir bien reconnaiire,
par une lettre inscrite au procfes-verbaf, qu'il avait agi
sur leur demande. '
— Un tel document serait trfes-dangereux ! dit a
demi-voix le docteur Payen h Tun des administrateurs.
— Dangereux pour vous, docteur, c'est possible,
riposla M. le Receveur; mais devant votre antago-
nisme, c'est bien le moins que je me mette a cou-
vert. .,
— Quant a moi, je signerai cette piece des dewo
mainSy r6pondit M. le maire.
On agita ensuite la question de savoir ou Ton pour-
rait me placer provisoirement, lorsque rarr6t6 du pr6fet
m'aurait faite sans asile. Comme il ne semblait pas
facile d'approprier imm^diatement une chambre conve-
nable k Thdpital des vieillards, M. le Normant des Va-
rannes offrit de me recevoir cbez lui.
M. le maire Ten remercia et ajouta :
— Mais nous n'entendons pas, monsieur le Receveur,
/ - -
I
/
I 1
CHAP. XIV. — - AjmiVjfeE DE MES PAPIERS. 285
---■■■■ ■ ■ . . -
que votre louable initiative vous devienne une charge.
Je commence par vous dire que je mets ma bourse k
votre disposition, et j'ajouterai, pensant qu'aucua de
mes coll&gues ne me d^mentira, que* la leur vous est
egalement ouverte.
Cette offre g^nereuse fut ratifi^e a Vunanimitey etla
stance fut lev^.
Le lendemain, j*6crivis aux Ministres de I'int^rieur et
de la justice la leltre suivante ; elle leur fut transmise
offlciellement par M. le maire, auquel M. Yilneau
m'avait conseill6 de la faire remettre : \
Plainte porUe par M^e Hersilie Rouy contre le doc"
teur Pa YEN, mededn en chef du quartier des alienes
d' Orleans,
Pensionnat de Tasile d'ali^nds d*Orl^ans, 25 octobre 1868.
A Messieurs les Ministres de Vinterieur et de la justice.
Monsieur le Ministre,
sAyant ^t^ envoy^e ici par radministration de la Seine, le
29 aoCit 1863, M,Ie docteur Payen m'ayant gard^e rigoureuse-
nient sequestree pendant cinq ans, puis m*ayant tout a coup
signe ma sortie, le 22 courant ;
Ce brusque changement d'id^e, tout spontan^, inexplicable,
car rien n'est change dans ma tr.aniere d'etre^ me plongeant
dans le pKis grand embarras ;
Ma position ^tant trop douloureuse, trop strange pour me
permettre d'etre livr^e aux caprices des mMecins, me disant
alienee ou non alienee, k leur guise;
Ne pouvant, ne voulant pas Stre guerie d'une d^mence, d*Dn
/ '
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)
286 MEM0IR£6 d'UNE ALXl^N^Ei
. ; '. \ 1 . ,
^garement iBtelleetuel^ mSine proyisoirer, n'ayant jamais exists ;
' je vous prie, Monsieur le Ministre, de m'accorder une enqiidte
sur les motifs ayant poufjse M. le docteur Pay eh i mfe S^qu^strer
pieiK^ant cinq ans, comme n^ pouvant etrs lihre et sdntt surveil"
lance, et sur, ceux Tayant pouss^j sans que personne loi der
mandat ma liberty, a signer ma sortie juste au moment ou,
. grAce au devoument de Madame et de M. le Normarit des Va-
rannes, feceteur des hospides d'drl§ans, thir^^ pAr MM. les'
administrateurs, qui m'entourent de leur bieaveiUantli protec-
tion, de s'oGcuper de moi, mes affaires aHaient etre examinees,
monetat civil regularise,
J'.espere en votre justice et en ttttre bontfi, Monsieur le Mi-
nistre, pour m^aceorder cette enqn^te et poof me permettre de
Tattendre aux alien^s ; libre, puisque le certifieat de M. le doc-.
teur Payen me fait libre, ou sous la garde immediate de
M. le p'r^fet du Loiret et de MM. les administrateurs.
Ma position maladive, equivoque, singuliere, ne me permet-
tant pas d^accepterl'hospitaUte gen^reuse que M. et M*e Le Nor-
mant des Varannes, auxquels je dois tahi dSja, m'ofTi'ent d&ns
mon malheur, et qui ne pourrait Stre' accept^e satns i^s g^ner
beaucoup ; c'est done aux autorites du Loiret que je dem^nde
hospitalite, le medecin en chef me cfiassdrit.
J'attends Thonneur d'une reponse qui, je I'espdre, me sera
favorable.
Veuillez, Monsieur le Ministre^ agr^er rhomGoage de mon
profond respect.
L'artiste Hersilie Rouir.
Enregistree offlciellement et trainee d'asile en asile par Fad-
ministration de la Seine, sous le nom de Josephine Chevalier,
de parents inconnus.
Voici la copie de la letlre que M. le Narmant rel^ut
de radministration ; c'Mait non seulement un aveti,
mais un elo^e de sa conduite :
• •1.
CHAP. XIV. — ARRIVEE DE MES PAPIERS.
287
Orleans, 26 octobre 1868.
M<mieur U fiaeeveur,
Par vos 4tear^es «t vo$ bona soin^j r^upis a eejuix de Mi"* U
Normaq^jt^ V9.US ^t^^ parveim a vpus procurer ]ie$ actes et papiers
de famille qui sont d'un si grand int^r^t poar M^^*' Chevalier.
Nous appr^cions hautemeiit, Monsieur, la na4are des sentiments
qai ¥oas ont fait agir dans la circonstance, et aunom de Tint^-
r^let ^ 1^ .$ompitu4e que i^6\xs pQrtous ;ious-memes a cette
iMfldheureus^ pei:son^e, aous venons tous remercier du con-
curs pajr voiis .^pport^ a cette oeiivre essentiellement chari-
UiAe.
flkcev.e^ )f onsieiV) r^sj^urance de notre consid^xation tres*
Vhjneau, Rqmceray, comle de Pibrac, Leveau*
Le eatifieat de M« le doeteur Payea avatt ^^ envoys
k la prefecture apr&8 la afeance ; mais M. le procureur
^^o^rdl H U, le pr^jbt ^taieut abae^ts^ et le cas etant
grav^, oa Be rie^ut aucun^ r^nse peetdaDlt quelques
jours., Je restai done dans ma petite ehambre du pen-
siopnat, et M. le Normaijit proGta de ce delai pour
tBite une aoufv^le teataiwe amiable aupr^s du docteur
Payen, k la piifere de M. Vilnea« ; die fut inutile.
Ne recev^nt pas de r^ponse des minist^res a ma
I^At^ dtt 26 OjCiobi^, et la situation ^uivoque dans
laque!le je me trouvais ae pouvant se prolooger, M. el
Mow le Normant rAdig^rent un m6moire r^sumant les
lailis^ 4ei»i»ndant ui^ye solution ^t r.a(lr<ess^ren,t au Mi-
nist^re de Tint^rieur.
J'y joi^s une demande formelle a Tautorite judi-
288 M^MoiRES d'une alienee.
ciaire de m'assigner elle-m6me un noiii que je pusse
pdrter sans contestation, le mien m'^tant refus6 par
les Rouy, enlevS par las administrations, et les m^e-
cins prenant pour folie les noms de fantaisie ou les
divers sobriquets qu'ils m'imposaient eux-m^mes.
Je continuais ainsi :
Des alibis s'etant produits, avant comme apr&s ma sequestra-
tion ;de8 bruits de mort et de disparition sMtaut r^pandus; mon
identify ^tant douteuse depuis 1849 ; le docteur Yerron m'ayant
prise a Mar^ville pour une charmante, du nom de Chevalier ^
ayant y^cu de ses charmes... ; moi ayant, d^s mon entree a Cha-
renton, demand^ une confrontation avec toutes les personnes
ayant connu Hersilie Rouy et Texamen des papiers dont j'dtais
porteur ; les administrations m'ayant d^clar^ que je n'^tais qu'un
num^ro d'ordre, dont le nom importait peu, la folie seule ^tant
un objet d'examen dans les maisons sp^ciales...; qu'on r^ponde
de moi, puisqu'en France, au XIX' si^cle, lorsqu'une crdature
humajne tombe entre les mains des pr^fets ct sous la responsa-
bilite immMiate de magistrals et de fonctionnaires publics, elle
perd son nom, sa personnalit^, ses droits civils, est mise hors
la loi, n*est plus qu'un ballot de marchandises etiquet^, devant
porter le num^ro et le nom ofdciels.
Je ne d^mens rien de ce que j'ai dcrit* Mais je n*ai aucnn
motif, apr^s quinxe ann^es de lutte, de pers^ution, de de-
mentis, de m^pris, pour prendre sur uioi la responsabilit^
d'un nom, d'une individuality dont chacun s'est fait un jeu^ ni
pour donner, apr^ tant de douleurs, des explications que les
plus hautes autoril^ m'ont signiti^ dtre inutiles
J 'attends un nbuveau nom officiel... Pourtant je crois avoir
le droit detre ce que j'ai toujours ^X& partout avatit mon enleve-
ment.... on de prendre tous les noms qu'on m'a donnfe dans
les maisons de TEtat.
Hkasais, dite, etc., etc
< *
»
CHAP, XIV. — ARRIVEIE DE MEjS PAPIERS. 289
s /
' J'en fi!^ une copie avec ce post-scriptum :
Ce tl novembre 1^'68. Heiois a M. et M™« le Normant des
Varrinnes, t'har^o.> tit* mui |>:ii- la Lieiiveillance de MM. les adtnH
nlatrateurs dl'S iiospices d'Orleans, afln quails jolgnent ceci ames
autres Jettres et declarations, et que chacun pui&se s'assorer
cpie du premier au dernier jour, ma maniere d'etre, d'agir, de
raisonner n'a pas change. Et comme on me dit un d^mon, je
.signe :
Le Diable.
Ne isachant ce que j'allais devenir, j'ajoutai cette
declaration au dossier ou ^taient r^unis tous mes pa-
piers :
Je conlie s^ M. et M"« le Normant des Varannes tout ce qui
est relatif a mes afTaires, et les prie de garder le tout sans le
laisser sortir de leurs mains sous aucun pretexte, en quelque
lieu que me conduise mon destin, alors meme qu'on me dirait
morte.
Ceci devient leur propriete, et a leurs enfants apres eux, les
priant d*en donner connaissance a qui de droit, afin que cela
serve de temoignage a tous et a la posterity de ma reconnais-
sance envers eux, et aussi de celle' que je voue en mon coeur a
MM. les administrateurs des hospices, ou je suis arrivee indi-
gente de la Seine, n'ayant droit qu'a la robe de toile bleue et
aux sabots, et qui me font sortir vdtue et protegee.
Je desire que les noms de M. le president Vilneau, de M. le
comte du Faur de Pibrac, de MM. Lesourd, R»nceray, Leveau;
de M. Vignat, maire de la ville d Orleans, qui a si gen^reuse-
ment pris ma defense et qui a offert ses propres deniers pour
me secourir, restent, avec le nom de le Normant des Varannes
et du docteur Lepage p&re, un souvenir de gen^rosit^ et de
bienfaisance pour la ville d*Orl^ans.... ou je suis arrivee d^nu^e
de tout, m^pris^e, calomni^e, abandonn^e, et ou j'ai trouy^,
17
r
1 • .
2d0 VBMOIRES D'UNS ALIlBNEE.
dans mon malheur et dans ma p^^uvretS, tant de nobler* oq^ox^ a
qui Dieu tiendra compte de leur bont^.... car qui donne aux
pauvres pr6te a
Dieu 1
Comme on le voit par ces deux signatures de& post-
scriptum, rien n'etait change dans mqi mjaniere (Tetre,
ainsi que je le disais dans ma plainte.
Je crus devoir adresser en meme temps k M. Husson,
qui 6tait en r6alit6 le veritable arbitre de mon sort, una
lettre dont voici les principaux passages :
12 novembre 1868. Asile d'OrMans.
Monsieur le Directeur,
Depuis quelques jours voi» d^vez avoir re^u, par la prefecture
du Loiret, un certificat de M. Payen, medecin en chef de Tasile
d'Ocl^ans, pouvant servir de certificat de sortie.
Je m'abstiens en ce moment de le juger.
Je crois devoir vousavertir qu'il continue a vous plonger dans
I'erreur et dans Tignorance vQlontaire ou vous vous obstinez a
pester en demandant vous-mSme ma sequestration, et en dic^
tatU voire opinion, Les cboses ne sont pas ici ce que vous avez
pu les esp^rer.... Je suis arriv^e a n'Mre plus cach^e, et alors,
Monsieur, TefTet produit partout s'est produit ici, mais plus
vigoureusement encore.
.... Ce n'est qu'^ voire administration, Monsieui* le directeuT)
qu'au d^sordre qai y r^gne, qu'a la negligence, qu'au mauvais
vouloir de vos employes, de ceux de la Salpetri6re, qu*aux ren-
seignements . mensongers qui vous ont ete donnas sur mon
compte, que je dcis tous mes malheurs et mes longues et epou-
vantables peregrinations dans vos immondes bastilles. ^ quel r^-
sultat avez-vous cru arriver avec une femme telle que moi?
A Itt tuer.... mais pas a la dominer, ni a la faire taire.
I
I
- ARBI'Vte DE MES fWIERS.
Void ou en sunt lea cboses: H. Pa;en,tant qu'il a pa, in*ii m-
epi&e* a you^. Aujourd'hui ta rumaur pabliquo na U lul pvrntal
[du^. t^s actes lam, que je voua priaU d'envoyer I'liorcliiM' vliol
la sup^ieure de Charenton, qui les a ca<;li^s, iiin&I ijiio iIb8 tu-
leura,.a son adminlslraliuu, sont arrives ici. Dnuxe nulroN nctPI
fMnt joints eCsanldgalementapocrjpliea. Tout i* qu* |>1 dlt
e( d^clar^ se trouve gtre la plus elliroyabia 'vdrlld, npriA »valr
pass£pour k plus deplorable dSmenca.
i'ai ici lui dossier ^norme; et de tou3 cdti^ii lot mcntintii ul
'la* Attestations les plus lionorabl«s, les plus «yinpalhlquai M
SDC^Adcnt ; Je penae que voua terez bien, Monnieui' U (UraoUuri
'e vous assurer par voas-meme des uhoses, car jo veiw vous
mire abus^.
Lft oertiScaE de M. le docteiir Pay?ii ii'^tant p»« tipltubl*
a M HMinieiit, j'ai adress£ au* MiuiateeH dR U JiuUu* al da
riat^eur des petitions pour deiuander line cuiiu^t^,
Le jour de moQ arreslation k I'iidlel ilu qua) .Saiiil'Mlntitfl,
Is* 1, TODS ra'avez dEniand^, en riant et en voiu (VoMfil la*
UinS-'*- * ceqiia jevoolais? *
Xetaici: je veiuc 1* que I'vlminbtralioa o'enUiiiU nftik; ta
el la prefeclnre pour prendrn d'ufllc« nuin afbira »n
lid; 9* Ire rendue libre p*r aal«riU d* Ju*tie« et aoo p»r U
Ucat *e IL le tkwteur I^afea. enUr* l«tu*l Js pwt«»l«;
3' 9K I'aidinJtiisttatiMi uit ptaeai» iat omivu* tainiMutU «t
d'eiiftence.
!tte letlre. qui voat et9 adremi^ dirocleuiinil jrw It pA-
'4« 1* Seine, K'a fw «■ r^youae pioniX* «t nslirfliMW*!,
Mu i^iiubre*, a la ineMw.
de bouleieii>«i'. V«nu iMUict ill, «*«';
oMii]v>eadre qu'time feinme qU tiuule««t>c tea
Bl je o^u cetltf fcuB : l.'o*ti»t« HtreilMc iiAUi.
tjBjrfirer que
cugoAUr «t sue buatteaiuurt «a iMtoDiij't! fat
292 MEMOIRES D*UNE ALIENEE.
' -
t
r^sultats, ainsi que je Tavais demands, quaod Mi°e le
Normant des Varannes vint le 14 novembre, d^ le
matin, me chercher pour aller dejeuner chez elle.. Ma
sortie avail 6t6 sign^e le 11, et je Tignorais. M. le pro-
pose venait d'en avertir M. le Normant en lui disant
qu'il comptait me laisser quelques jours pour trouver
les moyens de m'installer ailleurs^ mais que M. le pro-
cureur imperial en personne 6tait venu, la veille au
8oir, donner Tordre de me faire sortir imm^diatement.
La soeur d'office 6tait boulevers^e. Jamais encore on
n'avait vu la justice intervenir une fois la sortie sign^.
On se pressait de faire ma malle, de tout entasser;
on m'emmenait sans presque me donner le temps de
m'habiller
G'est que les ordres 6taient si rigoureux que M. le
procureur g^n^ral envoyait, avant midi, un sergent de
ville pour les faire ex^cuter !
Geux des administrateurs qu'on put rencontrer chez
eux se r^unirent aussit6t et prirent une deliberation
qui m'admeltait comme pensionnaire libre k rh6pital
g6n6ral, au prix de 800 fr. par an, et m'autorisait, en
vertu de ma situation precaire, a en acquitter le prix
mensuellement.
Gette deliberation fut ratifiee par toute la commission
k la seance du jeudi suiyant, 19 novembre, et signee
par MM. le comte de Pibrac, Ronceray, Vilneau, Le-
veau et Lesourd.
On m'arrangea, le plus commodement possible, une
> .
• CHAP. XIV. — ARRIVEE })t. ^MES PAWERS. 293
^
grande chambre attenante k rinfirmefie des femmes, et
chacun rivalisa pour moi d'enipressement et de bien-
veiillance.
II me fallait vivre, tocher de renouer quelques rela-
_ lions, me rappeler au souvenir des artistes que j'avais
connus, qui me croyaient morte et qui, en presence
d'une si grande infortune, allaient s'empresser, j'en
6tais si!lre,'de mevenir en aide.
Nous r^dige^mes de concert, M. et M™e le Normant
et moi, un article aussi inoffensif que possible, annon-
^ant ma triste situation, sans en accuser personne, et le ,
propri6taire-g6rant du Journal des Debals, leur cou-
sin, rias6ra gratuilement dans le num6ro du 3 d6cem-
}»re 4868. Le voici texluellement :
Les amateurs de bonne musique n'ont sans doute^pas oubli^
M^^^ Hersilie Rou>, Texcellente pianiste dont les matinees mu-
sical es et les concerts avaient nn si brillant succes, 11 y a une
quinzaine d'ann^es. Cette artiste avait tout a coup disparu du
xnonde parisicn. Un concours de circonstances ^tranges I'avait
fait passer pour folle, et on avait annonce sa mort.
Nous apprenons qu'elle vient d'Sfre rendue a la liberty,
aprds quatorze ann^es de s^jour dans les maisons d*ali^n6s,-
ou elle ^fait (^ach^e sous le nom de Josephine Chevalier.
La justice est saisie de cette myst^rieuse affaire, sur laquelle
nou»- aurons occasion de revenir.
«
L'efFet produit par ce f ait-divers fut foudroyant...
contre moi. II r^veilla des sympathies qui me furent
fort utiles, mais irrita profond^ment ma famille et les
bureaux sous la pression desquels Tadministration, en
, . . . /f
^294 MEM0IRE6 B'UNG ALIEN^.
I'absence de MM. Yilaeau et de Pibrac, mes z&l&s protec-
teurs, r^voqua la d^lib^ratioa du 19 novembre et ddcida
que je quitterais le pensionnat de rh6pital k I'ezf^i-
ration de mon mois.
Je ne pouvais plus ^compter pour vivre que sur la
eharit^ priv^e, Tassistaoce publique ayant refuse de me
placer k rh6pital general comme pensioimaire libre.
J'^tais pourtant si malade, si lasse d'une lutte dispro-
portionnee et que tout semblait devoir rendre inutile, ^
que J'y serais rest§e, si Ton avait voulu m'y accorder la.
pension de premiere classe, {k laquelle je venais de pas-
ser un mois,) un piano et 500 fr. par an pour ma
toilette; et je I'avais fait savoir k M. Husson.
Je ne comprends pas que radmiiiistration n'ait pas
eu la conscience, la pitie, la prudence de me garder, de
m'6viter la douleur de porter plainle centre cette 6pou-
vantable et longue detention.
Je comprends encore moins le refus que la justice
d'0rl6ans a fait de s'occuper, autrement que pour
presser ma mise a la rue, d'une affaire qui la regardait
particuli^rement, puisque les asiles d'ali6n6s sent
places sous sa garde. D6pouill6'e de tout ce que je pos-
s^dais, j'avais au moins droit k sa bienveillante inter-
vention, qui aurait pu amener une conciliation et me
faire obtenir, m^me avant ma sortie de Tasile, une
reparation convenable, me permettant de vivre tran-
quille, en 6vitant le bruit et le scandale qu'une sem^
blable cause devait in^vitablement produire.
^nsujOffifS ejt-il que le !4 decembre, i sis heUreb du
trfi^i je fus somm^ de qliittei- ttii chambre,
J'ftil soflis navrte, poUr me r^fugier encore uno foi^
•ptiB de M. ct M""' le Normant, qui hahilaltent «B des
(tavtllons de l'h6pilal. Matgr^ ce que letir cceur leuP
kispirait, ils n'osaienl pas liraver ouvertement des
erdrea siip^rreurs. L'6conome, M. Julien Pi^bourff,
touchy de ma d^tresse, leur viirt en aide en leur de-
'Mafidaht, sous sa responealiiiif^, de me recevoir pour
taae nuil chez eux. L'administration devant se r^unir
teteodemain pour prendre prol>ablement des mesums*
mob sujet, et M. Vilncau ajant declare qu'il donnerail
sa demission si j'etais jette brutalement dehors ftvont
qu'il m'eut trouve un refuge, nous eapfirions loul con-
cilier ainsi sans froisser personne.
fadnoimstraUon ^lanl debairass^e de moi tie s'en
bcciipa pas davanlage, sioon pour me refuser le trctus-
au qu'elle m'a\-ail accords un mois auparavant.
MM. d« Pibrac, Vilneau et Ronceray acquirent alore
1& preuve douloureuse de la gravity d'une aucueation de
iUte; partout on refusa de recevoir, m^me sous leur
ti^Hl responsabilil^, une femme sortant dee ali^n^.
£t je n'aurais pu trouver un glte, i quelque prix que
(fit, si !es proprietaires de I'hOle! du Lolret, M. et
* Bois^&re, n'avaient eu pifi6 de rlen el ne m'a-
eat jicceplfe, au risque d'effaroucher leur clientele ;
d 3ont je )eur reste Fincerement reconnaiaeante.
Ces meesieuTB pay&rent H mon preimer tntris.
V
296 H^MOIRES d'uke alien^^.
^^^^—^~^-^— • ■ — _ — - , , -^ I - ~-
- /
M. et M"'^ le Nbrmant m'avaient gardte pendant les
trois jouri^ de courses incessantes qu'ils avaient eues k
faire avant de me trouver un pied-a-terre. Le 14 no-
vembre 1868, je quittais rhdpital g^n^ral sous le nom
de Josephine Chevalier. J'entrais k Thdtel du Loiret,
le 17, sous celui d'Hersilie Rouy, pour continuer la vie
d'^preuves sans tin k laquelle la toute-puissante volenti
de Dieu m'a condamn^. .
Mon frfere avail 6crit k M. le Normant en offrant de
me continuer les 260 fr. de supplement qu'il payait
annuellement pour moi, d la condition que je ne quit-
terais pas Orleans. Cetle ofifre m'avait touch6e, et dans
la lettre ou je Ten remerciais, je lui disais :
Dans quelle affreuse affaire sommes-nous done ploughs etque
s'est-il pass^ autrefois ?
M'avez-vous r^ellement crue folle? Est-ce bien vrai? La let-
tre que vous avez adress^e- a M. le Normant me le fait penser,
et je me f^licite d'avoir dit que vous etiez abuses.
H61as! en r^ponse k celle-ci M. le Normant en re-
cevait une autre, pleine d'animosit6 ou, aprfes avoir
r66dit6 toutes'les calomnies qui avaient servi ^ expli-
quer ma folie et ma sequestration, M. Rouy ajoutait :
Je pense que la folie religieuse et mystique, la plus dange-
reuse et la plus incurable de toutes^ la possede encore tout en-
tidre. La responsabilit^ de ceux qui la laissent libre est done
grande, bien grande.
Je r6pondis a cette diatribe en refusant avec indigna-
tion le secours qu'il m'offrait.
CHAP. XIV. -— AHRIVI^ DE MRS PAP1EBS. 997
hs 23 dfeembre, paraisaait dans le journal des
Debats la refutation suivante de la note ins^r^e vliigt
jours auparavant :
Nous avons r^cemment public quWe ancienne artiste avail
salfii U JDStice d'une plaiute en sequestration, sous on bux nora,
dans une maison d'aliinfe.
Nous avians Hi mat inform^, etnos renseignements, puts^s
a source certaine, nous ont appris'qae celte peraonne, s'appelle
bien Chevalier et non autrittnant, el qu'aucune plainte ne pou-
vait Hre portrie, attendu que I'^lal mental de celte personne
avail necessity d'urgence rintervenlion du mMecin et de
I'aiitorit^ elle-m£me poor son admiasion dam une roaiSon
d'ali^nte.
^n m^me temps une letlre de M. le Norniant, des '
Debats, nous avertissait que, menace d'un proefes, il
avait cru 'devoir accepter I'insertion' de cette note recli-
ficative, qui me donnait droit de r^ponse par la m^me
Les Debats du 29 ins^rferent done la letlre sui-
vante :
Orleans, 27 d£cembre 1868.
Monsieur le B^danteur,
Pertaettez-moi de rectifier, a mon tour, une profotide erreur
conunise dans voire numdro du 33 courant.
La source oii vous avez paiti vos renseignemerts m sujet de
ceile que vous dites 61re M"* Chevalier, ne vous en a rourui fjue
de compl^tement ineiacts.
M"' Hersilie Rouj, Slev^e publiqneroent par M. I'astrono'iii?
Charles Rouj corame sa Me lisiOnX; M"* Bersilic Rouy, y«i a
il.
I
298 m£moiiies d'ums alienee.
toujours parte le nom de Rouy et non pas cTautres, est la pro-
pre soeur de M"* Dorothee-Jeanne-Marie Romj, qui a epous^,
sous le nom ,de Rouy, el non pas sous celui de Chevalier,
M. Jean-Claude-Laurent Rouy, fits de Claude-Daniel Rouy, ehe-
valier de la Legion-d'Honneur, alors administrateor du journal
JLo- Presse, comme vous pouvez tous en assurer a la mairie
du troisieme arrondissemeixt de Paris, a la date du 15 novembre
1845.
W** Hersilie Houy a par devers elle tous les aetes civils,
religieuz, ete., lui conferant le nom de Rouy et point d'autre; et
nul n'a le droit de toucher a ce nom et de lui en donner on
autre, taint qu*un jugement n'en aura pas decide. ^
Je n*aborderai pas ici, Monsieur, une question plus delicate
et j>lus gfave encore, concemant nion enlevement et mon etat
mental; une grande reserve m'est imposee en ce moment, et
vous le comprendrez.
Seulement je dois vous dire que ce qui a pr^c^d^ mon enle-
vement et les fails qui lui ont servi de pr^texte trouveroM
bientdt lenr complete refutations cdmme aojourd*bui, dans un
autre ordre, j'^tablis Tauthenticit^ du nom qui pendant quinze
ans m*a &i6 enlev^, ayant ^t^ officiellement enregistree sous
celui de Josephine Chevalier, fille de.... et de....
Je me suis fait un devoir de soumettre la question aux auto-
rit^s.
Yeuillez, Monsieur le rMacteur« avoir la bonte d^ns^rer, selon
mon droit, cette rectification dans voire prochain numero. Pen
prends toute la responsabilit^.
Hecevez, je vous prie, monsieur, Texpression de ma haute
consideration.
Hersilie RouV.
Cach^e sous le nom ofticiel de Josephine Chevalier.
J'etis soin, pour 6viter toute contestation, de signer
avec le tr6ma.
Le jour ou paraissait, en termes relativement mo-
I
CHAP. Xr?. *— ARRIVIEE tlR MKS PAPIERS. ' S&9
\
- 1 . I r I I J ■-! ■ -r I - - - - ■ -
d^i*§s, ^a soi-disaiil rfectiflcation au Journal des D^ats,
M. Rouy d^chargeait ainsi sa bile sur mes courageux
amis :
• I
VlUe-d'A^ray, 23 dScembre 1868.
Monsieur le Normant,
Je n'ai pas Thonneur de connaitre M"« le Normant^ xnais |)eu
s'en est fallu que la justice ne fi^t saisie, non pas d'une plainte
en sequestration qu'elle avait fait signaler par le Journal d0B
B4bats, mats d'une plainte, faite par moi, en calomnie et publi*
cation de faussW nouvelles, car, apr^s la d-marche fkite par mon
fils ain4, (je vis ici dans une retraite profbnde), il a pu constater
que Tarticle calomnieux provenait de M'^^' le Normant dlle-
m^me. Je te laisse tomber k plat coinme il le mMte^
La seule r^ponse que je daigne y faire est celle-cl, que je
transcris de Tenveloppe qui recouvre chez moi le dossier, car
j'ai aussi un dossier, moi, de M"« Josephine Chevalier, fiUe
adulterine de mon pSr^, et dont la mere est morte le 6 octo-
bre 1831 (1), cinq semaines avant la mienne, femme legitime^
morte k son pays, le 11 novembre 1831, ou elle s'^tait retiree.
Yoici done ce qu'on lit sur cette enveloppe de mon dossier :
'< Gorrespondance et documents ant^rieurs a 1854, t^moi-
gnant :
<( 1<» Da chagrin qu'elle a cause a sonpere, a sa soeur et a nous-
mSme;
« 2o De rinteret, da devoument que nous lui avons toujours
temoigne;
« S^* De Tihgratitude par laquelle elle y a toujours r^-
pondu (2). »
(1) II y a la uneerreur, i'epetee dans le memoire a M. Tail-
htmd : c'est le 6 oetobt'e 18^ tju'est morte Henriette Chevalier.
(2) Je citerai k ce sajel dear seulement des nombreux lemoi^
I
i .
300 MEMOIRES D^VNE AUENl^E.
Etpuis, soulign^, comme recommandation a mes h^rittersj
« Aucune piece de ce fatras ne doit etre aneantie^ »
Ces pieces sent nombreuses, car j'ai depuis soixante ans la
manie de tout conserver. Je ne vous citerai que celle-ci de son
pere, parmi toutes les autres qui proviennent de lui :
<ic Fille majeure et toujoars injuste, puisque *depuis plus de
« dix ans, les conseils d*un pere qui a trop aim^ ses enfants
(( ont ^t^^ sp^cialement par toi, outrageusement d^daign^s,
« Dieu, dont j*implore nuit et jour la cl^mence et la b^n^dic-
« tion pour vous et pour moi, semble m'ordonner de renoncer ^
(L au nom. si cher et si sacr^ de p^re, et Tenjoindre de ne plus
« profaner ce titre en le donnant a celui que tes nombreux ou-
« trages forcent enfin k y renoncer. — Vi avril 1811. »
Je laisse Ik toute citation sur la tournure qu'aurait pris Texa-
men de la question^ et j'en aurais bien d'aulres a dire.
Quant a la jeune personne dont elle s'est charg^e, je n*en sais
rien. Mais j'ai des lettres d'e^e-meme, ou,dans lesaveux, forces
par r^vidence, qu'elle me fait de sa maternity, elle ra'^crit un
jour c que jamais celui qui a souhait^ la mort de son enfant,
ft^jsarce qu^il en craignait la cbarge, ne sera ni son mari, ni le
« p6re de cet enfant. Tai appris trop. lard qui j*ai aim^I » Et le
lendemain... Mais en voila assez.
Vous devez bien penser, Monsieur, qu'aprds ses tentatives
insens^es contre moi, le silence du m^pris est le seul qui me
convienne envers elle.
Je regrctte seulement que M°^" le Normank y ait donu^ les
gnages recueillls par M. le Normant. « Je dois dire que nous
avons toujours trouve M'*« Hersilie Rouy digne de notre int^r^t
par sa bonne conduite et ses bons sentiments. Elle me disait
un jour : « Sien travaillant jepouvais gagner cent mille francs^
« j'en doterais ma sceur, et je la marierais. » (C*«"« Benoist
d'Azy, ) — « Ce que je puis affirmer, c' est que je Tai beaucoup
connue, etque c'^tait une personne d'un g^n^reux et courageux
caractere. » (M"* Ernestine de Saint-Maur).
1
mains, en se laissant, probablement, trop viveraent aller i la
compassion.
J'ai Thonneur, Monsieur, de voas pr^enler mes salutations.
C. Rouv,
It m'est impossible de comprendre pourquoi M. Houy
eherchait i, 'semer le scandale et k publier les d^sordres
de »a famille, quels que fussent oa non mes droits au
nom de Rouy, que d'ailleurs, avec la tr^ma, je pouvais
conserver comme mon nom d'artiste, puisque je le
distinguais ainsi du sien. A quel propos done ces ca-
lomnies dont il essnyailde me nojrcir, en r6ponse k un
article de jouroal ou il n'^tait nullement question de ma
familhe?
M. le Normant r^pondit en ces termes :
Orleans, STj dtcemki! 1M1«.
Monsieur,
Je ne compcendB rien a I'irritatian el uux inenai?es que vans
h)spJrerartidedu7oHmaI des Di'halu Kji qnoi vou>lauclie-t-il?
Comroent vaus trouvez-vous calomni^, ou xa(tme seulement d^-
jtign^, dans ud article qui ne parle que du talent de pianisle de
M"" Rouy, de safolie et de sa morl. vraiea ou diusBeB'.' Qu'eat-oe
"que sa ripiilalion ou sa conduite priv^e onl a faire dans celle
«Bure, el comment eipliquer votre achamernenl conlre une
naliieureuse femme inoffensive, qui, remise enfin en liberty,
malade, bi'is^ par qoatorze ann^es de sequestration, ne de-
.nmnde que repos et conciliation?
Que signilie cetle maladroite tentative d 'intimidation contre
ma femme et contre moi, doot les bonnes intentions a regard
de M"* Hersilie sont connuesV lentalive qui pent vous comprs-
^
f
\
■ [
302 M^OJRES D'tJNE ALI]^£fi«
mettre gravement, car elle trahit une grande apprehension de
ce que la mise en liberty de votre soeur peut amener.
L'affaire de M*i« Hersilie est aussl erablrouill^e, aussi teh6-
breuse que possible ; nous ne souhaitous qu'une chose : la lu-
miere, et nous I'avons denland^e a tous, qu'elle se fasse pour
elle ou contre elle, qui seule ne parait pas la redouter. Mais il
faudra, vous en conviendrez, d'autres preuv^s qUe Id siiscrip-
Hon de votre dossier pour lui retirer le nom d'Hersille fioUy
que lui conferent :
1« Son acte de naissance, qui la dit fille de Charles Rouy ;
2° Son acte de baptSme, qui la dit fille du m^me, de legitime
mciriage ; *
B^ Enfin le jugement du tribunal de la Seine du 29 ootobve
1845^ ou elle n'est pas norom^e, il est vrai, mais ou il n'est
fait mention d'aucun manage ant^rieur de Charles Rouy.
Si M^^^ Hersilie est fille adulterine, sa soBur cadette, tioro-
thee, Test an m^me titre, puisqu'elle est n^e en 1818 et qiie ee
n'est qu'en 1831, dites-vous, qu'est morte votre mfete, Marie-
Joseph Stevens, dont un acte de notoriety joint a votre acte de
manage, en 1815, constate Tabsence sans nouvelles depuis
1798.
Mile Hersilie Rouy a done droit de porter le nom de son p^re,
puisque c'est sous ce nom queM"« Dorothea Rouy epouse un de
vos fils, M. Jean-Claude-Laurent Rouy, en 1845; ii.moins qu'un
second jugement, dont nous n'avons pas connaissance, ne soit
venu de nouveau rectifier des en^eurs. ,
Enfin, Monsieuir, le bizarre passage que vous citez d'une let--
ire de M. votre pere^ du 18 avril 1841, s'il s'applique a M^e Her-
silie, est endesaccord complet avec les ranseignements que neas
avons recueillis sur son devoument filial et fraternel; il n'arti-
cule aiicun fait precis, il emana d'un homme qui peu d'annees
apres meurt fou, et je puis lui opposer une serie de lettres de
M"« Desiree Rouy, votre epouse, dont la premiere est de 1842,
qui temoignent de la vive affection, de Testime complete qu'elle
portait a M^i* Hersilie et des bons ra^pports qui existaient entre
cette derniere et toute votre famille. VousHoaeBld, Mdnsieur,
/
CHAP. XIV. — ARRIV1SE DE MES PAPIEKS. 303'
avez ete loger cjiez elle; paiy une lettre du 18 ffivrier '1843,
M«e Desir^e lui en adresse ses remerciments et les votres; et
s'il y a, dans ces lettres, une appreciation s^v^re de la conduite
d'une des deux soeurs, permettez-moi de vous le dire, ce n'esl
point a Mi^« Hersilie qu'elle s'adresse.
II y a dans I'histoire de votre famille, Monsieur, des faits dont
vous n*Stes sans doute pas responsable, mais quMl vous serait
certainement p^nible de voir mis an jour. J'ai horreur du scan-
dale ; pourquoi semblez-vous prendre a tllche de provoq[uer voire
soeur a en faire, en la dilTamant ainsi aupres des amis que son
infortune lui a acquis ?
Sachez-le bien, je ne me prMerai jamais, ni par peur, ni
autrement, a me faire complice d'une injustice, ni a accabler
une infortun^e abandonn^e par ceux qui devraient lui venir en
aide, et qui n'a trouv^ de secours que dans la sympathie que sou
malheur a excite Chez des etrangers, au nombre desquels je
m'honore de me trouver.
Recevez, Monsieur, mes sinceres salutations.
£. LE NORMANX DES YaRANKES.
M. Rouy ne fit aucune r6ponse i.cette lettre^ pas plus
qu'a cette que j'avais fait publier dans Jes DehatSy et je
portal d^sormais sans contestation mon nom de Rouy .
Sitot qu'on apprit au ministfere que je n'6tais pas une
inconnue, n^e a Milan de parents inconnus, mais que
j'appartenais a une famille tr6s-honorablement plac^e
dans le monde, quej'avais la possession d'etat incon-
testable du nom d*Hersilie Rouy, que j'6tais reconnue
etavou^e par un parent baut fonctionnaire, on s'emut,
et on demanda mon acte de naissance. U en r^sultait
que j'avais ^te frauduleusement introduite a Charenton,
ou Ton avait fait pour me cacber des faux en ecriture
304
\
• ■ ■«■ ' --
> ''^
N
MEMOIRES D*UNE AU^NEE.
puhlique et de fausses d^clslrations, faux mainf etiuj?.'
pendant quatorze ans par la Prefecture de police, les
administrations et m^me le parquet d'Orl^ans, qui
avaient fait disparaitre tons les papiers me concemanL
A plusieurs reprises, M. le pr6fet du Loiret avait de-
mande, soit au pr^fet de la Seine^ soit au minist^re, des
renseigfiements sur mon ^tat civil, sans en pouvoir
ohtenir, Aujourd'huile ministfere en demayidait k son
tour, et malgr6 la venue de mes papiers, en. 4867 et
1868, les t^moignages nombreiix recueiilis >a ce sujet,
on persislait encore officiellement a ignorer qui
j'6tais !
Seulement, du jour ou M. le docteur Payen avait su
que j'^tais cousine d'un chef de division aux Haras, il
avait trouve que j'allais beaucoup mieux; ce mieux
s'est accentu6 apr^s la visite de M. le pr^fet.... et il
m'a trouv^e gu6rie, quand MM. les administrateurs oat
d6cid6 d'en r6f6rer k la justice.
N'est-ce pas assez horrible?
J'avais k Orleans des partisans nombreux et quelques
d6tracteurs ; on %'y occupait beaucoup de moi ; tous les
journaux de la locality en avaient parl6,et tous dans un
sens favorable. On s'6tonnait de voir la justice indiffe-
rente a une serablable affaire, qu'elle devait, pensait-on ,
trancher dans un sens ou dans I'autre, les faits 6tant
trop graves pour qu'on put simplement les laisser
tomber.
Le 31 Janvier 1869, Ylmpartial du Loiret disait,
"■■V / .
\
CHAP. Xiv. — ARRIVEE DE MES PAPIERS. 305 '
■' ■ /
dans le long et sympathique article qu'il me consa-
crait :
Si >!"• Hersilie Rouy a m6rit6 son sort, qu'on le prouve publi-
quement. Si elle estvictime d'une deplorable erreur ou d'une
odieuse persecution, qu'on lui rende en^ justice.
C'6tait le cri de la conscience publique.
Le 23 fSvrier suivant, M. Charles Sauvestre, discu-
tant dans VOpinion nationale la loi du 30 juin U838,
reproduisait dans son entier I'article de VImpartial et '
ajoutait :
I
Nous laissons, bien entendu, au journal d'Orl^ans , la respon- -
sabilite de ses affirmations. Toutefois, nous ferons remarquer
qu'elles sont precises et qu'il s'est ^could vingt jours sans qu'au-
cun dementi soit venu les combattre, du moins a notre connais-
sahce.
Si le dementi ne vintpas, ce ne fut pasfaute d'envre.
Le Jour mSme, M. * Durangel adressait la lettre sui-
vante a M. le directeur de Gharenton :
Paris, 23 f^vrier 1869.
Mon cher directeur,
VOpinion nationale nous attaque an sujet de M"« Hersilie
Rouy, dite Chevalier.
Le premier placement de cette demoiselle a eu lieu a Gha-
renton en 1854.
Je suis charge de r^pondre a Tarticle du journal; mais aupa-
rarant, pour eclaircir un point reste douteux, j'aurais besoin du
dossier de la personne.
Veuillez, je vous prie, me le transmettre appuy^ d'un mot.
u
, ' - T ■
^ . I -
I'
306 ' Mfi*blRES IJ'lJNE ALX^NISE.
-- - - - I I - I ■! I I I- I I. . I. _ I I __ .1 ■■ ■_ _. ■■ ^^^^^a^a^^B^^^^^BV^BMHMHHFBM^^i^^a^HBB^^M
L6 dossier ftit transmiis Bt iienvoy6 deut jouifih apt^s
avec la lettre ci-jointe du Ministre de rial6rieur :
f»aris, ^ f^wier 1869.
Monsieov le di^p^cteur,
Je m'empresse de vous renvjoyer le dossier relatif a la demoi-
selle Chevalier*Hoa^, ancienne {>ensibtlna^r6 'de !a maisbi^ ittp^
riale de sant^.
L'examen des diverses pieces de ce dossier m'a donn^ lieu de
reconnaitre que la malade avait ^te admise sur la simple pro-
duction d'un certificat m^dical^ et a la demahde ve^rbsde du m^
decin signataire de ce certificat.
Bien que cette irregularity ne puisse engager votre responsa-
bilite pe^sonnelle, puisque radinission r^ittiottte \ 1854; }e crois
devoii* vous la signaler et vous recomttVAndet dte veiltet* «cnipii-
I^usement a ce qu*aucun placement V6loiitMrie tt'^it lieu saisk
Time demaiide ecrite r6dig6e dans la fortfafe ^li^scnte par I'arl. 8
de la loi du 30 juin 1838, et accompagn^e desjustific&tidnft
enone^es au meme article.
*ie n'ai pas besoin de vous faire observer qu'en aucun cas le
medecin certificateur ne pouvait Stre en m^me temps le signa-
taire de la demande.
Recevez, etc.
Le Ministre de Vinterieur.
Pour le Ministre :
Le Conseiller d'J^tat, secretaire genial,
Ph. DE BOSREDON.
CHAP. XV. — REFUS D'.\SSI8TANCE JtirHCIMRE.
CHAPITRE XV
Je n'ai eu conn^ssaoce de cette piquante correspon7
dance minist^rielle ijue plusieurs ann^ apr^s, loraque
toes rapporteurs me communiquferent les pifeces qu'ila
avaienl relev^es, Je vis bien qu'on ns rSpondiat rien 4
I'Opinion nationaU ; mais on ne r^pondait pas davan-
tage 4 mes r6damations, et j'ttais loin de croiioiiu'^'i le
moment m^me M. Durangel me rendait dijh le doio
de Rouy, et que M. le Ministre coostatalt l'in'i!'g:ularite
de mon entr^ ainsi que la responsabilit^ personnelle
du directeur, qui m'avait accept^e sans les pieces exi-
g^es par la loi.
Lasse d'attendre, je voulus adresser une plainte au
parquet, et j'allai, arm^e de toutes mes pieces, con-
suiter un des avocats les plus en renom de la ville.
11 commen^a par m'avertir que, soil criminelle, soit
correctionnelle, soit civile, le parquet d'Orliaas n'-AQ-
'I
308 MEMOIRES D«UNE ALIENEE.
f
> ■ ■ ■ ■ ■■ wi. ■ ■ ■ I
cept^rait aueune plainte de moi ; et comme je roe
r^criais : . \
— Coimaissez-vous un moyen de faire marcher la
justice malgre elle? me demanda-t-il tin peu ^ve-
mexit. '
H^las I je savais par une longue experience qu'il ne
suffit pas de montrer k la justice un crime a emp^cher
ou k punir pour qu'elle s'en occupe.
Convaincue que je n'arriveifais a rien a Orleans, je
r^solus de partir pour- Paris, quoique ce" fut, selon
M. Vilneau, « alter me jeter tete haissee dans le pieg,e
qu'on me tendaity et risquer fort de n'y pas con-
server longtemps la liberte que fetais si heureuse
d' avoir recouvree, ^
Je ne m'y aventurai toutefois qu'en prenant m^ pre-
cautions.
M. le docteur Constant le Normant des Varannes
m'adressa k son ami, M. le docteur Henri Favre, direc«
teur du journal la France medicale, M. Cotelle, b4-
tonnier de Tordre des avocats d'Orleans, me recora-
manda a M. Jules Favre, quiconsentit k s'occuper de
mon affaire.
J'arrivai k Paris dans les premiers jours de mars, el
j*y descendis chez des dames bonnes et compatissantes
qui m'accord^rent la plus g^n^reuse hospitality pendant
le court s6jour que j'y fis.
Des le lendemain, le docteur Henri Favre me pre-
senta a son illustre homonyme, qui me re^ut avec unc
/
chapT XV. — REFUS d'assistang£: judiciaire. 309 •
"■ - ~" III ■ - ■- - . ^^^- -^^ - - - — —
grande bienveillance, prit une connaissance sommaire
de Taffaire, la jugea fort grave et trfes-difficile k suivre,-
a cause de la n6cessit6 d'obtenir rautorisation du con-
seil d*£tat. II fut convenu que Ton r6clamerait le se-
cours de Fassistance judiciaire centre les auteurs de
ma sequestration et contre ledirecteurde Charenton.
M. Sidne^-Vigneaux, jeune avocat, ami de M. Henri
Favre, se chargea, concurremment avec M. Georges
Coulon, de r^diger ma demands, qui concluait en
100,000 fr. de dommages-int6r6ts/ d'apres Tappr^cia-
tion de M. Jules Favre.
Je vis alors mon cousin Laurency. Seconds par le
docteur Henri Favre, il s.'efFor^a de m'obtenir une au-
dience des chefs de division de la justice et de I'inte-
riexir. Toutes les portes me furent rigoureusement fer-
m^s. M. Follet, chef du bureau des ali6n6s, vint voir
mon cousin, lui.montra une volumineuse liasse de
mes ecrits, disant que j'etais trfes-folle, que mes
lettres 6taient m^rae dangereuses pour la morale pu-
blique, etc.
J'eus une longue discussion a soutenir avec mes nou-
veaux protecteurs pour expliquer et justifier ce qu'i] y
avait de vrai dans ce qu'on me reprochait, entr*autres
mes deux rentrees presque imm6diates aprfes avoir 6te
mise en liberie, ce qui pouvait passer pour une preuve
de folie et d'iricapacit6 intellectuelle. N'etait-ce pas
encore la cependant que j'en serais r^duite, si la cha-
rite privee se lassait avant qu'on n'eAt fait droit a mes
■ 'I I ■ ' / '
310 MEBIOIKES d'UNE ALI^N^E.
■ ■ III! I 11 III II I I I ■ . I I. I ■ I « I ■. I I I J I
r^tafidatioubs, puisifvk'on ne vouJait me secourir que
Gomme folfe? ^
N'ayant plus rien k feiire k Paris, ou aucun de ceux
dont moil afifaire d^pendait ne Toulait ni me voir m
m'entendre, je revins k Orl^ans^ au bout de trois
semaines, munie d'une lettre de M. Henri Favre au
docteur le Normant des Varannes ; il y appr6ciait ma
situation en ces termes :
Mon Cher ami,
L'intervention que j*ai prise dans le voyage de M"* Hersil/c
Eouy louche a sa fin.
II s'agissait de d^pouiller un dossier complique; grace au
concours d'un jeune avocat de mes amis, j'ai fait de mon
mieux.
II fallait voir Jules Favre et constituer avec son concours Iq&
bases d'une instance judiciaire. Cette demarche a produit TefTet
desir^. t
Une requite a 6t^ d^pos^e par Tillustre avocat en personne,
le 8 de ce mois.
M^^^ Rouy, pleine de raison et de convenance^ remplie de
talents et de plus d'une sorte, ne manque, pour le moment du
moins, que d*une position mat^rielle acquise, qu'il n'est pas mal-
heureusement en mon pouvoir de. lui procurer, etc.
Mon cousin m'avait recommandee a M. le gen^raJ
Fleury, directeur des Haras, qui avail bien voulu i^e*
mettre k I'lmperatrice une lellre de raoi soDicitant une
enqu^te. Le 23 mars, le secretaire des commande-
ments, M. Damas Hinard, le pr^vint que S. M. Tavait
•Ii»fg6de prier M. de Forcade la Rotjuells, irilniMtro
, de rint^rieur, de faire di-oil k cGtte ditrnande.
J'attendis done I'enqufile; mnit) en attemltuit il fuUiiil
[idvre. J'eus I'id^e de faire appel 4 un ancicn ami,
If. Atesis Az^vido, en le priantde voir s'il m ncrui
'.ms possible d'organiser un concert k inon M.nitHcif t
.OrUans, pour le lendemaia de la iftle de Suannv d'Arc.
,11. Az^idoen paria a M. Charter ],am<iim-ux ijiit, nvm:
lebome grice et ub empressenienL dontji; ne Hauridfl
ip hu Mivoir gt6, r^unit dee artiHteH dVtlilp, \im tuXii-
ssa i ma tmte situation et ol>tint leur concours di-
^aM^KBaft. Le 9 mai 1860 eut lieu dana la aatto de
dustttul, dev^tnt mne Bombrense «t sympathi'^De ann»-
, ce concert oi!i f^irfercnljaTec M, Lamnun™*,
K Ko^mj Guibert.aoo ^ie^e; M'»»S^e8le,derO(.^r».
BoBuque; U. Soto, de I'Atheaie. M"* CaRtin, premier
~[ dn Cooaervataine, a^ait bien von] a acMpl«r Ia
■HIb vadeate ii'aoeiMaf3iirBatna». Qnatre artisleii otUa'
fifes, MM. Gack, B-iauvatlet, Dabier «t G«nrH nc^c»'
it <tes bagmenla fan ipiatnor dn M. flaJi^sm.
pnait cpHue aas <pu > &'na>!> inutM nv pbao.
B ecfeadaat obTigte <te fatn-r m^ p<trti<>, pnttP <Mri»-
. iefKibH<] >
312
M^MOIRES D'UNE ALIENEE.
veillance et fit ovation aux artistes qui ' me venaient si
gen6reusement en aide.
On rendit compte dans les journaux de ce concert,
qui r^veillait Tattenlion sur la ben^ficiaire . M. Charley
Sauvestre, ins6ra tout au long, dans un article intitule
Une resurrection, publie par V Opinion nationale,.lsi
lettre que lui ^crivait a ce sujet M. Az6v6do.
J'appris sur ces entrefaites que M. Rouy avait et6
mand^ k la Prefecture de police, laquelle allait faire son
rapport et conclure contre moi sur les dires de mes
ennemis.
J'6crivis de nouveau a rimp6ratrice, toujours par
Tentremise de mon cousin et du general Fleury :
•v
Hotel du Loiret, 15 mai 1869.
Madaoie,
Voire Majeste a ordonne une enqu^te. Celle enquete n'a pas
ete faite, et aujourd'hui comme depuis le premier jour de men
enlevement, on m'a jug^e et condamn^e sans m' entendre, sans
voir mes pieces, malgrevos ordres.
Douleur extreme I on me perd pr^s de vous I
C'est encore a Yotre Majesty que je m'adresse, en la suppliant
d'avoir la bonte de prendre elle-mSme connaissance de la lettre
suivante.
C'est grave : on trompe les souverains. £n voici la preuve.
Daignez agr^er, Madame, etc.
Hersilie Houv.
La lettre incluse dans celle-ci etait adressee k M. Du-
rangel ^t resumait ma situation.
On s*en tSmut k la Prefecture de police, et M. Jeuf-
CHAP. XV. •— REFUS d' ASSISTANCE JUDICIAIRE. 313
frey, chef de la premiere division, 6crivit a M. le direc-
teur de Charenton :
/•
Paris, 16 nnii 1869.
M>i« Rouy, dont nous nous sommesd^ja fort occup^s, va nous
donner du fil a retordre ; vous connaissez les personnes qui pa-
raissent la prendre sous leur patronage. Pourriez-vous me
cominuniquer le dossier? Je Toudrais causer avec vous de cette-
affaire.
M. Jeuffrey, trouvant dans ce dossier la lettre de
bl4me du Ministre de Tinterieur que j'ai Cit^e k la fin
du chap. XIV, se tint coi et laissa les journaux parler
de moi tant qu'ils voulurent.
Je ne puis m'emp^cher de remarquer que jamais je
ne suis traiiee de folle ni nomm^e Chevalier dans
toutes les correspondances ^changees a mon sujet,
bien entendu quand elles ne doivent point passer sous
mes yeux.
Le 5 juin, le secretaire des commandements ^crivait
a queysuivant le desir exprimepar Sa Majeste^le Mi-
nistre de rint6rieur avait present une nouvelle enqudte
dans laquelle je serais entendue^ et qu'on joindrait au
dossier de Tinformation les pieces les plus caract^ris-
tiques de ma correspondance. :i>
M. le pr6fet du Loiret me fit connaitre qu'un
secours de 500 fr. m'avait ^t6 accord^ et me serait
remis par sommes de 100 fr., de mois en mois.
Mais on me fit bien remarquer qu'on venait a mon
18
344 XEXCrOUES B'rSE AUtslS.
aifte stfr la reconimandcUiou de S. M^y ei nan
rninisterielle^ment. L«> miaistere, ne ToolaBl se lecoa-
naitre aucjn tort, a-xrait eu pear de paraltre consentir a.
UTte re^rztl'yn en medonnant de loi-meoie un seoours.
On me prevint ea outre qn'oa arreteraii imiBUttite-
raent le:« tond^, si je me liai^ais voirou si on pariait de
moi.
M. Rabut, commissaire aux delegations jadiciaires,
me fut dep^che et vint i Thotel du Loiret demander
if"« Chevalier. — Nous ne la eonnaissons pas. —
Mais si. — Mais non. — lin^Rouy? — Cesl diffe-
rent ; vous allea la voir,
M, Rabut causa quelqaes instants avec moi, ne^ com-
prit rien a une affaire incomprehensible , demanda a
mes bdtesses si y avals lecerveau solide.... et s'en fut,
.sans ^tre all 6 voir aucun de ceux qui s'occupaient de
moi.
M. le docteur Constans, inspecteur general des
ali^n^s, ]e suivit de pres. On lui r^pondit, comme a
M. Rabut, ne pas connaitre W^ Ghe¥alier. — Mais si^
une folle. — Nous n'avons pas de folle ici.
II fut oblige de demander M"« Rouy pour pouvoir
6tre introduit.
M. le docteur Constans fit une tr^-longue pause chez
moi. II examina tous mes actes, lut mes lettres de
famille, nc comprit pas comment des relations de pa-
rents si bien ^tablies pouvaient Mre ni6es. II m'apprit
alors, et cela me fut confirm^ plus tard au ministire et
GHAP. XV. — REFUd D'ASSISTAi^CE JUDIGIAIRE. 315
' '■ ■ ' ' -« — .
k la Prefecture de poiice, que M. le docteUr baron Pel-
leli^de Kihkelm, ayant Thabitudede se d6barrasser de
ceux qui le g^naient au moyen d'un certificat de folle,
oil pettsait que j'^iais \ine ancieiine maitresse I'ayant
iTttportun6 de mes poursuites, k laquelle il avait pro-
pose une promenade sentimentale qui avail aboutl k
ChArenton. H ajouta qu'un jugement m'interdisait le
nom de Rouy. \oi\k comment il 6tait renseign6.
J'eus beaucoup de peine k lui faire comprendre que
tout cela 6tait feux, que je n'avais jamais vu le docteur
Pelletan avant ^mon enlevement. Je lui montrai le
jugement, qui ne concerne que ma soeur et qui, lorn
de lui 6ter le nom de Rouy, le lui confirme. II me dit
alors, comme tout §triB raisonnable, que s'il y avail des
doutes sur la regularity de mes actes, c'etait a la jus-
tice St en decider, et non a des strangers a trahcber la
question d'aulorite, mais qu'on ne reconnaitrait jamais
avoir eu des torts envers rrioi, ce que m'avail d6ja dit
M. le pr6fet du Loiret. Lui-mSme se f<it lrouv6 6gale-
ment compromis, puisqu'il m'avail crue folle sur ce
qu'on lui avail dit de raoi, aussi bien que sur ce que
je lui avals racont6 a Mareville et k Orleans, eel im-
broglio paraissant le produit d'une imagination malade.
\Il ajouta que je me croyais une naissance royale.
— D'abord, lui dis-je, je ne Tai jamais cru, puisque
j*ai apporte des actes prouvanl le contraire; mais per-
sonne ne sachant au juste mon nom, j'ai attir^ Tatten-
tioii'^ur des bruits qui avaient couru. C'6tait aux m^de-
- \
' ' ' \ .
I
3f6 ME9I0IRES D'UNE ALIENEE.
cins a me gu^rir en me prbcurant les noms de mes
pfere et mfere, et aux directeurs a s'assurer de mon
identity.
— C)ui ; cependant convehez que nous ne pouvons
nous condamner tous pour vous exon^rer; c'est ce qui
emp^che de venir k votre aide. Du reste, vous Mes
entour^e de bienveillance, et vous dites que vous tvangez
peu:,..
—: Encore tant peu que je mange, faut-il c^ue je
mange tons les jours; la charity priv^e ne me doit rien.
Pourquoi resterais-je miserable, qiian^ j'ai droit k une
reparation?
— Croyez-moi, vous ferez mieux de vous taire.
— Merci de vos conseils, monsieur; je crois qu'iis
partent d'un bon sentiment. Mais chacun cberche k
m'accabler, malgr^ mon d6sir de conciliation, et je ne
puis r6ellement pas ^tre constamment sacrifice k la
reputation et k la tranquillity de ceux qui me devaient
•justice et protection.
— Ayez de la patience.
— II y a quinze ans que j'en ai.
— Cette patience ne vous a pas emp^cbee d'6jcrirel
— Je n'ai tant 6crit que parce cfu'on n'a pas fait
droit a mes lettres.
Nous bataill^mes ainsi pendant longtemps. Naturel-
lement, M. le docteur Gonstans m'a trouvee foUe;
naturellement aussi, j'ai ptis mes temoins en lui en-
voyant le lendemain, 14 juin 1869, par Tentremiee de
^ . ♦
CHAP. XV. — REFDS D'ASSISTANCE JUDICIAIRE. 317
M. Durangel, chef de la division des ali6n6s au minis-
tifere, une leUre r6sumant notre conversation ^et que je
terminals ainsi : - '
Qu'ai-je a craindre mainlenant? qu'ai-je i perdre? Ne m'a-t-
on pas "tout pris, tout6t6? Quels torts ai-je eus? Celui de prendre
des sobriquets, de r6p6ter ce que chacnu a dit? Cest une
plaisanterie, n'est-ce pas, Monsieur nuspecleur, que cetto
accusation? Ne ro'a-t-on pas mise en position d agir ainsi, de
r
tout os6r ^
Que je puiUe les lettres que j'ai entreles mains; ma vie, que
chacun connait, en la feisant appuyer^de »'>«''''*^*;~
mon journal, meg impressions, mes m&noires.... quy verra-t-
on? D^voftment, travail, honn^url '3.,
L'honneur, Monsieur Vinspecteur, a la place du deshonneur
affkiel dont on m'a abreuv6e depuis qumze ans. ,
Et vou. me dites de me Uire. de rester dans mon coin,
d'attendre le. sacours de la bienveiUance qui m entoure ....
De queue bienveillance? Quelle -f ^^ ^'i^l-^'T .^J^!
secourue depuis six mois que je suis libre? Estw:e U bien
SnL officielle, ministirielle? - Voulez-vons savour ce
."'S Unormant et Greftler out refuse de me voir. Ceci est
'"mJ^ScI et Follet m'onl ferm. leur porte. Ceci est pour
'"Q^nt^au. autre..... MM. les P-^ "^ ^^'^^et'St;
tendre. M. le pr^fet du Loireta«e l"***'""*" /^^^ ^im
bon et aimable; mais lui et M- Dureau VonX 616 «>««»* ^"^
pies particuliers. M. le maire dbrl&ins m'^ J«^« ^ '» P^'** ^
rhdpitel;8es amisontrefUs6de prendre des bOlets pour mon
concert....
Que me reste-t-il? — L'lmp^ratrice !
Oui, gr&ce au g6n6ral Fleury. Mais on fait en son nomce que
ron veul; et rimp6ratrice ne m*a encore doitfi* que m fr....
18.
■ ,'■■ '
I
.'
3i8 ifiSiiomss B*ifKB lUdNtft. .
Ce iTest pas- tant qu'ane petite bourgeois^ san^ eplkiidti qui,
touchee ^ij tel malheur,~m'a log^e, nourrie, v^tue aPavib et
a pay^d«ux mois de mon hotel iei.
Vous mt dites de me taire ! Est-^e la votre justice, Monsieur ?
Accepter ki hontej le d^shonnaur, un nom equivoque, una
reputation fletrie.... faible, miserable, matade^ trainer .une vie
de mendicity, de mi&pris.. . Pourquoi? Pour qui? — Que dois-
je apersonne? qui done m'atendu la main a^ec courage, bont^,
justice?....
£n admettant que je me taise, le terrible ofi se tairai*t-il T
■ \
On avait en etfet beaucoup parl6 de rapi dans la
presse et ailleurs; ni la Prefecture de police, ni It mi*
nist^re n'avaient rien trouv6 i r6pondre, et on s'iridi-
gnait hautement du silence et de Tinaction de la
justice.
Fort inquifete de la fepon dont M. Rabut etM. le doc-
teur Consta'ns allaient s'y. prendre pour justilier Tad-
ministration, et craignant, avec juste raison, que ce ne
tax ^ mes, d^pens, je vis bien qu'il fallait me decider ^
retoumer k Paris, si je ne voulais pas qu*il en fAt d©
cettd aeconde ^nqu^te comme da la premiere ordonn^
par rimp6ra trice. Me trouvant un peu moins accaW^e
et moins malade, quoique ma sant^ fiHt tou|<»ur» dana
wi ^4 deplorable, je partis le 3 juillet e^ m'installai
til pijkisioii dans u^e faoiille^ 68, rue de Malte.
Je me risquai de nouveau a Caire une visite <au minia-
ture de rint6rieur; — j'6tais seuZe, cette fois; — j'at 6t4
recite.
II. I>ifttii|^^taii k SOB bureau. Devaxit la chemin6e,
CHAP, xW -^ R6FUS D'ASSIST^NCE JUDICUIRE. 519
»
€T)gk>uti dans un fauteuil, ^tait un homme plus ^ge
que lui, d^Cord, me regardant en dessous, sans bouger
Hi saluer.
Personne ne me parlant, je finis par dem«nder
fequel des deux 6taitM. Durangel. Gelui-ci s*inclina, en
mlassurant de toute la bienveillance du minist^re,«avec
des yeux qui d^mentaient ses paroles; puis il me
complimenta d'^re gu6rie d'u^e aussi longue maladie.
-^ Gu6rie? Vous 6tes dans la plus grande erreur,
monsieur.; je suis plus malade que jamais, de toute
, fa^on", et ceci me prouve <!ombien vous etes abus^ par
• ceux qui vous renseignent. Ge n'est pas votre faute,
ais$ur6ment, et je ne m'en prends pas a vous; mais
V0U8 devriez m'^tre un peu reconnaissant de toute )a
peine que je me donne pour vous faire savoir la v6rite k
mks risques et perils. Vous ne savez pas m^me encore
qui je suis, et votre chef de bureau a 6t6 dire k nion
cousin ^ au docteur H^nri.Favre, qui se trouvait la,
que j'etais atteinte d'une folie religieuse I
M. Durangel me montra Tjndividu silencieux et me
dit :
— M. Fdlet.
— Ah! mon ennemi p^i'sonnel ! H4 bien, monsieur,
pourquoi done me dites-vous atteinte d'une monoraanie
religieuse? Esfc-ce parce que je signe TAntechrist?
/ La-dessus, on ne put s'emp^cher de rire*
>^ Enfin, vous Mes gu6rie, puisque vous ^s libre?
— En 6tes-vous done 1^, messieurs ? Me pourrez-
V
\
\
320 Ml&MOIRES d'une auen^e.
I , I ■
•
vous faire croire que vous ^tes aussi candides que cela,
, que vous croyez aiissi profond6tnent aux certificals de
MM. ]es alienistes? Yous connaissez assez mon horrible
position pour savoir que ce n'est pas a cause de ma
folie qu'on me s^questrait, mais par Tim possibility ou
ron's'6tait mis soi-m^me de me rendre libre, eu me
d^pouillant de mon nom, de tout ce que je poss6dais,
aussi bien dans vos mai^ons que chez moi.
— Nous sommes en rfegle : vous ^tes iascrite Cbe-
valier-Rouy.
— D'abord, je ne suis pas Chevalier-Rouyj mais
Hersilie R'ouy. ; ensuite vous savez fort bien qu'il n*y
a aucuns papiers me concernant nuUe part, et que
c'est parce que j'ai reclame le nom de Rouy qu'on I'a
ajout6 au nom de Chevalier, qui est celui de Tenregis-
trement. Et la preuve, c'est que je suis sortie Cheva-
lier, et que le commissaire de police et M. le docteur
Constans ont demand^ M"" Chevalier et non M"« Rouy.
Vous plaidez une mauvaise cause, messieurs ; mieux
vaudrait avouer tout simplement qu'on a eu tort, et
r^parer ce tort en me prot^geant.
— Cela est impossible ! On vous a gard^e parce que
vous 6tiez folle, et mise en liberty parce que vous 6tiez
gu6rie.
— De quoi ?
— C'est Taffaire des medecins.
— Mors ne r^pondez done pas pour eux, et restez
neutre I
\ .
CHAP. XV. — REFUS d' ASSISTANCE JUDICTAIRE. 321
— Avez-vous Vu M. Mettetal ?
— Non.
— ^.Allez le voir de ma part, madame ; dites-lui que
je vous recommande k lui ; priez-le de faire TenquSte
ordonn^e le plus t6t possible, et soyez assur^e de toute
notre bienveillance.
— Si vous ecriviez un root a M. Mettetal ? II vous
croirait mieux que moi ; on ne croit pas les fogies. '
— Vous ne I'^tes plus,
— Erreur ! je suis plus folle et plus enrajj^e que
jamais, cs^r je suis d^cid^e k publier ce que je n'6cri-
vais qu'en secret.
Je saluai profond^ment ces messieurs qui, s'^tant
un peu d6rid6s, m'accompagn&rent jusqu'& leur porte.
£n rentrant chez moi, j'adressai les vers suivants k
M. Durangel :
t
Antechristianiame, '^Fatalitef
Oui I la n^cessit^^des vertus et des vices^
B'un astre impdrieux doit suivre les caprices,
Et rhomme sur soi-m§me a si peu de credit
Qa*il devient sc^ldrat quand Delphes Fa pr^dit.
L'ame est done tout esclave; une loi souveraine
Vers le bien ou le mal incessamment rentralne,
Et vous ne recevez ni crainte ni d^sir
De cette li^rt^ qui n'a rien a choisir.
Attaches sans rel^che a cet ordre sublime,
Yertueux sans nitrite et vicieuxsans crime,
Qu'on massacre les rois, qu'on brise les.autels,
C*est la faute des dieux et non pas des mortels.
322 Ml^OIRfiS b'UNE ALlfeN^E.
De toute la vertu sur la terre ^pandue,
Tout le prix, a ces dienx, toute la g^loire est due ;
lis agissent sn vous quand vous cro^ez agir ;
Alors qu'on d^Iibere, on no fait qu*ob6ir,
Et notr6 tolontd n'airae, hait, cherche, erile,
• Que selo« que d'iBBhaut Itur bras la prtoipilie.
Sign* : L'Antechrist, et suivi de :
Att crime, inalgr^ moi, Tbrdre du ciel m*attac!h6;
Pour y faire tomber, a moi-m^me il me cachli;.
II oiTre, en ateuglant, tout ce qu'il a predit.
II m'^leve, il m'abaisse, en tous lieux me conduit.
H^las 1 il test bien vrai qU'en vain I'on s'imaglne
D^rober notre vie a ce qu'il nous destine ;
Lo soin de T^titer fait 09urir aii devan^
Si radreaad a le fair y pousse plus avant I
ToUjour« signd : L*ANTBCHRiS'r \
D^cid^ment, j'^tais plus que folle, car 1^ je Tie par-
lais plus vaguement d'une inexorable fatality ; je me
posaift moi-mime en pierre d'aehoppementj devant
faire tomber chaci^in dans un crime quelconque, afin
que cette terrible parole: c II devient crimmel. quand
Delphes Ta pi^dit, t fdt vraie. Je tirais parti de ma
position pour me dire inconnue a moi-meme. Eii fal-
lait-il davantaf e k messieurs du. minist^re ? J'attendia
en vain m^decin ou gendarme. On se eonttsnta de dire
que j'6tais folle.
Apr^s avoir laiss6 le lecteur juge de cette folie, Je lui
d<HB cependatkt une petite explioation, qu'il me pardon-
ntra, parcel qud, ft*il connatt ii fond ttmt Id repertoire
classiqae, il y a panni la jeunc France de» iuilividua
I'ayftDt pas ^16 comme cous, viflillanls. nourris du plus
pur Cqroeille.
Or, ces vers sont de liii, satif uoe l<:;i^re modilicatioa
appliquanl a autriii ce qu'CEdipe dit da liii-mCme.
Je les avais appris, enfant, pre^que sitr les g^nuux do
jnon p&re, qui etait mon instiluteur. lis m'avaiciil Trap-
p6ej je les avais retenus, et lis me sontJustenieDt revu-
nus 4 la mSraoire apreg que j'ai su \anc& ce faniei^x
mot de 1' Ante Christ, qui apres tout ejprinio e^aclement
ma foi en Dieu et en une invincible predestination.
Gelui qui voudra a'aEsurer des cboses n"a qu'i ouvrir
(Edipe, ce type douloureux de la fatality, qui passe
d'Hge en Sga comme une menace lugubre ; qui fait
craire, aloiK qu'on voit une nation succuinlier, qu'un
grand crime, ayant mon(6 juaqu'ii Dieu, a eppel^ aur
elle sa terrible justice I
J'allai, peu de jours apres, guivant le conMil de
U. Durangd, chez M. Mettelal, chef de la division defi
ali^n^a i la Prefecture de police.
11 etait tout ausai mal dispose pour nioi que MM. Du-
rangel el Follet, qui m'avaiont du mo)n» retua poli-
ateot. M. Mettelal eit certalnemeDt uii homme fort
intelligent, mais tellement enclin it donour raiiOD
an aiimii; posS, qu'il ne put mc richer u fa^on de
penaer.
II Ee beri^^>a, me demanda ce qu'^tajent < <e9 yri-
Undv« pmpier* qae j'afais fotiia k Utar«[»ton, h
324 MEMOIRES D'UNE AUENEE.
quel propos et comment je m'en ^tais munie. y> Quand
il sut que j'avais ^t^ avertie de ce qui allait m'arriver,
il Voulut savoir qui ^tait ce personnage si Men ran-
seign^.
— Je ne le connais paar.
— Allons done ! c'est que vous ne voulez pas le nom-
mer.
Et il me dit tout net « que j'^tais Chevalier, qu'un
jugement me d^fendait tout autre nom, et que M. le
docteur baron de Kihkelin s'etait d^barrass^ de moi
parce que Je I'imporlunais de mon amour.
II parlait avec une telle assurance, une telle vivacity,
que je suis restee un moment interdite, ne sachant pas
si en efifi^t un jugement avait pu ^tre rendu centre moi
ou centre mon nom k mon insu.
— Ou est ce jugement ? demandai-je enfin ; comment
n'a-t-il pas ^te signifie k moi ou aux administrations ?
— On se le procurera.
— Vous ne I'avez done pas ?
— Non ; mais on me I'a dit, et cela est.
— Oh ! si ce n'est que cela, je crois bien que vous en
parlez comme de M. Pelletan.
— Eh bien ! vous direz peut-^tre qu'il n'^tait pas
votre amant ?
— Gertainement. A quoi pensez-vous done ? Je ne
Tavais jamais vu avant le jour ou il m'a enlev6e de la
part de mon frfere.
— p ^,^^ nommez pas Chevalier?
^
— Pas plus que vous.
1] sonna ; oa Gt teuir M. JeuOrey, ch«f du burean
cles alidn^s, qui aniva, droit comme un 1, pour dire
d'tin air peremptoire que j'^tais enregistree Ceievalier-
ItouY, ei que par consequent tout ^lait parlait. Quant
iux parents inconnua, il n'en etail plus question de-
puis qu'on s'^tait camp£ sur I'adult^re.
Je me rSeriai,
— Comment pouvez-vous avancer de telles clioses.
sans preuves ?
— C'est boti; on Jes aura, les preuves !
II ordonna de continuer ]'enqu&te. On ne, put loiu'-
nir, nalurellement, aucun jugemenl. Je produisis, au
contraire, celui qui confirmait a ma sceur le nom Je '
Rouy. On voulut batailler sur ma l^ilimit^. .le mis lin
^ 4 cela en dlsant qu'Il n'^tait pas question de l^gitimttd
,()u del)£Ltardise. inais simplemement d'un no>n civil,
etLregislre el ne pouvant &tre quilts sans un juyeinont.
-J'eus beau dire: a Jeneauis pas la Qlle del'astrononie;
je suis Vinconnue dont vous ne savez rien..,. b Ju fus
irrfiaistilileuienl entrainee a defendre mon nom, mes
droits, ma possession d'etat, mon pauvre p&re, ma
mire, sur lesquels mon fr6re — !e propre fils de mon
• pftre, qui avait fait epouser ina steur A son file aiiiii —
ijelatt & pleines mains le scandale pour m'accabler et
expliquer ce nom de Chevalier, qui avait 8urgi on ne
,Mdt d'oi^ pour faire chuter toua les coupables.
]'£(7ivis de nouveau ^ M. Meltetal, k M. Durangcl,
df'Ild IfEMOIRES D'UNE ALIEKEE.
pour bien pr^ciser les faits^ donner snr ma famille tons
les details que je poss^ais, envoyercopie des acies, etc.
Je retoumai voir M. Jeufirey, qui m'a francbem^it en-
gags6e a ne pas persister ^ r^clamer reuqudte, attendu
qu'elle me serait eontraire ; que je devais biett penser
qu'on ne 86 eondamA^ait pas soi-m^me ; qu'an a'en-
tendrait pour m'ecraser et que je tie poovaiB avair la
pretention de I'emporter sur tous.
J'allai k la Prefecture de police et y vis un neuveau
commissaire aux delegations judiciaires, M. Juliet,
M. Rabut ayant ete change. Mais il avait fait ton rap-
port, et voici ce qu'en dit M. le vicomte d'Abe^lle :
Tout lecteur de bonne foi, qui lira le rapport Rabut da
2 juin 1869, recopnaitra que Ton y traite avec la meme impor-
tance, et habilement m^leS) les faits i&emes de la cause, qui
interessaient seuls la justice, et des hifitoirea myst^rieuses (1)
>:ia'une imagination de femme amie du merveilleu^ avait eu
rimprudence d'y joindre. £n donnant de tout cela une analyse
bien s^che, sans explication, sans lien dans les idees, M. Rabut
a fait des reponses de W^^ Rouy un fatras incomprehensible,
bien propre a faire douter de sa raison, a repoque mSme ou
elle est le mieux attest^e par les mailres de I'hotel ou elle de-
meurait et les nombreuses personnes qui la voyaient journelle-
ment k Orleans. ^ Quant a M. Juliet, ayant oru, d'apres^
certaines depositions que nous discuterons plus loii), que le
commissaire de police avait pret6 un concours ofticieux au pla-
cement de M"e Rouy a Charenton, il conclut, a tort selon moi,
qu*il n*y avait pas eu sequestration arbitraire. Ges conclusions
firent rejeter la demands de M^^^ Rouy
(1) Gelles dc la di^parition de mes freres Ulysse et Tei^-
maqae.
i^
Ji;Xi
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CHAP. XV.
>
— BEU^US O'ASSiSTANCE JUDICIAIRE.
\ - 1. —
. 327
1
A moins d'agir comme bomme privi po^ ua parent
ou UQ ami, le cox^H^ur* d'uu eoimawaire dd police ne
peut jamais ^fare officieuK, mais offkid^ et comme tel
€t)nsigai^ jBur $es ragistr^s ; or, ceu^i^ do M. St^rpppi^ ne
porteat xiea mo eoaoaraaat^ car il i^'amt pa$ i y iQ$-
Qrjre la £au8ge 46marche qua Itti avaumt fait laire mes
coneieiig^ea, puisqu'^dlo u'avaU pas i^ ^ivio d'e&t,
moi lui aya&t x)iuv^t ma porta a^i i^immp hmk. U se*
rait vraimont trap cQiamade 4o pouvoir 4iro ; < I'^^tais
00 r^g^e; j'6taH; accampagA^ 4ii commAdaair^ de po*
lice, i> et d'i^re cru ;sur parole, tandis que la vjictime
do Tenl^vement claadestia paasera pour fioUo ot ne
sera mdme jid3 orue en apportaut loa prou^^ de €o
qu'elle dit.
Quo! xfu^il en fioit« M« Jeuffrey avaU r^o^ : I'eiv-
qu^te avait touro^ contre vm* Jo Ihs avia^e^ le
13 juiUet 1869, quo Taa^iata^ce judiciair^ m'<^tait re-
fus^e. ,
QueJEairo? R^x^lamor vne oouifeUe ooquSte, recom-
mencer sur nouveaux frais ? C'est a quoi Je me d^cidai^
ne pouva^t croiro que m&a boii droit x^ iiott ^i:^a par
Temporter. Je &$ de nombreuse? rechorches pour re-
trouver Jes porsoimes qui av^at 4t^^ m^^s 4 mes
afTaires; plusieors ^tai^t abitonte«« m$a:*t£^, di^parues.
Paris, k moiti^ domoli ot recooslruit^ ^tait change
de fond en cpmble ; jo joe m'y rocoooai$^ai/s plus ; mon
tristo ^tat do m&t^ m/^ttait aout^ Ah^t^^ k /mo^i d^-
loarabes.
328 MEMOIRES D'UNE ALIENEE.
^i«^»^— — ^» ■■■■^B . m ^ ^ ■■■^■■^■■■J ■ ■■«■■■■■ 111 ■ ■ ^^ I I ■! » ■■ I ■—^^iM I III — ^^^»^^
Heureusement j'avais i Orleans, en M. et M™® le
Normant des Varannes, des amis d6voues S ma cause.
De leur c6t6 les recherches 6laient actives et aboutis--
saient g^n^ralement k des r^sultats, aussi concluants
qu'inattendus. Notre correspondance 6tait r6guli6re et
m6rite d'etre class6e s6par6ment, afin qu'on puisse se
rendre eompTfce des difficult6s surgissant de. tous c6tes,
de la perseverance extraordinaire d^ploy^e par cette
' famille exceptionnelle, s'unissant k moi pour me suivre
dans mon infortune, dans ma lutte ; ne m'abandonnani
pas, alors que chacun se trouvait rebuts par une pour-
suite aussi longue que vaine. J'ai toujours re^'u cepen-
dant des preuves de bienveillante sympathie de tous
ceux auxquels mes malheurs ont et6 connus ; *ne pou-
vant entrer dans ce detail et voulant leur laisser un
temoignage de ma gratitude, je donne k la fin de cet
ouvrage la liste de ceux qui ont eu pitie d'une aban-
donnee ; on verra parmi eux . beaucoup de fonction-
naires pour lesquels la pitie n'etait peut-etre pas sans
danger.
M. Georges Coulon, secretaire de Jules Favre, eiant
absent, M. de la Taille, avoeat k Orleans, m'adressa k
un jeune confr.ere de talent, M, Helbronner, qui vou-
lut bien faire des demarches k la Prefecture de police
pour obtenir une enquete veritablement serieuse et, si
possible, une conciliation. J'aurais volontiers renonce k
poursuivre les auteurs de ma sequestration, si Tadpai-
nistration avait bien voulu reconnaitre qu'elle avait 6te
^
V
^ »
CHAP. XV. — REFUS D'A^ISTANCE JUDiaAIRE. 329 '
• t
V
abus^e, que j'avais 6t6 victitiae d'une errcwr, me r6-
habiliter ainsi moi^alement et m'assurer des moyens
d'ejustence, en d^dommagement (de ce que m'avait fait
perdre le d^faut de tutelle administrative.
La nouvelle enqu^te se poursuivait. J'allai plusieurs^
fois,& la Prefecture de police^ oii je fus longuement inter-
rog6e par M. Juliet, qui s'obstinait k vouloir rechercher
le motif m'ayant fait s^questrer, examinait mes actes,
se. perdait. dans ce labyrinthe, mais y mettait une
grande bienveillance et me disait qu'il y passerait un
mois, s'il le fallait, pour tirer tout cela au clair. D'au-
ires etaient plus .presses, sans doute, et moins cons-
x^ijencieux, car M. Jeuifrey me dit un beau jour « que
I'enqu^te etait termin^e. »
A .ces mots, je bondis :
— Comment I est-ce la une enqu^te ?
-^ Courez vite voir M. Juliet, me ditril ; je trouve
que ceux qui commettent des crimes m6ritent d'etre
punis, quand m^me ils seraient rois. Si par hasard le
procfes-verbal est remis k M. Mettetal, courez au mi-
nist^rel, protestez, demandez un supplement d'enqu^te.
J'allai aussitdt au commissariat ; M. Juliet n'y etait
p^s. Je lui laissai un mot et me rendis chez M. Mette-
tal, qui m'envoya son secretaire pour me dire que
M. Helbronner etait venu, qu'ils avaient pris rendez-
vous et que j'eusse a causer avec lui auparavant.
N'ayant pas trouve M. Helbronner cbez lui, je lui ecri-
vis, et il vint me voir k sept heures du soir.
\ /■
/
V 330 MtMOIRBS D'UNB AXiliNiE.
II paraisfittit na pea d^eourag^^ et je crois Micora qu'il
ne m'ft pas tout dit. II avait vu Fesiqudte, qui ^ii bien
ea qud je devais aU«B^<i^ M. MflMal eroyait ^ la folie.
Laquelle? On avait entendu M. Rduy^ qui avait remm
cgpia^ maia copie aealeBieiit| de Facte de manage et de
Tacte de d&o^ de sa mira^ et oela &vail snlfi pom* c<ni*
elute oontre ziMn*
Dans la luf te qti^ je soutenais contre lea bureaux dei$;
Dsinist^res et de la Prefecture de police^ on.ne se con*
tentait pas de m'aceabler soua des rapports odieut et
m^songers dontje subissais les effets, et que je conniis
plus tard, grcice k mes rapporteurs ; dei^ publiGations
sign^s de pseudonymes^ auxquels il lie me serait peut«
6tre pas difficile de substituer les v6ritableili noms,
furent lanc^es dans le public, afln de disor^diter les
projets de reforine et d'exalter les bienfaits de la loi de
1888< Dans sa Leitre i un D^u^i, M. Si6phan Sen*
hert s'dlevait surtout contre Fintteveiition du tribuaal
dans les sequestrations^ interveiltion r^damte par tone
les projets de loi/ la quajiHant de fnoftBtriMtit^j d^ou^
trage a I'hUmaniU; son but ^tait seutefBent, disaif*i),
d'emp^eher un grand intirit iocial dfitTeeompromis
par des reformes intempeatives.
Dans un autre opuscule^ paru en 1870, intHuU :
Une maiaon de fous^ et sign6 A. de Saint^Rdmy, I'au^
t^ur tombe par hasard au milieu d'une partie cham«
pdtre, drganis6e pour les fbut d^s deui sexes avec
lesquels il dejeune sur Fherbei Iiivil6 & visiter TAtld^Its**
\
CHAP. XV. — atrrS D'ASSid«PANea3 JllDIGiAIRE. 33i
■*• r TT r I" 1 n I imimw ii»ii»ia»ii
sett^hi^ il if &mhtei k- nn oone^i^t ; le directetir lui fait
1^ hontketii^tf did ees pm/sionnmWf rdeb ou supposes,
fom 1^ tiomm^r bien ^ntendu, ^voici le portrait ri-
Reconnaissez-voUd cette petite feinme qui se doHti6 des aifs
*?pri!rtc*s^«? Btt6 a ocenp6 ttii mortteirt 16 pi«iws stti*ltf^el elte
posB^de un tolent asftei rdrnefr()aftble. G'9st pour la einqaidma
fois qu'elle rentre dans mon ^tablissement ; mais vous lie lui
persuaderez pas qu'elle ne peut rester longtemps dans le monde
€tk 6tat de Ifbefte. fifte dit avoir du tetig royal dans les veines.
On teti a pris p^tx nom 6t sa. fortune, £eoHt0z<«)a, si voias voulez
jager pa^ yous-mdme de son etat mental.
En effet, elle prit la parole, qu'elle" garda pendant plus d'un.
quflirt-d'hetirft, sans qu'il fftf possible del placer un mot, et nofus
r6p6ta atfoe utie lnerteilteud« as^uranae Thisttiife qu'elle s'dtait
laite. Cei» n'^tait i:ien encore. Dans d'autrefi moments elle se
donnait potir le dibble et revait un manage d'amour avec Jesus-
Christ, qu'elle a|)pelait de (ous ses d^sifs.
C^te ftUusion ei precise a la fameiitse leilre prisd
diMis mimiaUe furin^e, k Mmr^viUe^ et sefule preuvd de
d^menoe mvoqnde contre moi, prouve bien ou M. de
Saint-R^my a puis6 ses inspirations.
Cette brochure accordait, comm6 celle de Senhert,
que ruhique r6forme a faire 6tait un peu plus de con-
trole sur le fait accompli, pikr la cr^litioii d'une com-
fi^isMon de troiB ou quatre membres. Mais die ^tait
sttrtdut dirlgi^e contre Sandon ; son affaire et la mienne
furent une des graves ^preoccupations des derniers
temps de FEmpire. Quand on publia les papiers des
Toileri^s, oft tit que FEmpereur a^vait aehete ie silence
332 M^oiBEs d'une auek£b.
de ce malheureiix au moyen d^ime pension de 6,000 fir.
sar sa cassette particuliere ; cette transaction restte
secrete donnait en oatre le droit de soutenir pubtiqoe-
ment qu'il 6tait fou et archifou, tout en 6ta|it, conune
moi sans doute, atteint d'nne folie difficile d admettre
dans le mande. Tel n'a pas et6 Taids da tribunal
qui a maintenu, en avril 1875, la va]idit6 de son testa*
En regard du pan^gyrique de M. de Saint-R6my, je
demande la permission de placer une lettre de M. le
docteur le Normant des Yarannes. Je la transcris ^ussi
afin d^etablir que mes defenseurSy mes dppuiSy mes
amiSy ont bien autant d'esprit et possedent des senti-
ments au raoins aussi eleves que mes d^tracteurs et
mes pers^cuteurs. J'ai moins de partisans, peut-^tre,
que MM. les ali^nistes, que MM. les amateurs de
lettres de cacbet; mais tant peu qu'il y en ait, la
quality vaut la quantity, et souvent la minority pr6-
vaut, quand cette minority a pour elle la justice et le
droit.
Orleans, 25 mars 1870.
Mademoiselle,
J'ai reyu de vous une carte que vous m*avez fait Thonneur de
.m'adresser, et qui .tdmoigne que vous ne m*avez pas oubli^.
J'aurais voulu vous r^pondre immediatement, et mille soncis et
tracasseries de profession m'en ont empdche. Je vous prie done
^e m*excuser et de vouloir bien croire que, malgr^ mon silence,
je vous sois par la pens^e et m'int^resse vivement au triomphe
Ji
\
CHAP. XV. — REFus d'assistange judiciaire. 333
de votre cause, qui est celle de 1^ justice. Lorsque viendra a ]a
Chambre le moment de discuter ]a loi sur les ali^n^s, vous serez
une preuve vivante de T^lasticite avec laquelle elle ^tait appli-
qu^e^ et vou^ serez une protestation, par vos malheurs, centre
les facilit^s que donnait cet article 8 aux m^decins, qu'on trouve
parfois trop disposes a senrir les passions ou les int^r^ts des
C&milles.
J^esp^re qu'eni^n on voudra percer les obscurit^s de tant de'
sequestrations injustifiablesy au nombre desquelles la vdtre doit
venir au premier rang, par les singularites et le myst^re dont
elle est marquee; par sa longue dur^e; par les^ t^moignages
remarquables que vous avez en votre faveur; par les inces-
santes reclamations que vous avez formul^qs a tous les moments
et sous toutes les formes; par la reunion d^un dossier conside-
rable de lettres et d^autres documents; et enfin surtout, Made-
moAselle, par cette intelligence, cette vigueur de Tesprit, cette
energie de caractdre que le ciel vous a conservees dans vos mal-
beurs inou'is, qui sont une preuve eclatante que vous portez
partout avec vous et qui, produite au grahd jour de la publicity,
devra confondre toute calomnie.
C'est la lumiire qu'il iaut sur cette ezisfence que Ton a faite
miserfible et tSnebreuse, et cette lumiSre se fera le jour ou on
deroulera en face du pays le triste tableau des abus d*une auto-
rite agissant sans surveillance et sans controle.
Soyez done persaadee que mes sympathies vohs suivent, et
sachez que vous pouvez compter sur mon concours et que je suis
pret a vous seconder de tout mon pouvoir.
Iklme le Normant se rappelle a votre bon souvenir, el je vous
prie, Mademoiselle, d'agreer, avec Tassurance de toute notre
estime et notre amitie, Vexpression de ma consideration dis-
tinguee.
Docteur C. le Norhamt des Varannes.
Le docteur le Normant 6tait im des principaux in6-
decins de la viUe, frSre du receveur des hospices qui
19.
. 334 M^MOmES D'UNE AUfiNEE.
■■ I ' ■ V '" - ' ■ ■ I i. I • I . ...
avait rfeuhi irion dossier; depiiis ma sortie il n*avait
cess^ de me prodiguer ses encouragemeiit^ et ses solas;
pereonne ne pouvait done ^trch plus oomp^Cenl pi mieux
ren^eigttS qtle lui.
M. Couloa 6tait rentr6 a Paris ; M. Helbronner, un
p«u d^couragSy corame J9 I'ai dit, trdp oceup^ pour
stiivi^e tine affoire di cbmpliqti^e, et lie voulant ^urtout
pas avoir I'air d*aller sur les brisees d*uu confrere, me ,
remit de nouveau entre ses mains. II perdait ioutespoir
de rien obtenir da minist&re oti de la prdfeetare ; je
n'avais pas le moyen de soutejiir un prpcfes : il ne
voyait d'autre ressource que de sollioiter une reparation
amiable de mon fr^e^ ou de recourir de noUveau k
rassistance judiciaire.
Jules Favre, ayant ^t^ refiisS une fois, n'^tait pas dis-
pose k s'exposer ft Un nouvel ^ohec. II tne falliut un
avocat en tenom, pour avoir qu^lque bliance d'etre
6cout6e.
J'^crivis k W Lachaud^. dont j'atUmdis vainemtot
une r^ponse ; il n'esi pas I'avocat des etsmssinis. G'est
alors qu'ayant ludatis V Opinion hationdlele^ comptes-
rendud si ^mouvants de l*affaire du capitaine Bartbi-
lemy^ faits par M. Paul Lesage, avoeat 4 la oour de
caissation, je lui 6crivis directement, sans autre apj^ui
pr&s dig lui que ma malheuteuse situation dont je lui
donnais Texpos^. II me r^pondit aussit6t : n Je suis tout «
ptBi & vous toiitenit dan* la difetise (TunB cctttsc qui
inHf^^& tews Ub hofinil^^ gem, i et pril immediate-
Jk
1 • : ■ .
«
, CHAP. XV. — ftEPtl^ I>*ASS1STXN(1E JITDICIAIRE. 335
»■ ■ ■ ■ I » !■■ «« ■ - ■■» ■ III ■ , ■ .■■... .-....—
inent i'endez-vous pour qu6 je pussfe lui cottimutiiquer
xaqn dossier. *
J*6tais eucouragde et secoiid^e alors pdt rexcellettt
M. Eugfeh6 Garsoniiet, dont J6 d6Vats Isi cbnnaissatted
iH hies b6n§ amis d'OrlSans, et qui, poUfsuiVant aVec
passion k rfefdflne d^ la lot de 4898, itail diipoJs^ 4'
s'occuper de toutes les plaintes en sequestfatidii, qliatld
' inAm$ son bon coBUr tie I^autait pas si fcrtfefiient inelin6
du cAt6 des opprimfis.
M^ gecohde demands etl asi^ietdne^ ^lididStit'e fut
d^pos^e le 6 avril 4870; je mfe basalt, pour la i-etimi-^
veler, sur la production de pifeces qui li'iAtai^i pa^ 6ti
ma possession lors de ma premifere demaiide, 'fet ^tii
prouv^lent les illiSgalitds dotlt j'avai^ 6f6 vi6tim6.
* Je fud triandte pour le 29 devatit le bureau; ctdjktd
qu'il s'agissait de m'interroger, ^e ih*6taia( tfiuixid det(J-
pies de pikes, d*actes et d^ diflterenti^ p^pJ^s qucrje
, pensars remettre a M, Paul Lesage, i qui f sltfeig ddttft^
rendtez-vous au palais. On me^ fit etitref datts te cabinet
de M. le rapporteur, et ttia isurpris6 M ^lidfr eti ftie
trouvant eti presence des deux flfe Rcmy, de Mv Bauei*,
aiicien avou^, beau-pfere d'Henri, et de Favcm^ du d6ii-
teur Pelletaii. M. Paul Lesage m'avdt pr^verrue qn6
. ^assistances me serait refus^e^ la ju^ce Aafit coifrfre fes*
ali^nes, et j'en eus presque la certitude en me? tdyaht'
coiivoquteainsf pourl^jugefneftt' k I'endfe, i^ft^ rttes
conseils et seule contre ces hommes de loi.*
D'autre part, M. Barroujt; ^nd^^tedlgttf'S^tms,
■mmHMI^
TT"
^"m"
V -,' /
T-T
336
Mlfe^OlRES d'UNE AL1]BN6E,
alors directeur de Charenton, se pr^sentait aussi eomme
partie adverse, et M. Lebloftd, le rapporteur, * lui fit
uiie masse de politesses, 6vitant de me parler,-de m'6-
couter et m6me de me regarder. M. Barroui pourtaat,
loin de m'^tre hostile, se montra tr^s-sympathique ;
du ^loins k cette stance, ou il n'6tait pas persorinelle-
m6nt en cause. ' , - •
M. Leblond ayant lu Facte d'accusation, le trouva
grave, k cause de la declaration faite par M. le presi-
dent Vilneau que « f avals ete placee sous un faux
nomj et que ma mort avait ete annoncee sous mon
nom civit et connu. "» Mais il ajouta qu'il n'avait en
main qu'une copie, et que par consequent la pifece 6tait
douteuse. Je demandai vingt-quatre beures pour la
foumir de la main m^me de son auteur. EUes ne m^
furent pas accordees. ,
Jean Rouy, interroge, d^clara que sa grand'm^re
s'etait separee amiablement de son grand- p6re, qui
avait des maitresses de tons les cdtes ; que Tune I'avait
gratifie de deux filles, moi et une autre ; que par con-
sequent j'etais fille adulterine et n'avais aucun droit au
nom de Rouy. J'ai voulu mettre nds actes sous lee
yeux du rapporteur ; il m'a dit d'attendre, que le bu-
reau allait se reunir et que nous nous expliquerions
devant lui.
Je les lis voir alors k Jean Rouy, ainsi que le juge-
ment. II dit :
— Justement I }ustement 1
// ^- , -'^ ■
/
r
' CHAP. XV'. — REFUs d'assistance jtjdiciaire. 337
— Justeraent quoi ? Ne save^-vous done pas que vous
avez ^pousd |ili^« Rouy ?
11 courut k la fen^tre d'un air effar^, pour bien voir .
probabienrent quel 6tait le nom de sa femme. II revint
Toreille basse et me remit le jugeioa^nt en silence.
X'avou6 du docteur Pelletan dit alors que I'assistance
m'avait 6t6 refugee en 1869.
' — Comment? s'^cria M. Leblond en sonnant vive-
ix^ent el; demandant le dossier indiqu^.
— De plus, ajouta Tavouifej madiime a 6t6 enferm^e
par le fait de Tautorit^.
— Mais alors, M. le docteur Pelletan est hors de •
cause?
-- Tout k fait.^ ,
— H n'y a eu aucune intervention de Tautorit^,
dis-je. . '
— ^ Si fait, me r^pondit imp6rieusement Tavou^.
II montra des lettres sign^es : Sathan, TAntechrist,
la filleule de Pierre, M"« Frangois, etc., en disant :
-*- Vous voyez par ces signatures qu'elle est foUe.
— Ge qui n'a pas emp^ch^ le docteur Pelletan de
les bien comprendre, dis-je indign^e ; donnez-en done
lecture.
II les remit dans sa serviette en me regardant ironi-
quement, et donna ^ lire une lettre de quatre pages
adressee par mon fr^re k M. Pelletan, et une de ce
dernier.
M. BarrouXy curieux de les connaitre, se leva etalla
338 ' MEltfOlRES D'tmE AUlB&JjfiE.
— ., — ., , ^-^_^
les lire tout featit, en sorte qu6 j'entendis des inferhies
pires encore que celles qui avaient 6te ^crites a M. et
M™« le Normant des VaranneS et k M. Boi«bourdiia. Gela
datait d'e 1869. Man frSr^' cherchait a me feirft dfeilarer
de nouveau folle et donnait ttfi docteui? Peltetan les ren-
seignem^nts sur lesqueb il poutaifc s'apptfjer pour se
defendre, lui disant que j'6tais m tPftilement eotome
follfe lorsqu^on avait ptis le p?trti de m'^elifeffmer, aprfes"
des alternatives de mie«x et de plus maL Le doctetw*
Pelletan, de son cM^, 6cmait in^avofir s^igrtie hit-
m^me pendant plus de six semaine^. Ghacfue Ibie qufi
je voulais parlef*, oft me diftaJI : « Attettde». > M. Bar-
roux t^moigna qu*il n'y avait a Gharenton ni demande
d'admission^ ni trace d'aucune autorit6 ; qae m^me le
minist^re Tdvait fortement r^prtmand^ k ce arujet, mais
qu'il n'y 6tait pas alors et que ce n'6tait pas de sa faute;
On lui a demand^ 6e *qu'et^ient les cer^c^U ; M a r6-
pondu € qix'iU etaieftt au d^lire. »
Nous soi-times du cabinet de M. Id rapporteur,
et peii( apt^s uti huisster nous introduiaii derant le
bureau.
M. LfebloM 6t un rapport fort malveillaDt pour moi,
acceptant toutes les affirmations de mes adversaires, et
conclut en disant que mon instance avait' d6j^ 6U re-
{Jouss§e Fannie pr^c^dente.
— Alors pourquol nous la j^r^enter ? dit le pre-
sident.
t'assistance judiciaii^ m^ fut reftts^ s^aiioe tenante,
.._ii
» •
\
^ CHAP. XV. "- liEFtS Df' ASSISTANCE .rtUHClAIRE. 330
^i— l^fc— ■^^■^■^^^■^■M ■■!■■■■ ■■■,■ ■ mmmm. ■ , ■ - |- 1 - i .i L . . _■
€t notification me M feitef de ce reftis le 10 niai sui-
vant, bi^n que M. Vilneati etlt 6crit le 2 une lettre dont
oh avait fait legalii^6fr la sigiiature, et qui co^firmait et
compil^tait ceile dont j'avais donti<§ la copie.
— 'Votiig poUrsuivreK? tne dit en sartant M* Bar-
— Certes ! je n'ai essay6 de la conciliation que pour
n*avoir rien a me reprocher. Je vais porter plainte cri-
mineilement.
— De quoi vis-tu V me dit Jeani
— De charit^s.
— Cela ne peut durer toujours ; si j'avais de Targent,
je t'aiderais. '
— Cfela serait gracieiiS^, apr§s ce que vous avez tons
fait!
— Ne 8uis-jfe pas ton beau-frfere ?
■^ P.eut-^tre ; il n'est pas bien stkr que je sois la soeur
de ta femme.
— Qu'est-ce que cela veut dire ?
— Qu'il y a eu beaucoup de versions sur inoi et
qu'il faudra savoir ce qu'elles signifient. Mais en ce
moment, peu importe de qui je suis fiUe ou soeur ;
c'est la raison pour laquelle j'ai 6t6 enlev6e de chez
moi, enferm6e, d6valis6e, qui est importante. La se-
questration est tout. Quant au nom; c'est une affaire
civile, et pour peu que vous teniez k ce que je ne sois
pas Rouy, on pourra avoir un procfef , apr^s I'affaire de
la sequestration vid^e.
,'/'
S40
MIEMOIRES D'UNE ALI^N^E.
II nous quilta assez penaud. M. Barroux me recon'-
duisit jusqu'en dehors du palais, me rappelant le pass^^
se^ bon& offices, etc. Je Ten remerciai et, en rentrant
chez moi, j'^crivis k mon frfere une lettre ou d6bor-
dait toute mon indignation et que je terminais ainsi,
apr^s lui avoir retract les faits tels^ qu'ils s'^taient
^ passes :
Alors que je vivais de mon travail, vous m'avez jet^e dans un
^me de douleurs ; vous avez sem^ sur nous tous, le scandale et
le trouble.... R6coltez le trouble et le scandale! Couvrez. votre
fils, qui respecte taut Thonneur de la m^re de sa femme, de
I'honneur de la voire I
Quant a moi, je suis Hersilie. — C'est le seulnom qui me soit
n^cessaire.
Mais jusqu'a ce que Topinion publique, la: justice divine et
humaine aient decide entrenous, je serai
V6tre victime,
Hersilie R0UY»
/ ■/
CHAP. XVI. — I>fiTITION AUX CHAMBRES. ' 341
CHAPITRE XVI
Petition aux Chambres* •*- La dMaration de guerre.
Retoor & Orltana.
Que devenir ? J'6crivis au comte de Chambord, lui
racontant mes tristes avenlures, lui demandant de
m'accorder la place de pianiste de Sa Majesty d^chue,
dc qu'on avail dit Mre mon fr^re, et qui T^tait en effet
par Dieu etpar le malbeur. »
Le 16 m^i, j'adressal une p^ition aux Cliambres ;
celle du S^nat resta dans les cartons. « II n'y a rien k
attendre de cette assemblSe de ramollis, > m'6crivait un
ami qui en avait fait Texp^rience. « Ne savez-vous plus
quel est le genre de dements qu'on appelle la division
du SSnat a Cha^enton ? » ,
Ma petition a la Chambre des d^put^s eut un meil-
leur sort. M. Dr^oUe fut charg6 du rapport «t s'en
occupa avec autant d'activit^ que de bienveillance.
M. Paul Lesage, bien au courant de mes affaires, avait
fait un tri des pieces qui devsdent lui Stre soumises et
le vit, avec M. Garsonnet. Gelui-ci se donnait 6nor-
34^ " iCfeMOIRES D*CNE ALi6n£E.
mement de mouvement et, a force de stitnuler les
uns et les autres, avait fmi par int^resser a la question
des ali6n6s MM. Gambetta et Magnin, qui avaient d6-
pos6, depuis trois mois d6ja, un projet de loi sur la
mati^re. M. Gambetta ^tait malade ; mais MM. Magnin
et Glais-Bizoin avaient repris chaudement cette propo-
sition, avaient obteifu un tAppoti favorable, et les bu-
reaux avaient nomme une commission sp^ciale pour
s^en occuper, De plus-, la commission des ali^n6s, dont
rimp^ratrice Eugenie 6tait pr^sidente d'honneur, avait
entendu M. Garsonnet, lequel avait eu 6galoment une
audience d6 M. le gardft des sceaunc, et en plaidant
la^ question g^n^fale il n*atait pas otrblifi la mienne.
M. Dr^olle aVait ^u la bcmt6 de m^ rtic6voir un joui'
au Corps I6gidlatif pendaftt lal s(6attce, et de m'^outef
avec la plus encourageante 3 j^pathie.
J'^ais en rapport avee M. l6 doctenr Thuti^, avec
MM. Jules Claretie, SauvestrS, Az^ddo, Duvewioy,
mon ancien professeur an Conservatoire, qui eut la gra-
• cieuset^ de m'appoft^r sea nouvelles compodititrti* ;
avec bien d'autre^ encore, avocats, jotiflisiliaites, tfi§*
decins, hauts fonctionnaires, etc.
Parmi left? pefsonnes que je revk alor» se troutait
M. le ddcteur Octave LbuiHier, qui m'avait rendu diver*
petits services lorsqti^ j'^ais k Mar^vllle, entre aiiiresr
de garder de^ lettre« pr^euses pout m6i et dont je
craignais justement d*Hre dfipotdll^. II tne les slvait
rendue* ausjftitdt ma miise en Hbdrt*. II Aait venil me
CHAP. :tvi. ^— PBT
roir ft pi usieufg reprises depuis mon sSjour ii Pnris,
A'HVciit pr^eolee k sa mere et eut ratnatiiLiti!' <l? m'ln-
yjlcr k sa messe de manage, CMoit en jtiiii 1870. J8
I'y pendis et ne fus pas p6u ^lonniie en me lroiiv«nt
feee A face avec }e doctmii' Pellstsn, L'impresaion <{He
Itti fit ma presence ne petit 6tre inieux rendue que
par ce passage d'une lettre de M. le doclem* LhuiUier ;
I Bm kpMrd bizarre voiilot que J'euBBo potir premier I^inoin de
icKaa oelui qui Tut lii Caasa premiere de voire mai'tyre. Qne de
bb jo rappeiai ce fail \ ma fpinmel En vefiaiit u\e firire »o9
OixnpKiiients fi k sacrislle apres i» messe de nncui^, vans appa-
WM Imt & coup H Pellelan, qui ful lellemeiit i^mii qii'il d<-yliit
IQnseomme un citron et s'empeira dans In queue de la rolia
B~ H nrari^e iu point que je erm )e voir fombep par tern -, il
^-longlempg pauF renieltre f,es espritB troubles. Hlon qufi
!e t^i rait pi'ouve cgmbien il eiail cmipaUle.
(M 6bit trap pr^ de la fiB <Tfl la sesaioS pour que jc
lusee^p^rer une solution de mon alTaire; Mpendant
if. fir6olle tenait eSsentiellement k m >iaisir la Cham-
iMi el, outre l«« H^put^s da Loiret, j'Ctais aH^un-e de
l)U)Ui d'uii cert^D nomlire de leun colie^ues. II ]r
urait plusieurs autres petJiioQs analogues k In mlenne ;
■n dehOTE de la (jne^lion At ^^({UfWl rftlion apbl-
II y avail d.ins mon fllTdtr^, »ln«i qu« wifl
tkVail fcfil M, Lanjiiinaii, < nn fait J'tjna cxtri^irM
vitA; rHni d'une s^ueftrdlion wun nn autre nom
6 )e mieti. >
t :J> 1ft juiltet 1870 huix I': ,,i»nT fiit/- par M. Itr^ll",
342 MflMOTRES D'UNE ALIENEE.
memGnt de mouvement et, a force de stimuler lea
uns et les autres, avait fini par int6resser a la questioti
des ali^nes MM. Gambetta et Magnin, qui avaient d6-
pos6, depuis trois mois d6ja, un projet de loi sur ^*"
mati^re. M. Gambetta 6tait malade ; mais MM. Magn-i^.
et Glais-Bizoin avaient repris chaudement cette propo -
sition, avaient obtenu un rapport favorable, et les b "■-*"■
reaux avaient nomme une commission sp^ciale poi-X^^
s'en occuper. De plus, la commission des ali6n6s, do^^^
rimperalrice Eugc^nie 6tait pr6sidente d'honneur, avoti*
enlendu M. Garsonnet, iequel avait eu 6galcment u«^^
audience de M. le garde des sceaux, et en plaidaxit
la question g6n6rale il n'avait pas oubli^ la mienme-
M. Dreolle avait eu la bont6 de me recevoir un jour
au corps I6gislatif pendant la s6ance, et de m'^coutei*
avec la plus encourageante sympalhie.
J'6tais en rapport avec M. le docteur Thuli^, avec
MM. Jules Glaretie, Sauvestre, Az^v6do, Buvemoj,
mon ancien professcur au Conservatoire, qui eut Ja gn-
cieuset6 de m'apporter ses nouvelles compoditionfl;
aveci bien d'autres encore, avocats, journalistes, m6-
decins, hauts fonctionnaires, etc.
Parmi les personnes que je revis alors se trouTait
M. le docteur Octave Lhuillier, qui m'avait rendu divers
pctits services lorsque j'6tai!= a Mar^ville, entre autres
de garder des lettres pr^cieuses pour moi et dont je
craignais justement d'etre depouill6e. II me les aiait
renducs aussit6t ma mise en liberty. II Aail venu me
' k p)u8leurs reprises depuis mon ?(tjour h Paris,
b>Bit pr^nl^ a sa mfere et eut ramabilitfi He m'in-
^iisa messe de manage. G'^tait en jitin 1870. Je
>^retidis etne fus pas peu ^tnnn^e en me Erouvatit
* i face avec \e doeleur Peiletan. L'impresBion que
pt (na pr^aance ne peul fetre mieux rendue que
e d'une leltre de M. it doct^nr Lhuillier :
hkfWerd Mzarre vouIdI qne j'eDsse pour pramier Idmain de
K COIaE qui rut la caosa premiere tie Tatid in;irtyre. Qua de
U n)tpe1ai ce fait & mn rcmmel En vehant me Mre voa
pteents a la aacrtstie apr^s la messe dc nocett, vous appa-
ttont i coup a Pelielan, qui Tut lelleffi'eiit emu qj'il devlKt
^ jfflmme im citi-on et S'empftra dans la queue da la roba
I'iMrlfe ati point que je eras le voir tocubei' par terra ; Q
M»4ongteicp3 pout remeltre ses esprits traubles, Rien que
bt ftit prome comlAen it elail cnupaLte.
I Stent trap prta de la fin de la session pour que je
Kefipgrer une mlnrbn de moo affaire; cependant
BltCoilB tenait eSsDntieUpmetit k en saisir la Cham-
1^, outre les deputes da Loiret, j'etais assuree de ■
^i d'un certain nombre de leurs i!oll&},'ties. II y
1 plusieurs aulres peli'ions analojfues a la mieiiiiB;
) en dehors de la (juestion de sequestration ai'lbi-
», it y avail duns mon affaire, ainsi que me
^ ^Crit M. Lanjiiinais. a un fait d'uno extreme
(tfl; ret'ii (I'line s^queslCalion sous un antre nom
it mien, i
S 16jiiillet-1870 ^tnil le joar fixo par M. Ur6olte,
I
1^
344 ' M^MOiREs d'une ali£n£e.
- II . I. II ■ I ^ ll . ■ ■■ I I I I ■ ■ »■ I
I
la session finissant le jeudi suivant. fea declaration de
guerre avec la Prusse occupait tons les esprits. M. le
garde des sceaux, demandant la parole pour une mo-
tion d'ordre, dit que les rapports de petitions n'avaient
aucun caract^re d'urgence, et demanda de reprendre
immediatement la discussion du budget. M. Pelletan
r^pondit au fninistre :
Nous ne devons pas interrompre nos travaux; le droit de peti-
tion est ecrit dans la constitution nouvelle. n doit Stre respects.
Les . questions les plus graves peuvei^t Stre soulev^es par les
petitions. II pent en venir qui r^clament le redressement
d'un abus. Aigourd'hui m^me, peut-dtre, va Tenir le rapport sur
une petition relative aux incarcerations de personnes qu*on
dit alienees.... L'ordre du jour porte des rapports de petitions ;
on ne pent changer Tordre du jour sur la demande d'ui^ mi-
nistre.
M. le president de Talhouet r^ponditque la Ghatnbre
etait toujours maitresse de son ordre du jour.
En vain M. Dr^olle insista en faisant valoir qu'il y
avait egalement des petitions d'ouvriers, et d'entrepre-
neurs demandant la reprise des travaux , la Chambre
passa outre. , ^
Tout etait done ind^finiment. ajourn^ ; ce n'^tait pas
seulement pour moi une question de temps, mais uHe
question de vie. Jusque-1^, grdce aux gen^rosites des
uns et des autres esp6rant voir ])ientdt un secours r^-
gulier mettre fin k ma d^tresse, j'6lais arriv6e k me
soutenir k Paris, ou ma pension etait de 180 /r. par
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CHAP.
XVI. — PETITION AUX CHAMB^ES.
34!
s
mois. Je n'avais pu, le l®*" juillet, donner que 80 fr.
k compte a ma propridtaire, en lui dieant, ce qui ^tait
vrai, que ma tante d*Aix-la-Ghapelle, la mferetle Lau-
rency, m'avait promis de payer ce mois. Le 18, elle itoe
reclama le complement, eh disant que Targent de
Prusse ne viendrait pas, qu'elle voulait 6tre pay6e tout
de suite, et, bien que je lui fisse observer que je ne
m'^tais pas engag^e k la payer d'avance, elle ne voulut
rien 6couter et cria a me rendre foUe, si j'eusse 6t6
— pour mon bonheur ! — ^ capable de le devenir.
' Je qourus chez Laurency ; sa mfere^ a'u d6sespoir du
depart de cinq desespetits-fils pour I'armeeprussienne,
ne pensait plus gu^re k moi ; lui-m6me 6tait tiraill^ de
tous c6t6s. II me donna 50 fr. et apostilla chaude-
ment mes demandes de secours aux rainistferes ; mais
je ne pouvais en attendre le r6sultat. II me fallait abso-^
lument completer la somme r^clam^epar mon bdtesse.
J'allai inutilement phez M. Pi^tri, puis chez«M. Jeuffrey,
demandant k ^ui m'adresser pour me faire rendre
compte des b^oux qui m'avaient ^t^ vol^s k la Salpd-
trifere, ce qui ne pouvait ^tre contests, caril y avait
eu inscription au registre de ce que j'y avals port6,
et rieti ne m'avait 616 rendu. II me dit que cela re-
gardait un chef de bureau de T Assistance publique,
M. Havet. Gelui-ci me re^ut trfes-bien, me dit qu'il me
connaissait parfaitement et qu'il ne m'avait jamais crue
folle ; qu'il avait lu mes lettres et avait d6clar6 que
j'^tais exasp6r6e et n'ecrivais ainsi que pour me moquer
\
f^t^ HifMO\Kf» D'C!fE AU^^TEE.
du mondt!, \iit\iiA ! pourquoi les medecins ne m^avaient-
iU |iaii ju^^f; corame lui? Mais il m'apprit que les alie-
n/iii li i'liiititxi piuH du ressort de M. Husson et avaient
/^t^ \}\iH'^:ik dans I<f8 attributions du prefet de la Seine.
\\ me c^induinit k ril6tel-de-Ville, ou un M. Danbie me
dit quo je )>ouvai8 faire mes reclamations k M. Gobert,
diroctfiur de la Sal[>^tri^re, et s'il ne me donnait pas
HatiHlkdiou, rn*adr6&Her au prefet de la Seine ou au
\n'(^U)i do [lolice. Je rentrai chez moi, ne. pouvanl plus
truUiorni ntcH jurnbe^, ni mon corps.
Ju {'('partis lo Irndornain et retoumai chez M. Pietri/
qui y M\i cettc foia ot ine re^ut parfaitement, grice
au noiu de Lnureiioy, qui lui avait adresse ma.demande
de st'ooura. 11 mo dit avoir remis cette demande a
M. Pasial, si'crt^tairc de M. Conneau, qui tient tous
lei^ stcours. Je nioutui chez M. Pascal ,. qui poussa
de;^ 8oupiri^ en diisuat qu'U aurait voulu £ure plus &h&
(|u'il avait vu le uoiu de Laurency, mais que jamais
ou u^a Ote si nialheureux; que sa caisse ^lait a sec;
qu'ii ne pouvait me donner que 50 &., et encore que
cette 2$oiume ne i$e duutxait que tuus les ans. 11 a ete
ibrt poli, m'u «;ardtMj dans sou bureau jusqu'a ce que
rargeat tut pr^t a la caissse Je rentrai vite solder
mott hotesse et me truuvai avec 15 fr. en poche, mais
assurOe Ju vivre et du convert pour jusqu'a la fua du
mois.
J'allai voir M. Jolibois, cooiuiissaire du gouveme-
m&oL, charge d^s informatioas a prendi-e au ^'^ de
II
» \
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f
CHAP. XVI. — PET^ITION AUX CHAMBRES. 347
\
ma p^tion^ at ki deaiaodai de m'eoiendre, lui difiant
4quei pokxt la gOuvernemeBt ^it abus^ par leg bu-^
reaux. li eie r^(widit qu'ilm'^couterait tr^a^vol<Mitiei'6^
mai5 sanilemtmt quand , ma pi&tition se^ait sur le paifit
de passer, .paree que d'ici la U aurait tout oublie s'il
s'^i occu|)aH inaiutenaat, Tous ceux que je vis, a¥a^
cats, depute, iourualist6« , foBctionamires , na'-ea
dirai^' autaat. Oaavait bien autre chose en t^ qua
lea aliau^s !
Je De savais positivement ou alkr, ni que devenir^ ue
vouiaut pas 6tFe uue charge illimit^e* pour mes bon$
amisd'Orleaua, dont le iik ain^ par tail comma fioldai
par Tappel anticip6 de ia classa k laquelle il appe^ie*
nait. Ces admirables amis avaient fait tout ee qu'ou
peut humainement faire.
J'eerivis et ii% ^riine de toua cdtes a d'aacieanes cou-
«
naissances riches qui pouvaient me donner uu abri
da^s UQ coiii de leur chateau : au comte de Chalais,
pr^idaut d'uae soci^t^ de eecours aux ali^oi^d ;
j'adressai une demande de secours k rimp6ratrice et a
H. Husaou. ML. Laureacy se chargea de les envoyer.
M^Pi^irl m'avait pramis de recommander chaudemeat,
au nom deTImp^ratrice, « qui ne s'oocupait pas de
ces details y ^ ma demande, quHl serait charge de
transmettre au miuist^re de riat6rieur.
Je cherehai moi-meme un etablissem(Mit ou Toa
voulut me recevoir. A Sainte- Ferine, on n'entrait qu'en
payaat^ et il lallaU etre s^e de plus de ^oixante ans.
V
338 ' M^ItfOlRKS D'trifE ALlfiNfiE. ^
, . , ^ : :
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les lire tout hatit, en soite que j'entendis des itthrfries
pires encore que celles qui avaient ^ 6crites k M. et
]if»e le Normant des Varanne^ et k M. Boisbourdifi. Gela
datait de 1869. Man frhr^r cherchait a me fkire d^feclarer
de nouveati foUe et donnait ttn docteur Peltetan les ren-
seignements sur lesquelsr 11 pout ait s*apptfyer pour se
d^fendre, lui disant que j'6t^s eir traiteinent eomme
follfe lorsqu'bn a-^ait ptis le pfirti de pQ'efilwmer, apr^s'
des alternatives de miettx ei de plus tmh Le doc^tetir
Pelletan, de son c6l6, ^crffait in^avoir s^igriie lui~
m^me pendant plus de six semaine^. Chacfue fois qu«i
je vouliDiis paries, oft me disaH : « AUende». » M. Bar-
roux t^moi^na qu'il n*y avait a Gharenton ni demande
d'admission^ ni trace d'aucune autorit6 ; que m4me le
minist^re Tslvait fortement r^pHmand^ k ce srujet, mais
qu'il n'y 6tait pas alors et que ce n'6tait pas de sa faute:
On lui a demand^ (ie 'qu'etaient les certiifieaU ; il a r^^
pondu € qu'ils etaieftt an d^re. »
Nous sortimes du caMnet de M. Id rapporteur,
et peti apt^s un huis^er nous iairoduiiaH derant le
bureau.
M. L^bloftd fit un rapport fort malveiUaDt pour moi,
acceptant toutes les affirmations de mes adversaires, et
conclut en disant que mon instance avait' d6j^ 61^ re-
pouss§e I'ann^e prdc^dente.
— Alors pourquoi ndus la presenter? dit le pre-
sident.
t'assistoee Judicildi^ me fUt reftisM s^aiioe tenante,
^ -» ■ f
^ /
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CHAP. XV. -^ ItEFCS ry'ASSISTAXCR JtlDlClAIRE. 339
0t notification tne fut feitel de ce reftis le 10 niai sui-
vant, bi6n que M. Vilneati etit 6crit le 2 une lettre dont
oh avait fait 16galiiseff la sigiiature, et qui co^firaiait et
complletait celle dont j'avaig dontid la copie^
*^Voud poUi^suivrfez ? ttie dit en sartant M. Bar-
roui. '
— Certes ! je n'ai essay 6 de la conciliation que pour
n^avoir rien a me reprocher. Je vais porter plainte cri-
mineiletnent.
— De quoi viis-tu V me dit Jean;
— De charit^s.
; — Cela ne peut durer toujours; si j'avais del'argent,
je t'aiderais.
— Cfela serait gracieus^, apr§s ce que vous avez tons
fait I
— Ne auis-jfe pas ton beau-frfere ?
— Peut-Mre ; il n'est pas bien stkr que je sois la soeur
de ta femme.
— Qu'est-ce que cela veut dire ?
— Qu'il y a eu beaucoup de versions sur inoi et
qu'il faudra savoir ce qu'elles signifient. Mais en ce
moment, peu importe de qui je suis fille ou soeur ;
c'est la raison pour laquelle j'ai 6t6 enlevee de chez
moi, enferm6e, d6valis6e, qui est importante. La se-
questration est tout. Quant au nom; c'est une affaire
civile, et pour peu que vous teniez k ce que je ne sois
pas Rouy, on pourra avoir un procfef , apr^s Taffaire de
la sequestration vid^e.
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350 MEMOIBES P'UNE ALIENEE.
■ ■■■ ■ ■■■ -— -^^— ■ — — , - - - _». -.
Au moment ou je desesp^rais presque, M. Camille
Doucet envoyait 100 fr. pour moi k Laurency au nona
de la Soci^ie des artistes; mon h6tesse m'oiTrait uae
diminution ^e 50 fr. par mois ; j'avais toucb^ I'ipOme
reliquat de la vente de mon mobilier, et je recevai3 h
lettre suivant^ de M.Je president Vilneau ;
Orl6aos, 6 aout 1870.
Mademoiselle,
le suis profoiid^ment toochd de la trlste situation a laquelle
i& ^fou^ vois aujourd'hui r^dviite- Chaque jour s'^vanouissent les
esperaiK^es que j'ayais congues dans votre int^ret. La clotare
pr^cipitee du corps l^gislatif a ajourn^ indefiniment le rapport
de Thonorable M. Dr^oUe sur votre petition et sur celles de
persounes qui, comme vous, ont eu a souffrir dess^uestratioii^
arbitrairesi ou tout au moins irr^gulieres.
J'esp^rais que ce rapport eclairerait I'autorite sur votre posi-
tion sp^iale et c^ue Tadministration, appreciant votre conduite
pleine de moderation et de convenance depuis votre sortie
de Tasile d'Orl^aus, chercherait aulant que possible a r^parer
le prejudice par vous souffert, en vous assurant les moyens
d'une existence modeste, ou tout au moins une retraite conve-
liable dans un ^ablissement charitable oil les justes gosceptibir
Ut^s de votre caractere n'auraient pas trop a souffrir.
,En attendant la realisation de ces esperances, auxquelles je
ne renonce pas completement, je vous adresse un nouveau
t^moignage de Tint^rdt que ma famiUe et moi-mdme nous vous
conservons.
J'aurai bientot Toccasion de voir M. le comte de Pibrac,
qui vous garde un souvenir toujours aCfectueux et devgu^; je
rinviterai a rdveiller les sentiments de bienveillance de M"'* de
S^^nt-M...»
Recevez, Mademoiselle, en mon nom et au nom de ma Qiy^,
•
CHAP. XVL *— PtotlON AUX CHAMliRES. 351
-I ■■!■■■■. Ill- .■ ' --
I
trop souffrante poor r^pondre k votre lettre, Fassurance de m%»
meilleurs sentiments.
J VlLNEAU.
Le bdfi M. Vilneau s'abusait en conservant qtielque
esp^rance en radministration de 1' Assistance publique,
M. Huston ayant rSpondu k Laurency ne pouvoir me
donner qu'un secours de dix a douze fr'ancs. Gepen-
dant j'^tais en mesure de rester encore, de lutter jus-
qti'^u dernier moment, jusqu'a celui ou on chasserait
de Paris les bouches inu tiles, car on parlait d6j^ de la
possibility qu'il Mt assi^gS. En attendant, je courais
les th^Mres qu'on avait rouverts, les caf^s-concerts^
les artistes. Piusieurs, Capoul en t^te, voulaient bien
cbanter mon Cri die peuple quand il serait imprim6 ;
mais oil trouver un Miteur ? Les mieux disposes me
promettaifint de le prendre quand on Taurait chante et
qu'il aiirait eu du succfes Les 6v6nements se pres-
saient de plus en plus terribled... et M. et M™« le Nor-
mant, n'esp6rant plus.rien, m'avaient loue une petite
chambre a Orl^ns, Tavaient garnie de meubles k eux
et m'y pr^paraient un refuge.
Voyant qu'il me fallait abandonner et pour longtemps
tout espoir d'arriver k quelque chose par ma petition,
je me d^cidai, afln de ne pas risquer de me Voir oppo-
ser la prescription, k dresser une plainte aU criminel
eontre MM. I^ouy et PeHetan. Je I'adressai, avec une
lettre, k M. le procureur g^n^ral, le, 22 aoOt 1870.
QuelqileS joui*s plUfe tard, je me rendis ati Palais-de-
/
\ ■
352 MEMOIRES D'UNE AUEN^E* ^
Justice, et on m'envoya an caj)inet de Mrl'avocat g6n6-
ral, qui me regut imra^diatement.
11 avail pris connaissance de la plainte, me nomma
lui-m^me les peFsonnages.qu'elle concernait, et me dit
• avoir envoy6 cette plainte au parquet du procureur im-
perial, en le priant de lui en faire son rapport le plus
tdt possible.
Les ^v6nements se succedant rapidement, il n*a plus
k\k. question de justice, mais de faire ses malles et de
quitter Paris.
D6sireuse de savoir ce qu'il 6tait advenu. de ma
plainte, je priai, en mai 1872, M. Analole Despond,
conseiller general du Loiret, qiii m'a ' seconds en
toutes choses avec beaucoup de z61e, du commence-
ment k la fin de mes revendications, de vouloir bien
s'en informer, et voici la reponse du parquet de Paris :
M. le procureur general me fait savoir qu'aucune suite n'a 6t6
donnee ; les rens^ignements recueillis n'ont pas demonlr^ la
sequestration arbitraire dont se plaint M"« Rouy. — Les pieces
de cetle affaire ont ^t^ d^truites dans Vincendie du Palais-de-
Justice.
II est bien peu probable qu'entre le 22 aoiit et le
4 septembre on ait eu le temps d'examiner la valeur
de mes reclamations. Mais les pieces 6taient de-
truites, et, selon I'usage, on me condamnait d priori.
Les revers se succ^daient : il ne pouvait plus Mre
question de moa Cri du peuple, qui parlait de victoire
\
• - I /
CHAP. XVI. — PETITION AVX CHA^inRES. • 353
V
' I
et de cl^mence. Je le donne ici, k titre de curiosite tout
au moins ; on y verra que mon idee fixe de me faire
rendre justice ne m'emp^chait point de pouvoir m'oc-
euper d'autre chose que de moi-m6«ie. M. Tari)6 des
Sablons, president du comity de souscription pour* les
bless6s^ k qui je I'avais adress^, m'avait 6crit qu'il en
appif^ciait le m^rite et m'avait engag^e k i'offrir a
\lme cle Flavigny. Yoici done ces strophes, dont je n€
puis ici donner la musique, et qui rappellent d'ailleurs
de trop tristes souvenirs : .
LE GRI DU PEUPLE I
I.
- Accourons tous ! L'6tranger nous menace ;
Dans son oi^gueil il l^ve un front hautain ;
Sur noire France il veut marquer sa place
Et nous tenir dans sa puissante main 1
En combattant, appreiions-lui, mes fr6res,
A respecter la force de nos bras.
Courons, amis ! coiirons k nos fronti^res ; \ ^^
Pour le pays devenons tous soldats I ) '
II.
filan^ons-nous dans la luttc sanglante ;
Que devant noUs tout fuie 6pouvant4 ;
Que le marin, sur la vague ^cumante,
A nos accents r^ponde, transports !
Unissons-nous, et que chacun s'6crie
En lui donnant jusqu'a son dernier jour....
N'oublions pas que c'est a la patrie | ^^
Que nous devons notre premier amour ! )
20.
/
(
I
854 MfiMOlRES D'UNE A^tlENEfe.
III.
EMU)ltlei*vous ? la gloire ilous appelle ! -
A. soil accent volons de toute pari;
Que sur les murs d'une cite rebelle
Flotte en tons lieux, flotte notre gtendaicdt
Que i'etinemi coUrbe sa I6t6 ftltlfere ; •
Que de la France il re^oive la loi...
Mais ^pargnous et sa fiUe et sa mere; \ . .
Ayons piti^ de leur mortel eflroi ! J
IV.
Ne pleurez pas! L'honneur, c'est I'existence.
Pour tout Fran^ais connaissant sa valeur !
Nous reviendrons au lieu de notre enfance;
Calmez, mes sceurs, calniez votre terreur !
£coutez bien ! o'est un chant de victoire
Qui dans les airs retentit bruyamment...*
Vive la France I En celebrant sa f^loire, ) . ,
Partons, kmist paitons joyeusedaeiltl ) ^^'
V.
Allons, parto&s I Mais ^uoi 1 mon coBar chanc^Ue,
Et je flechis au moment du depart !
Adieu, ma m^re! adiea! Peine cruellc!...
II faut partirl... Allons. point de retard !
Du combattant gardez la souvenance,
Si pr6s de vous il ne revejiait pas.
Dites alors : t II est iport pour la France ' >> i j^-
C'cst un bonheur qu'un semUable tr^pa^i ! I
D/kHe ti Vannee fran^^ plr H«rs|t$e Aou^-
Le i" aout 1870.
,. 'v ■ r • ■»
_ I
CHAP. XVI. — PETITION AtJX CHAMBRES. * 355
J'avais vaineraent cherch6 un refuge dans lous les
etablissements de charit6 publics et prives ; je voulais,
en prenant des t^rtioins de la n6cessit6 affreuse qui me
r6duisait a cette extr6raite, demanderarentrer daiisun
asile- d'ali6n6s, un paradis, disaii-on, auprfes du d6p6t
de mendicity, seul abri qui me fAt ouvert... et encore -
moyennant quinze jours ou trois semaines de demar-
ches, tandis qu'il m'eiit suffi de signer une lettre
L'Anteghrist, ou de dire que j'entendais la voix de
DieUy pour 6tre aussitot arr6t6e, envoy6e a la Salp^-
trifere et transf6r6e en province. Je savais par expe-
rience comment cela se passait Mes amis s'y
opposferent formellement; cette resolution d^sesp^r^e '
pouvait, malgre toutes mes precautions, etre transfor-
m^e officiollement en rechute. lis me rappelaientavec
instances.
Le d^sastre de Sedan arriva. J'adressai en quiftant
Paris une demande d'admission au d6p6t de mendicity,
afiii d*avoir un gite k tout 6v6nement, et le 14 sep-
tembre je fus installee, 5, rue de la Grille, k Orleans,
tout prfes de M. et M"*® le Normant, qui m*envoyaient
ma nourriture de chez eux lorsque j*6tais trop malade
pour alier m'assebir 4 leur table hospitaliere.
Puis Orleans fut envahi, et les ennemis m'ayant
chass6e de ehez moi a deux reprises, je fus recueillie
par ces devours amis. lis me donn^rent la cbombre de
leur iille absente, celle de leurs fils ^tant oecup^Q par
des ble}5s6s et leur salon par des Prasmens*
I
356 ' MEMOIRES d'UNE ALIl&NEE.
CHAPITRE XVII
P6tition k I'AsBemblde nationale.
Apr^s la chute de FEmpire, M. Dureau avait ^t6
remplac6 k la prefecture d'Orl^aiis par un r^publicain
ancien et sincere, M. Alfred Perejra ; d'autres diront
son admirable conduite pendant la guerre et ses fun^*
rallies, ou I'accompagna toute la ville au plus fort de
Toccupation. Lui et M»^ Dupanloup acquirent alqrs k la
reconnaissance des Orl^anais des titres que rien n^
fera oublier.
J'avais d^ji ^prouv6 la bienfaisance de M. Pereira
comme simple particulier. En attendant que les cir-
constances lui permissent de s'occuper plus efficace-
ment de mon affaire, il 6crivit au Ministre de I'int^-
rieur :
Orleans, 3 octobre 1870.
Monsieur le Ministre, ^
J*ai rhonneur de vous adresser une demande pourM^** Rouy,
dans le but d'obtenir un secours sur les fonds de r£tat; en atten-
yk
I ■ MftMl.....
\
I
CHAP. XVII. — PBJ-ITION A t'ASSEMBLlSfe NATIONALE. 357
dant que les circonstances lui permettent d'intenter une action
enTestitution de valeurs contre radministration de T Assistance
publique de Faris.
La situation de M^^« Rouy, parfaitement ^tablie dans sa de-
mande, merite toute votre bienveiUance, et je ne saurais trop
insister pour que Fallocation qu'elle solUcite lui soit accord^e,
Je prends la liberty de vous indiquer le chiffre de ^00 fr.,
comnye qtmntuniy somme ^gale qui a &t& pr^c^demment
accord^e sur le bddget des beaux-arts.
VeuiUez, etc.
Le pr6fet du Loiret,
Sign6 : A. Pereira.
♦
' Cette demande resla provisoirement ^ans effet.
Je n'entrerai pas dans le detail des mois douloureux
qui suivirent; k chacun suffisait sa propre misfere, et
je roe trouvai complfetement a la charge de M. et de
M«« le Normant des Varannes, chez lesquels je passai
trois mois.
Lorsque la paix fut conclue, je rentrai dans ma petite
cBambre de la rue de la Grille. M. Pereira 6tait mprt,
et ift. L^on Renaud avait 6te nomme pr6fet du Loiret.
M. Le Normant alia le voir pour presser Tobtention du
secours demand^ pour moi par son pr6d6cesseur, et lui
fit en m^me temps Fhistorique de mes malheurs. M. le
pr^fet s'en montra tr§s-6mu,' se fit communiquer les
pieces, d^clara qu'il allait s^rieusement s'en occuper et
quHl me ferait rendre justice. M. Le Normant envoya
ces documents, et au bout de six semaines environ se
rendit au cabinet daM. le pr^fet, afin de savoir cequ'il
comptait faire en ma faveur. Apr^s avoir attendu long-
/
358 JfllMOIftfefi b'UNE ALl6!^6fi.
f — '— ■ .1 ■ ■ ■ , I t
teftfips, fiiit derriander de viniloil' biefi Itii assizer trn
Jour et une heure, §i cela d6rangeait M. le pr6fet de le
refcevoir ce jouF-1^^ M. le Normanl vit venir a lui
le seer^taife particulier, qui lui remit 16 dossi^f .
« II.. le pr6fet I'avait charg^ de lui exprimer tous
sea regrets de ne pouvoir 8'en , occuper ; en rezami*-
nant, il avail reconnu qu'i^ i*agissait^ suHtmt d'uns
question particulier e^ et quHl ne poM&it s'en
meter t >
Et qui done s*Qccupera des questions particiiliferes,
sinon les d^I^gii^s du pouVoir ceiitral dans chaque
d^partement?
J'6crivis pour demander moi-m^me tine audience-
La r^ponse se fit attei;idre ; il fallait sans doute^COil-^
sutlef ati ministfere, et je ne devais pas esp6rer qu*oii
me laissat discuter ma propre affaire, moi, Vdtienie,
devant un homme jeune, intelligent, susceptible d'en-
thousiasme, ainsi qu'il I'avait f6moign4 dans son enjre-
vue avec M. le Normant. On lui prescrivit de m'Acai'-
ter aussi bien que tous mes interm6diaires.
Le 18 mai 1871, je recevais la leltre que voici :
Le Pr^fei du Loiret s'eifipresse d'adre^ser k W^* Rday Id mfttl-
flat de paiement da secours de deuoo cents frtineg qol lui a $1^
accorde par M. le Ministre de Fint^rieur.
II iui exprime en meme temps le regret de ne pouvoir lui
slcc6rder I'audience qu'elle desire.
Ce qu'il y a de bon, c*est qu'on s'empf esse toujoufii
JM
CHAP. XVll. — PETITION A L^ASSEJlkLEE NATIONALE. 359
avec Qioi, m6me pour m'accorder en mai 200 fr. imr
500 demand^s en octohre. Enfin! le plus clair, c'est
(jue j*6tals consignee a la Pr6fectiire et que je n'avais
plus qu'une chose a faire : rep^uveler ma p6titioft,
La voici telle que je Tadressai k TAssembl^e natie-*
nale. EUe reproduisait, en la compl^tant, celle adress6d
^nji Gh^mbres un an auparavant. M^^ Desjardins, fiUe
d'un lithographe orl^anais, present au 3 d^cembre,
eut la gracieusel6 de Tautographier gratis ; feon pfere en
fit le tirage de mftme, et je n'eus k payer que le papier.
C^\9l mQ permit d'eu envoyer uj^x deputes, aux aii^is*-
tres, aux journalisies, k tdus ceux dont je pouvais esp^
rer quelque appui :
drl^ns, 5, rue de la Grille, 30 jailleti874.
Monsieur le President,
Je 3ais M^** Eouy (HersUie), fiiW de rastronomd Giuirles
Ro«y, anort a Paris le 20 octobre 1818.
J'ai tous Ifts actes clvils, religieux, publies, ngie coni^miiii ciis
litre, ce nom, ainsi que tous les papier^ etabUsj^ant ma poififiti-
sioa d'etat, ma position sociale, mon honorabiiite.
he ^ septembre 1854, j'ai el^ enlevee de cliez moi, plac^e a
Chare^ton 8Qu$ le iiorp de ^os^phiae Chevalier, de pao'aiite
inconnus*
Celui qui m'a eiilev^e s*est presente sous le nom de bai'on
de K..., de la part de mon fr^re. II ^tait accompagn<§ d'un por*-
tefaix qu'il a dit ^tre le commissaire de police, auquel 11 a fait
donner ma cl^.
On $'est introduit dans mpn domicile ; on y a tpjat pjris^ fQUMI^i
veruiu.
■ \
\
360 MEMOIRES d'ONE ALIENEE.
On a annonce la mort d'Hersilie Rouy a mes parents et a mes
amis.
J'ai et^ plac^e, sans qu'aucune des formalit^s exig^^es par la
loi aient ^t^ remplies. 11 n'existe ni demande d'admission, ni
proces-verbal du conimissaire de police, ni papier me concer-
nant, ni r^pondant.
. J'^tais une inconnue, aussitot abandonnee que plac^e dans une
liiaison de r£tat.
J'avais surmoi mes actes civils, des papiers de famille, d'af- .
faires, de I'argent.
Les religieuses de Charenton s'en soul ^mparees. Ellas ont
tout gard^ et cach^.
Les hommes officiels, entre les mains des^uels j'ai ^t^ places,
m'ont transferee de Charenton a la Salp^triere. De Ik, j*ai M^
pass^e de departement en departement, comme indigente de la
Seine, sans qu'on veuille s'assurer de mon nom et de mon
identity.
Malgr^ mes reclamations, on a refuse de me confronter avee
personne, de rien r^clamer aux religieuses de Charenton, qu'an
ne pouvait croire capab]es de soustraction de papiers et de
valeurs. '
Toutes les lettres pouvant donner des renseignements sur mon
compte ont ete enlev^es des dossiers administratifs.... ont mSme
disparu, avec des actes milanais, dii parquet d'Orieajas, ou M. le
docteur Lepage, medecin-adjoint de I'asile des alien^s de cette
ville, les avait portes en 1867.
Des inconnus, se disant mon pere, gardant uu strict incognito,
ont ecrit des lettres anonymes aux administrateurs des asiles de
Fains et de Mareville, offrant de I'argent pour moi en 1857i L'un
d'eux a signe : Frangois.
Mon pere, M. I'astronome Charles Rouy, etait mort en 1848,
neuf ans avant ces offres.
On savait si peu qui j'etais, que Tun des m^decins de Tasile
de Mar^ville m'a prise pour une dame Chevalier, qu'il avait
connue autrefois; que diff^rentes parentis m'ont ete attributes ;
que le Ministre de Tinterieur, ainsi que la Prefecture de police,
j^
f
CHAP. XVII. — PETITION A lVsSEMBLEE NATION ALE. 361
a cru que j'^tais une demoiselle Chevalier (a laquelle um juge-
ment interdisait tout autre nom), ancienne maitresse de M. le
baron de K..., qui s'en etait d^barrass^e en la disant foHe.
Afin d'emp6cher mes plainteis et mes , reclamations) on m'a
fouili^e jou^nellement, pour m'oter tout moyen d'^crire; on a
HURjg: MA FEN&TRE.
Ce n'est qu'en 1868, apres ^tre reside enferm^e cinq ans (snr
quatorze) a Tasile des ali^n^s d'Orl^ans, sous le nom de Jos^-
phin^ Chevalier, de parents inconnus, que j'ai pu en appeler a
mon- cousin germain, M. Laurency Houy, chef de division aux
Haras, a qui on avait annonc^ ma mort comme a tons ; faire
venir a Tadrainistration des hospices d'Orl^ans, par Tinterme-
diaire de M. le Norm ant des Varannes, receveur desdits hos-
pices, ce qui reslait des papiers qui m'avaient ^t^ pris a Charen-
ton en 1854, et prouver que j'etals Hersilie Rouy, et non Jose-
phine Chevalier.
, J'esp^rais qu'on allait s'occuper d'une affaire aussi grave....
Mais un certificat de sortie, signe subitement par le m^decin,
chef de.Vasile, m'a mise dehors, sans dbri, sans argent, sans'
amis, au milieu de Vhiver, et malade.
Je serais, dans ces conditions, retomb^e de suite dans une de
ces terribles maisons, ou j'aurais M6 plsic^e daiis nn depot d^
mendicite, sans la charite de ceux qui, emus et indign^s, sont
venus a mon aide.
A peine, etantlibre, ai-je eu reprismon nom et fait connaitre
mon existence, que ce nom m'a ete contests par la voie Ue la
presse, et que des lettres diffamatoires, tendant a me perdre et a
me faire enferm^er de nouveau, ont ete adressees a ceux qui
avaient pitie de moi.
M. le comte du Faur de Pibrac ; M. Vilneau, president de
chambre honoraire a la cour; M. Ronceray, ancien avoue, tous
trois- administrateurs des hospices d'Orleans, et M. le Normant,
m'ont prise sous leur protection et plac^e, sous mon nom civil
d'Hersiiie Bouy, a i'hotel du Loiret.
J'ai adresare mes plaintes a la justice, qui n'a pas repondu ;
L'ASSISTANCE JDDICIAIRE M'A tut REFUSfeE.... LES FORTES DU MI-
21
.>id \iJtJit»*flEs J r.NEi vLiijtfci:.
NiSTKRE if'i'urr STB 7SRMEE3. Zm petition remise an. coTps l^gis-
latif i^lfU iui ^'e sduini^e. -{uanii ui ^pierre. en. ecLilaut, nx^a
iviettf»e <lans une posiUan le plus ezi piu^ duulaureusey de plus
RiTcneillie .lu .noment •ie 'JinTaaan par M. et M** le Normant
d^s Var^nnes. qui seuls ne m jni pom: disantiannee^ qoi depais
C4> moment m oat naume. me iourTT:<&eiit encore, mais q^i out
(Ui loordes charges qui ae .eur perme'.tent pas de caatinuer a le
fair^. je rais m.inquer ie pauu «iar ;e aai <{ae c^hl cpi'lls me
donnenf.
S^r^S EUX. IS SERAIS MORTS DK FAIM.
ie n\«i plus rien au monde. Mi. sance est 'ietruite. Tai prte de
soixant^ ans; j«* ne iAis que devenir. On refusie de me restitner
ce ffoi ma ete pris dans les eiiiA^iibsemeuis puulics places sous
la responsabilite minislenelie. ie ne puis poursui¥re cinlemciit,
n'^fy^nt pas m»^me de quoi manger.
h^nohs^e par to^ut.,^ et da/f^ da maisons de VEUUj par le9
^r^f^ir^i^ d^ ee» matsom, je ne puis esperer ni secoun^ m
J>/<fh/'^^, aiors ()}icna ponrsoit d'octice le maihettreus. qui Tole on
mor<*,/»an dft p'<m poor ses entanls.
i^ 9>i!¥ oh*i^-<»« d'en appeler a la prott^ctioa de FAsaembl^
i\iti'iorm\^. a hi ^faarite, a 1 hnmanite de La presse enliere, poor
(f^mander s^n a33b»Unce, poor la prier de faire im appel aa
cr^nr de Ci»ux qui aaronU je Tespere, pitie de moi, et protested
r/>fvt< en tenant k man aide, eontre un etat de chases livnnl la
V*fferft>,. \e nr/rn^ la reputaiion, le bien de ckacun, a la discre-
li/rn f^u ffferaier venu obtenant LE COSCOOtS ET LA SI62UT6RE
^^"w n^.r>K/j» CttKLCO^ocE-
VmU, Monsieur le President, le malheur que je crots de m<m
d^.vfnr de placer par toos sons les yeox de TAssembl^ natio-
nalft«
I HI rh/ynnenr de tenir toatesles preuYes de ce iia&j'ai le cha-
grin de ytfWt ftotirneltre a Yotie disposition.
Je fiuh pr^te k r^pondre a tontes les qaestions qa'on \oiidra
bien rn'udr^Hn^r et a produire one capie ezacte des pieces an-
theril* — - -*^t en lieo «6r.
f
CHAP. XVII. — P^TIMON A L*ASSBMBLEE NATI0NA1.E. 363
M. 1^ comte Benoit d'Azy est i TAssembl^e ; il peiit attester
que lout ce que je dis est vrai. M. Cochery, depute du Loiret,
Veu^i^ »gre«r« Mctnsieur 1^ B»&si4€«^t, rassm^ce de po^n
La pr^sse exiU6re s'occ\ipa de cette ?iffaire. Plusieurs
jcHaeipauiiL repiwdukkeni ma p^tipQ; cmaiittte.d'aiiiclefl
bienveillants lui furent consacr^s, non seuiement en
France, mais en Belgique et en Angleterre. Je citerai
de^x e^trait^ d^<ceux parus d^ns le Figaro , parce quails
^tftblL^^nt nettem^ut la situation :
fiSjn^leltkeSKL.
Plusieurs jouriianx riveill^nt le souvenir d'une histoire
foFtbizar^ qat,.a plusieiird veprises d^^, a oocup^ilti pvresse.
11 s'ftie^t d'upd d^maisotl^ B#;^lie Hpui^, pim^te de ti^lent,
qtii, QQ 185^, f^t enfermee a Chare^itoii, bou^ le nom de Jose--
phine Chevalier, Quatorze aus se passerent sans que la mal-
heureuse, coiport^e d*asile en asUe, pM iaire entendre ses
reclamations.
En 1868 enfin, sur rinitiative,f|e ])f. \Vi]lpe^, |>jQ^i4enjt a da
cour d'Orl^ans, cette suppression d'etat fut d^montr^e, et
W^* I\o^y fM^ UEti^e en lib^te. Une ou deux fois, sous TEmpire,
elle protesta, par voie de petition; mais, pour dea raisons que
f ignore,, laffaire ^t, pour'ainsi dine, eiouffee, AujoiUTd'hui,
elle r^vi^ni s&P l'«au; il nom^semble que la<;hose^i assez.gt^ve
pour que, d'ofspiee, ^le .pomquet .entMae ^8 fKmnii(ites ,CQ^tre
les pecsofimes qui sdnmt d^ifisgpdes.par ^^^Jlouf commit eom-^
pRo^ lie 49H(^4i^qae9tv«lion.
Fvanm/li&MSNARn*
\
1
364 MEMOIRES D'UNE ALIEN^Er
29 juUlet 1871.
M. DreoUe m'envoie quelques notes au sujet de MU« Rouy.
Aussitot le droit de petition restitu^ a la charabre des deputes,
%Ile en avait us^ des' premieres. M. Dr^oUe fut charg^ d'exa-
miner le dossier, et il allait preparer le rapport quand 6cla-
t^rent les ey^nements de juillet 1870. On suspendit alQrs les
finances consacr^es aux petitions, et M^^" Rouy dat en rester la.
Esperons que, maintenant^ aucun obstacle ne Teinpechera
plus de mettre I'opiuion publique au courant de cette myst^
rieuse affaire. .
Francis Magnard.
Seule, la Liberie^ publia une note d^favorable ; sa
forme acrimonieuse indique bien que le fait dont il
s'agit la touchait vivement et personnellement. En eflfet,
mon fr^re, incrimin^ dans ma petition, ^tait un'ancien
adrainistrateur de la Presse, S'il y a a s*6tonner d'une
chose, c'est qu'il n'ait trouv6 qu'un seul journal pour
accepter la fa^on dont il pr^sentait cette sequestration,
lui, homme connu, influent, tandis que sa malheureuse
soeur, inconnue la veille encore, recueillait d'unanimes
t^moignages de sympathie.
Voici la note de la Liberie :
Samedi 29 juillet 1871.
UAssembl^e nalionale, si nous sommes bien inform^s, doit
discuter un rapport sur la petition d'une demoiselle^ Hersilie
Rouify dont plusieurs journaux ont racont^ Vhistoire.
Betenue comme folle pendant quatorze ans, et rendue depuis
deux ans a la liberty, M^* Rouy proteste centre la sequestration
dont eUe ? ^*^ "^'•♦'•ne, et d^nonce un nombre indetermine
\
CHAP. XYII. — PETITION A L'aSSEMBLEE NATIONALB. '365'
cTahiis du mime genre, dont 11 serait urgent ^e pr^vehir le
retour. - '
Nous ayons sous les yeux la copie de la petition de M^^* Rouy ;
il y r6gne, d*un bout a Vautre, une exaltation extreme^ et la
violence des recriminations, tr^s-probablement injustes,
auxquelles cette pauvre fiUe s'emporte contre V administration,
hontre la medecine, contre les religieuses, nous parait justi-
FIER les conclusions, qu*x>n dit tres'severes, du rapport de la
eommUslQu. Nous ne serious done pas £tonn£s que TAssembl^
nationale ^cartat, par I'ordre du jour, la petition de W^* Rouy.
Je ne sais pas si j'en dois Mre reconnaissante h ses
bons offices et si M. de Girardin croyait proph6tiser
k coup siir; toujours est-il que, sansparler de M. Met-
tetal^ les d^fenseurs de \^ m^decine ali^niste ^taient
nomhreux et puissants k I'Assembl^e et que ma p^ti-
tion allait ^tre ^cart^e par la question pr6alable, comme
uiie chose depuis longtemps jug^e, sans Tintervention
de M. Cochery, ancien secretaire de M. Thiers. II alia
trouver M. Tailhand, rapporteur de la commission des
petitions, et lui affirma que la mienne avait un fonde-
ment s^rieux. En m^me temps, M. le docleur Halma-
grand, I'un des m6decins les plus en renom d'0rl6ans,
qui s'occupait de moi depuis quelques mois dej^, ecrivit
k MC Tailhand; M. Qrespin, maire et d6put6 d'Or-
l^ans, ancien avou^, auquel M. le dormant av^it com-
munique mon dossier, alia trouver son collogue let lui
paria cbaudement en ma faveur ; M.d'Aboville, autre
depute du Loiret, membre de la commission des peti-
tions, s'interposa dgalem^nt, et M. Tailhand Ecrivit
k M, Tihieaa ponr avoir de hii des renseignemeDte
prfecis,
h em reeut i sonhait. de It. Viloean, da If . )b Nor-
mant et d« mot: Convaioca de toute )a gravity de cette
aflaire, et n'ayaat pas le temps de I'itudier sulGsaqriment
avfot la cloture de la seswn. If. TaUhaod retml son
rappcHt & la rentrte, et passant, centre I'ordinaire, ses i
vacaoces i Versailles, 11 se (it commuDiqner moo dossier
au minist^re de I'iDl^rieui'. I
Je dois rapporter ici ce qui s'^tait pasE6 h Orleans
apr^ renvoi de ma petition et la lai^e publicity qui liii I
avait ^t^ accordee dans la presse. I
' Le 25 juillet, deux dames, arrivant de Ifontargts, oik '
elles avaient lu ma petition et y avaient remarqu6 les i
noms de Josephine e( de Rouy, vinrent me voir et s'ia-
former si je n'^tals pas Ohe Josephine Rouy, amie d'une I
personne de leaf connaissance. Nous avons caus6, et
j*a) ^t^ ^tonn^e de la fa^on dont ces dames avaient
compris la poBition et tout ce qu'il y avail de corapro-
mettant ponr le gouvemement dans cette affaire. £lles
m'ont dit que mon adresse, mise en haul de ma peti-
tion, poorrait bien m'amener un sauveur, mai's aussi
des curieux. ■
3e les rangeai simplement dans cette demi^re cat6-
gorie et ne m'en serais plus occup^e, si le leademain
je n'avais appris, en rentrant de chez M"' le Normant
01^ i'avais passe ta joufnte, que sergent de ville, gen-
darme, individu h cravate blanche, daiiie couvefte de
/
\ CHAP. XVII. — PeViTKDN X L'ASfeEMBtiE NATIONAL^:. 367
dentelles $ant yenus aux ^ensefgnements suv M^^* Jos^-o
phine Chevalier. Uae discussk>n de nom s'lSl^ve,
«omme k Th^tet du Lmret. On cherche k persuader k
ma propri^taire, M'^* Michaux, que je suis f<dle. EWe
dit quQ non. On s'informe de mes rhoyens d'exislence ;
ell« r^nd que je suis nourrie par M. te Normant.
« — Sort-elle? remue-t-elle? — EWe souffVe defci poi-
kine, et pensonne ne pcut se phindre d'elfe. d Une
' autre, donl lfen» Michaux n'ia pas pu ou h'a pas voulu
me dire le nom, Tarr^te (kns la rue, fe fkii entrer chez
^lle et lui dit que je vais 6tre ari*^t6e, parce que je parte
mal du gouvernement, que j'accuse des religieuses de
m'avoir pris des papievs, et aussi paree que mon fr^re
est comte de Chambord, qu'il y a eu un enfeVement, etc.
Bref, eHe embrouille tout ; mais il est certain que je
suis espionn^, menac<^e et peut-^tre avertie comme en
1854.
M. VHneau court k la prefecture et n'y pent voir que
le comnaissaire de police, qui lui dit avoir agi par ordre.
Ordre de qui? Du pr^fet, sans doute.
G'est ce que j'6crivis k M. de Pont-Jest, en relevant
quelques 16g6res inexactitudes d'un article fori bien-
veillant pour moi dont il avait accompagn6 la reproduc-
tion de ma petition dans le Figaro, me pla^ant sous sa
protection et.sous celle de la presse si on me falisait de
nouveau disparaitre dans un asile. .
Quelques jours plus tard, M. le Normant 6tait mand^
au cabinet de M. le prefet, qii'il trouva dans une
. . r -I
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368 . MlfeMOmES D'uNE ALlfiNfiE.
'"■ ■ I I _l , ■ I I ^ ^ .... I J I '
V -
grande aviation. M. de Pont- Jest n'avait pas vu de
m^illeur moyen pour conjurer le danger que de le
faire connaitre et avait publi6^ dans le Figaro du
4 aout, ma lettre dont je ne lui demandais nullexnent
rinsertion. M. L6on Renaud ayant dorin6 k M. le Nor-
mant sa parole d'honneur qu'il n'6tait pour rien dans
les agissements du commissaire de police, en re^ut
en retour la promesse que j'allais 6crire au Figaro
une lettre rectificative dont je demariderais I'insertion. ■
J'6crivis la lettre; mais le Figaro ne Tins^ra pas, el
cet inpident, n'ayant pas eu de suites, fut bientdt
oubli^.
Je restai llbre ; est-ce k cela que je le dois ? Je
I'ignore. Trois autorit^s seulement ont droit de donner
des ordres au commissaire de police : le pr^fet, le maire
et le parquet. Nous avions la parole d'honneur dupr^fet
qu'il ne I'avait point fait. Le maire, un de mes plus
chauds defenseurs, ne pouvait 6tre soup^onn^ de cette
mesure, dont il etait indign6. II fut done aver6 que je
restais en butte a I'hostilit^ du parquet, qui ne pouvait
me pardonjier d'avoir signal^ la disp^rition de mes actes
et du rapport du doctfeur Lepage.
La France medicaley ayant pour directeur M. le doc-
teur Henri Favre, mon premier protecteur k Paris, ne
laissa point passer ma petition inaper^ue ; elle fut ac-
compagn^e d'un article ou M. le docteur Lapeyrfere
traitait la question g6n6rale et prenait vivement i par-
tie la m^decine ali^niste :
;■_ , I I
\,
\
. . > . /^
CHAP, XVII. — PKTiTibN A l'as8bmbl6e nati6nale. 369
Le sp^ialUte, disait-ll, n'est au demeurant qu*une (iction et
im danger pour les autrea comme pour lui-m^me .
XJne fiction, parce qu*il suffit du sens commun pour dtre aussi
l>on juge que lui.
Un danger pour lui'mdme, parce que, pr^pos^ a la th^rapeu-
tique de la folie, il arrive, par la nature mSme de ses fonctions,
si pr^supposer la folie chez tout sujet qui entre dans son '
asile; c'est-a-dire a devenir foului-m6me,,^tant Fesdave d*une
id^e" fixe.
Quanc a la liberte individuelle, Texemple que nous venons
d'aj outer a tant d'autres montre ce qu'elle a gagnd a ce
jeu-la. '
Pour en finir a^c une situ&tion aussi nuislble a notre consi-
deration, — et ee sera la notre conclusion, — nous ^mettons
d^abord le yoeu que dans T^conomie de la loi n^cessairement
appel^e a remplacer le regime actuel, le m^decin soit d^gag^ de
toute responsabilit^ affi^rente aux circonstances et conditions qui
seront proclam^es indispensables au recrutement des asiles;
apr^s cela, que chaque asile ait, comme les hospices, un ou
plusieurs m^deeins ordinaires charges, comme dans les hospices,
de soigner les maladies ordinaires, a regard desquelles les
ali^Des*nejouissent d'aucune immunity.
Voila ce que nous avions a dire a propos du fait que nous ve-
nons de rapporter, etqu'on ne manquerapas de retourner centre
notre profession.
Docteur Lapeyrere.
Le 12 aout, la France medicale ins^rait une r^ponse
jiu docteur Laurent qui, ali^niste lui-m6me, prenait la
-defense du corps entier centre M. Lapeyrere, dont il
ine contestait pas la bonne foi, mais la competence, et
dont il raillait la crMulit^ k mon sujet. II continuait
^insi :
Or, le fait en question est on ne peat pAus invraisemblable, et
21.
370 MiSMaiRES D'UNE ALI^Nfe.
celai qui a r^fl^chi an tant soit peu au fonctionnement d^s
asiles dJalidnes, apr^ lecture . de la loi el des r^glements qui
r^tssent les ^tablissemehts, tie peut admettre un seul instant la
possibility d'une pareille suite de m^prises et d*erreurs de la
part d'hommes honndtes d'abord, cotnpri^tents eusuite en mati^re
d^ali^nation mentale. II faudrait supposer la complicity d*un
grand nombre de fonctiannaires, tous passibles devant la loi en
cas de sequestration arbitraire, suppression de correspon-
dances, etc.... ^
« .,. A choque plainte^ on repondait par un redouhlement
de ^surveillance ; in la fouilldit pour lui oter tout moyen de
cqrrespondre avec Vexterieur;x)nallait jusqu'd murer la fenetre
de sa cellule ! ! ! »
A celui qui peut accepter corame r^el u^ r^cit semblable^ les
rdilexions tie peuvent manquer d'abonder c'ontre I'e retonr d©
semblables m^prises. Aussi ]e i)a!f jchroniqueur judiciaira
s'6panche-t-ji lon^uement en appreciations ' accusatrices da
toutes sortesi etc.
-'. . . - ^ ..
Le doeteur Laupent ne se pr^oee^paat pas tie savoir
si ces fails 6taient prouv6s,et s'61evait forte mentcontre
Ifi pr^tentipri emi^e par §o». cpll^ue, ^ue Je ^.ajse^s
suffit pour reconnaitre la folie, attestaat « qvfii Went
pas de mSdecin d'asile a qui il ne soit arrive de
faire sortir des personnes admises sur le certificat de
medecins non speciaZistes, qu'ils reconnaissent hientdt
ne pas devoir etre soumises au traitement special que
reclame la folie^ > et 11 terminait ainsi :
On ne saorait trop rehausser le prestige et la dignity da m^-
decin ali^niste. Et n'en d^plaise au vulgaire, envieux de noire
profession, ce serait aussi TintSrSt de ce mSme vulgaire; car si
4a{nii»)0Bf;iies anntes on avait ^ont^ da^antage les consols de
CHAP. JCVII. -- PETITION A l'ASSEMBLjSE NXTIONALE. 371
toutes fortes da corps medical, lasoci^t^ n*enser&it pas arriv^e
au point de demoralisation que nous consiatons aujourd^hui avec
tant d'atnertbme.
Docteur Laurent,
Ex-mSddcin en chef ct^asiles d^aliienes.
{La fin au prochain numero,)
Voici la riSponse que j'adressai imm6diatement au
docteur Laurent, par rinterm^diaire de la Fmnceime'
dicale, qui Tins^ra daos iscm numero suivant :
Orleans, 5; rue de la Grille. — 14 a'oM 1871.
Monsieur le docteur^
*
Je m'empresse de r^pondre a un article de vous, ins^r^
dans le n® 16 de la France midicale^ en date du 12 aout
1871.
Get article me concerne.
Je declare qne tout ce que j'ai plac^ sous les yeux de I'As-
sembl^e nationale est completement vrai. Je pe me serais pas
permis de porter des plaintes semblables aux repr^sentants de
la nation, sans Stre en mesure de prouver de la maniere la plus
incontestable que tout ce que je dis est exact, et que j'ai plutot
att^nu^ qu^augment^ le r^cit tr^s-restreint que j'ai public.
$i je -n'ai cit^ ni le nom des coupables, ni celui des asiles
dans la petition que j^ai adress^e a MM. les deputes, k la presse,
et dont je voUs envoie un.exemplaire, c'est qu6 j'al cru conve-
nable de ne rendre compte de ces ndms qu'^ ceux^ qui ont le
droit et le devoir de les connaitre. *
Je ne veux ^m^Ure aucune opinion personnelle snr le
compte de eeux qui ont jou^ un role plus ou moins favorable
dans ce triste episode de ma vie.
Je dois seulement dird que j*ai rencontre quelques hommes
de coeor dont le bon vouloir a ti^ entravfi par des dim«'>ultcs
ST2 - M^MOIRES d'UNE AUIiN^E.
administratives, et qui n'ont pu qu'adoacir ma c^ptivit^ tout en
la maintenant; parce qu^on m'avait placee dans impossibility
absolue da rentrer dans le monde, en me depoaiUant de tout ce
que je poss^dais, en ne me laissant Til effets, ni argent, ni do-
micile, ni papiers, ni nom, et en publiant ma mort.
La justice seule pouvait intervenir ; mais c'^tait une caude
extrdmement grave, compromettante pour toos. J*^tais Pari-
sienne, et les administrations de province se refusaient k re-
cliercher le nom et Tideiitit^, a s*occuper des affaires d'une pen-
sionnaire dont le pr^tet de la Seine seul ^tait responsable.
Voilk jce qui m'a successivement fait passer de d^partement en
d^partement, jpersonne ne se souciant de me garder.
Vous le dites avec . raison, Monsieur le docteur : une tr^s-
grande Mg^ret^ preside aux certificats d'aU^nation mentale. Mais
comment sont remis en liberty les individus reconnus avoir 6t6
soumis a tort au regime des ali^n^s, et que tout ali^niste, dites-
vous, a rencontr^ dans sa pratique? Heyoivent-ils un certificat
de non alienation donnant droit a une rehabilitation? ou, pour
manager la susceptibility d*un confrere, sont-ils forces, comma
moi, de sortir snbitement gueris d'une maladie mentale n*ayant
pas exists?
Vous avez, dites-vous, une exp^ience de quinze ann^es de
s^jour comme m^decin dans les asiles d'ali^n^. — J'en ai une
de quatorze amines comme malade.
Vous niez ma correspondance intercept^e, ma fenStre mur^e,
parce qu'il ne vous paralt pas possible ni vraisemblable qu'on se
soit livre a de pareiUes enormit^s.
Permettez-moi de vous dire. Monsieur le docteur, que toiis
les mddecins alienistes en sont la. Du moment ou une chose nfc
leur parait pas ordinaire, its s'^crient : « Folie ! » et ils certifient.
sans plus d'examen.
Je vous prends done vous-m^me en t^moignage centre
vous.
Vous traitez de t naif, le cfaroniqueur jndiciaire qukTSt^^j^chQ
longuement en appreciations accosatrices. >
Vous citezde$ improbabilit^s....
I
1
■•■■ .:-■, ■ • . ■, ' -
CHAP. XVIh — PETITION H L'ASSEMBLEE NATIONALS. 373
J'ai ^t^ victime pendant quatbrze ans de cette ^nanidre de
s'as$urer d'un 4tat civil et mental.
Vous niez des faits, sans savoir ni ou ni comment ils se sont
ac'complis,*sans me connaitre, sans demander le nom ni.des
prefets qui sont intervenus, ni de^ directeurs, ni des doctenrsqui
, ont agi. Vous me condamnez d*un ti^it de plume, sans m*en-
tendre^ sans enqudte !
Parce qu*il existe des malades qui dans leurs divagations di-
sent-des choses analogues a celles que je publie^, s*en suit-il que
je sois foUe et'que ces faits n'existent pas? Lam^decine sp^ciAle
ne peut-elle distinguer la difference qui existe entre une femme
d^nonyant des actes r^eb, de sang-froidf preuves en main,
tout incroyables qu'ils puissent Stre* et la pauvre insens^e avec
laquelle vous et les vdtres me eonfondez ?
Kn vous r^pondant, Monsieur le docteur, je defends a mon
tour ceux qui m'ont d^fendue. Je dis avec vous que la science
alieniste est clairvoyante/ si ses adeptes peuvent se passer de
tout examen ! • ^
' La question d'alidnation mentale n'est que secondaire pour
moi en ee moment. 11 s'agit d*une sequestration criminelle;
d*un placement ^effectue contrairem^t aux lois et aux r^gle-
ments; de soustraction d'argent, d'actes civils, de papiers de fa*
mille et d'affaires, commise par des employed d'administration ;
de ma mort annonc^e dans le monde, sous mon nom civil et
connu, tandis qu*on me cachait sous un autre nom dans les
asiles; et de la spoliation de tout ce que je poss^dais.
Voil^ des crimes, des crimes commis sous la garde des prefets,
des administrations, des directeurs, des docteurs, sous la sur-
veillance et la responsabilite de la justice.
Pardonnez-moi, Monsieur le docteur, si je proflte de Tocca-
sion que vous m'offrez en ' attaquant ma v^racite, pour me
defendre a la fois prds de vous et pr^s des personnes que voire
article doit avoir impressionn^es d^favorablement contre nioi.
Vous me paraissez, tout en cherchant a disculper vos confreres,
etre extrSmement de bonne foi, et j'aime a cpoire que vous ne
vous refuserez pas a un examen s^rieux de ce qui itie conceme.
n
"- \ >'• .
374 M^OIRE& d'une a,lienee.
n sufBt d'un honndte homme pour faire rentrer bien des
hommes 6gares dans la bonne voie, et j'espd're que vous me
permettrez de compter sur vous pour cela.
Veuille^, Monsieur le docteur, recevoir. Tassurance de ma
haute consideration.
Signe : Hersilie Rouif.
Le r^dacteur en chef accon;ipagQa ma r^ponse de
cette Gonclui^ion :
En nous adressan^ la lettre qui nous a vahi ceUe qu*on vient
de lire, M Laurent nous en annon^it une autre qai n'est pas
arrivde et dont rutilit4, au point ou le d^bat se trouve inopind-
ment porte> me semblerait d'ailleurs plus que dottkeuse. J« clo-
rai done la discussion avec cet intraitable et Irop matavis^ cor-
respondant, sans r^pondre k des pkirases toutes faites « * sur la
presse leg^re et sur les journaux de m^decine qui, oubUaxit la
gravity traditionn«lle, vpnt puiser a des sources impures. » Je
rappellerai seuleoient a M. Laurent qu*un fait est toi^ours un
fait, d*ou qu'il vi«nne, ou qu'il se produise, da moins aux yeux>
des m^decins ordinaires. Ce n^est pas ma faute si pour les.m^-
decrns ali^nistes la' marque de fabrique fait seule la quality des
marchandises, ni si cette m^me cat^gorie de m^decins parait»
taut tenir a la casuistique dune ecole qui pretend que c pecht':
cache est a moUie pardonne. »
II est grand temps, h^las 1 de ne plus rien caeher du tout.
' Ddcteur J. L^PEYftftRE.
La discussion en resta Ik^ en effet. Matgr6 mon
invitation k s'assurer, par lui-.m6me et par Texa-
men de mes, pieces, de Texactitude des, fails que
j'avanyais, je n'entendis plus jamais parier du dpc-^
teur Laurent.
.' M
' I"-/ /
CHAP. XVllI. — M. TATLHAMI, PREMIER RAPPORTKUIi. 37;)
CHAPITRE XVIIl
)|[& petition. — M. Yailhand, premier rapporteur.
. M. Tailhand avail 6tudi6 ittoii affaire avec toute la
sagacity d'un magistral experiments, et le dSpouille-
ment de mon dossier au minislfere de rintSrieur lui
avail [apporl6|lapreuve de tous les faits que j*avais
ayancSs.
J'at pasftii uhie ipartie de isa joum^ k Ure^et a noter tousles
4ocuments qu'il renferme (1), — ecrit-il le 9 octobre iiiTl d
M. le I^ormant des Varannes. — Dans leur ensemble ils 6clai-
rent cette malheureuse alTaire d'une lumi^re Ires-vive, et per-
m^tfenl d6 se fait^ Uh« bptni^dh aussi exadte ^ue possible sur les
norpb^eux IncideHls qui .<>Bt signal^ la conduito des divers per-
sonna^es qui ont provoqu6 la sequestration dont M"« Rouy a Ste
I'objct, etde ceux qui Tont autoris^e et maiiitenue. JTy ai trouve
des indications tres-utiles sur la mani^re dotti M)ti et^tev^meAl
s*est effect ue, ainsi que sur les circonstances qui Tout accotti-
pagne.
(1) Je ppssede ces notes si pr^cieusps sur lesquelles Si. Tailhana
a dresse son rapport.
y
I ■
•
376 MEMOIRES b'UNe^AXIENES:.
II n'est pas dotiteux aojoard'hui que cett'e grave mesure a ^t^
prise sans enquMe pr^alable, et qu'elle n'a ete constat^e
par aucun proc^s-verbal regutier. II n'existe aucun indrce poa-*
vant ^tablir que MP* Rouy se soit jamais livree, avant le 8 sep-
tembre, k un acte quelcenque de nature a laisser supposer que
^ s^curit^ personnelle ou celle de tiers fut compromise en quoi
que ce soit. Deux ou trois t^moins, entendus par le commissaire
de police charge de proc^der a Tinformation de 1869, rapportent'
bien certaines rumeurs qui se seraient repandues en sens con-
traire, mais ils ne pr^cisent rien. M. le docteur Pelletan, qui
reconnait ne I'avoir jamais vue ant^rieurement au jour ou it s'est
acquittd du mandat a lui donniS par M. Daniel Rouy, declare
avoir vu dans la chambre de W^^ Rouy des tentures noires qui
en gamissaient les murs, une sorte d^autel orn^ de norabreuses
bougies aupres duquel se tpouvaient plusieur^caisses en forme de
cercueil, recouvertes de draperies blanches.
On sait ce qu'il en 6tait de ces pr6tendus cercu6ils,
-oeuvre de rimagination de ma concierge, dont M. PeK
letan n'a eu Tid^e de se servir qu'en 1869 ; son cerli-
ficat d'entr^e a Charenton eut 6t6 moins vagufe, s'il
m'eut trouv^, comme il I'a dit plus tard, en exta$e
devant eel attirail bizarre qu'il n'aurait pas manqu^ de
signaler.
Un point choquait la rectitude d'esprit de mon rap-
porteur : c*^tait celui des avertissements que j'avais
re^us, et dont les precautions que j'avais prises d6raon-
traient la r^lit6.
Ces avis officieax — continuait-il — ne lui seraient-ils pas ar-
rives de la park de M. Laurency Rouy, son cousin, qui aorait
sorpris dans la conversation de M. Claude-Daniel Rouy lapens^e
4e faire enfermer sa parente, dont il consid^rait oa affectait de
' \
CHAP. XVlTl/ — M.. TAILHA.ND, PREMIER RAPPORTEUn. 377
consid^rer la raison comme profond^ment alt^r^e? £t ce don-
neur d'avis officieux n*aarait-il pas empkry^ rintervention d'one
dame de charity da quartier, M"* de Grozelier, qai ne serait
aatre que la dame noire en question? On a cherch^ dans Ten-
quSte administrative a se procurer le t^moignage' de M^^* de Gro
zelier, retiree a Paris chez les dames du Saint-Sacrement; mais
cette dame, parvenue a un Age avanc^, n*a pu foumir aucune
donn^e un pen certaine, la m^moire lui faisant d^fauU
La letlre de M"« de Grozelier cit6e, chapitre iv, af-
firme de la fa^on ia plus precise que jamais \\ li'a 6te
fait aucune d-marche aupr^s d'elle, et, aiasi que le dit
fort bien M. Tailhand, enl^ve une arme puissante aux
n^ains de liies adversaires.
Mon z^l^ rapporteur rechercha avec soin, dans.le
dossier de I'interieur, quelques-unes de ces lettre's dill-
rantes dont j'avais ^t^, disait-on, si prQ.digue. II n'en put
trouver aucune ant^rieure k mon incarceration.
La premiere mention jelative a cette circonstance tr&s-impor-
tante se trouve dans un proc^s-verbal du commissair^ de police -
du quariier du Mont-de-Pi^t^, en date du 4 aotit 1855, signalant
la remise- a lui faite, par un ouvrier employ^ k la Salp^tri^re, de
trois lettres Rentes par M^** Rouy a son adresse, et qui t^moi-
gnent de la fa^on la moins Equivoque de son aberration.
On a vu, chapitre vii, ce qu'^taient ces lettres; mais
devant les nombreux certificats concluant k rali^nalion,
M. Tailhand, reconnaissant I'inutilit^ d'une lutte oil on
le d^clarerait incompetent pour des faits passes loin de
tout contr6le, dans le secret des asiles, pr^tendait s'en
faire une arme en ma faveur, et en prouvant ma par-
378 ' MBMOTRES D*UNte ALltlNfiE.
faite sanit6 d'^esfprit avant et apres ma sequestration,
d^mojatrer tdute rhorreur de cette s^questratiaii, doot
k ri^ueur et riojostioe m'avaient exasp^r^e au paint
de me troubler momentan6menl Tesprit.
Ce n'est point ainsi que je Tenteiidais ; mais uae
fois qu'il aurait ^1^ proUfV^ of^eiellement, qua je R'^tais
pas folle avant d'etre enferm^e, je me faisais for,t
de prouver, selon ropinion des nombreux docteurs
avec lesquels j'^lais en relation habituelle, que si je
n,'6tais point folle apres^ c'est que je ne i*avais jamais
Mon rapporteur trouva dans ce dossier de minutieux
details sur mes quatorze ann^es de s6questration ; les
letlre^ du directeur de Fains et da pr6fet de la Meuse,
constatant les violences dont j'avais 6t6 Tobjet; et des
pieces qui lui firent me rendre dfes Vabord le nom de
Rouy et dire : oc Je suis tres-fiiiei sur toiU ce qui se
rapporte a Vetat civil, »
Je ne pouvais mieux demander, et il ne me restait
plus qu'a baier de tons mes roeux, a prefiser de tout
mon pouvoir \% rapport k FAssembl^e nationa)e.
Une ann^e enti^re s'6coula cependant en recberches
de toutes sortes, travaux, correspondances, etc. M. et
Mme le Normant all^rent successiveraent a Versailles
conf6rer avec M. Tailhand, lui montrer les originaiix
de mes pieces que je ne voulais k aucun prix confier
aux hasards de la poste. Un photographe d'Orl<^aus,
M. Richou, avail eu la bont^ de reproduire gratuite-
CHAP, XVIII. — n. TAILHAND, PREMIER RAPPORTEUR. 379
I
■ '■ ■■ ^ I I ^" » ■ ■■■ II 1^1 ■■■^■■. I ■■■■■■>■■< ■■■! I I^^Wg ■ ■ *' I ■ ■ ■ ■ I — — — — — ■■■(■■<
ment tties actes, ainsi que le portrait de rall)um, et de
me pftotographier 6galement telle que j'etais devenue
avec les ann6es et la souffrance. Je me plais k recon-
naitre ici Textr^me bienveiilairce que j*ai rencontr^e
ims toutes les (passes de la soei^i6, ou cbacua m'est
fGBVk en aide de sa bourse, cie ses d^arches ou de <son
travail ; sans les nombreux copistes bt^n6voles que j'ai
rencontres, je ne serais jamais venue a bout de Te*
ii<s>rme quantiie de dossiers qu'il me fallait envoyer k
tons ceux qui s*occupaient de moi.
II me vint alors un auxiliaire aussi puissant qu'inat-
tendu. M. le procureur g6n6ral d'0rl6ans, auquel le
ministre de la justice avail demands un rapport sur
mon compte en novembre i868, avait eu le tort ou de
signer trop l^gerement I'oeuvre d'un subalterne, ou de
ne se renseigner que prfes du dooteur Payen. Ce qu*il
avait appris depuis avait bien modifi6 son opinion ; il
i^egrettait ifayoir emp^HS le minist^re de donner suite
a ma plainte, et en magistral int^re, d6sireux de con-
courir a la d6couverte de la v6rit6, il donnait k M. le
Normant des Varanhes la declaration suivante, qui cons-
tate ma suppression d'etat :
Orleans, 3 juin 1872.
Le proewrenr general pr^s la coiu* coor d'appel d^Orieans
atteste, aux fins quil app^rtiendra, que M"« Hersilie Rouy a ete
pjusieurs annees, sous le nom de Chevalier, pensionnaire a
Tasile d'Orieans^ et qu'elle en est sortie sur un cerfificat de
guerison.
Tenaille d'EsTAis.
380 . M^MOIRES d'uNE MJtHtE,
I
11 ]'accompagnait de la pri^re a MM. les directeurs
de Charenton et de la Salp^tri^re de commuiiiquer a
M. le Normant les dossiers me concemant.
Gelui-ci ^ciivait le 5 juin : .
Je viens de passer 'trois heares aa moins a prendre la copie
des curienx documents do dossier de Charenfon, et il abonde en
pieces importantes pour Hersilie ; il y a du Durangel, du Mette-
tal, et curieux; des rapports, des lettres Pelletan, et enfin This-
torique parfaitement constats de la remise des papiers a la
soenr, la date; M. Cochin a agi, et beaucoup. Demain j*espere
obtenir communication du dossier de la Salpetriere.
On comprend de quelle utility ces releves -forent
pour mon rapporteur. C'est a M. Tenaille d'Estais
Element que je dus la communication de mes certi-
ficats d'Auxerre, et de tout ce qui se rapporte k la vente
de mon mobilier.
Enfin, en juillet 1872, M. Tailhand nous ecrivait :
Je Tons promets de faire mon rapport au retour de Vassembl^e
et dans nne des premieres seances. .
Je note ici une grosse afifaire pour moi : mon d^m^-
nagement; la maison de la rue de la Grille §tant re-
prise par le propri^taire, il me fallait absolument la
quitter. Je m'installai, 29, rue des Charretiers, chez
les demoiselles Moufflet, qui purent se charger de ma
nourriture, ayant en m^me temps que moi quelques
autres dames pensionnaires, et chez lesquelles je suls
encore. . ,
M
■ • ■
« -
CHAP. XVIII. — k. TAILHAND, PREMIER RAPPORTEUR. 381
I ' I I ■■ I •■ II II III ■ ■ m ^— ^
I
He voyanl enfre les mains d'un rapporteur qui cher-
cbait si consciencieusement les moyens de s'^clairer, et
que I'ou secondait si bien de tous cdtes, M. CJaude^
Daniel Rouy conipriMa n6cessit^ de se d6fendre et lui
envoya, le 24 octobre,un m6mpire ou, apr^s avoir
I'^edit^ toutes ses calomnies de 1864, 1868 et 1869, il
disait :
Jusqu'a present, disciple bien convaincu de mon maitre et
ami, M. £inile de Girardin,je M^avais, corume ilme le conseille;
r^poDdu que par le m^pris a toutes ces sottises (ma pdtitioh).
Peut-Stre ai-je eu tort, puisque leurs 6chos se sont fait entendre
dans toute la France et que vous-mSme, Monsieur le president,
V6US avez cru devoir vous charger de les examiner et d'en faire
un rapport k TAssembl^e nationale. £h bien 1 Monsieur, vous*
penserez certainement comme moi^dans votre conscience de
raagistrat, qiie I'expression de la v^ritd doit avoir la mdmc
publiciti§ que Tassertion du mensonge,«et quMl ne sera que
de toUte justice de la proclamer officiellement et bien haut.
Je n'en demandais pas davantage; seulement onavait
jusqu'ici accepts comme v^rit^s les assertions de mes
ennemis, ou tout au moins de mes adversaires, car,
excepts mon fr^re dont je ne m'explique pas Tacbar-
nement, je n'^tais en butte k aucune animosity person-
nelle ; on ne m'^ccablait que pour s'exon^rer, et je
demandais k etre jugee sur des preuves. Sauf I'acte de
decfes de sa m^re, qui pouvait 6tre Fobjet d*un juge-
ment rectificatif de mon ^tat civil, mais qui ne modifiait
en rien ma situation presente et acquise, M. Rouy
n'apportait que des affirmations dont la fi^usset^ 6tait
#
382 MEMoiRES d'une alienee.
I
depuis longtemps demontree : nombreux t^moias de
ma folie r^clamant ma sequestration, ses bont6s m^con-
nues, mes prodigal it6s, mes desordres d^conduite, etc.
II xke varie que sur un seul point :. jamais il ne m*a
conteste le nom de Rouy, au grand jamais (1) ; c'est
moi qui ai pris celui de Josephine Chevalier pour nrieux
me cacher, apres ^tre sortie ou m'^tre 6vad6e de la
Salp^triere ; de \k vient qu'on me Fa attribu^ en m*y
r^hitegr^nt. Sans m'attacher k ce qu'il y aurait dB
bizarre a ce qu'un 6tablissement inscrivit sur ses re-
gislres le nom de guerre pris par une feU^ ea rupture
de ban, k la place de celui sous lequel on l^'avait regue,
je renverrai le lecleur aux chapitres xiii el x^v, ou se
trouven^ l<es lettres de M. Rouy k MM. le Normant et
Boi&bourdiQ, et k F^rlicle des Debmts affktnant que je
ne m'appeUe que Chevalier.
Mais M. Rouy comptait sur des appnis plus s6rieux
(1) On salt d qaoi s^n'^tenirsurce point; maisvoici une pi^ce
officiella; c'est la souroission sjur papier Umbr^ ^a suppl^n^ent
de pension paye par M. Rouy a Tasile d'Orl^ans.:
« Ville-d'Avray, 14 seiftembre 1964^
flc Je soussigne, Glaude-Daniel Rouy, proprifeuire, etc., n(i'«n-
(( g«ge, en quality de bienfaileur de M"c Herssilie Chevalier, a
« payer annuelleinent, etc., sous la reserve expresse du silence
« envers T^bligee. »
Ce silence devait ^tre une garantie centre moi; mais toutes
les pieces riie concernant a I'aaile d'Od^ns ftirent transmi^es
adnumstrativement k M. Tailhand, s|ir ^ derpiande.
/ «
\'
CHAP. XVm. — M. JAILHAND, PREMIER RAPPORTEUR. 383
que son ^btfuenee; sur la solidarity 4es bureaux^ des
admiaistrations et 'des mMecins, et en offrant k mon
rapporteur communication de la correspondance, il
ajotttait :
PovLT pouvoir.JQger k fond cotte aifftiire, vous pourriez d'abord
avoir des renseignements de M. Mettetal, votre collogue a TAs-
seoibl^e nationale, qui, bien avant Tincendie de la Prefecture,
a eu toutes les pi6ces en main, qui a vu la demoiselle Rouy, et a
^tudt^ ^On affaire dans ses plus petits diStails et a toutes ses
phases.
Selon M. Rouy, j'avais profile de I'ineendie de la
Prefecture de police pour lancer ma petition en croyant
aneanti « le volumineux dossier on eiaient accumu-
lees depxiis tant d*annees d'incessantes reclamations
folleSy et dHncessants resultats scrupuleusement oh-
tenus et tou jours les memesy toujours negatifs, j> II
se troinpait, en comptant sur cet incendie pour r6-
duire mon rapporteur aux seuls renseignements de
M. Metletal. Le dossier enlier avait 6t6 re mis au mi-
nisl^re de Tint^rieur dfes la fin de 1869, et c'est en le
compulsant, comme on Ta vu au debut de ce chapitre,
que M. Tailhand avait 6tabli son opinion.
Cependant M. Rouy et ceux qui s*6taient rendus
solidaires de ses agissements envers moi, comptaient
si bien avoir convaincu ou intimid6 mon d^fenseur, que
I'annexe au feuilleton n° 358, du 21 novembre 1872,
portait cette mention :
Petitions que la vommiasion, a Tunanimit^, propose d'^carter
• /
384 Ml^MOIRES D'U^^E AW^NfiE^
I
I ' _ . - ■ I
parla question prdalable, conf or moment a Tarticle^da r^gle-
ment : no 381, la demoiselle Houy, a Orleans.
Cette manoeuvre ^choua ; elle n'aurait pu r^ussir qu'en
Tabsence de M. Tailhand^ sur laquelle'on avail compt^
a tort, et dont le rapport etait pr^t. On s*y prit autre-
ment.
Ici se place un fait tellement singulier qu'on aurait
beau jeu pour le mettre sur le compte de mon imagi-
nation malade; heureusement j'en ai pour garant M. le
Normant des Yarannes, qui le tient de la bouche mSme
de M. Tailhand. Gelui-ci avail emporte son rapport a
TAssembl^e pour en donner lecture k ses collogues de
la commission, apr^s la stance. II trouva son porte-
feuille vide : le rapport lui avail ^td suhreptice-
ment enleve; nulles recherches ne le purent faire re-
trouver.
II fallait recommencer ce travail sur nouveaux frais,
d'apres les notes ^parses dans tous les dossiers qui lui
avaient servi k le faire. Membre de la commission des
graces, ainsi que.de celle des petitions, M. Tailhand
6tait accabl^ de besogne, d^couragd peut-^re aussi un
pen par cette preuve d'une lutte acham^e qui ne recu-
lait devant aucun moyen pour emp^cher la lumiere de
se faire.
II s^en occupa cependant, et la lettre suivante
de M. Dumamay, d^put^ du Finist^re, ^ M. le Nor-
mant des Yarannes, prouve que si ce rapt avait re-
tard^ le moment oil justice me serait rendue, rien
I - ' -. ■ 1
1 \
CHAP. XVIII. — M. TAILMAND, PREMIER RAPPORTEUR. 385
n*6tait venu 6branler les convictions de mon rap-
porteur :
, , « Versailles, 7 juillet 1873.
(( .... J'ai bien regu ta lettre avec les documents qui raccom-
« pa^naient, concernant Mii"*Houy. J*en ai pris connaissance, et
« je crois rSver en li'sant I'expos^ des fails contenus .dans ton
« m^moire au procureur g^n^ral de Paris. E»t-il bien possible
« qu'en France, au XIX« si^cle, de pareilles iniquitds aient pu
« se perp^tuer pendant plus de dix ans 1
<( Je connais beaucoup mon collegue, M. Tailhand, president
« a la cour de Nimes, qui est cbarg^ du rapport de la petition;
tt les int^rdts de M^i* Rouy ne pouvaient dtre confi^s a de meil-
« leures mains: M. Tailland est un homme tr^s-6clair^ et tr^s-
<( ferme, et qui jouit d'une grande estime dans TAasembl^e. jfe
« Tai entretenu de cette Strange affaire et me suis assure
k qu*il la poss^de admirablement dans tous ses details. Tu peux
« Stre certain que son rapport signalera et qualifiera s^v^rement
« toutes les ilMgalit^Sidont cette triste affaire abonde ; il conclut
« au renvoi au Ministre de la justice, et tu peux dtre certain
« que ce renvoi sera prononce sans que personne ose elever la
« voiz en faveur des trop nombreux personnages^ plus ou moins
« compromis dans cette affaire. .
« II parait certain que c'est un fr^re de M^'* Rouy qui a pris
(( Itnitiative de cette odieuse persecution; cependant, je ne vois
« pas bien son int^r^t. M**« Rouy n'avait pas de fortune p6r-
^ sonnelle, et je ne vois pas qu'elle fCit appelde a recueillir
c de succession qui put exciter la convoitise de son fr^re. II
(i( y a sans doute des motifs de haine^ou d'interSt que M^^* Rouy
« doit connaitre, mais qui, dans aucun cas, ne peuvent mdme
c altenuer les actes criminels dont elle a ^t^ si longtemps vic-
« time.
<k Nous sommes a la veille des vacahces, et TAssembl^ea tan
■ d'affaires urgentes k expedier avant sa separation, que je tie
<i puis croire qu*aueune stance soit d^sormais consacr^e aux*
22
/
386 MlaiOiaES B'uNE AUBHiKK.
I
I
(( rapport^ de p^titi<m»; ce n'est done qa'a notre rentree, au
cv mois de iiovembre, qae cette affaire pourra dtre soumise a
ci Tassembl^e.
< Je puis te donner rassorance qjie j'y donnerai toute mon
« attention, et que je la recommanderai aussi a rattention de
« tous les eoUdgues aveo lesqaels je .sois en relations.
« A. DniCARMA.Y. >
f
^Gependant, je n'6iaispas seule en jeu'dans cette lutte
sans merci ou Ton ne se faisait pas faute de se servir
d'armes deloyales; on savaitbien cpiels services m'avait
rendusy me rendait journelleoaent M. le Normant, dont
on ne pnuvait r^cuser le t^moignage et les travaux
aussi facilement qu'on eiii emp^che de lire mes lettres
en disant : c Elle est folle ! c'est une affaire deja .dix
foisjug^I >
A diverses reprises on Tavait averti qu'en conti-
nuant a me prater son coQcours, il risquait sa po-
sition, dont il avait le plus grand bescdn .cependant.
Ne voulant a aucun prix abandonner ce qu'il regar-
dait comme un devoir de citoyen et d^honn^te bomme,
mais tenant a se mettre, au38i bien que moi, jsous la
sauvegarde de Topinion publique et de celle paMi-
culi^rement comp6tente des principaux magistrals de
la ville, il leur soumit un resume de mon affaire
avec pieces a Tappui, les engageant a I'^tudier et a
lui en donner leur avis. II s'agisssait la d'un grand
int6rdt g^n6ral, de la liberty individuelle mal sau-
¥egard^ par la loi» de rinsufiOsance et des prices du
CHAP. XVIII. — M. 1»AILHAN0, PREMflfiR RAPPORTEUR. 387
' ' J ill I ^ .1 . ■ ■ I ■■■■-.■" .1 1 .
regime duquel ^laient scmtnii^ les ali^ftds; Mott ta^
particulier n'Stait que la d^mofk^tr^ton de e«$ trkt^H
Deux pr^sidei^ts et sb con^iliers k la Cour d'appei
vinrent, par leur appr^iatioi^ motive, donner une
grands force k mes revendi^^attotts et former autour de
mon d^vou^ d^fen^eor comme une garde d'honneur 1^
garantissant cootre les sourdes nlen^es, les animosit^s
inavouables de eertains personnages qui, sans que je
susse poHxrquoi, m'^faient devenus hostiles apr^B b'^tre
proclam^s bien haut me» prolecteurs. Mais laisson«
cela : je ne vmx me souveftir que cie ceux, biea pluls
honibreux, qui me sont rest^s bons et decourable$ jus-,
qu'au bout.
M. le Normant fit quelque tetnps aprfes un nouveau
voyage k Versailles; M. Tailhand lui»lut son rapport,
auquel il ne restait plus qu'a mettre la derni^re main,
et lui promit de ne rien n^gliger pour saisir le moment
favorable de le porter k la tribune. U lui ^crivait le
10 fevrier 1874 :
Obtenez de IP* Roiiy qu'eUe veuiUe bien patientev encore
. un peu; je tiens plus que vous ne pensez a lire mon rapport.
Gependant, le rapport n*arnvait toujours pas, et
M:**® le Normant se rendit k Versailles pour presder de.
nouveau M. Tailhand. Elleletrouvadans les meiUeures
dispositions et au moment d'obtenir un supplement
d'informations des plus inatte^dues. Orji lui avait pro-
38S i[1s:moire8 d'u^e ali^n^e.
mis communication d'un dossier conQdentiel qui exis-
tail, dtsat£-on, sur mon affaire.
Notre impatience et notre , curiosity de connaitre
ces myst^rieux documents ^taient extremes ; nous en
fiimes pour nos frais. Nous ne piimes m^me savoir si
M. Tailhand les avait vus ou pas vus. Je ne sais si c'est
prevention de ma part ; mais k partir de ce moment,
et des details que M*"® le Normant- lui avait donnas sur
certaines circonstances de ma jeunesse, sur la position
exceptionnelle que j'avais eue a Blois, de 1830 k 1833,
alors que j'y etais institutrice chez M™« de Galard de
Zaleu, scBur de M. de Pradel, chambellan de Louis-
'. Philippe, M. Tailhand n'eut plus aucune envie defkire
son rapport. J'en tro.uve la confirmation dans une re-
ponse qu'il m'adressait le 24 avril 1874 :
Mademoiselle,
La lettre que vous m'avez fait Thonneur de m*ecrire m'a
cause an profoDd sentiment de chagrin.... Vos malheurs pas-
ses, votre situation pr^sente vous ont assure mon plus pro-
* tbrnd devoiiment, et je vous prie de compter absoLument sur
la persistance de mes efforts ppur vous faire accorder en.fin wa
dedommcuiement aux souffrances immeritees que vous avez
stibies.,. -'
Heias I ainsi que je ie pressentais, ce n*etait plus
justice, mais assistance que M. Tailhand poursuivrait
pour moi, et j'en eus la preuve, aussit6t sa nomi-
nation comme garde des sceaux. Son coiiegue de Tin-
terieur, M. de Fourtou ecrivit au prefet du Loiret
CHAP. XVIII. — M. TAILHAND. PREMIER RAPPORTEUR. 389
t
d'en terminer avec mon afTaire et avec moi, en m'of-
frant une pension dont le chifTre fut laiss^ en blanc,
ainsi que je Tai su depuis.
M. le pr^fet mit en mouvement M. Yilneau, manda^
k son cabinet M. le Normant, lui dit que le minist^re ,
6tait dispose ^ entrer en arrangement avec moi ; que ma
petition allait ^tre recul^e ind^finiment par la n^cessitd
de nommer un nouveau rapporteur ; qu'il valalt bien
mieux, malade comrae j'^tais, en flnir, m'assurer une
existence tranquille pour mes demi&res ann^es ; et il
lui demanda quelle pension lui semblait n^cessaire
pqurcela.
M. 1^ Normant r^pondit "que je tenais avant tout k
dtre rehabilitee, k ce que mon affaire fat port6e k la tri-
bune, afin que la justice se pronong^t^ qu'on sut ce
qu'il avait k\h possible d'accumuler contre moi d'abus
de pouvoir et dUtiegalites en quatorze ans de detention
arbitraire, et que je recommencerais patiemment avec
un nouveau rapporteur le travail qui avait amene la
conviction du premier. II demandait done pour moi, en
attendant les dommages-interets auxquels j'avais droif;,
simplement de quoi vivre, 100 fr. par mois. Le minis-
tere en accorda 125 et les fit partir du l^"" Janvier.
Je n'etais pas tout k fait de I'avis de mon defenseur.
Sachant que la consideration se mesure facilementk
Targent dont on dispose, je pensais qu'on aurait eu une
-plus haute id6e de mes droits en voyant un chiffre plus
^leve ^ la pension qui me permettrait d'altendre et de
22.
I
\
390 Mi&MOiREs d'unk alie?
les faire valoir. Mais Tessentiel 6tait de ne pas avoir
entrave ma liberty d'action, et c'est ce que je pr^cisai
en 6crivant sans tarder i M. Tailhand :
<
Orleans, 29, rue de3 Gharretiers, 41 join 1874.
Monsieur le Ministre, v
II se pas$e en ce moment one chose si strange, que, malgr^
mon d^sir de ne pas vous troubler au milieu de vos grandes et
multiples occupations, je crois devoir vovs en infomier; oefai
'tou9 feni coinprendre bieii facilement comment et pourqiioi oj^
%. mur4 ma feudtre alors qu on m'avait sous la main et qu'on
n*avait qu'un ordre a donner ; pourquoi on a cherche a me faire
enfermer de nouveau, a me faire passer pour folle an moment
ou j'ai publie ma petition. On ne Fose plus ; on s'y prend autre-
meut
Je laisse a M. d\M>OYille le soin de tous donner tons les de^
tails *, je me borne a vous dire en h4te que M. le pr^fet du Loire t
a dit: 1* que vous ne trooviei pas i propos de fiiire raon rap-
port, fiiute de savoir le mobile 4I) ayant ponsse M. Koay a me
faire enlever; ^ que M. le Ministre de riuterieor me fait faire
par M. Durangel la proposition d*entrer dans un etablissement de
bienfaisance aux frais de T Assistance publiqoe, a to covtdtiilioti^
9He imire tur le pasfe et de retirer ma peliiion^
Cest M. le president Yilneau qui a ete mis en moovement
pour arriver a cette iransaction a laquelle j'etais loin de m*at-
tendre^ je Tavoue. — Josqu'i present. Monsieur le Ministre, J'ai
compt^ sur voos, sar votre pan4e. Yous ^vea lecUme des se-
cpurs pour moi de M. le Ministre de rinterieur, et lis m'oot
\t) On a th au commencement de ce chapitre (lettre de
M. Dumamay) que ce manque de mobile apparent ne lui sea^
blait pas alors de^nwr entrarer Faction de la justice. Si Fob nx
trMitait pas 4e nbotif seneax. le crime contie mot n'eii etait
pas moins patent, ainsi qite ses desastreuses ix^nsequence^
8f4cune a/adilioa, iiien qoej'ue piis chaqoe
de bien eipliquer que je ne tes rSulamais
lant Ie rapport.
minUlre.- tloa espoir en vans devienl d'autaal pliu
St i ce moment qu'on m'impose le silence el le
petition!
prends rien ; maU le doute n'est pins possible. Torn
parlanl a U. d'AboTille, qui a »a lout U dossier de
>yable aveature.
oa Ti proc^er a la nominition d'uu nouveau i^-
■ petition, J'ose ^perer. JJunsieiir le Mioislre, que
biao 6lre asscz bon pour vous aatendre avcc lui.
^^ uonfler voire ripporl qui, a pail ce nouvel episode, qui
^4<niierB encore plus de poids. reslera ce qu'il est, car jc iic
HVncf* paa tnon nlence. et le rapport se fera.
Tcuillex, Uaniiieur le Mioiatre, agrfer, etc
llefsilie fiou»,
M, le vicomte d'Aboville qui, comnie on le vml,
O'avait cesE^ de mecooliauer ses bons offices, acc^pU
Ifi Ucbe de rapporteur de ma p6tilioii et eut it ca sujel,
a»ec M. Tailhand, une converHation donl le shos reaaort
raent de cefto letlre que je crus devoir lui
ensuite :
Orleans. ^ juilttl IMft^
Monsieor le Minislrc.
H. le vicomte d'Abuville vient de
■a vous avez bien voulu me donner, ^-i.^'iu t
fusion ^venluelle t^ue je doiii u vutre i
jnl^rvenlioii. my sera co'ilim^pe, si ri'-r. ■
iai toli'e d-jmande, veulenl bi^^i
^iler de me faire rrpwittiox. Je ui» 't^itvu-
die bont^ qui vous a djcte ces pvobv, Knwicar !• Minmlif,
\
/
392 M^MOiRES b'une alienee.
je vous 6^ suis profond^meni reconnaissante. Mais le malheuf
que voQS voudriez m'dviter peat arriver par le caprice d*un nou-
veau ministre, ou mSme d'un employ^, et si je ne vous ai plus
]k pour me soutenir et me reiever, je puis Mre bris^e pour tou-
jours.
Ma s^curit^ exige done, non pas un rapport ro^nageant Tun ou
Tautre, mais un rapport mettant sous les yeux de tous les ^pou-
vantables tortures de^vingt ann^es de roon existence, Thornble
position oil je suis, manquant de tout, n'ayant ni un lit ni on
si^ge, que ceux que la charity me prSte. Tant qu'un rapport
n'aura pas fait connaitre les xhonstruosit^s qui ont 6i^ accom-
plies par des fonctionnaires dans des etablissements publics,
n'aura pas constats les crimes qui ont ^td commis sur une
femme inoffensive, le ddsordre et le mauvais youloir dont j'ai
et^ victime, les niensonges honteuz auxquels on a recours pour
m'accabler ; tant qu*il n'aura pas ^t^ etabli pnbliquement qu'on
ne pent me reprocher que des lettres v^b^mentes, ^tianges,
inezplicables, dues k mou excessive indignation et a la position
qui m'^tait faite, je serai exposde a Stre non seulement trait^e
avec m^pris et defiance, comme une insens^e, mais encore a
retomber dans ces gouffres affreux dont je ne suis sortie que
par miracle. i *
Tant qu'une transaction judiciaire ne sera pas intervenue pour
me Taire obtenir, soit a Tamiable, soit par le fait des tribunaux,
une reparation oonveuable et irrevocable^ je serai a la nierci des
bommes qui, depuis vingt ans^ se font un jeu de ma mis6re et
de ma soufiGrance.
Mon rapport se fera done, Monsieur le Ministre ; il se fera le
plus tot possible, car je ne puis m*abuser sur la dur^e d*un
secours aussi ^ventuel, ni m'accoutumer a un repos, a une tran-
quillity dont j'ai si grand besoin, et qui cependant me per-
draient si je m'y laissais aller avant d*avoir assure mon sort.
J'espfere, Monsieur le- Ministre, que le rapport de M. le vicomte
d'AboviUe sera fait pendant que vous dies encore au pouvoif) et
que par vous j'obtiendrai enfin une justice (|ui ne peut m*6tre
refus^e*
CHAP. XVIII. — M. TAILIIAND, PREMIER RAPPORTEUR, 393
Jc ne croyais pas, a^ant port^ plainte aussitdt ma soiiie des
asiles, n'ayant jamais inlerrompu cette plainte, qui est rest^e
'troia arts entre vos mains, je ne croyais pas qa'il pilit y avoir
prescription pour crime, Mais laissez*moi vous le dire, Mon-
sieur le Ministre, je no mets M. Bony qa'au second plan, et ce
sont ceaxqui m*onttenue ehferm^eauzquels je demande compte
avaut tout.
M. Rouy a ^t^ cache pendant quinze ans. S'il n'avait pas ^rit,
s'il n'avait pas agi dUine mani^re aussi d^gradante pour m'acca-
bier, nul ^'aarait songd a lui. U s*est accuse lui-mdme. II se
defend 'par de honteux mensonges ; il se met a couvert sous la
responsabilit^ des autres, e4 s^me sur sa propre famille la honte
dt le seanilale, pour me perdre pr^s de ceux qui s'intdressent k
moi; il s^est adress^, il y a moins de deux ans, a vous-mdme.
Si la justice est impuissante k punir de tels crimes, parce qUe
ces crimes se sont accomplis dans des ^tablissements ministS-
riels et non dans un domicile particuUer ; si elle ne peut faire
obtenir reparation a la victime ; s'il faut que celle qui a ^t^
d^pouill^e se contente d'une aumdne qu*on peut lui retirer, —
qu'est done la justice en France, Monsieur le Ministre?
Laissez-moi alors en appeler d*autant plus a TAssembl^e
nationale, lui soumettre un ^tat de choses aussi efifroyable, lui
demander un secours que la justice ne peut m'offrir ! £t si tout
me manque, M. le vicomte d*AboviUe ne me manquera pas. Sous
sa protection, j'ouvrirai une souscription et jepoursuivrai civile^
ment. Centre ces poursuites, du moins, la prescription ne me
sera pas oppos^e, et Tefifet du rapport aura dmu Fopinion
publique, assez, je Tesp^re, pour sauvegarder mon ind^pendance
et ma liberty.
Veuillez agr^er, Monsieur le Ministre, Tassurance de ma pro-
fonde et respectueuse reconnaissance
Hersilie Rouy.
J'adressai, le m6me jour, la lettre qu'on va lire k
Tad ministration des hospices d'0rl6ans :
t
594 it^aa:<ym£S o'uni> alusni^e.
• ' 1 — — — '■
Monsieur le President,
Messieurs les Administrateurs,
H me ikis ub devoir de vous faire connaitre qu'fr la re^pi^e
de M. Tailhand, garde des soeaut, ministre de.k juMtce ; sor bt
pressante recommaBdation de hautd'di^aitaiteft, enbre autoes d»
M. le comte Benoist d'Azy, vice-president de TAssemUite l^abfcio-
nale; de M9<^ Bapainloup, ^vSque d'Or^ea^s; da Censeil g^n^-
ral; de MM. les d^p.uti^s et da priifet du Loitet, M. t$ Mini^e
de rint^rieur vient de m'aoeorder une p/intsiiedit apnjtelle de
1,500 fr.
Ghacun de vous, Messieurs, sait que M. Tailhand ^t»iX le rap-
porteur de ma petition a TAssembl^e natiooale ; qa'apres une
longue et coBscienciett£ie enquSte, il a r^dig^ uA rapport quo le&
afifair^s publiques out seule3 retarde, et qu'il doit re^iettre,
avec Les pieces a Tappui, a M. le vicomte d'Al^oviUe,, notre
d^put^ choi&i par la comqiission ppur le remplaQer,
La puissacnte iaierventiom de M. le garde des seeaux psirle
trop haut en favour de cette cause exeeptionnallfi#i^oHr que je oe
sois pas fondle a esp^rer une entiere cotlf^ilitation, me fr^r-
mettant de reconquerir le respect e| la confiance qu'une aussi
longue et cruelle diffamation m'a fait perdre*
La part que vous avez prise dans ma lib^ratioUt Mes^ew9,
ainsi que hi blenveillante et bienfaisante protection dont • vous
avez bien voulu eontinuer i m'entourer jusqu'a ce jour, me font
penser que vous reoevrea avec plaisir rannonce que je suis a
Tabri des premieres n^cessit^s de la via, jt)6qu'aa jour de la jus*-
tice et de la reparation.
Veuillez, Monsieur le President, Messieurs les Administra*
teurs^ agr^er I'espression de ma reoonnaissanee et 4^ mon res-
pect. >
Hersilie Rouy.
'^J
CHAPITBE XtX
Mb pficlcion. — H. la Tioomte d'AltoTille. deaxl4m« rapportanr.
Je ae fus pas d^courag^ comtne oa I'aurfkit pu
croice ea me .voyant revenue pour U aecoode fois k
mon point de.d^fkart. D'abord, gr^e i MM. Tailh&ild
etde F«untou, moc p&itt tjuotidien ^ait aBBur^, et mes
d^vou^ amis ne maaquaieot pas d'ajuuter «{uelque su-
perflu & C6 strict n^^aasaire, du via ^nenx et surtout
des fruils doat j'Staia avide, car ils rarraldiissaient et
adoucissaient ma pauvre poktriae dess^ch^e.
Puis M. le vicomte d'AbaviUe, qui s'occupait de moi
depuis plusieurs ann6es, iStait presque aussi a« courant
que Dou^imdoaes dece qui me oouceroait. M. TailhuniJ
lui avait promia oommuoication de see notes, qui ^luci-
daient toute uion affaire au point devue 1^^'al, nvec une
nettet^ dont on a puju^er, puisquej'en ai cito une
gratlde partie, et une competence indiscutable. M.d'AIJO-
ville r^solut done de porter ses investigations sur lf?s
poiots.cqacwnMtt ma lamiUe et tes motifs qu'alle avait
/
396 M^MOIRES DVm ALDBNl^E.
/
pu avoir de me faire enlever, puisque c'^tait d^cidement
elle qui, de son propre aveu, en avail pris rinitialive.
II alia pour cela consulter les pieces du dossier de
Ville-d'Avray, ainsi que mon frfere y avail invil^ son
prM^cesseur.
En reproduisanl ici les r^sultals de cetle enqu^te,
je ne fais que r^pondre au vobu de M. Rouy, deman-
dant qu'ils fussent connus, com me ma p^tilion, tn de
toute la France, trouvant juste que I'expression de
la verite ait la meme puhlicHe que Vassertion du
mensonge, :» Avec ces documents en main, le lecteur
pourra juger de quel c6l6 se trouvenl Tun el rautre.
M. d'Aboville demanda d'abord k M. Rouy -commu-
nication de la letlre de details annoncSe par 4e docteur
Pelletan, qui Tenvoyait k Henri Rouy avec priere de la
faire parvenir k son p^re apr^ en avoir pris commu-
nication ; lettre Verite le lendemain de mon enlevement
dont elle rendait compte. II ^lait int^essant de voir
si elle concordait avec la declaration de M. Petlelan k
FenquMe de 1869, nolammenl au sujet des tentures et
des cercueils.
M. Rouy r^pondit qu'il Tavail ^gar^e, perdue ;"qu'il
la chercherail ; de m^me pour le testament de mon
p^re. Quant k ce qui s'^tait pass(^ pour mes cl^s, le
d^faul d'invenlaire, de scell^s, 11 ne salt rien de ces
details, ^tant k cette ^poque malade k Ville-d'Avray
des suites d'une cruelle operation.
II ignore Ha m^me k qui a ^16 signiii^ le jugement
fTi
I
CHAP. XIX. — M. d'ABOVILLE, SECOND RAPPORTEUR. 397
■
du i^ Janvier 1855, ainsi que le commandement et la
vente du 12 f^vrier, et par qui j'ai ^i& representee k
cette vente.
Une lettre de M. Henri Rouy, du 9 novembre 1854,
dit que c'est M^« Cor, amie de M. Pelletan, qui est
aliee prendre chez moi les effets qu'en m'a envoy^s a
Charenton. C'est k peu pr^s le seul renseignement
preds que M. d'Aboville retire de sa visite.
Interroge sur la personne qui a donn^ le nom de
Chevalier k Charenton, M. Rouy, pour tdcher d'ac-
eorder les choses avec la nouvelle version de son m^-
moire k M. Tailhand, r^pond, m'^crit M. d'Aboville :
Qu'il suppose que les employes ont ajoute ce nom aprei
coup avant celui de Rouy, pour se reconnaitre lorsqu*il leor
arrivait des reclamations ou des plaintes de Mi** Chevalier^ se
disant Rouy, ainsi qu*elle ^tait designee dans les autres asiles.
Dans one premiere entrevue (car M. d^AJboviUe a eu 14
bont^ de retoumer trois fois a YiUe-d' Array), M. Rouy m*avait
r^pondu qu*elle seule pouvait s*dtre nonmi^e ainsi, a son arrivee
a Charenton, dans un moment de folie. .
Ces r^ponses ne me semblent pas s^rieuses. II est Evident que
c*est M. Pelletan qui a donn^ k Tarriv^e k Charenton le nom
de Chevalier qui figure sur le registre d*admission a Thospice.
M. Rouy est sourd, ce qui facilite de sa parties r^ponses evasivet
ou I'absence de r^ponse.
Ayant inutilement, a deux reprises, fait la demande du testa-
ment de M. Charles Rouy, en ofifrant d*en payer la copie sur
timbre et l^galis^e, je r^clamai de nouveau, cette fois par lettre
et formellement, le testament et la lettre du docteur Pelletan
du 9 l^eptembre 1854.
Voici la reponse textuelle de M. Rouy ;
23
f
if
594 u^ttOiiRES d'uni> alienee.
■ ' \ ' :
Monsieur le President,
Messieurs les Administrateurs,
S^ me fiais ud deroxr de vous faire connaitre qa*a la r«%ttd^
de M. Taiifaand, garde des seeaut, ministre de.la^usb^e; aur la
l^ressante recommaBdation de hauts'dignitaites, enlre autires db^
M. le cornte Benoist d'Azy, vice-president de TAssemUi^e lUiUo*
nale; de Mvr Bupainloup, ev^qu« d'Of^a^s; da Gonseil gin^-
ral; de MM. les ddpxtt^s et du pr^fet du Loiret, M. H Ministre
de rintdrieur vient de ai'aooorder une p/^nsioA anaiaeUe de
1,500 fr.
Chacun de vous, Messieurs, sait que M. Tailhapid ^Uit le rap-
porteur de ma piStition a TAssemblee natiooale ; qu^apres une
longne et coBsctencteu^e enqudte^ il a r^dif^ uA rapport que les
aSaic^s publiques out seule3 ret^rde, et qull doit reinettre,
avec les pieces a Tappui, a M. le vicomte d^AboviUe, notre
4^put6, ehoisi par la comqiission pour la remplacer.
La puissante iaiervefttian de M. le i^de des sceaux ptarle
trop haut en favour de cette cause excepUonoeliAfj^oar que je ^e
sois pas fbnd^ a espirer une entiere rejlii^ilitation, me p^^-
mettant de reconqu^rir le respeet ej; 1^. confiance qu'uue aussi
jk>ngue et cruelle diffamation m'a fait perdr^.
La part que vous avez prise dans ma liberation, M^9i6ur9,
ainsi que la bienveillante et bienfaisante protection dont * vons
avez bien voulu eontinuer i m'entourer jusqu'a ce joor, me font
penser que vous reoevrea avec plaisir razmonee que 19 sois. a
Tabri des premieres n^eesstt^s de la vie, jiisqu'att jour do la ju&^
tice et de la reparation.
Yeuillez, Monsieur le President, Messieurs les Admlnistnk
teurs, agreer TeJipressioa de ma reoonnalssaneo et de mon res-
pect. %
Hersilie Rouy.
L
....J
\
CHA.P. XIX. — M, ©'ABdVlLtE, SECONiR RAPPORTEUR. 385
GHAPiTRE XIX
Ma petition. — M. le vioomte d'AboTille, deuzitoi^ rapporteur.
Je ne feus pas d^couragee camme on I'aur^il ,pu
croice ^v me .voyan4 reveaue pour k seco&de fois k
moa polatde. depart. D'abord, grax^e i MM. Taiihismd
etde F«untx)u, men paiii q.'uotidieii ^ait assure, et mes
d^vou^ amis ne manquaient pas d'ajouter que}que su-^
perdu k ce strict necessaire, du vin vieux et surtout
des fruits doat j!6tai€ avide, car i\s rafraichissaient et
adoucissaient ma pauvre poitrine dess^ch^e.
Puis M. le vicomte d'Abovilde, qui s'occupait de moi
depuis plusieurs ann^es, (^tait presque aussi au courant
qm Aou^im^n^s dece qui me concernait. M. ^ailhand
lui avait promis oommunic»tion de ses notes, qui ^luci^
daient toute mon affaire au point de vue l^gal, avec une
nettet^ dont on a pujuger, puisquej'en ai citf^ une,
graiklepartie, et une competence indiscutable. M.d'Abo*
ville r6solut done de porter ses investigations sur les
points cqa(^ernaiit ma famiUe et les moti^ qu'alla avaift
I' . * ^ ., ■ ■
r
/
400 ' MEMOTRES D'UNE ALIENEE.
■ I I - ' 11 ii I. I, ■• 1 1 ■ ■ ■ I
s «
I ' '
de douze ans, Mon pere s'en fut a Londres et la, v^cat maritale^
ment avec une jeune AUecnande; Marianne, etc. (1).
Q\jte M™« Rouy quitt^t son mari dans de telles
circoiistances, si ces faits sont exacts, on le com-
prend; mais qu'elle abandonnit son, ills aux soins de
ces mattresses de basard dont mon p^l*e 6tait, disait--
on, ent6ur6 I!I
C'est pourtant ce qui a eu lieu. Depuis la disparition
de sa m^re, en 4798, etnon en 4802, car la date est
constat^e par I'acte de notori6t6 joint k son contrat d6
manage, M. Rouy n'a eu aucun rapport avec elle; pas
une lettre n'a 6te ecbang^e, et il n'a plus entendu par-
ler de Marie Stevens qu'aprfes sa mort, par un oncle
qui i'a avertt d'aller recueillir sa succession.
Comment cet oncle avait-il pu le retrouver, alors
que sa mfere ignorait oil il 6tait ? M. Rouy r6pondit que
la maison d'^picerie et sucrerie Rouy etait connue dans
le quartief des Lombards. Un almanach du commerce
devait donner cette adresse, qu'en trente ans de sd-
jour k Bruxelles *M"^e Rouy n'a pas eu la curiosity de
connaitre. Elle en voulait si fort k son mari, qu'elle
en oubliait son enfant, 61ev6, a Paris, cbez son oncle
£tienne, dont plus tard il devint gendre.
£n juillet 1870, nous avions demands et obtenu
' (I) Chose bizarre ! mon fr^re avait chez lui le portrait de cette
Marianne ; de plus, on disait qu'eUe avait pris soin de lui. Qoand
done et ou? A Londres, sans doate, et en 1798.
CHAP. XIX. — M. D*AB0VILLE, >SECOND RAPPOkffeiJW. 4(>1
les rehseignements suivants du> minist^re des aiTaires
^trangeres :
Marie-Joseph St^v^ns est n^e a Wavre en 1765. £n> 1786, elle
est entree en service k Bruxelles.
V En lt88, ellea'6pous6» k Paris, Charles Rouy, Spicier. Aban-
donn^e par son man, elle a qiiitt^ Paris pour retourner a
Braxelles, s'^tablir en quartier (1). £lle y est reside jus-
qu'en 1830, ^poque a laquelle, ^tant tomb^e malade, elle est
reto,urnde k "Wavre, pr6s de sa ni^ce, la femme Gollier, bouti-
quiere dans cette ville.
Elle poss^dait une pi^ce de terre, une cr^ance hypotfa^caire et
des Economies.
Son fils est yenu k Wavre recueillir la succession, faire vendre
la terre et la cr^ance hypoth^caire.
M« Pastur, notaire & Wavre, m'envoya copiede Facte
de d^c&s de Marie-Joseph Stevens et de la declaration
des droits de succession, faite k Wavre le 7 jail-
let 1832, et sign^e G.-D. Rouy.
La pi6ce de terre avait 6t6 vendue 150 fr. par rh6»-
ritier, et il n'est pas fait mention de cr^ance hypoth^-
.caire.
Le maire de Wavre nous ayant ^galement dit que
M.-J. St^vBus n'^tait revenue dans le pays qu'un an
environ avant sa mort, nous vouMmes rechercher ce
qu'elle ^tait devenue pendant plus de trente ans k
Bruxelles, et quelle etait la cause de cet oubli complet
de tous les siens.
(1) Cette locution beige signifie qu*elle n*^tait plus domes*
tiqae ni en garni, mais chez «Ue.
4(B ^ HfikOIRBS B.'UNE A.LI&«fiE.
•»"■■■«■■■
II fujt «npo.s$ible (J'y trouyey trsw.ji? sm^is^p^^ ?p
de recueillir aucune indication sur son cooxgj^^jjgfi^
des nombreuses families Stevens domicili6es k Bruxel-
les ; le bourgmestre dfe cette vijle, aiicruei' nqu^ nqus
adressames ai|s^i> aous r^ppad^t, \% ^ij^\j^\^3^ :
Pes recherclie^ ip^uctMdus^ oixt ^gjatj^mf^ 4K ^^itP& 4f^
les registres. de population etablig 4epi^is, Igjl^ ppuB ^c9iiV4Pif
I'inscription de h pydnomme.^ 0^aFJ.eriQ5PP|j; §^eJ% ^Pn^
Charles Rouy).
Signe: Y. N^gj^j,
II fut done acq^is pmu^ m^ ^pstst VamB, Siaverm
n'avait pas demeur6 k Bruxelles, au moins sous son
veritable nom.
Vers la mtoe epoque, une dame (FOrt^ans, ani ve-
nait me vpir quelquefois et qui avait un oncle 3tWavre,
le pria d'aller voir la ni^e de M.-J. Sk^ens, ia veuve
Gollier, alors 4gee de quatre-Vfngt-sept ans, mais ayant
conserve toutes ses facult^s.
Celle-ci dit etre rest6e toujours en relations ^vec sa
tante et indiqua son adresse k Bruxelles, rue de I'Em-
pereur, chez un marchand de fe'ience que M. le bourg-
mestre ne put pas retrouver non plus ; 11 ne flguralt ni
sur les listes du commerce, ni sur celles de la popu-
lation. M™e Gollier n'avait conserve aucune lettrfe de
sa tante, et il y avait a peu prfes vingt ans qu'elle ne
Tavait vu^ lorsqu'elle revii^t k W^yre,
M.-J. Stevens n'avait jam^i^ ^xm^mmr^W^^^
< <
\ .
1
CHAP. XIX. — 4f ft*A»P\W^^B;* SECOND fiAPPORTEUR. 403
."ji
W^. \ 9^^Mle§> ^ yi:vaMi4^ ises petits revenus et de^
t^caw^l (i^.sq^ff^mdjie, k^mia k Wiftvrfi «& 1830, elle
y ^W' ^M^ 9Sf ^s. ^Qi^^ foaeph et Mtcplas^ et
W^' S% ^^^ d^ avski^ tJitaB^oimde par son mari,
9^ii{ M^.WQ.^>VSm6 dfi sa fsmme, i^ve ^galement
:<te Wwaccif H. 9'"5^' Jlpay est venu y voir sa mfere
ep i^,^ ft 4i^t eft cei^Fe. B lui to'ijir$iit de temps
^ liWi9$ A ^ eBLV£fait /die $etks cadeaux. Or, moia
fr^re 6tait retrait^ pour blessures graves depuk i8%.
De toutes ces contradictions il ne pouy^it r^jsuUer
^u'uiij^e tr^^-gx^dt? J^e^tH|^(?j|' m i'j/^mtii^. xM^ #
la personne d^cM^e k Wavre avec le titre d'^ouse de
Charles R6uy, qu'il y eAt subterfuge ou similitude de
nom. Poupnioi/c'estla confirmation que moh pauvre
p^re, si attaqu6, si di£^m6 par son propre fils, 6tait
bien r^eUement veuf et mari6 ^ ma bonne, ch^re et
respectable m^re, Henriette GheValler. Et c'est ce que
■» \ i .,«,, J.->- ..r^^.
j'arriverair peut-^tre un jour k d6couvrir et k prouver,
si Dieu me prfete vie.
Quant k hies rapporteurs, tout en partageant mes
doutes, ik jugferent'avec raison qu'on ne pouvait sans
preuves s'attaquer k un acte r6gulier de F^tat civil ^t
que, ainsi que je I'avais dit cent fois lorsqu*on raoa^r
?5ftt I tent propag 1a qut§§t\0i\ ^ n^a aaJasaftae, U ne
&'4pssaii pas de savoir sii j'^tats legitime, adulti§rine du
bitarde, mais pourquoi on ra'ay^it enferm6e sans fetr.e;
^ \\ «t v<- , 'S <• '> t; ~ .»» j^-. -ft i'>j .- :'• '• * - *" • . '> t: ■^ 1} .. .
M® ^ ®R*^ ^ft ft?P^ 8"A ftW,t I«? 1^ ^laiSR- tot 6'«§t
cela qu'il ne convenait k personne d'^Qlaircii',
" . I
404 M^OIRES O'UNE AU^NEB.
Gomme motif de ma folie suppos^e, M. Rouy invo-
quait la mort d'une enfant et I'abandon du p^re. 11
disait poss^der des lettres ou je Msais Taveu de ma
faute. M. d'Aboville vit ces lettres, et elles lui parurent
de moi, ainsi qu'il le dit a mes amis^'qui s'en impres-
sionn^rent, malgr^ les dentations que j'avais cons-
tamment oppos^eB k cette accusation, consignee cat6-
goriquement dans le proc^s-verbal de M. JuUet, du
!•' octobre 1869 : .
Le 22 aTiil 1848, elle faisait enregistrer a la mairie da deuxi^me
arrondissement one fille n6e d'elle, rue Richer, 33, et de p^re
non d^nomm^.
M. le Normant m' 6crivit m^me un mot assez dup au
sujet de mon manque de confiance en eux, qui ne
m'auraient pas abandonn^e, m6me en me sachant.cou-
pable, car nul n'avait le droit de m'enfermer arbi-
trairement pour cela et de punir une faute par un
crime.
Je fus outree de leur injustice ; je dis q^e, ai j'en
^tais rMuite li, je r^clamerais un examen medical
qui confondrait mes calomniateurs (1), et j'^rivis k
M. d'Aboville :
(1) Chose bizarre ! depuis la xnort de M^^* Rouy, le bruit a
couru que cet examen avait eu lieu pendant qu*eUe ^tait internee
i Tasile d'Orl^ans, et avait prouv^ qu'elle n^avait jamais eu d*en-
fimt. II nous est impossible de savoir ce qu'il y a de vrai dans
ceci, llnt^ress^e . et les m^decins de Tasile n*existant pluus.
(Note de V4dit6ur.)
«
}
Monsieur,
Je Tous remercie profood^meii! de lout cc que vous avei Tdil
pool' moi, des importants documents que lous avei ri^unis ol qui
prouvent iucontestablfliaent un coiiiplot ourdi de concert avec U
LeE^bure Me Taire disparaitre comme on I'a fait ne sufdsail
{Ma; il fallait mn fermer li parte du monde, et le scandale ^tait
n vrai mujen. Sachant ijue je m'occupais d'an enfanl, il fallail
^B I'altribuer, metlre ma folie sur le cample de sa mort, de
. Vabandon du pire. On I'.i fdit.
i sa lettre du 28 d^cembre 1868 k M. le Nonnanl, M. Ao'ij
e de Taire scandale, ti on veut le poursujvre. 11 lie peut
JMloore dire ni l& noiu, ni Vige de renfant ; il dit : « ie ne sain
i phrase enlortillee. Maia en 1869 il e^t plu*
Teiplioite : il donne le nom, I'ige, rarrondissement ; il d^dnre
'■~*-''" ''-' , 11 en salt plus qu'en 18b8, Aujourd'hiii. il
] sais pas, I il donne des leltres de taoi, il
iiiq jours j'eluii sur jiied pour earlier ma
n beau de ma pari. Monsieur, et j'nvHis taut i
a Tauta que je me monlraid partoul, m^me sur
t t^moignage des d
>i digne de Toi cgue
Teiplioite : il dor
^»l'««ca«««e.
m dit plus : ' ie ik
Ivit gi/au bout de r
i/iaae..... C'esibii
r de cacber n
\Ba barricades de Kvr
"en tra^erssnt voire rue. si loulerois It
<de H...,qne j'ai invoqu^, vous parait ai
»hanii£tes gens de VilleHJ'Avray.
i Je ne m'eiplique pastres-bien pourquoije vousaur
jpfltte enfont n'^tait pas mienoe, si elle I'avait Hi. J'ai
hbe parfaiteroent ind^pendant, et du moment oii ma
! dicle quelque chose, sans vouloir braver les pr^ju^j^s du
]nonde, j'agis selon ce que Je cotuidere comme ua d<!Toii' a
«eeamplir.
Ayant accepts la charge d'un enlaitl, je savais qu'aa aie Talt'-i-
hierait et j'en avais pris mon parli. J'^taisloin de memiirdea
s pour le reiendiquer. Cela a prodait un assex smgiilicr
Jbttalerersemenl en moi ; tout d'abord je suis nttie abasaurdie.
^^tiit, ma nature imp^toeoM I'emportanl, rindifnation, I'tiorreur,
23.
406 M^MOIRES d'UNE ALlfiN^E.
le dugout m'ont fait dcrire avec violence, et je voos disais les
noms, lieu, tenioins Fort heureusement, je suis toujoun
broiiillcc avGC M. Ic Nonnant; sans cela, je lui aurais tout dit,
s'il etait venu Mais la nuit porte conseil, et j'ai jet6 mes let-
trcs au feu. Divulguer, mome a vous, un secret cpnG^; apres
m\Hre d^vou^e pendant tant d'ann^es, jeter le trouble dans les
families, pourquoi ? N'ai-je pas soixaute-deuz ans, Vhahitude da
rotf/mye;' Ai-jele droit daneantirle bonheurd'autrui? . . . ,
Alors, Monsieur, ma nature s'est adoucie^ et j*ai plenr^ !
Oui, moi, j*ai pleurd un rSve de bonheur perdu; j'ai ^tdl&che
un moment. Ne le dites pas : oubliez-le.
J'esp^re que vous voudrez bien regarder comme on devoir
d'hoimete hoi rime de me rendre comptc de ce que ces lettres
contiennent, de me le dire sans restriction, en detail si voos
pouvez. G'est bien le moins que je sache ce quefai dcrit : cir
si vous ctes fix(^, je ne le suis pas tout k fait autant que vous,
et je marche de surprise en surprise dans ma triste vie» • -• • •
Ici je supprime quelques violences de langage, car
j' ignore quel est le faussaire qui a 4crit ces lettreciy lu
comment elles sont parvenues k men frfere. Mon Ven-
ture etait assez bien imit^e, parjiit-il, pour qu'il ait pu
s'y tromper, ce qui ne Texcuse pas de s'ea toe servi
pour me dishonorer sans aucun profit pour lui-mAme.
I/cnfant dont la mort m'aurait rendue foUe est eli vie :
je le lui avals ecrit en 1868, et il lui ^tait facile de ^e^
assurer. Je continuais ainsi :
Je ne con^.ois pas, Monsieur, que vous n*ayez pa« peiu4 ^
rcgarder la date et le papier, car le papier a uu ^e. Ave^vous
vu lo timbre de la poste? Je ne me suis servie d'enveloppw qv£
de 1SJ2 a 185i. Je suis tres-s^rieusemcnt contente de ces l^ttJMS
i nut I (indues ; elles sont providentielles pour xxiei, et, Muptf quil
soit besoin d'en faire bruit, il est bou que je M^e oil )|NI
tmuYU, pau uaporte i'9» ellea viennant. 81 on n'oxl pu aon-
^nt i ttn maniant donnd qu^ j'«ti bi9u utatta, on >'«;ipU(iu«rA,
J^ priucipal pourmai est d'avoir fiiii' (.oxlcjilu, ou lout au inoiii«
iin resume dirat on ne pourta pai inattrs k« vdracitd at la bntiiin
toi en doute, sj, p^x /ipturii, ces IfUces prcnnieiit ]•: ctiariLln itu
tesl3n)C4| el d£S (lil^s qu'on a voulu Boustritiru ii roxnnron.
J'altenils doni?, Monsieur, avec autanl d'impaticiicii 'luD ilo
conliBnce, uxie lettre de ygua. Vfliu vow)rM biqa L'vilKWar
fmver(8 i &J. If tjornitsjU, ivvifi j« D'ABfiB PUS. '^tKOt Irifp outr'a
Eontre l^i ira^, c^gt U9p- i> s^t asuei i. quo! tVn lutik our mu«
giii me (iiSuAettt et »ur du( ppiv a« pa* Uoulv I'liiiami' J|
auis martellemenl ble^g^e. ,,
yeflil^i, Monsieur, etc,
Voici le compte-renda de la tlemitrrc vMte qu'4 tM
flollicitatioD, M. d'AboviUe vonlat bien feire k VBfe-
d'Away, le 3 juillet 1876 :
■^ PH Ig IWDf* Hff ne MHKKnr c* one ia lui touudab ; f«ii
lettrei, tool en prntestaat qnll time nil*ia «n finir far «n (iro-
flte — «iae D'»-i^ bit mmom U U dinjll — aw pin nmw
nam *■ l«^ Timtn ga tarri im$ «* ' ,
408 M^HOIRES d'uke jo-ien^e. ,
• ' ' '" ' ' ' ' .1 I I I , I ■
dument. Je ne crois pas qu'une femme puisse aimer sans suc^
comber, Elle n'aimerait pas^ oy. serait de marbre, Tai lutte^
fai cede.. .^-f attends /
JHmdnc?^,,,., Plaignei-^iMiy Charles,
Voire sosur affectionneey
Sign^ : Hersilie.
Lettre sans enveloppe et sans date«
La signature et le paraphe m'ont paru dtre ceux de M"* Houy
a cette ^poque^'seulement elle est ^crite avec une plume plus
grosse que le specimen de |1870 que j'avais apport^, et vers la
fin, avec une main troubt^e.
Quant a la lettre de Son ills, M. Rouy me Fa refus^e. 11 a re*
fus^ ^galement toute autre communication et tous renseigne-
ments, bien que je lui aie fait observer que, si Taffaire avail una
suite, il se nuirait ainsi.
le.me suis done retire au bout d'une demi-heure.
Sign^ : £. d'AsoyiLLE.
Mais M. Rouy connaissait trop bien la puissance. des
solidarit^s qu'il avait su ^tablir k son proOt) pour crain-
dre d'alier jamais en justice ; sa tail^que ^tait surtout
de gagner du temps, et il y r^ussissait de toutes ma-
nitres. M. Tailhand n'avait remis k M. d'Aboville que
la moindre partie des pieces me concemant ; il avait
^gar^ le reste. Entre son cabinet de "Versailles, de Pri-
vas, de Nimes, les nombreux dossiers dont chacun
d'eux^tait encombr^, les rechercbes ^taient longues et
difQciles ; elles devaient aboutir cependant, mais lors-
qu'il serait trop tard pour s'en servir.
M. L^D Renaud avait ^t^ nomm^ k la Prefecture de
police ; on a vu, chapitre xvn, combien il avait 6L6 im-
- / ■■■ .^ r ,
s
' / . - ■ - .
/
CHAP. XIX. — M- d'ABOVILLE, SECOND RAPPORTEUR. 409
■ ■ ■!■! ■ II— I > . ■ ■i ■ f ■■■■■>■■■ ' mum, — ■■ fc« ■■■■■■ I ■ I M.^Bii p ^ ■ ■ <■ I ■■ I ■
pressionn^ de ma triste histoire, alors qu'il 6tait pp6fet
du Loiret, bien qu'il n'eAt pas 6t6 maltre de donner suite
k ses bonnes Inspirations. M. d'Aboville crut pouvoir
$tre renseign^ positivement par lui sur le rdle jou6 par ^
la police dans ma sequestration, et lui ^dressa une de-
mande k laquelle M. L^on Renaud rSpondit par Tenvoi
d'une ^Note assez longue, destin^e k justifier U fagon
dent s'^tait op^r^ mon placement k Charenton.
J'y etais dite n^e k Milan, et mon acte de bapt^e
qualifiait mes parenti^f d'epoux UgiHmes; mais un
jugement ayant fait rectifier I'acte de d6c6s de ma mfere
cooime n'ayant pas 6t6 marine, la Note trouve tout
• naturel de m'dter mon nom civil, apr^s plus de trente
ana de possession, sans autre formality.
EUe donne, en le compl^tant un peu, le certificat du
docteur Pelletan et fait valoir que ce certificat n'est
qu*une superf^tation ; qu'on pouvait, d*apr&s Tarticle 8
de la loi, se dispenser de I'exiger, puisqu'il y avait '
urgence, et cite k Tappui de cette urgence la declara-
tion de M. Pelletan k TenquMe de 1869, declaration
que nous aivons reproduite chapitre v, page 77.
Mais qui Fa constatee, cette urgence? Personne, car
la Note est obligee d'en faire ainsi Taveu :
M. Strope, commissaire de police, est mort, et il n'a ete trouve
k son commissariat aucune trace de son intervention dans ht
eirconstance; cela s'expUque d'ailleurs par ce fait que la seques-
tration de la demoiselle Chevalier n'a pas et^ faite d'ofQc6. par
Tautorite, et qu'elle a eu le caractere d'un placement volontaire.
■ 1
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V / 1
4iQ vPimm »V?fi wMK
I . ■ ■
»«'■ ■ I I III. t . • I ■ II I I ■ I ■ I ■■ ■■»■—— I ■
verbal d'urgene*: i^m^^ ^'i^^wm 4'p.f^<^ 4@iri9fid9
objecter l^ mm» ^^ femp, d§ r8QS^^»»tP J Uk
dem^A4$ d'^^dni^^ ^4 tr|gr^Mv^^t r^^ig^^ ^ $i§fe^
d^ps l^ h\tf6?lil» ffl^we^ 4 I'^sa^ e^ Oft ^teft le
maladf; G'§^t 98tta pi|q§ (m k dq^tf W P«ll«t*ft f ifiit
le inalade.
On cpmprei^d £aiQJ[lex]ciient que* le commissaire d6 policed apReU
a donner son concours pour faire savrlr par un terrorief U
ponrta d\\ l«g«ip«nt da W^ Bhe^nlieiv (hxal la sil«nQi ^rolfinfA
inqui^tail 1^ Wmh *H Wi^eiH^ f^ 4^e^ir M^«H| WWW
ami de 1^ fapiil(^ {U^7) 4^ ppjurvoir ^uf me^i^!e§ d^ (raiieine^^
et de surveillance que r^cfamait d'urgence I'^tat mental de la
demoiselle CSheval^r ft V^ii lut oJJniJMiaiDintwt »MMof |As im
4$ ses ^j^Kielfl^^.
Deux observations ^talent jointes k cette A-ote lors-
ipilles
la CuniQe? Est-ce <pi'i) n
L'aulre 6tait de M^^ le Noroiant :
Oil en sra'ion^nous, {[raud Dieu I si le commissaire de police
^vail charger officieusement un de ses employes d*aBsisIar un
^ _ijwidu en enlevant violemment un autre de ctici luj, sans
Mtrc lenu de cunstater ce qui pent l^gitimer one telle violation
iiSCa droits l^s plus shct6s des cilof ens?
CpUe jypfe, assur^raent, ne fait pas honneur k
;li. L^on Renault, sait qu'il I'ait lue, aftit qq'il ait,
'sanB la lire, sign^ la leltre d'envoi.
Elle (He prouvait une chose : c'est qu'en lout, par-
Hout, ioiyoiirs, ministferes, priSfecturea et police n'avaiept
d'autre souci que de s'exon6rer les ure les autres et ue
|«c}Tei''^li9'^iit nullemept la v^ril6.
Maia Is tempspassailasolliciterces ducupnenis qu'oR
H'obtenatt qu'avec lenteur. La Chambra tut dissouta au
j^mmencement de 1876, avant que M. d'Aboville efit
pu laire son rapport ; il ne fut pas r^i^lu, et mca esp^-
tances, de mieux en mieui appuyees, s'en furent en-
^iBore une fo!s h vau-l'eau.
Ne voulant pas que le r^suitat de ses travaux ffit
perdu pour moi, M. le vicomte d'Aboville en adressa le
l^umd sous forme de lettre k M. le Normaal. Jane
le doDue pas dans son entier, pour ne pas revenir sur
des cboses tant de fois ex[)liqu6es; j'en aj d'ailleurscit6
jM«n deg passages. Mais j'en reproduirfti le debut fii I^
Seonclusion :
I .
412 UEMOiRES D'UNE ALI^N^E.
Glut, 25 octobre 1876.
Monsieur,
J'ai ^prouv^ uii vif regret de ne pouvoir presenter k FAssem—
hUe nationale,' avant sa dissolution, le rapport qoe . j'avais^ ^t^
charge de preparer sur la petition de M*^« Rouy, lorsqs'eni
ipai 1874, M. Tailhand, premier rapporteur, ftit nomm^ gatdEe
des .sceaux.
Plusieurs motifs m*en ont empSch^': mon honorable pred6«
cesseur n*a retrouv^ qu'a rautomne 1875 une partie de son volu-
mineux dossier; des derangements 4^ sant^ qui ne me son! pas
iiabitu els sont venus, pendant les deux prorogations de 1875,
m'6ter la possibility de me livrer d'une mani^re suivie a ce tra-
vail ; enfin je n'ai pu qu'a la suite de plusieurs demanded obtenir
du ministre de Tint^rieur certaines communications neces-i
taires, entre autres celle de TenquSte de 1869. En attendant ce
document, j'ai cherch4 de mon cot^ a ^clairer les points oils'
curs de cette triste histoire.
Vous m*avez souvent demand^, Monsieur, de r^sumer mon
opinion resultant, soit de ces recherches personnelles, soit de^
pieces qui m^ont ^t^ remises. Je viens r4pondre aujourd'hui a ce
d^sir, si legitime de la part d'un homme qui, apres avoir coa*
tipibu^ plus que personne a faire rendre la liberty a la victime
de cette sequestration, a consacr^ huit annees de sa vie a aai
rehabilitation. :
Apr^s avoir employ^ une. trentaine de pag^es k fair&
rhistorique de tout ce qui s'^tait pass6, en entourant
chaque fait de preuves indiscutables et r^futaut victo-
rieusement les mensonges accumules k plaisir pour me
perdre, M . d'Aboville terminait ainsi :
Je resurpe maintenant mes conclusions.
. Sans avoir commis aucun acte de folie constate, sur les simples
recits de son portier, W^ Bouy, dans la maturite de T^e et en
4
■ / . .
CHAP. Xp. — M. D*AB0VILLE, tiECOND HAPPOBTKUR. 418
pleine expansit>n de son talent de pianiste, a etd enlev^e de soh
domicilis par le docteur Pelletan, a la pri^re de son fr^re de
][>^e> M. Claude-Daniel Rou^.
£Ue a- ^l^ regae a Charenton en violation formelle de la loi, sans
aucnne deraande signee et sur le certificat medical de Thomme
mdme qui Tamenait; insci^ite sous un nom qu*elle'n'avait jamais
porte; depouill^e k Charenton et priv^e pendant huit ans des
papiers ^tal>1issant son ^tat civil; fhistr^e de sotl argent et de
ses bijoux'; promen^e ensuite pendant quatorze ans d'asile en
asile, pendant qu*on la faisait passer pour raorte a Paris; main-
tenue a trois reprises dans ees ^tablissements contre le sentiment
des m^decins, sur ordres venus directement de Tadministration
g^n^rale de TAssistance publique de Paris.
Faote de tu telle administrative, son ' mobilier a ^f4 en grande
paptie perdu.
Dans ces asiles, elle a subi des traitements indignes;son
talent s'est ^vanoui, et avec lui elle a perdu ses moyeus d*exis-
tence.
Telles ont ^t^ pour elle les consequences terribles de linob-
servation des lois: De ce chef, elle a droit a une reparation du
goaverfiement.
Le mintstre de rinterieur est d^ji entrd dans cette voie en
mettant, le 22 juillet 1874^ a nne somme de 1,500 fr. par an
a la disposition dn d^partement du Loiret, dans TinterSt de
M"» Rouy! »
Cette somme est insuffisa^ite pour lui permettre de rendre c»
qtt'eUe a ete forc^e d'emprunter pour vivre depuis sa mise en
liberty ; insuffisante aussi pour la mettre au-dessus des besolns
de la vieiUesse et de sa sante perdue dans les asiles. Sans donfe
il est impossible de lui rendre ces vingt ann^es, bris^es d'abord
par des tortures morales et physiques, puis par les anxiei^s de
lamis^re; mais on doit dii moins, par une pension reguliere,
assurer le pain de ses vieux jours contre les vicissitudes de la
politique.
Elle a le droit aussi de demander au ministre de la justice de
rechercher, -par une enquSte plus impartiale que celle de 1869,
4i4
Mfytx^Sm !)'?»[« W^^'
Pour ces deux motifs, j'estime <9ip ]» B^|ipo.4£ |$^
En%, et J5^ ^^i;^ B(^ P* Qopx Ij, flj^jUgiji)^ jl|, s^f^ <m
Won, da fps ^flflj^^ftp^ il f^ftt ^'.^e?^ scyrvgBf, 4 pn^y^ffH: ie
^IQjf^v eft )5» q^'«jte#. p«>Y/?n},.^p cl'mgo^el^ % ^m eftfe» !^
c le devoir de veiller s^ 9§& ??}iyhfiH''igjai 4§ fVfiBl^^r 4 Vw
% ^}^¥,% *? W^^ ^ i^^^^' ^^ ^ ft^ite V^ <«>sHiP. de
• leurs biens, de sauveg^der leurs interSts ; de l§f| re^df g, $'jl
« §e ByejJdt, ^ la p^gji ^ a ?^^ §a]^t6, n^ i^r d|^^s iu»t 4 »r6-
« X^nir tet, jf^i^ri^^^^. $^x^^ s§9??^§!faJipft ii?§ijfi^TOBJMlt
«L justifi^e a son origine, ou prolong^e ensuite aU dela 4'W^
eiripruntees au rapport sommaire de M. le coig$§, ^ BfiSSi^
^ 9^4i^ &s^ m8&^ ^?9f^^ imis»^ ^)msal%. k m^
reyisiom
le y^ yemeeciei %uek[ues jouFa apto 6Q c^b
termes: ' ^ '
Nous le tenons enfin, cet admirable rapport I
Je ne m'^tonne plus, Monsieur, ni du t^mjps ou'i^ vqus a{||lla,
ni de la peine oue Vous vous ^tes donii^e poi^ recu^illir tous
les documents mdispensables afin de fiaire une oeuvre aussi ma-
CHAP. m. — »^.5:450S|f^ u5S9;i)^.]|AppoiiTmJn. ^
croU, unique; c'est-i-dire d'^pifSj; 4. mf djscirtBfif; »;op»flUl-
«W»«t qpe ^ 1^ agpi|4ti8!}§ 4q, ^^ ^uprea^, qiy afiftt
^Httftt jlus ifiAifWSiS: qu'ils^ffi^ 4e.li#nt isdfJjEflB^-J'JS.ttf:?,
sWefitifflt, ei pjij^. *i i^Uspfifft i'AVv^ M^i. 'ff-"'}^. i^'S'^it.
rieures, etnonles induire ea erreur.
de marcbepied...,. csF^iD»]^.4i^ Q|^ 4tne «% BMugiAk
Ce la^Hil, itni avec une conscience, nne cl4rU, nne pi^ci-
sion, una ienaeti douce et polie qui remet chaque chose k sa
p\|Cp, lui dpnD^ sa Taleiu; r^le ea aflauci^iit mgpig 1^ tprls
Ses cju^Im cm'U accu^^,^ ert, jejoo, mojj im document lei, qi)^
je voudrab le voir pubjl^r, non seiUe^eqt pgur moi^ po^ tous,
nais comnit module de style, de bieuveillance el d'Squit^.
. Qu'il y a loin de cette douceur, de cet esprit de mod^rationj
de eonciliatioD, de calme, n'eiag^raut pas les bits, a ma tougae
de soiiante-trois am 1
Combien voire esprit de sagesse aurait il6 n^cessaire \k oft, au
lieu de chercher 4 relever le moral abatlu ou eiasp^r^, on ne
cherchait qn'k au^pnenter par des commenlairea odieui, par des
outrages cruels, un ^tat de sorexcitation si naturel rComme on
aorail eu besoin de voua areiF la poor dire : ■ Faites enquSte. >'
Uais i qaoi une demande d'enqndte arrive-t-elle ? A vous fidre
meltre i la ports,.. gwAne /
Je vous sais gr£ de n'avoir pas parl£ des defaillanees
intellectueltes que M. Tailhand m'altribue par £gard pour les
ali^nistes; j'ai toujours H6 maitresse de ma volenti; je donne
les motifs, bons ou mauvais, qui m'unt bit agir a tort ou a rai-
son; et I'alifn^ est irrespotisable, tandis que j 'assume parfai-
tement toule la responsabilit^ de mes actes.
Mertd encore et encore, monsieur, de m'avoir si bien comprise
-at sibien d^fendue. Laissez-moi esp^rer que vous n^ laisscirez
pas votre ouvrage iuactaevf, et qae jusqu'a la fin vous voudrez
r
416
HEMOIRES D^XJNE ALUBNl^.
bien rester mon appui^ mon d^fenseur et dtre m^diatear, si one
conciliation desirable est possible.
Vous, M. et M"^* le Nonnant des Varannes et M. TailHand, for-
mez lui groupe invincible, car vous vons appayez stir le droit et
sur la T^rit^. II faudra bien qa'on mette des limites k ces ter-
ribles ccrtificats qui, grdee k de la. complaisance, a qaelqaes
mots techniques, font d*un Stre intelligent et honorable one
idiote, une brute dangereuse, une ^hont^e, capable des plus
inconvenantes actions (1)1.....
Recevez, monsieur, avec I'expression de ma profonde recon-
naissance, celle de mon respect le plus absolu.
Hersilie Rout.
(1) C'est bien ainsi, mais en se gardant de citer ancun fait a
Tappui, que me repr^sentaient certains certificats dont mes
rapporteurs avaient obtettu communication.
CHAP, XX. — COUP D'cEIL R^ROfiPECTIF. 447
CHAPITRE XX
Coup d'OBil r6tro«p60til
Je n'avais eu aucune nouvelle de ma plainte du
8 oclobre 1868 centre le docteur Payen. Les investi-
gations de mes rapporteurs me firent connaitre que le
garde des sceaux, impressionn^ de la gravity des faits
que je lui signalais, Tavait renvoy6e au procureur g6-
n^ral d'Orl^ans^ avec cette lettre :
Paris, 5 novembre 1868.
Monsieur le procureur g^n^ral,
Je vous transmets, avec la reclamation ci-jointe, une lettre de
M. le Normant des Yarannes qui appelle moa attention sur la
sequestration de quinze annees subie dans les asiles d'alien^s
par la demoiselle Hersilie Rouy, actuellement au pensionnat de
Tasile d'Orl^ans.
Je vous prie de vouloir bien examiner avec soin le merite de
la plainte ci-jointe et de m'adresser un rapport sur la suite dont
elle vous aura paru susceptible.
Le garde des sceausp, minislre de la justice et des cultes.
Par autorisation :
Le directeur des affaires criminelles et des graces,
Babinet.
418 "Ki^MoniES j/mm aki^ni^e.
I
■■"W"
M. le procureur g^ndral se contenta de demander au
docteur Payeii un rapport duquel il conclut que j'at^is
grand tort de me plaindre, ayant ^t^, c non pas chass^,
mais, sur mes reclamations incessantes, rendue k la
liberty. :» II oublie de dire que cette liberty, dans les
conditions ou on til6 la i^daity '^tadt pour moi un
odieux d^ni de justice^ puisqu'elle emp^diait I'admi-
nistration de poursuivre gratuitement ma demande en
rectification d'etat civil.
Dans sa r^ponse au Ministre, ie 18 du m^me^ mois,
M. le procureur g^n^ral^ apr^s avoir ^crit ^i propres
termes : La demaiseUe Rouy a ete admise le 29 aout
1863 a Vasile d' Orleans soi^ le nom de Chevalier, ,
constate nut ^position artistique k Paris et continue
ainsi :
£lle etait connue alors sous les noms de Hersilie Rouy,
Depuis qumze ans, sans qu^on sache a la demande de qaeUe
personne et sur Tavis de qn^l ttMeew^ cHe a ^t^ iracces-
sivement plac^e dans les asiles de Gharenton, la Salp^tridre^ .
Fains, etc
Sa situation avait attir^ 'itfon *altenlion ; j'ai ^u qu*etoe ' a^kdl
appele de mSme celle de mon pr^d^cesseiir et de M. Ie |)r^^t
du Loiret. Intebpell^ par moi, if. le docteur t'ayen n'arftit pas
h^i^t6 a m^assurer que, dans sa conviction, 11 y avaft chez
M*^*^ Chevalier alienation mentale. M*^* Chevalier' piirte fet ^cHt -
beaucoup. J'ai lu avec attention plusieurs de ses lelffes.... Cetfe
correspondance m'a paru indiquer effectlverhenf ch'ez son auteiir
le (rduhle d^s fa^tflt^s rti^ntal6s.
Dans une lettre adres^fte i'M. fe pr^fet le 16 juillet dernier,
j*ai rtmarqu^ iiotamment Ie passage* rtiitamt :
' T« ^..^13 d^ fnc^ 'devoir de r^p^ter aujourd*hui qu'ily a deux
v,/ .
CHAP. XX. — CJdUP D*(EIL 'R*ftl6SPEGTIF. 4^
«.toi%r^^e : vH^ Henilie estdispdlnie da matiii miilKoir j at
« trace est introuyable : seule je connais ce secret, et je dois en
« avertir tes autorit^ %
la i^tlitite iki^me iiie semblis ifidlqtirer ttn iSM '(respiit'<}ai
n'est pBar la niton Ifens les 6tpItesitiiott» ^eiite» qtieyaipfo-
▼oqu^es de sa part, M. le docteur Payen dit : c Si nous avons
<L ^4^Uyr(§ le certifipat de tortiey c*est que, tout en noaiuteiisUit
c d'une mani^i;e g^ndrale notre sentiment affirmatif fiur Pa&i^o
€ nation mentale de cette perso^e, neus 7 avons M flttrtMit
« incite par une remission assez soutenue dans sdn 6tat n&aia-
9, dif, et surtout par reppertunit^ d'nne Aoatelle ^preure de
« liberty. » .,
M. le docteur Payen r^^pond d'kiUeors k la plaiMe qki'il 1fe.
saitrait Stre responsable da d^pot de M"* Chevalier dakis ks
maitons de Charenton, de la SaipStri^re, de Fains et d'Albcerre;
que ce n'est pas lui.^i a dMermini^ son etavoi a Orlteis,. et^e
s'il a et^ d'avis de Fy maintenir, (f est qu'il est demetir^ 'Jns^
quUci convaincu d*un ^tat mental qui expliquatt cette m^snre et
en Q^cessitait la continuati^ II ajonte (|ae ikm epii&km i c^
6gard a £t^ parti^de -par les fonctionniires administratifs et
judiciairef^ et par les ini^pecteurs g^ndranx qtti ont tisiti Fksfle
depais 1863, et vIs-a-Tis detquels M^* Glievsdier n^r pas manqu^
de produire sa demande de sortie.
En cet ^tat des Cuts, j'estime, Monsieur le -garde des sceam,
que la reclamation de la pHdgnante contre le doeteor Pa3fen
n'eat susceptible d*aacune suite.
Qmant a la constatation que pr^tendndt iidte W^ Rotty
d'un ^t dvil que Ton abrait essays de lui enlever, il ne parai-
trait pas que ce soit a Orltensqtfil poumdt y 6tre procM^ nli-
lement.
le snis avec respect, ete*
Le procureur gdniral,
Sign^ : TfilTAiLtE d*ESTAi9.
• i)6s "(fde feus contaaistoice de celte pi6ce, j*en
)
420 MEMOIRES d'uNE ALI^N.^.
adressai k M. le garde des sceaux, le 22 d^cembre 1876,
une refutation en r&gle.Mais il y avail sept ans que
j'^tais condamn^e sans appel et que la justice r^pondait
a toutes mes reclamations : <ic C'est une chose jugee. »
. Voici quelques passages de ma lettre au ministre :
Une sequestration f^iisant perdre k une creature humaine sa
liberie, ses droits civiis; livrant ce qa*elle poss^de a celni qui
veut prendre ; brisant toute one existence, marquant au front
pour la vie, n^est pas une bagatelle, Monsieur le ministre, et. il
faut un peu plus que le style boursoufle ou decousu de quelques
lettres, ecrites avec rapidite, desespoir ou exasperation, au
milieu des grimaces, des oris, des chants discordants et freneU
tiques de la folic.... il faut un peu plus que Vinvraisemblance de
ce que dit une personne dont on ne salt Hen.,,, un peu plus
que la pretendue conviction d'un homme qui avoue qu'il se-
questre par ordre, pour prendre contre une femme inoffensive
une semblable mesure.
Si on av'^it eu la bonte de mlnterroger, comme on a interroge
M. le docteur Payen, de s'assurer des choses, de questionner
M. le Normantdes Varannes, d*examiner les pieces authentiqaes
que nous pouvions produire.... on aurait compris que ce crime
etait un crime premedite, qui s'est accompli exactement comme
on me Tavait annonce, dans les etablissements publics, sous la
garde des prefectures, des administrations, sous la surveiUance
de la justice. On aurait su que quand j'ai voulu donner des ren-
seignements, dire mes antecedents, ma position, mon entou*
rage, ma famille, on a crie k la folie, a Torgueil, ^ux idees de
grandeur.... et le rapport de M. le procureur general, a^es cet
examen, aurait ete autre qu'il n*a ete.
Malgre Tarriv^e de mes papiers, malgre toutes les preuves
de ma raison et de ma veracite, je n'en reste pas moins acca-
blee, par le fait du parquet lui-meme, sous la conviction d*un
alieniste qui ne sait rien II... C'est horrible I
Que me reproche M. le procureur general ? II cite une lettrft
P B'CEIL BtTKOSPECTIF.
— i/ipisie enire hiiiles — oii je dis: i II j a deui Harsilie;
— I'uae a diaparu; — elle est morte. »
Eneclivement, Monsieur le miiiialre, aae dame fitrangfire ft
r«it de la [nusique aoos le nom d'Hersille Rouy. Je I'ai appris
par les uns et par les autres. Elle me I'a dit plus lard elle~m£me
eii Die donnant sea raisons, de fort bona cnnseils el des marques
dp veritable int4r£l. On ne sail ce qu'elle est devenue ; j'ai dU-
paruinoi-mftme.... el d§s que j'ai 6i6 enfermSe, (e brvil de la
nii»-t d'Hetnilie Rouy — de laqualle?— a Sle ripandu; on a
annono^ cette morl d mes parents, anus et counaissancea.
Ce sont des faits r^eU et comlal^s,
Hi on avait voulu conleslerraon ^tat civil, onse serail adressfi
aux [ribunaux.,.. C'esl aux liureaux d'ali^nSs qu'on s'esl adress£
! femme connue, en plein jour, en plein
it, ses paroles ont Hi sans port^e, son nppel
it d'oii provient le nom de Chevdiier. .. et la '
lal pas nous que cela regarde. On ne fait ici
dont ridenlit^ est aussi douteuse
i^decin, qui n'cn sait pas plus que
L'est-elle done pas la France, el le crime devient-
:, parce qu'U arrive de I^is qui le iwuvegarde ?
Cependaot, M. le garde des eceaux avait il& touchd
^e me savoir malade el sans resssources, et il ^cri-
i de rechef 4 M. le procureur general, le 23 diicera-
' ' .». Je vuus prie de me falre connalire si M"^ Rouy est reitie
1 Orleans, ou si elle est alMe demeurer dana une autre locality.
Ic d^sirerais aussi savoir quelles ressources elle a pour vivre,
r alle parait avoir quilts I'asile dans un dSnilment eomplet.
En effet, puisqu'on on'*"*!! mfime refus6 a ma sortie
422 ttl&MOltlES Di'tNfi 'alien£b.
le petit tMusseatu qui to'atadt 6t6 s]ptmt«tf^ettt vot6
par la commission un mois avant'! ^Je.^ui tJ'^empfichait
pas M. le prooureur g^n^ra^, ioi^ours aussi bien ren-
3eign^, de r^pondre le 26 :
Mii«'Helisilie H6ii^, qai fs^t robj^ti^e Vtffile «i|^efae, mi la^S^
j^tesentement a Oi^l^ns, roe 'BtfAiii«t, liodS. J'ai Hen^de ftmtft
qu elle ne nMnique de rieft. MM. Roiffteray et de, M»«(6, adAn-^
nistratetrrs ties Hospices A*OAMts^' tpsa. ^liMif^XStrnd A >0Ue, Tt^itL
laisseront pas dans le d^nunotettt.
■ •
Du iriometit oii 11 6tait aisitirt ^'oti rtie fertitt Tau-
mone, M. le ministre se iinf pour satisfait.
Quant k ma.plainte au minktre de Tinldrieury les
btrreaux tfancihferent ^hfifmettt la question contretnoi,
sans m^me faire un s^mblant d'iriformation, et en aver-
tirent en ees termesM. le.pr^fei du Loiret :
P^iS) '10T»fl^feftlfc*e^iW8.
.... Depuis sa premiere sequestration, qui temonte & plus de
dix ans, la p^titionnaire a adress^ a mon d^partement d'inces-
santes r^elamitions contre le's acfmitti^tfetio'fts ttes dttf^rents
asilesdais lesquels* elle a ^t^ tmiMe. SesipiaiiileSvteQieuKflaii^
fondement, t^moignent seulement des gr aires d^ordres de son
intelligence. Celle qu'elle vient de m'adresser semble empreinte
des m^mes conceptions d^lirantes.
Je crois neanmoins utile de vous la communiquer, et je vous-
prie de me la renvoyer avec le cerfiftcat 61 le TStpport iA^dical
qui ont motire I'ordre de ioftie, etc.
Le Ministre de VintSrieur,
Par autorisation :
Le Conseiller d'etat, secretaire genSral^
Signe : Be So^kedOK.
CHAP. )t(. — COCP Ii"<KjJ. B&IUJSPECTIV.
Exb^sit de la, r«poase de M. le pc^fet du Loiret :
Orleans. 21 novembi'C 1868.
Ja Tft'ami^sse, UonAieur le loinistre, de vous adresser copie
a rapport du m^decio en chef de I'asile dos alieiies, qui con-
. idat fi^rmellem^nt k la sorlie de la demoiselle Chevalier dudit
r, oa sa presence ne serait pine BUlivee, «e qui a douui
a l'oT4r» q^ j'al 4oiia£ ie 11 de ce man de la mcltre en It-
liertd.... Je I'ai ^lusieurs fois examinee et inlenogee, laiit dans
IBM Tisites gi^n^rales k I'asiTe que dans des visiles particulieres
!es, et ette a maveiit install pres de moi, soit ver-
bale.menl, soit dans plusieurs letkras, puiv ablenii ^ nuse en
L'ajanl, nsitfe dan^ le courant du mois d'aoCit dernier, de
eoncert area M. 1e proenrearg^n^raL... elle a prSlendu ^'elle
avait 6tA sit^teatrie sous iw faux nntn, ceti)i de CbeTalier, lanr
^ qu'elle ^e nommarait r^elleraenl Eouy. J'aL alais eent, sons
la dale du 25 aout, a M. le pr^fet de la Seine, en le priant de
voulcur iiien verifier cette allegation el de m'envoj'er copie de
usnnce da mUb peosionBaira. >
. Loroque j'ai r^^itle lapport ludtiical panclu^nt a la mise en
i3>ert£ de I'alidn^o Chevalier, le 26 octobre dernier, j'ai icril de
UMXVMU u U. le pr^et de la Seine.... Le It de ce mois, n'ayant
tas re;u de r^ponse <i1 a Ijien voutu me faire coiinaitre depuis,
e IS, qn'il avail demands ;V Voire ExeetleiK^e tes reoseigne-
Soienls felatilit i Titat civil de la demoiselle Ghevalier), }'ui era
I presence d'une nouvelle d-marche faile nupres de
moi par M. le doclear Payen,ordoiinerhi iorlie..,. La deraoiselle
^Thevalief, depois enriron quatone aas, a 4t# suctesaiveinenl
e dans Cinq asiles diD'ereiits, ovi elle a loiijours ^Icv* des
plaintts et des r^clainatiaos, etc.
eign* : L. DuREAU.
On remarquera que M. Bureau fivite aoigneusemei
de doaaer son opinion persoan^lle, rfiaia que rien d
424 . M^UOIRES d'uNE AUlfeNEfiJ.
~~**-*— * '■ — -■ -■ ' -- -' ■ — — — — ^— >-^— — — — — . . ..- - ■ ^— ^^— ^^— — »— ^— —
sa lettre ne peut laisser supposer qu'il me croie in-
sens^e.
En voici une preuve d6cisive, que je dois k la protec-
, tion toute sp^ciale dont M. de Marc^re youlut hum
m'honorer lorsqu'il 6tait ministre de rint^rieur, et qui
a du determiner sa conviction. C'est le brouillon d'une
lettre ou M. Dureau parlait selon sa conscience et dont
il a dil Mtonner une partie, car on voulait sans doute
en haut lieu que tons les renseignements demaod^s a
Orleans conclussent k la folie.
Gette pifece est anterieure de jdeteos arts k ma mise
en liberty et ^tait adress^ k M. Husson. directeur de
FAssistance publique ; les passages en italiques sont
ceux supprim^s dans la lettre officielle :
Copie du brouillon tel quHl se trouve aux archives
de la Prefecture du Loiret,
Orleans, 26 mars 1866.
Par lettre du 19 octobre 1863, vous avez bien ypuln, sur raa
demande. me faire connaitre les actes de d^mence qui ont amen^
i Paris la sequestration de la nomm^e Ghevalier-Rouy, pension-
naire du d^partement de la Seine a Fasile d'Orl^ans, et les
motifs particuUers qui pouvaient s*opposer k sa mise en li-
berty.
Ces renseigpiements et les documents qui les accompagnaient
ont ete communiques au mddecin de Tasile d'Orl^ans, et les
divers certificats de ce fonctionnaire, d^livres depois, sur le
compte de la demoiselle Chevalier, ont conclu successivement a
son maintien dans Tasile.
^-' ite de diverses drconstances, notamment de lettres
I .r
\
CHAP. XX. •— COUP d'ceil wetrospegtif. 425
n — -
qqe les autoritiis ont reyues k plusieors reprises de )a demoi-
selle Chevalier, et ^i rCont paru porter aucune trace de
desordre mental, j'ai d<i m'occuper dune maniere \o^\e parti-
culi&re de cette pensionnaire. Je I'ai visit^e et interrogee, dfe
concert avec M. le procureyr general, en cherchant a me ren-
dre un compte exact de Vetat de son esprit, et'jrien^ ni dans
dans ses paroles J ni dans son attitude, n* est ,venvL modifier
les impressions resultant pour moi de ses lettres. '
Ces impressionsy Monsieur le directeur, sont egalement ,
celles d*un homme, sinon special, au moins recommandahle
var sa ha/ute intelligence, et memhre de la commission admi"
nistratifVe des Hospices d*Orleans. , .
Toatefois, en presence des affirmations precises de la science,
persistant k declarer la demoiselle Chevalier affect^e d'ali^nation
mentale, il paraitrait que sa mise en liberty ne serait pas ^ns
inconvenient. '
Mais M. le procureui* g^n^ral, dont toute la solUcitude n^a
cess^ egalement de se porter sur la demoiseUe Chevalier, a re-
connu un fait avec moi : c*est qu*en raison surtout de son esprit
actif et cultiv^ et de son Education distingu^e, la demoiselle
Chevalier est moins a sa place dans Tasile d'Orleans qu'elle ne /
le serait dans un autre asile, ou sont organises pour les alieni§s
diffi^rents genres de secours qui he se trouvent pas ici.
Je viens done, Monsieur le directeur, vous prier d*examiner
quels pourraient dtre les asiles qui, sous ce rapport, convien-
draient mieux a sa situation, et de mUndiquer celui sur lequel
vous aurez diicid6 qu'il conviendrait de la diriger.
Sign6 : Bureau.
Par quelle pression M. Bureau fut-il oblig6 de modi-
fier sa r^ponse primitive. au point de lui donner un sens
tout oppose? G'est ce qu'on ne saura probableroent
jamais. Mais en conservant ce brouillon, qu'il lui 6tait si j
facile d'an^antir, M. Bureau, dont je n'ai eu qu'a me
24.
426 Mfii»»B» B'UNb ajj£n^
• -^^^^ ■ -■-..■ - ■
V ^ feuiM^, t ti»«ft«i hkssim Mtotsleir aaifetAmoigBsiiBi dan* la
t^r£vfsfotf qptif potiffiAt ttub ^f&imt^tai jour. 9 est dssvt
depuis pAisieurs axm^es^ %t saiis ceffe precaiUioa on
attrait |m eg(H»8y malg^ ««» affinmntiftiw jhMianw» feis
rtp^t&ir, ^a'a avait diaiieS' d^'a^ do^ ^Is^ teM m.
moins dans le doufe i mon 6gard'; ce dbute ^r&e ^EQF-
qu6l<»B^s'aibsti0atslfiMukmeiU d^se saiig;^ du B^^
duplti^AAd^.
Le fd' avril' stdVairf, fe tAdsfttf SbJt t^sAM (tftr
IL HiUNSoQ, oiYoici la raisoa q^'iT ea &imaft :. /
y ouB saves <pie ks asdgencefr ds son cavactere^ et noa le
r^giroe des maisons par ou elle a pass4, ont £t£ la.caiise uni^pie
des- nombroax et coiktea^ changftmeaffs de rdsidenge qjoe je
mas
PariM le» fH^bSBs' ^btenuan^ dn i&uDiBttes far
M. Tailhancf^ se trouve un riapport du dbcteurCSAiieil.
Ainsk qii^ jn^ yai« rae«it4 cbapitr^ Yia^ le 15 laai
t869> j^a^ilBi ta^t de^ «aiiv«ai» i^ Utoifidffatmfr pour
fui dei£i2Didbf d'ofdontifier tme* ^conde enqteSfbtnft-
ment sdriettse^ et 04 jje serais entendue. £e i2 mdi,
M. Mettetal torivait au directeur de Charenton :
Son Excellence M. le ministre de rint^rieor desire avoir nn
rapport d6e^4 dOr i€& MXs fehitif^ ia: s^xtt iffft dettuiselle
Che^rtgJeS^Wi&tit dfcte hr ttifaeiM <te'C3fc«W(lanw>
En eodB^eww, je iroii» |»ri6 d^ rMaiiitir «» npfort a
M. le doefenr Calmeil, et de me le transmettre- le plus lot
possible.
\
/
.»/
f CHAP, XX# — COUP P'CEU* RfiTROSPEGTIF. 487
■ I I ■ I ■>■ I HI wM^^mmm ■ II I ■■ I > 1 ■■■■■■ r , ^ ,1 ■ <
I
\
Q^e}le avit&rM pev^-on accorder a un pareil rap-
porif redige en ^869 sur des faiU qui ae $ont passes
01% i8649 ^ciivalt It. Tailhand au bas de la copie qu'il
yehait M iaire de la letire de M. Mettetal. En efFet, ia
geule cbose qu'U £&t loyalemeiit possible de faire apr^s
tant««l'iHm^& ^coul^es^ a 6tait le simple relev6 des notes
m^dicales inscrites au registre pendant mon s^jour h
Cbarei^toB^
Le docteur Calmeil, cependant, trouva moyen de faire
un rapport de dix pages sur une personne qu'il avait
eue, quat&rze dUs actiJ^ravaiif , troii mois dans son
service. li avait afoi's pr^ de lui M. Barroux, mon an-
6ien dirtetelur de Vsirmf devenu direfi^ar de Ghareii-
ton, 6ft comme m6deCin^adjoint Mi le docteiir Foville,
ex-m^decin en cbef du service des femmes a Mar^-
ville,
. II fallaity en exon6rant le docteur Pellets^, exofl^er*
tons ceiix qtif m'aviient g^ard^e k la suite, et Fon donne
k ce aujet sur mes antecedents des details essentielle-
m^t fantalskltes^ ik»Qt il etkt Me bon d'indiquer au
moitis \A prov^eiHatt^e. C^ I'iapport 6Sf si evidemment .
compose pour les besoins de la cause, qu*bn n*a pas
ose le produire ; mais il n'en existe pas moins k mon
dossier et impressionnera defavorablement quiconque
k lira sans aveir connaiss&nee des pieces que je pou-
vais d^ lors lui opf^ser^ II £f attache a denaturer mes
paroles et mes actes, pour prouver la neces6ite de me
faire enfeimer paar anite a: d'un eUx^ hUent d'alie^na-
428 MEMOIRES d'UNE ALIl^^.
Hon 3). bien ant6rieur k ma sequestration. II ^tablit
pourtant qu*a mon entree k Charenton j'ai parl6 de
mon pfere, de mon oncle, de mon fr^re, de ma famiUe
et de ma position, en des termes ne iaissant aucun
doute sur ma filiation ni sur ma parents, qlie plus
tard chacun a arrang^es k sa guise, en me pr6tant defi
id^es que ce rapport dement.
II donne de longs details sur ma sant^, sur ma- ma*
hifere de vivre :
Qui etait celle de beaucoup d'artistes, taiitot dans la getie,
tantot dans Ic luxe. Elle a fatigu^ son systdme nerveux par des *
exces de veilles, par son assiduity a T^tude, k la culture de la
musique. Ses esp^rances ont souvent 4t6 remplac^es pui* des
deceptions ; son existence a dd ^Stre remplie d'emotions.
M"* Chevalier-Rouy s'est livr^e avec ardeur a I'^tude des
myst^res du somnambuliame ct du magnetisme animal
L'activite de son intelligence s^exergait de preference sur ces
mati^res dangereuses.
Peu a peu, ses sens s'exalterent, et elle commen^a a eprouver^
de^ hallucinations de la vue... Plus tard, elle se persuada qu*elle
etait poss^dee par un esprit magn^tique et en butte k des per-
secutions secretes.... Vers le I*' septembre, M"« Chevalier-Rouy
comraenpa a se montrer tout k fait indifferente a ses iateretii ;
elle avait laisse de cdte ses lemons Sa domestique essaya de
la raisonner ; mais il parait que la malade Teffraya par son atti-
tude et la violence de ses propos.
Tout ceci, selon M. le docteur Galmeil, resuUe de
rinterrogatoire que M, Vinteme Verjan avait ete charge
de me faire subir.
ie me sui8 occupee de spiritisme comme tout le
MSP. XT. — OOI'P It'fHI. REtlWSPECTir- «&
roonile, k nne ^poque oii tout le moade s'en occap-iit,
el je pasaais la^me pour un medium assez puisSaBl.
e enlrer (tana une discussion a fond sur ce sujet,
e.dirai que je ne compreods pas la coapable I^SreW
dThommes qui, au lieu d'examiner et d'Slaii'^r .»s
iphteom^nei: qu'ils Iraitent d'epidemie cirebrfile, Iran-
idieot avec leur imperturbable aplomb, en qaatiGant Ue
d£lire tine conviction battte sur des faits r^ls et incun-
itestables.
le n'avais pas Tait difficulle de causer de ces choses
avec M. Verjan, de dire que j'avais une conviction prw-
■Ibiide en rinlenention d'un Mre supreme, en one des-
'Knte irrevocable.
J'avais cite des songes m'ayaot avertie des ev^ne-
Ements futurs, et dens apparitions en i*ve : Tune en
1S22, ^ Varsovie, au moment de la mort de ma petite
CBur Constantine ; I'autre pendant que j'^lais a Lon-
,dres, en 1834, m'aanongant la mort de mon oncle
'£tiemie a I'beure mSmeoiiilexpirait. II n' est person ne
qui, en cherchant bien dans ses souvenirs, ne puisne
citer quelque fait analogue. Seulement on a transform^
leeux-ci en hallucinations que j'aurais dprouvfes en
4854, ce qui change terriblement les choses.
Je dois dire que le spiritisme a fait sur moi Irfes-peu
iffet, parce que mon pfer* s'oceupait de sciences
bccuttes, que j'assistais a toutes les conversalious, i\
loutes les experiences de magu^lismeou autres. el que
El ne m'^tonnait pas.
430 M£MO|RES D'UNE AXIEN]^.
-»'■'-' ■' ' ■'■ ■ » *''!'■ I ■ ■' I — ■^- I ■ »■!■ ■■■! '■■ ■
I , ■ '
liOrsq^'on* me r^r^^nte' comma totalament absoi^
\m pai: laspmtu»ae> j'^tw fori o^GU94e k xk^t. to^
eautjoQs qu'6Q.m'a¥aiti{idi)q[u^ e^vu^ da ma dinpoH
rition pvo^haioa. Oo* 9'^ooiia (|ue j'aia cessd m;^ k$OQP
au 1^' sap(iemt)Ba, au pl^^inaft vaeaoo^ ! Ja las avaj^
m^ma eaaa^eSf z&ofmf^ too^ las piroCeissau]r&, w aoiiQ^
ma&ceiHLeiit d'a^^dl). Enfin^ |e <]x)ute qu'o}^ ma eifaip
d'humeur k me laisser faire la legou par m^^ daia^flg*
tiqu^^ Cte^ a VH, alw^itra n^ ai9ffiiiie»t et po«)^\iai je
Taifiaia miiba 4 la p(nrfa^ dis la WLiMaii i[|e ii^ijUkl:, ai eim-
oaant ail Wiiiaii {NTafi^ da ae 4pfa ^ 4(ori^ lanta la |oii»»
nee pour me dire suicid^e, foUe et a^fpiagfaffe idN^s
mca»
M. Terj»^ qui m'afHra toi jeiiw at qpe j»r|i;'ai ftta
r&m, attnt maiaompm etai'MiBA vfiffiaf^ ee que je
lui avaia 'nx&Mt dea feajesR^ 4e saa cemeterga* fl
a^rait 4l'aillaiiri» aangBlier (pie 2a mgBoAef cossnia
an nt'iff eita^ If t d^mo^ aur dife«a£»a ees ftingiriigrs
d^Udla.
J'al ^44 fovi £taiinte quaaid/ k IrmJowiiiif 4g ipm
«rm^ dils^isiitay M. la doctet^ CdbaaH WKsrmk deiMHi-
veau siir I'aflfwit flrappe»r al me dit ;
*^ Vaua antimdez dast ^oit dans le murf
'^ Bana le m^, noil/... ^ meiAs qu^ ea la^r m adil
tine dMflati at ^^l na piffla d^rri^e.
^ Cast ^aixime tout la ma^da, «l0i«{ YacM ctfkn>-
deDieu? '
■ -^ I . .-
■^\
CHAP. X«, •" OOHP n'tEfl, HtTROBPEGTIF. ~ 4Sl
— " J0 dte'qtie Ifc TOnt iirt4rietlfe qui nons pSrIe viont
de'Dlffiii '6'fl8t4-d}ite -d'un effe mipf^lne ifit non if- la
juftti&re.
— M6i atfSBi, ilon, j'aiteads k vdx delHeu'I
— Assur^ment, bomme tout le monde, k moins que
TOus necrojiez que c'est oelle flu diahle.
fie tontueet, .M..le <de«tflnr Qalm^ Mntlot — «n
• 1869 — que j'dtais dans on iiM analogue atrc fdi*
^elMeB de Loudun, et il I'affirme ainsi :
Un :mMec!n -^clairf ne pouvail que dddarAr, en septcm- ,
bre 1S54, que M'>> ChcTalier-Rau^ avail teat^ile; pounder un
jt^enent sain et d'oMir a In nation du sens comnwB.^De mdme
ii £tah fond^ k rapporter la maladie de cetEe habile arlule a la
classe des monomanies avec h&Uudnationa de pluaieors seus...;
Eile comervait la faculty de caiaamier .d-'iine mani^re suivie at
indme sp^deuse snr les mati^rea StrangSres a aes conTictians
d^raiwimabUs.
M^setitrvicUons iKrAisoimaBlW, C'Atalt SaHs dotite le
spiritisfne-; nntis je ri'ftais pas foRe pottr y croire, Men
qtie oeki ipuisse rehire fiille et qn'on en Sit vu des
exemplea.
m.ie (Ideteiir CaMeil daigneconveuir qtie Je tie pt&-
setdetHteunsymptSrrte de ptfralj/Sfe ; que ma -Udion
eSt'itipnitfe-etcoTTecte. IJ s'^tonne, le kndemain de
montrttvfiS, de rae irOuvaf aUrexcUie et parlant avec
OncseWrtt aufeicttSe i raoina. ta vdrtt^, messieurs les
tftlAaistes SOnf prScieuf f 36 vou'drais bien savoir s'ils
4^2 MEMOIRE'S O'UflB ALIENEE.
^ j_ .
seraient joyeui; et featisfaits de s^ voir enfermer parmi
des fous, de )passer une nuit blanche dans un dortoir
ou des fiysteriques viendraienl se pr^cipiter sur eux
et iraient un pen plus loin tomber en convulsions !
La nuit, il lui arrive d' entendre la voix de sa pensee. Cette
voi« la tutoie et raisonne avec elle ; cette voix 'lui a dit qu'elle
^tait Satan, mais elle a refus^ de donner son ame a Satan. Alors
cette voix lui a dit : Je suis Dieu^ et je Vaime,
Elle parle ensuite du vol d'un enfant qui bii avait ^t^ confix
par sa mere II nous a i§te absolument impossible de la plier
aux exigences du service et de la discipline
t Nous ne pouvons qu'approuver la determination qui fut pHse
a son ogard le 8 septembre 1854 On pouvait esp6rer d'obte-
nir son r^tablissement.'.:.. On )a mettait a Tabri des accidents
qui pouvaient surgir d'un instant a I'autre E!nfin on evitait
Vinvonvenient de mettre le public dans la confidence du
malheur qui venait de Tatteindre, etc.
On a si bien 6vit<§ cet inconvenient qu'on m'a esca-
molee dechez moi corame une muscade ; chang^e de
nom, pour qu'on ne stit pas ou j'etais ; dite morte, pour
que personne n'eAt I'idee de chercher ce que j'^ais
devenue.
Quant k Taffirmation que mon sommeil est trouble
par cette voix qui ine dit : Je suis Dieu, et je faime, ou,
comme il est dit a un autre endroit, par I'esprit magn^-
tique qui prend la forme du due de Parme, de Satan ou
de Dieu, ceci pro venait d'une source ou Ton n'aurait
pas du puiser et d'un pi6ge que j'avoue avoir tendu
-s, pour prouver qu'une fois entre leurs
CHAP. XX. — COUP D'tElt RETROSPECTIF. 433
mains Hen n'est respecti§ ; que la nxalheureuse ali^n^e
est absolument k leur discretion.
On sait qu'on avalt force ma malle k MarSville et
qu'on y avait pris une enveloppe cachet^e portant pour
suscription : Secret de ma confession,
Gette enveloppe fut oiiverte et son eontenu remis k
M. Barroux, qui Tenvoya k M. Durangei le 3 mars 1869 ;
mais* on en avait, comme on le voit, pris bonne note
k Gharenlon.
Or, cette enveloppe contenait, avec quelques autres
papiers de m^me nature, une declaration d' amour a
VAniechrist, et elle est cit^e presque enti^rement, sans
qu'on dise, bien entendu, comment on se Test procu-
re, dans Tenqu^te de 1869 dont nous parlerons plus
loin. Voici ce qu'en dit M. d'Aboville :
Ces pages, ou Ton doit reconnaitre dea hearts d'imagination,
n^^taient destinees a 6tre lues par personne. On en pourrait
trjouver d^aussi ej^alt^es dans certains pontes qui n'ont pas ^te
poursuivis pour les avoir publi^es. II faut remarquer, avec
M. Tailhand, qu*eUes sont toutes, sans exception, post^rieures
a sa sequestration, et si c'est la cer que son s^jour de quatorze
ans au milieu des idiots et des fous lui a fait faire de plus extra-
vagant, on conclura, avec M. le docteur Halmagrand dans sa
lettre d6ja cit6e, qu'elle devait avoir la t,6te solide pour y avoir
encore aussi bien r^ist^.
Parmi Tinnombrable quantity de leltres d^lirantes
qu'on m'accuse d'avoir ecrites, on n' a jamais pum^on-
trer que celle-ci. Si elle ia'eut pas presents une appa-
fence de folie, on n'en aurait pas parl6, et la violation
25
mSmoibes d'ijne alienee.,
de ma tnalle et d'une enveloppe qui pouvait conlenir
deschoses fort graves pour moi et pour d'autres, d'%-
pr^ sa suscriplion, aurait toujours &\.6 ignorSe.
C'est pourquoi je n'fitais pas folle en traitant d«
' voleur )e ni^decin que je savais coupable de ce rapt....
Certes,aucinideces messieurs necroyaitalorsqu'une
contre-enqudte serait faite ; que j'aurais connaissance
de ces bassesses et aurais en ma possession ces pieces
qui, en me presentant sous un c6t^ immoral, vaoiteux,
dgoiste et iasena^, m'Ataient tout espoir de I'appui de
• rimp6ratrice.
Enfin j'avais parlS duvol d'un enfant... Esl-ce que,
devant une question de cette importance, le devoir du
mMecin en chef n'^tait pas d'appeler le procureur im-
perial et de provoquer une information? Onne Ea™t
rien de moi j je d6non9ais un crime, et j'en apportais
des preuv«s sufQsantes pour qu'on pAt ^ilement, en
i854, en atteindre lea auteurs. Ces papiers m'ont 616
pris avec leB autres, et ceux qui conoemaient cette en-
fknt ne m'ont pas &i6 rendus.
Cependant, le rapport de M. )e docteur Calmeil a
cela de bon :
1" Qu'il dfelare qu'ii pai;t le spiritisme (dont j? ne
parlais jamais) je conservais la faculty de raisomier sar
)es mati^res itrang^rea k mes convictimis diraiton~
nables
- Et qui done donne le droit de s^uestrerpourilDe
¥
I \ « ■ I , (
< ■ \
CHAP. XX^. — COUP D'CEIL RET|\08PEGTIF. 435
2® Que je me d^clarais simplement ce que j*6tais,
une aftiste vivant de son laborieux travail ;
3* Que j'y parlais de ma famille. Et il n'est ques-
tion dans ce rapport ni de porte forc^e, ni de commis-
saire de police, ni d'autel, de cercueils, d'illumination,
d'extase ; ni de d^sespoir amoureux ou matemel ; ni
de grands personnages m'ayant affich^e publiquemeht ;
il constate que tout est simple et honorable autour de
moi, et que si on cherclie dans ma vie, on y trouve un
6xc6s de travail et pas d'autre.
Je ne m'^tais jamais expliqu^ pour quel motif M">d la
sup^rieure de Charenton avait manqu^ si gravement au
r^glement en consarvant mes papiers, au lieu de lesf
reraettre au bureau, et comment elle ne m'en avait^
huit ans apr^s, rendu qu'une partie. Elle n'y avait
aucun iater^t et s'6tait montr^e avec moi plutdt bien-
veillante qu'hostile. II 6tait impossible de croire qu'elle
edi agi d'elle-m6me, mais probablement k Tinstigation
de ceux qui m'avaient fait r^niermer et qui pouvaient
Tavoir charg^e de garder les papiers de famille dont
j*^tais nantie, aprfes en avoir distrait ceux dont on vou-
}ait me d6pouiller.
Le fiait, bien que tr&s-dommageable pour moi, n'au*
i*ait eu rien de blftmable, M°^« la sup^rieure n'^tant pas
chargde de verifier Tenregistrement des malades et
ignorant tr^s-probablement que le mien fut irr^gulier.
Ges renseignements pouvaient nous faire d^couvrir le
mobile tant cherch^ de ma sequestration.
■ . • • •■■'■.
436 ' MEMOiuEs d'une alienee. -
- ■■ ■ ■ » ■ — ■' '<"
Je priai done M™® le Normant des Varannes, d'etre
assez bonne pour ailer k Charenton, accompagn^e de
M. Lr.., et void comment elle rendit compte de celte
entrevue :
' Paris, 30 Janvier 1872.
«
Nous avQns trouv^ une femme impenetrable. Elle a hrtk\€ ses
vaisseaux dds les premiers mots, en niant tout, absolument tout,
mSme Vexistence des pJapiers. Pais elle s*est souvenue qvCi] y en
avait eu ; mais elle pense que c'est M^' Rouy qui les lui avait
coniies. J'ai precise les faits; elle s'est un peu rappele La
soBur Saint-S... ne sait rien, n'a rien vu, connait bieii M"« Rouy,-
mais n'etait pas alors surveillante de ce service. Enfin les pa-
piers, pris par elle ou par une autre, ont et(§ remis k la sup^-
rieure, qui les a envoyes au bureau ; elles n'en savent pas plus
long. Tontes les fois qu'il y a e,u 4es reclamations, M"« la sup^-
rieure les envoyait au bureau, et M. Martin "disait ne rien
avoir.
Ges papiers, qn'elle se souvient d^avoir feoilletes, etaient an
tas de paperasses de recfiture de M'>* Rouy poor la {topart,* et
que M. Martin aura sans doute briUees.
Elle revenait toujcurs sur la question de folie, et nous aviooa
beaucoup de peine a la ramener auz papiers. M. L... lui a de-
clare tres-positivement qu*il avait vu W^' Rouy, qu'elle n'etaiL
pas foUe et ne Tavait jamais ete, et que quant aux papiers ce
n*etaient point des chiffons sans valeor, car ils avaient ete ren-
dus en partie, et il s'y trouvait un acte de naissance dont ia sup«
pression avait permis de faire passer M"* Rouy pour ihorte, et de
perpetuer sa sequestration en donnant a ses reclamations Taiq^a-
rence de la folie. M^^* la superieure se contenta d^ dire : c C'est
bien singulier ! .n
Les trois temoignages concordants de M. Benoit d*Azy, 4e
soeur Liduvine et de M. Renaud du Motley ne lui font rien, et
elle est prete a affirmer en justice qu'elle n^a. jamais renvoy& de
papiers, ni mSme vu de sosurs de Saint-Charles.
1 •' " /
V
GHAT. XX. — COUP D'(EIL RETfioSPECTIF. 437
• ■- : '• \
^— ^^— ..»»i ■ 11 ■ I 'I i I . «i ' . I «
J — Vousaurez sans doute bientdt occasion de le Tkire, lui ai-je
4it> fitje regrette vivement que vos souvenirs vous servent si
mal, ear votre responsabilit6 se trouve bien j^lus grande que
si vous aviez agi sous rinfluence d'une reclamation de famille
pour rendre una partfe des papiers et conserver les autres en
d6p6t.
Maiselle soutint mordicus qu'elle n'avait jamais vu personne,
ni de 1^ famille, ni autrement ; qu'on ne lui a rien dit, rien
^^demande etqu*ellen'a rien fait. EUe m*a demaiide si nousavions
qpelque preuve de ce qui manquait. Je lui ai r^pondu que nous
iious etlons peu occup^s de ce fait, bien qu'il eut aussi son
Importance, ^Fessentiel ^tant de prouver la possession par
M"Q Houy de son acte de naissance, de la soustraction et de la
restitution de cet acte, et que nous en avions des preuves irr^fu-
tables.
Elle squtenait bien qae M^^^.Hersilie etait inscrite Rouy au
bureau; quant a cela, je lui ai tenu tdte.... La declaration de
M Barroux a Tassistance judiciaire a eu Fair de la convaincre ;
mais elle a tenu a nous faire voir que sur le cahier ou Ton
donne lenom et le tiumero de chaque malade dans les vingt-
qfuatre heures de son entr^e^ celle-ci etait bien inscrite Bouy,
sans ri^n autre, pas mSme un pr^nom. Cette inscription snr leur
Uvre d'ordre est, dit-elle, de la main de M. Martin, le mSme
qui, . quelques heures plus tot, Tinscrivait Chevalier au bureau.
Mais il a eu la precaution de mourir il y a deux ans, en
sorte qu'on est bien sur qu'il ne parlera pas.
Cela a dure deux heures trois quarts, et nous y serious en-
eore^ je crois, si la nuit n'etait venue, car la superieure semblait
pr^adre grand plaisir a notre conversation.
Nous I'avons mise a meme, en faisant connaitre c^ qui Favail
fait agir, de diminuer sa responsabilite ; ce n'est pas notre faute
si elle ne Ta pas compris. M. L. . . m'a pressee de voir M. Tailhand, '
de lui raconter notre entrevue ; il faut, dit-il, que justice se
fasse et que du moins celle de la conscience publique puisse se
prononcer en mettant tons ces fails an jour, si Tautre nous fait
defaut.
\
*
438 m£moires dWe Xli^nee.
Le M. L... dont il est ici question est un e^tenr
de Park avec lequel je m'^tais entendue pour pubUer
une brochure nontenant ma petition, uii r^sum^ des
faits, mes principales pifeces et quelques-uns des ar«
tides des joumaux qui avaient parl6 de mon affaire.
M<>)« le Normant des Varannes ^c^rivait k ce sujet, le
2 Kvrier 1872 :
•
J'ai vu M. Tailhand, loujours dans d*excellentes dispositions,
qui a commence sun rapport et assure qu'il ne d^passera pa$
trois semaines, comme limite extreme, pour le pr^enter. Je lui
ai parl^ de la publication, qu*il trouve toute natureUe ; il de-
• mande seulement qu*elle ne soit faite qu'apr^s son rapport, ci»
que je lui ai promis.
On sait comment, le rapport n'ayant jamais 6ti pr6-
sent6, la publication n'a pu avoir lieu.
Je priai mon d^vou^ d^fehseur, M. le Normant des
Varannes, d'adresser un expose de I'histoire de mes
papiers a M^^Tarchev^que de Paris, pensant que sa voix
serait plus Scout^e que la mienne, marqu^, h^las ! du
stigmate ineffa^able de la folie.
Get expose fut envoy6 le 28 avril 1873. N'en rece-
vant aucunes nouvelles, trois mois apr^, M, le Nor-
mant se pr^senta k TArchevAch^ et fut re^u par Mon-
seigneur, qui hii dit avoir transmis son m^moire au
d^recteur de la communaut6 de Charenton, et que la
sup^ieure et la soeur Saint-S... avaient renouveU leurs
d^n^gations absolues au sujet des papiers apportSs par
moi k mon entree.
_j
CHAP. XX. ^ COUP 0'CEIL HiTROSPECTIF. 431>
V I —^-^—1 "ii I I I II , I |i»i I -»— — I I
, I \ J
> M. le Normant voulut alors placer sous les yeux de
Monseigneur les preuves multiples de Texistence, du
rapt et da renvoi des papiers, donnSes dans son in^-
moire, qui n'avait peut-6tre pas 6t^ lu ; mais Tarche-
v^que s*y refusa^ disant que sa eonvictipn ^tait faite ;
que Join de chercher k att^nuer les Qhoses, s'il avait
trouvi la supSrieure coupable, il Faurait cass^e ; que
s'il y avait une brebis galeuse dans le troupeau, elle
devait ^tre retranchSe; mais que devant rinsistance de
M. le Normant, il ne pouvait s'empScher de le plaindra
et de le croire sous I'empire d^wm idee fixe.
M. le Normant s'en revint, sans avoir gagn6 a^tre
chose que* de se voir tax6, comme il Tavait d^ji 6t6 par
M, le procureur imperial, d'Mre plus fou que moi,
parce qu'il voulait prouver la v6rit6.
«rai parl^ k diverses reprises du rapport qui fut fait
par les bureaux du minist^re de rint(§rieur| en 1869.
Je Tai aujourd'hui en ma possession et regrette que
Fespace me fasse d6faut pour reproduire en entier ce
qu'oh a audacieusement plac6 sous les yeux du ministre
et de la souveraine. On le trouvera aux archives du
Loiret avec le reste.
Sans se soucier du bl&me infligd par la lettre minis*
ti&rielle citee chapitre xiv, le rapport regularise mon
entree en disant qu'elle a eu lieu sur la demande du
docteur Pelletan.
Mes deux sequestrations d*o£fice de 1855 et 1863 y
sont presentees comme reguli^res.
^ '
440 M^MOlkES d'UNE ALlfiNlEE.
Ghaqiie fois que se manifestait le moindre apaisement, Tad^
ministration s*etnpressait de .d^llvrer un ordre de sortie ; mais
de nouveaux falts exigeaient presque aussitot une sequestration
nouvelle.
, ^ " Lesquels ? Oh n'en cite aucun ; on parle de letlres
qu'oh n'a jamais montr^s; on transforme une note
m^dicale du docteur Lasfegue en certificat imp^ratif ; on
viole la loi a chacune de ces rentr6es, comme ii la pre-
' niifere, ainsi que Ta tr^s-bien demohtr6^M. Tailhand
dans le passage cit6 chapitre xi.
Voici comment on explique ma folic :
W^^ Houy, que Tind^pendance de son caraclere et de ^s habi-
\ ' tudes avait deji amenee a rompre avec sa famille, contracta
{ alors des relations avec une personne tres-haut placee, qui lui
I . avait promis de regulariser sa situation, et dont elle se considd-
; rait comme la fiancee.
Son espoir, que se$ amis taxaient de folie, ne se r^alisa pas en
efTet, et le 22 avril 1848 on enregistrait a la mairie une fiUe
de p^re et m^re hon declares.
Kniin M^^* Houy perdit cette enfant, et, a partir de cette
^poque, on remarqua <chez elle des signes ^vidents de la maladie
qui devalt bientot n^cessiter sa sequestration.
Tout ce qui est rapports .ci-dessus 6tant compl^te-
ment faux, j'y donne le dementi le plus formely et
j*appuie ce que je dis, non seulement des pieces que j'av
port^es k Charenton, mais encore de toutes celles re-
cueillies par mes rapporteurs. Le lecteur est assez au
courant des faits pour r6futer lui-m6me cette s6rie de
mensonges ; je lui rappellerai seulement que c'est aprfts
,t
T .
^ ,
CHAP. XX. — COUP'D'CEIL RETROSPEGTIF. 441
— — — — — ^ ■ ' ■ '■'■<■'
la mort de mon pfere, six mois aprfes la naissance de
I'enfant, quej'ai cesse de voir mafamille, ei qu'il ne se
trouve nulle place pour cette vie dHndependance que
j'aurais men6e; Mais il fallait k tout prix me d^consi-
d6rer aux yeux de Tlmp^ratrice.
Le rapport 6numfere les certificats qui m'ont 6te
donn6s dans les divers asiles, tnais n'enumfere que cela,
A Fains, ou Ton sait ce qui s'est pass6, le docteur
Auzouy seul, entre les vingt-cinq docteurs que j'ai con-
nus, m'accuse de penchants erotiques ; — en v6rite, il
faudrait souvent retourner les certificats conlre ceux
qui les font I — mais il n'est fait, nulle mention de la
scfene qui a amen6 le changeuient des soeurs, ni de la
lettre du prefet de la Meuse au ministfere, pas plus que
de celle du directeur de Fains, qui etaient pourtant
des pieces officielles, tout com mo les certificats. '
En somme, ces certificats constatent surtout mes
plaintes, ma manie d'6crire, de reclamer mes papiers,
de protester contre le nom de Chevalier et de prendre
tous les noms imaginables plut6t que celui-la. Mais de,
faits extravagants, on n'en articule pas un seul, pas plus
qu'on ne produit mes lettres d61irantes. On cite seule-
ment des passages (sans date et sans indication d'ori-
gine) de ce que renfermait renveloppepriseaMar^ville.
On tie cite pas, bien entendu, le cer^ificat de non
alienation qui m'avait 6te donn6, apr^js quinze jours
d' observation k Tasile d'Orl^ans, par le docteur Payen.
On dit seulemisnt :
25.
442 ■ MEMOIRES' D'UNE ALIENEE.
».p— I I -a^— — I ■ p,,.^— >— 1,1 II. Ill II I III I I II.. , ^^m^^m^^.^.^mm
Les appreciations du docteur Payen ne diffe-
rent PAS DES DlfiC^ARAT^ONS DE SES CONFRERES, ET
IL SEMBLE INUTILE DE LES REPRODUIRE«
Mais ce certificat existait, pouvait 6tremvoqu6 en ma
faveur, el il fallait le faire d6mentir par son auteur.
Le rapport dit qu'^ la suite de mes reclamations au
premier president et au procureur g^n^ral, M. Dureau
voulut m'interroger lui-m^me, que je parvins k Tint^-
resser, et qu'il demanda Topinioii motiv6e du m6decin»
II y a 14 une premiere inexactitude : M. le pr^fet est
venu me voir le 12 d^cembre 1865, et la pifece donn5e
k sa demande est dat^e du.29 juin 1865, six mois avant
r^poque ou il est cens6 Tavoir demand6e. Je crois
deyoir la citer en son entier :
Monsieur le Pr^fet,
J'ai rhonneur de r^pondre a votre letlre concernant M"« Che-
valier, pensionnaire du d^partement de la Seine.
, Si r^tat de cette malade, parfaitement constats par mes col-
logues, a laiss^ un peu d,e doute dans votre esprit par mon certi-
ficat de quinzaine, qui ne vous parait pas assez affirmatif, c'est
que je me r^servais de I'^tudrer da vantage pour mieux la juger.
Une plus longue observation m*a fait reconnaitre en elle, non
pas de rincoh^rence dans les id^es, mais un sentiment exag^r^
de sa personne, un amour-propre excessif qui ne voit qu'injus-
tice a son ^gard des qu'on accorde quelque attention aux autres,
i&levant la moindre inadvertance en hostility, se r^pandant en
invectives centre les personnes qui Tentourent, gardiennes,
soeurs, m^decin/ses gedliers, ses bourreaux, etc., etc.
G'est dans Texag^ration du sentiment personnel, dans cet
^oisme personnifid, ses hautes pretentions, Texaltation de son
mOrite, cetle haute id^e d'elle-m§me, que M"« Rouy. Hersilie
. \
CHAP. X3(. -^ COUP D'cEIL RfiTROSPECTlF. 443
Chevalier se disait fille de la duohesse de Berry et devant mon-
ter sur le trdne ; qu'elle signait ses feuil lemons sons les noms
d'£!toile-d'Or,sde Satan, TAntechrist, le Diable, sous celui de
Vanagramme Oury. G'est^ans ces dispositions d'esprit qu*6piiisde
par une vie trop active, qu*eUe prodigua dans les lettres et les
arts ou elle se montra, disait-elle, au premier rang, qii'elie entra
k la SalpStri^re ; et ii je consulte son dossier, je trouve que tons
les m^decins, MM. Tr6iat, M^tivier, Falret, Lasegue, Calmeil,
Husson, I'ont bieu consid^r^e comme foUe ; qUe les directeurs
et m^decins de Fains, Mar^ville, Auxerre, MM. Auzouy, Teil-
leux, Foville^ etc., etc., ont tons port^ le m^me jugement et se
sont tons montr^s d^sireux de voir s'^loigner de lear asite une
aossi intraitable pensionnaire, et de la pire esp^ce, par le trouble
qu'eUe s^me partout et Ti^subordination diffi6i^e a r^primer
quand elle se rattache a une personne aussi intelligente qu^opi-
niatre dans ses determinations, r^sumant Torgueil, la vanity et
Tehvie, 6t que nou9 consid^rons, comme tous nos coll^nes,
comme un type de folie d'orgueil incurable, qui doit ^tre retenue
dans un asile d^aliSn^s, que nous verrions avec plaisir n*^trepas
c^ui d'Orl^ans.
Sign4: Payen.
Assur^ment, ce n*est pas tout roses de retenir parmi
les folles une personne qui ne Test point ; comme mes
autres m^decins, le pauvre docteur Payen avail eu
I'occasion de s'en apercevoir, et 11 fait de moi un petit
monstre assez r^ussi. Mais oil est la folie la-dedans,
sauf le refrain habit uel : Se croit fille de la duchesse
de Berry ^ copi6 sur mon certificat de transfert et si
bien ddmenti par celui de quinzaine du mSme docteur
Payen?
II y a une chose plus grave encore : c'est que ce
document a 6t6 antidat6, fait aprfes coup,probablement
440 * MfiMOlkES D'UNE ALI^NIEE.
Ghaqiie fois que se manifestait le moindre apaisement, rad->
ministration s*ctnpressait de .d^llvrer un ordre de sortie ; mais
de nouveaux fails e^cigeaient presque aussitot une s^uestration
nouvelle.
< ' Lesquels ? Oh n'en cite aucun ; on parle de lettres
qu'on n'a jamais montr^es; on transforme tine note
m^dicale du docteur Lasfegue en certifical imp^ratif ; on
viole la loi k chacune de ces rentr^es, comme ii la pre-
' raifere, ainsi que Ta tres-bien d6mohtr6^M, Tailhand
dans le passage cit6 chapitre xi.
Vpici comment on explique ma folie :
W^^ Houy, que Tind^pendance de son caraclere et de ^s habi-
tudes avait deja amende a rompre avec sa famille, contracta
alors des relations avec une personne tres-haut placie, qui lui
avait promis de regulariser sa situation, et dont elle s^ consid^-
rait comme la fiancee.
Son espoir, que se& amis taxaient de folie, ne se r^alisa pas en
effet) et le 22avril 1848 on enregistrait a la mairie une fiUe
de p^re et m^re hon declares.
Eniin M>i* Rouy perdit cette enfan^^ et, a partir de, cette
^poque, on remarqua phez elle des signes ^vidents de la maladie
qui devait bientot n^cessiter sa sequestration.
Tout ce qui est rapports .ci-dessus 6tant complMe-
ment faux, j'y donne le dSmenti le plus formel, et
j'appuie ce que je dis, non seulement des pieces que j'av
port6es k Charenton, mais encore de toutes celles re-
cueillies par mes rapporteurs. Le lecteur est assez au
courant des faits pour refuter lui-m6me cette s^rie de
mensonges ; je lui rappellerai seulement que c'est apr5s
< . ■ ■ ■ ■ ^ • ■ - • ' u
CHAP. XX. — COUP'D'CEIL RIETROSPEGTIF. 441
la mort de mon pfere, six mois aprfes la naissance de
I'enfant, quej'ai cfesse de voir ma famille, ei qu'il ne se
trouve nuUe place pour cette vie dHndependmice que
j'aurais men6e. Mais il fallait k tout prix me d^consi-
d6rer aux yeux de rimp6ratrice.
Le rapport 6numfere les certificats qui m'ont 6te
donn6s dans les divers asiles, mais n'enumfere que cela.
A Fains, ou Ton sait ce qui s'est pas.s6, le docteur
Avzouy seul, entre les vingt-cinq docteurs que j'ai con-
nus, m'accuse de penchants erotiques ; — en v6rite, il
faudrait souvent retourner les certificats conlre ceux
qui les font '. — mais il n'est fait nuUe mention de la
scfene qui a amen6 le changeuient des soeurs, ni de la
lettre du pr6fet de la Meuse au ministfere, pas plus que
de celle du directeur de Fains, qui etaient pourtant
des pieces officielleis, tout cornmo les certificats.
En somme, ces certificats constatent surtout mes
plaintes, ma manie d'ecrire, de reolamer mes papiers,
de protester contre le nom de Chevalier et de prendre
tous les noms imaginables plut6t que celui-1^. Mais de,
faits extravagants, on n'en articule pas un seul, pas plus
qu'on ne produit mes lettres d61irantes. On cite seule-
ment des passages (sans date et sans indication d'ori-
gine) de ce que renfermait TenveloppepriseaMar^ville.
On lie cite pas, bien entendu, le certificat de non
alienation qui m'avait 6te donn6, apr^js quinze jours
d'observation k Tasile d'Orl^ans, par le docteur Payen.
On dit seulement :
25.
/
442 M^MoiRES' d'une alienee.
■ «
Les appreciations du docteur Payen ne diffe-
rent PAS DBS DEC^^ARATJONS DE SES CONFRERES, ET
IL SEMBLE inutile DE LES REPRODUIRE*
Mais ce certificat existait, pouvait 6tre rnvoqu^ en ma
faveur, el il fallait le faire d6mentir par son auteur.
Le rapport dit qu'^ la suite de mes reclamations au
premier president et au procureur g6n6ral, M. Dureau
voulut m'interroger lui-m6me, que je parvins k rint^-
resser, et qu'il demanda I'opinioii motiv6e du m6decin*
II y a 14 une premiere inexactitude : M. le pr^fet est
venu me voir le 12 d6cembre 1865, et la pi^ce donn^e
k sa demande est dat^e du.29 juin 1865, six mois avant
r6poque ou il est cens6 Tavoir demand^e. Je crois
deyoir la citer en son entier :
Monsieur le Pr^fet,
J'ai I'honneur de r^pondre k votre letlre concernant M^** Che-
valier, pensionnaire du d^partement de la Seine:
. Si V6taX de cette malade, parfaitement constats par mes col-
l^guesy a laiss^ un peu de doute dans votre esprit par mon certi-*
ficat de quinzaine, qui ne vous parait pas assez affirmatif, c*est
que je me r^servais de T^tudrer da vantage pour mieux la jnger.
Une plus longue observation m*a fait reconnaitre en elle, non
pas de rincoh^rence dans les id^es, mais un sentiment exag^rd
de sa personne, un amour-propre excess) f qui ne voit qu'injus-
tice a son ^gard d^s qu'on accorde quelque attention auz autres,
i&levant la moindre inadvertance en hostility, se r^pandant en
invectives contre les personnes qui Tentourent, gardiennes,
soeurS) mMecin/ses geoliers, ses bourreaux, etc., etc.
G'est dans Fexag^ration du sentiment personnel, dans cet
^oisme personnifid, ses hautes pretentions, Pexaltation de son
m^rite, cette haute id6e d'elle-m^me, que M"« Rouy. Hersilie
CHAP. %:;. — COUP D'OBIL RfiXnOSPECTIF. 443
Chevalier sis disait fiUe de la duohesae da B^rry et devant mon-
ter sur le tr6ne ; qu'elle signait ses feuille^ons sons les noms
d'£!toile-d'Or,sde Satan, rAntechrist, le Diable, sous celui de
ranagramme Oury. G'est^ans ces dispositions d'espiit qu*^piiisee
par une vie trop active, qu*eUe prodigua dans les lettres et les
, arts ou .elle se montra, disait-elle, au premier rang, qu'elle entra
k la SalpStri^re ; et si je consulte son dossier, je trouve que tous
les m^decins, MM. Tr61at, M^tivier, Falret, Las^gue, Calmeil,
Husson, I'ont bieu consid^r^e comme foUe ; qUe les directeurs
et m^decins de Fains, Mar^ville, Auxerre, MM. Auzouy, Teil-
leux, Foville, etc., etc., ont tous pdrt^ le mSme jugement et se
sont tous montr^s d^sireux de voir s^^loigner de leur asile une
aiissi intraitable pensionnaire, et de la pire espece, par le trouble
qu^elle s^me partout et rii\subordination difficile a r ^primer
quand elle se rattache a une personne aussi Intelligente qu'opi-
' nis^tre dans ses determinations, r^sumant Torgueil, la vatiit^ et
Tenvie, fet que nou9 consid^rons, comme tous nos collegues,
comme un type de folie d'orgueil incurable, qui doit etre retenue
dans un asile d'ali^n^s, que nous verrions avec plaisir n*^trepas
celui d'Orl^ans.
, Signd: Payen.
AssurSment, ce n'est pas tout roses de retenir parmi
les foUes une personne qui ne Test point ; comme mes
autres m^decins, le pauvre docteur Payen avail eu
{'occasion de s'en apercevoir, et il fait de moi un petit
monstre assez r^ussi. Mais oil est la folie la-dedans,
saiif le refrain habituel : Se croit fille de la duchesse
de Berry, copi6 sur mon certificat de trausfert et si
bien ddmenti par celui de quinzaine du m6me docteur
Payen?
II y a une chose plus grave encore : c'est que ce
document a 6t6 antidat6, fait aprfes coup, probablement
444. MfiMOIRES d'une aliknee'.
en 4869, alors ~qu'on r^unissait tout poar m'accabler
irr^vocablerpent.
En voici l«s preuves.
Toutes les communications enire le m^decinderasile
et le prdfet se font par Tinterrnddiaire de radministra- '
tion. II devrait done se trouver k mon dossier de Tasile
la Icttre de demande du pr^fet et la minute de la lettre
d'envoi du rapport. U n'y existe rien de semWable.
La loi exige avec raison que toutes les notes concer-
nant un ali^n^ soient inscrites au registre a la suite
Tune de Tautre, sans lacune entre ellrs^ et le docteur
Payen se conformait tres^exactement k celte prescrip-
tion. Or, il n'y a pas trace du rapport ci-dessus enl8G5,
et les jBeules notes me concernant, au nornbre (}c quatrCy
sont celles-ci :
Janvier, — Son caract^re n*a rien gagne ; elle veul sa liberie
a tout prix, menace de se faire p4rir, dc fa ire ui^ mauvais coap.
On ne cesse d'avoir pour elle les plus grands 6gards. EUe ne
comprend pas qu'on la laisse perdre ainsi le fruit de son talent,
s'adresse au pr6fet, aux autorit6s, etc.
Fevrier et mars. — Mdme 6tat.
Avril, — Elle semble plus convenable depuis quelques se-
maines; a demand^ k aller aux offices. — Accord^.
De mai a decembre, — M4me 6lat.
La minute du rapport du docteur Payen se trouvant
au dossier de la Prefecture du Loiret, il est evident qu'il
I'a 6crit, eomme il est Evident qu'il Taurait inscrit au
registre et envoys administralivement, s'il Teiit r6djg6
k la date qu'il porte.
CHAP. XX. — COUP D'CEIL RfiTROSPECTIF. 445
— »— ^■»»— « I ■«— — — — »^ 1^1 I — ^^— < I lilt II !■
M. Diireau n'avait, du reste, nul besoin de demander
un rapport nouveau k M. Payen, puisqu'au sujei d'urie
lettre arrivee de Paris et insistant pour qu'on maintint
ma s^uestration, il avait demand^ verbalement au
docteiir un rapport qui lui fut envoy6 \e 29 octo-
bre 1863, et est rigulierement enregistri sur le livre
de Vasile. Tous les rapports et certiQcals 6tant aux
bureaux de la Prefecture du Loiret, M. le pr6fet n'avait
qu'a se les faire soumettre pour Mre 6difi6 sur mon
compte depuis deux ans.
J'y relive, en outre, un anachronisme : le docteur
Payen m'y appelle Rouyy — Hersilie Chevalier, — alors
que j'etais efieore Chevalier tout court. Ce n'est qu'en
186& que. M. de Pibrac s'est mis en rapport avec la
famille Benoit d'Azy ; qu'en 1867 et 1868 qu'on a eu
mes actes, lesquels ne m'ont pas emp^ch^e de sortir
de I'asile Chevalier comme j'y etais entr6e. t)e plus,
dans ' aucun de ses certificats il ne souffle mot de la
royale filiation qui m'etait attribute par le docteur
Falret, sinon dans ce rapport clandestin de 1865, 6crit
sans doute et connu seulement en 1869.
M. le docteur Payen a 6t6 recompense de son obeis-
sance dans la mSme ann^e par sa nomination comme
chevalier de la Legion-d*Honneur, en mdme temps que
MM. Mettetal et Durangel etaient nomm6s officieyrs, ce
^ quoi, je me hkie de le dire, ils avaient assur^ment
d'autres titres que cette honteuse affaire. Je ne releve
que la coincidence.
446 M^MOIRES D*UNE AUfiN^E.
I
' ■ ' ; ■ ' . "■ ' ■■
Voici enfin comment le rapport s'opposait k ce que
je fusse interrog^e dans I'enquMe, suivant que j'ea avals
adress6 la demande expresse k rimp6ratrice. Apr&s
avoir reconnu qvie fallals mieux, il disait :
Ne serait-ce pas compromettre ce r^sultat que d'etposer
M^i* Rouy aux Amotions de TenquSte personnelle qu'elle solU-
cite? Quelle serait d'aillears Tutilit^ de c6t interrogatoire ?
M*^ Rouy demande i se disculper de graves accusations port^es
contre elle II ne s*agft pas ici d'une personne coupable qui
puisse Stre utilement entendue pour sa defense, mais d*ane
personne longtemps malade, dont T^tat s'est am^iord depuis
quelque^ mbis a peine et qui a besoin, non pas de justification,
mais de protection et d'assistance.
Groit-on par hasard, au minist^re, qu*on n'ait pas
d'^motions aux ali^n^es? et ne devais-je pas. avoir &
coeur de me laver des imputations si graves contre mon
honneur par lesquelles on t&chait de justifier ma folie ?
Mais c'est cette folie si laborieusement ^chafaud^ k la-
quelle on aurait cess6 de croire, si j 'avals 6t6 vue et
interrog^e d*une fa^on sSrieuse et loyale ; et c'eet ce
qu'on s'efforgait d*6viter sousune apparence de commi-
seration.
Le 48 juin, M. Rouy avait 6t6 mandS chez le com-
missaire charge de I'enqu^te, M. Juliet. El s'excuse de
ne pouvoir y aller, k cause de son kge et de I'^t de
sa sante, et lui adresse, le surlendemain, la copie d'une
lettre destin^eauprocureur imperial, oil, sans produire
aucune pi^ce, il renouvelle et accentue tout ce quHl a
debite contre moi :
CHAP. XX. — COUP D*CEIL RfiTROSPEGTIF. 447
La folie de M^^* Hersilie ou Josephine Chevalier a ^t^ tellement
notoire, tellement ^vidente, tellement constat^e, que je ne puis
comprendre qae par une recrudescence nouyeUe, si jamais
elle a eu des instants de' lucidity, sa demande de me pour-
suivre
Comment peut-on contester la folie d'une personne qui se dit
toe la fiUe de }a duchesse de Berry..... et qui, ,m*a-t-il 6t6 dit,
aV^t mSme, dans certains accis, menace la vie de TEmpereor
comme usurpateur de ses droits ?.,...
G'^tait de plus fort en plus fori. Dans sa lettre de
1864 au pr^pos^ responsable de I'asile d'OrlSans, il
disait que je ne parlais de rien moins que de I'assas-
siner^ ainsi que le docteur Pellotan. Cette fois-ci, la
vie de TEmpereur 6tait en jeu, et c'6tait un bon moyen
d^empScher d'examiner de trop prfes I'^tat mental d'une
foHe si dangereuse. Cependant, comme on avail en
main mes certificats . durant quatorze ans et qu'il n'y
avait jamais ^t^ question d'assassiner personne, on me
laissa libre ; mais on me refusa Tassistance judiciaire,
et on conlinua d'admettre, sur la foi de mon frere, que
je ne pouvais porter le nom de Rouy sans proclamer
mon pere et le sien bigame et faussaire.
Le I*'' octobre suivant, M. Juliet se transporta sans
doute i Ville-d'Avray, car on trouve le procfes-verbal
de rinterro^atoire qu'ii fit subir k M. Rouy. Get inter-
rogatoire est a peu pr^s semblable au m6moire adress^
en 1872 k M. Tailhand et il ne souffle pas mot de
mes vell^ites assassines.
448 HEMOIRES d'UNE AUENEE.
CHAPITRE XXI
CSonafUation.
Le pr^fet du Loiret avail encore une fois 6t6 change ;
c'^lait alors M. Sazeracde Forges, et M. le eomte d'Har-
court voulut bien me promellre siai protection aupr^s de
ce haut fonctionnaire, auquel M. le Normant des Va-
rannes porta, k la fin de 4876, un dossier complet de
mon affaire qu'il promit d'examiner avec soin.
n en parla sans doute au minisl^re, car, le 19 Jan-
vier suivant, je recevais la visited' un inspecteur g6 -
n^ral, accompagn6 du docteur Lepage fils, devenu m6-
decin en chef de I'asile d'Orl^ans apr^s la mprt du
docteur Payen.
Les premieres paroles de M. Tinspecteur furentpour
me dire qu'il avait lu le rapport de M. d'Aboville, ainsi
que plusieurs autres pieces qu'il avait trouv6es k Ir
Prefecture, et qu'il d^sirait beaucoup rendre ma situa-
tion meilleure en me procurant les soins, le local e
Tespacedont j'avais besoin, me trouvant fort mal dan-
' ma petite chambre de la rue des Gharretiers.
1
CHAP. XXI. — CONCILIATION. 449
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< I ■■ ■ I I I I ■ ■ " . ■ ,-■ I » \ I ■ I ■ I ■■ I pi ■
V II avail Fair si bienveillant en. me parlant ainsi^ que
je m'attendais ^une v^ritable.conciliation. Je lui avouai
que j'^tais heureuse de sa bonpe vi^ite, visite qud
j*6tais, du reste, prSte & r^clamer a M. Durangel, pen-
sant ne pouvoir rencontrer un plus sympathique inter-
m^diaire.
L'inutilit6 d'une troisi^me petition aux ^Chambres
m^^tait trop demontr^e par ce qui s'^ait pass6 pour
MM. Tailhand et d'Aboville. Aurais-je eu le temps et
la force.de recommencer une troisi^me fois ma lutte
contre Tarm^e des fonctionnaires et des sp^cialistes
liguds contre Inoi? Le triste ^tat de ma sant^ ne m'en
laissait gu^re I'espoir, et, en tout cas, je serais arriv6e
trop tard; il y aurait eu, il y avail d^ji, disait-on, pres-
cription pour la poursuite au criminal. II ne me restait
done que Taction civile; je pouvais obtenir le pi^me
r^ultat et mettre fin ^ des discussions qui m'^taient
extrdmement p^nibles par un arrangement amiable,
plus d^irabje pour tons que le sfcandale de si tristes
reyendications.
M. Tinspecteur g^n^ral me proposa alors... Gharen-
ton ou Ville-fivrard, dont il me •vanta le beau pare,
ajoutantque M. Durangel s'empresserait de mettre une
bourse de premiere classe k ma disposition I
Venir m'offrir la sequestration aux alien6s dans une
pension ou je vivais libre depuis cinq ans ; justemeot k
Orleans, pu cette sequestration avait pris fin il y avait
pres de neuf ans ; ou I'indignation avait 6t6 si grande ;
'\ •<
/
450 MfiMoiREs d'une aui6n6e.
* ^
'■■■'■ ' ' ■ ' -■■ — ;■■' ■ ...,,■ I ■. I. I ^ , II
oil j'^tais I'objet de la curiositt et de l-mt^pdi g^n^rsil ;
01& chacun <Stait t^moin dd ma raison, de ma pradence,
h'Mait-ce pas avouer, prquver qu'on peut enfenner les
gens les plus inoffensifs, les plus tranquilles, non parce
qu'ils sontfous^mais parce qu'ilsgtoent? On est done,
ainsiquejel'avais r^p6t^ ^sati6l6, sous le coup d'un
eeHificat midicaly d'un ardre de police non motivi^
bien plus facilemeht qu'on ne I'^tait autrefois souscelui
d*une lettre de cachet? avec cette cirdonstance aggra-
▼ante qu'une accusation de folie vous liyre k qui veut^
par une rechute, vous dter de son chemin.
En 1871, lorsque j'^tais sans aucune'ressource, le
m^me inspecteur g^n^ral, accompagnS du docteur
Payen, 6tait d^ji venu m'offrir Charenton : je Tavais
refuse avec indignation...
Gette fois je me contins ; c'^tait une avance, tout
dtrange qu'elle fi!it, et je proposai & mon tour It M. I'ins-
pecteur de s^entendre avec Charenton, la Prefecture de
police et Tadministration de la Seine^ pour que chacun
de ces ^tablissements me constitu^t une pension via-
g&re, s'ajoutant aux 1,500 fr. du minist^re, et pour
qu'une indemnity convenable me fdt donnSe, afin
que je pusse m'acquitter grandeihent et me procurer
les meubles n^cessaires pour m'organiser chez moi.
II devait bien comprendre que je ne pouvals, delns les
conditions presentes, me replacer k aucun titre entre
les mains de ceux qui auraient de plus en plus ihtSr^t
k me perdre.
■/ ,
il
(
CRAP. XXI. — CONCILIATION.
454
Jd Itti citai les art. 117 et 119 du Code pSnal, accor-
dant & la vietime d'une s^q'uesirafioa arbitraire vin^--,
cinq francs (eiii miniiiiam) par jour de detention et
par per Sonne ayant contribu6 k cette sequestration.
n i^ l^cria bciaucoup, me parladema familte qu'il
me dit de poursuivre^ et avoua que c Charenton n'en
fafsait paa (Tautres I »
Quand il vit que j'aVais un parti pris de refuser cette
singuli&re reparation, il me pria de lui Spargner de bite
de nouYeaux rapports, en restant comme j'etais, ni'as-
surant que M. le Normant ne me r^clamerait pas ses
meubles, et que ceux auxquels je devais de 'Farg^ent ne
me tpurmenteraient'pas..... Enfin ilm'engagea A
me tairey en mie menagant de m'ecraser si je persistais
dans jnes reclamations.
Cetait d'un naif navrant La menace etait degui-
s^e S0U3 un sourire, mai3 n*en etait pas moins faite.
^ — G'est. moi plut6t, docteur, qui vous ecraserais
sous ces documents, dis-je en lui montrant I'enorme
dossier que je classais.
II me quitta sur ce mot.
Gependant je le croyais dispose k m'etre favorable.
Sa demarche me paraissait avoir pour but de sender
mes dispositions, et lorsque M. d'AboVille soUicita peu
9pres du ministere une indemnite et une pension qui
seraient pour moi un commencement de reparation
amiable et me permettraient de prendre enfin lin repos
dont j'avais si grand besoin, je le priai de soumettre
, ' X T^
r
452 HE^ioiBES d'uke alienee.
d'abord mon dossier k M. rinspecteur gtoSral, ancjuel
j'^crivis pour lui demaader de vouloir bien examiBer
ees pieces, et prater son appui i M. d'Aboville pite de
MM. de Fourtou et Durangel.
£n inSme temps (ayril 1877), M. le Normant des
Varannesy ayant obtenu de M. Dufaure^ faisant alors
rint^ritn du minist^re de Tint^rtettr, la promesse qu^on
examinerait mon affaire, bien <c[ae ma s^cmestration,
faisait-on dire aii Ministre, eut ^t^ d&fMiYiMe par ma
famille et ordonnie par la police^ envoyait au mi-
nist^re, qui avait toutes les autres pieces, copie des
leltres et des notes ou M. Tailhand donnait son opinion
motiv^e et du m^moire de M. d'Aboville, par I'entre-
mise de M. Durangel.
.... Refl^chissant, lui 6crivait-il, que le Ministre n'aura pas le
temps d^entrer dans les ddtails ^e cette affaire, que vous Tavez
suivie dans toutes ses phases et que votre avis sera sans doute
preponderant, je me decide a vous adresser personnellement
ces deux pieces, ainsi que m'y a engage M. Bemier, depute du
Loiret, qui s'interesse particulierement a cette question et vous
aurait meme vu a ce sujet, s*il n*etait retenu k Orleans pendant
les vacances de TAssembiee.
Voyez doncj Monsieur, si, devant la gravite de^ foits
^enonces plus haut, il n'y aurait pas moyen d*arriver a une solu-
tion amiable et reparatrice, que Tadministration, si fortemcnt
compromise, doit desirer plus que personne, et d'eviter un rap-
port public qui serait k tons les points de vue scandaleux et
re^retta))le.
Veuillez me croire, Monsieur le directeur, votre respeetkeux
et devoue serviteur.
E. LE Normant des Varamnes.
\
7"
CHAP. XXI. — CONCILIATION. 453
N'ay,ant pas regu^ ni moi non plus, de reponse de
M. rinspecteur g^n^ral, M. d'Aboville alia, \e 16 juin,
^avec mon volumineux travail sous le bras, trouver
' M. Durahgel, qui lui promit d'appuyer, ma demande et
le pria de lui laisser le dossier.
En le quittant, M. d'Aboville 6crivit au Ministre pour
lui demander uue audience^ II lui fut r^ponduquQ
M. le Ministre, trop occupden ce iQom^nt pour le rece-
voir, avait ordonn6 une enqu^te.
/ Trois mois aprSs, M. d'Aboville ayant rencontri
M. de Fourtou dans le cabinet de son secretaire, apprit
delui qu'il n'avait pas eu la moindre connaissance de , ^
cette afifaire.
Yoilk coQime on fiait parler et r^pondre les mi-
nistries.
. Le 10 aout seulement^ M. Tinspeoteur g^n^ral r^-
. pondait ii M. d'Aboville. J'extrais quelques passages de
salettre: r ,
Tai le regret de ne pouvoir m'associer aux charitables'
d-marches que vous avez Tintention de faire en faveor de
M^« Rouy oa Chevalier, peu.importe.
II y a plus de vingt ans que je connais cette infcrtun^. .
J'ai souvent ^i& )Charg6 de faire des rapports sur son
dtat.
..... Pour moi. Monsieur, M"< Rouy ^tait folle xl y a vingt anif,
/ant^rieurement aussi sans aucun doute, et qui plus est, elle Test
encore, bien quej'aiereconnu depuislongtemps qu'un apaisement
relatif, considerable mSme, s'est fait dans ses id^es delirantes, - /
quoiqu'ellesoit toujours hallucinde.'
....... Je ne me pei'mettrai point de blamer le sentiment tout de
454 MEMOIRBS D*UNE ALl^N^E.
*J — . _ , , 1
. '■ ^
charity qui vous a fait agir, voas, &^oasiear, ainsi que le$ autres
protecteurs de M^^^'' Eouy. Je jne vols oblige cependant k faire
quelques reserves au sujet deM. le Normant des Varannes, dont
la positioiv aorait peut-^tre du interdire Taction directe, et qui
peut-dtre n*a plus augourd'hui le in^rite d'Uii par&it ddsmt^
ressement.
T
..... Je ue nie pas qu'une irregularity n'ait ete commise au
moment de la sequestration Pour le mobilier, je n'ai jamais
sU ce qu'il ^tait deven^, commela somme prbvenant de la
vente..*..
• *
Vous voyez, Monsieur, que, quel que soit mpn d^sir de vous
dtre agr^able, je ne puis cooperer avec vous a faire obtenir a
M^i" Rouy ce qu'elle appelle la reparation qui lui est due,
Ainsi, le seul de tons mes defenseurs qui eAt feit,
pour mpi, de reels sacrifices 6tait aussi 1^ seul dont le
d6voument fut suspects de vues intSresstes; n'ayant
pu le r^duire a Tinaction et au silence par la crainte
de perdre sa position, on ^sp^rait y parvenir en le dif-
famant aupr&s d'un iiomme qui, plus que personne,
avail pu Tappr^cier. C'6tait.indign^ !
, Gette lettre prouvait bien, du reste, que M. I'inspec-
teur g^n^ral s'etait dispense d'etudier mon dossier
avant de r^pondre, comine avant de foire ses rapports,
puisqu'il ne savait rien de mes affairea, ignorait que
M. le Normant eut agi k la demande de radministrar
tion, et traitait une suppression d'etat et de personne
avec une pareille l^&ret^.
D^s le commencement, M. le Normant des Varannes,
dont on incriminait si gratuitement la conduite gen^-*
reuse et d^Vou^e, avait eu autant k coeur d'avertir i'au-*
I
\
CHAP. XXI. — CONCILIATION. 45p
■ ■■■ I ■ ■ m^i ■ I I. ■ ,1 1, ..■1. ■■ ■ ■ I ■ I ■ ■ ,
\
\ •
torit^ de la gravity de mon afiairey afin d'en att^niaei^
]es consequences, que de me &ire rendre justice. En
en prenant Piniiiative, le ministire edi prouvd d'uiie
ikgon ^clatante que, s'il avail pu ^tace tromp^ sur ma
T^ritable situation, il n'h^sitait pas, une fois 4c)air6, k
r^parer le dommage caus6 et k pr^venir, par de justes
r^fonnes, le retour des abus.
La Note confidentielle de M. leNornlant au Ministre
de la justice, et sa lettre au Ministre de Fint^rieur, du
17 et du Id novembre 1868, ttooignent de la fa^n
constamment loyale, d^nt^ess^e et pourageuse dont
U a agi ;! son but. une fois mon sort assure, ^tait de faire
modifier, ilne loi si facile k violer, ou tn^me a observer j
pour faire entrer qui on veut dans les asiles ; qui offre
des obstacles insurmontables k ceux qui y sont ren«
ferm^s k tort pour arriver a recouvrer leur liberty ; qui
nesauvegarde efficacement ni les biens, ni la s^curit^,
ni k vie mSme des v^ritables ali^n^s. La mauvaise
organisation des asiles, rinsuCQsance du personnel,
Pabsence de T^glement et de contrdle s^rieux, la cld-
ture exacte qu'on est parvenu k y ^tablir en font des
maisons de torture et de force plutdt que des maisons
de sante (1).
(1) La sequestration du vingt fois millionnaire Jean Mistral,
a la pension de 1,800 fr. depuis quarante-trois ans^ d^montre
^loquemment combien W^^ Houy avait raison de dire que la
protection de la loi est d^risoire pour les ali^n^s.
(Note de Veiittwr.}
456 M^MOIRES D*UNE AUENEE.
_ ,
' n est certain que, si je n'avais ^6 retenue par lai
crainte de compromettre mes d^vou^s ami^, j'aorais £ut
un tel tapage, un tel scandale en voyant qu^'il m'^tait
impossible d'obtenir justice, que je n'aurais certes pas
attenda dix ans une reparation. Si jamais on pnblie
ma correspondance, on verra quelle peine ils ont eae
souvent ^ me calmer, k m'empScher de £sure quelqae
coup d'^clat.
Dans sa r^ponse, apr^s avoir lav6, comma ii le
convenait, M. le Normant de Tinjuste insinuation de
M. Finspecteur general ; apr^s avoir tr&s-nettement
6tabli ma situation et la responsabilit^ de r£tat ; apr^
avoir relate les t^moignages de parDaite sanity d'esprit
recueiliis pr^s des personnes m'ayant vue et ayant eu
des rapports fr^cpients avec moi, avant et apr^s ma
sequestration, M. d'Aboville ajoutait : ^
Tenez pour certain que si M^l* Houy n'obtient pas une repara-
tion suffisante, elle la rdclamera encore devant le nouveau.Par-
lement et qu'elle y sera vigoureusement appuy^e.
.... Pour- moi , rinternement de rali^n^ n'est Idjg^me que si sa
maladie mentale lui dteses moyens d'existence, ou bien menace
soit sa security, soit celle d'autrui.
Ce sentiment, tr^s-arrdt^ dans mon esprit, vous expliqnera
rint^r^t que je garde a la cause de M"e Rouy, bien que je n'aie-
plus & m'en occuper par devoir.
M. rinspecteur g6n6ral r^pondit le 29 aoiit k M. d'Abo-
ville, maintenant ses premiers dires, afOrmaut que, si
on avait modifi6 mon nom, '^'avait k\Jk pour me donner
\
CITAr. XXI. — CONCILIATION. ,457
- * .1 ■ - I r I I ■ III _i ■_ _ I
le seul quejepouvais leg aliment porter. D'abord on
m'en donnait deux, aussi peu justifies Tun que Taulre;
et puis, qu'en savait-il ? Aprfes avoir 6l6 quatorze ana
sans vouloir savoir qui j'^tais, il est assez curieux de
Toir un mMecin venir trancher une question d'6tat
civil qui, moi libra, ne le regarde plus, en disant :
« II paratt ressortir assez ciairement de ses papjers
qu'elle est fille naturelle et adulterine. >
Pour le d^faut de tutelle, son explication est plus
singuli^re encore :
..... On n'a pris nul soin de ce qu'elle poss6dait?
Mais on aurait crie bien plus haul encore, et cette fois avec
raison, si, des I'entree a Charenton, on avait vendu sans savoir
^ elle he pourrait bientot sortir gu^rie. — C'est done sagement
qu'on a attendu^ — jusqu*au moment sans doute ou on iai dO
reconnaitre ou presumer son incurabilite.
La demande d'admission qui a manqu^ au dossier ^it
an oubli, une omission regrettable ; mais de la a croire qu elle a
et^ pr^m^dit^e et le resultat d'un complot, il 7 a loin.
.;... Le changement de nom prouve-t-il qu'il h'y a pas identity
de persorine?...
Un m^decin ne fait pas un certificat pour une toquade, et s'il
vous convient d'admettre qu'on ait pu le faire, je n'admets p9S
que dix, quinze personnes d'un titre officiel, estim^es, honor^es,
dont plusieurs sont justement cities dans le mqnde savant
comme des maitres, aient pu faire la meme chos6 et se
rendre successivement complices d'une mauvaise action, d'uii
crimen
. Voila, Monsieur, le veritable objet de cette letlre, parcc que
vous et ceux qui concourent au but que vous poursuivez le
mettent en oubli.
Et veuillez noter encore qde vous n'accusez pas seulement
• 26
\
\ 1
V '
y
458 mMibioires h'vue alij^n^e.
> I , I I . ■ ■ ■! I «l ■ iV i I .. .1. «» I ■ t
f
ces hoiiimdE, maia aussi tous les foncUonnaires, magistrats et
autres, qui depuis la longue sequestration de votre protegee ont
eu a entendre, 4couter et juger ses nombreuses et incessantes
r^damations.
• ■ ' • • ■ " '
Natu^ellementy M. d'Aboville ne repopdit pas k ceita^
lettre. Que dire, en effet, k un hoinme qoi^ ayafit mis-*^
sion de renseigner rautorit^^ ne salt pas 1^ preimer
mot de ce qu'il aflirme, arrange tout k sa fa^n^ ne'fie
r^nd pas compte de la pori^e de ce qu'il 6crit et c¥oit
que tout est dit quand il parle de convictian^ \k oil U
faut certitude et ou on produit des preuves ?
Si les choses ^taient ce que ce haut fonctionnaire
les dit ; si la loi et les r6glements autorisaient seu-
lement une partie de ce qu'il avance^ il y a d^j4
longteraps qu'on aurait fait justice deuces maisons
dites de bienfaisance que MM. les sp^cialistes peuplent
k leur caprice, de par la cpnfiance illimit6e qu'on leuc
accorde.
On reste stup^fait devai^t Taplomb imperturbable
d'un membre de cette corporation qui, sans avoir exa-
mine la moindre pi^ce, veut en remontrer au cooscien^
cieux rapporteur qui les a r^unies et etudi^es !
C'est done moi qui r^pondis k cette lettre, et je le fis
en folfe, c'est-a-dire avec toute la liberty et toute la
v6racit6 dont les fous ont le privilege. C'est ce qui
m'oblige k ne donner que les' passages les plus mo-
d^r^s de ma r^ponse : ^
"..«.. Dq moment oi!i il saflit de se presenter aei^in^me, de
CHAP. XXI. — CONCILIATION, 459
plftoer BOb'tnimef dfl dearer le nom de la parsonne internee
Bpi^'inhnet de mantionner. rurgence toi-m^mis, le tout sang
Ufawxif Sana autre' aignature que la tienne, aana la moindra
proc^a-verbal constataot cetta urgenca, acMs cuUrea papier» que
celuiconfecHonnd par lepersonnage reclamant lasSquestrom
tion, on n'a pas basoin da ae gtoer; et le premier venn peat se
d^^e de aoa voiaiB oa de oelai i^iii reimui«eii sb posant en
•mi bianfaiaant, ^
..... £n me changeant de nom officiellement, nVt-on paa
ehattg^ mop identity d'ofilce ? La-ntort d'Hersilie Rouy n*a-t-elle
pas M annonc^ pendant qu*on me tralnait de d^partement en
d^parten^ant f ous la nom de Josephine Chevalier, de parents
inconnus?..,. Ne sait*on pas que mes actes ont ^t^ examines
depuia 1868 par das magistrata des plus autoria^ ; que ina
possession d'etat est incontestable; que je suis Rouy de par la
loi? , '
-'..«;, AC. rin^pecteijir g^n^ral, qui s*appuie si haut sur la magis*
tfiti^v, publift pourtant que, du jpur ou des magistrata ayant
mission de s^assurer et de surveiller ont bien voulu m'entendre,
la conllance en la science sp6ciale a ^t^ ^branl^e, le doute s'est
preduit, et c'est pricis^ent quand des magistrats se sont
ch^rg^ade soumettre la question a M. le procureur g^niral que
j*ai 6\j^ mise a la porte de Fasile d'Orl^suos par un certificat de
sortie; ce sont des magistratSy admihistrateurs des Hospices,
Tun president de chambre k la cour d'appel, qui m*ont plac^e^
I'hdtel du Loiret, apres I'examen de mes papiers, sous man
nom civil d'Hersilie Rouy ; enfin c'est M. Tailhand, president
a la cour d*appel de Nimes, garde des sceaux, qui est intervenu
pr^s de M. Durangel pour me faire obtenir une pension.
..... N'avons-nous pas lapreuve a Auxerre, & Orleans, que les
m^decins ne soot pas librea d'agir a leur gr^; qu'on me gardait
par ordre; que le directeur d'Auxerre a recu une semonce
pour m'avoir faite litre 9 Et M. JeufTrey et tant d'autres ne
m'ont-ils pas dit: Nous ne pouvons nous condamner nous*
memes en avouant une erreuTf et noa chefs nous soutiendront.
Tajoute, puisque M. Tinspecteur g^ndral refuse d'intervenir
454 M^MOiRBS d'une alienee.
charity qui vous a fait agir, voos, Monsiear, ainsi que les autres
protecteurs de M^^'^ Eooy. Je jne vols oblige cependant k faiF«
quelques reserves au sujet deM. le Normant des Varannes, dont
la position aorait peut-dtre dti interdire Taction directe, et qui
peut*dtre n*a plus augourd'hui le in^rite d'Un parfkit ddsint^
ressement
..... Je ue nie pas qu'une irr^gularite n'ait ete commise aa
moment de la sequestration Pour le mobilier, je n'ai jamais
su ce qu'il ^tait devenu, comme la somme provenant de la
vente.....
Vous voyez, Monsieur, que, quel que soit mpn d^sir de vous
Stre agr^able, je ne puis coop^rer avec vous a faire obtenir a
M^i" Rouy ce qu'eUe appelle la reparation qui lui est due,
Ainsi, le seul de tous mes d^fenseurs qui eUt foit,
pour mpi, de r^els sacrifices 6tait aussi 1^ seul dont le
d^voument ffit suspects de'vues int6rcss6es; n'ayant
pu le r^duire a I'inaction et au silence par la crainte
de perdre sa position, on ^sperait y parvenir en le dif-
femant aupr&s .d*un iiomme qui, plus que personne,
avail pu I'appr^cier. C'6tait.indign^ ! . -
, Gette lettre prouvait bien, du reste, que M. I'inspec-
teur g^n^ral s'etait dispense d'^tudi^ mon dossier
avant de r^pondre, comme avant de faire ses rapports,
puisqu'il ne savait rien de mes affaires, ignorait que
M. le Normant eiit agi k la demande de radministrar
tiou, et traitait une suppression d'etat et de petsonne
avec une pareille l^&ret^.
D^s le commencement, M. le Normant des Varannes,
dont on incriminait si gratuitement la conduite g6n^«
reuse et d^vou^e, avait eu autant k cceur d'avertir Tau-
litre de M. le Norinant k M. Duiangel et la pr^mi^re
(ili'eviie qu'avail eue avec lui M: d'Aboville, qu'il re-
Kvait encore le 24 juin, le laissant con^nuer d'i uti-
les ddmari^hes auprfe de M, de Fourlou, alois qu'il
Irait fail si^jner depuis longtemps A M. Jules Simon
ttte ^I^vation du chifTre de ma pension, que M.Welnhe
Bson^ait k M. d'Aboville comme ayatiL 616 accordee
IT tes instances persojtneUes.
Ttpis minisires et huit mois de dSmai'diea [lour
00 £r. d'augmenlation !
le deposai toutes mes pieces, ainsi cpie je Tavais
uDonc^ it M, I'inspecteur g^n^i-al, entre les mains de
Vacheron, avou6 k Paris, qui pvomit de me Irouver
avocat avec luquel il soutiendrait mon alfaire gra-
piitenient, sauC a 6tre pa^^ tous deux plus tard, en cas
SUGC^^ sur les dommages-iot^r^Ls qu'ils m'auraient
Un nouveau changement de rainistfere amena le d^-
rl.de M, Durangel et son remplacement |iar M. de
hisenoy. Je fus deux moia sans i-ien toui.'!ier. Pro-
ilement le nouveau directeur, ^lonn^ de voir uno
iMision de celte importance servie sur les fcinds du
Dinistfere de I'interieur, avait voulu savoir sur quoi on
motivait. On sauva encore une fois la situation dana
I bureaux, carle service r^gulier de ma. pension Cut
jpStabli par unarr^t^du 22 fevrierlSTS ; man mandat
imprenait les avrerages en retard.
il n'en etait pas moins vrai que celti; ponsion,
\
456 MEMOIRES D'UNE ALI^N^E.
' 7-^ ^ ^
' II est certain que, si je n'avais 6t^ retenue par Ja
crainte de compromettre mes ddvou^s ami$, j'aurais fait
un tel tapage, un tei £candale en voyant qu'il m'^tait
impossible d'obtenir justice, que je n'aurais certes pas
attendu dix ans une reparation. Si jamais on publie
ma correspondance, on verra quelle peine ils onteue
souvent k me calmer, k m'emp^cher de faire quelque
coup d'^clat.
Dans sa rSponse, apr^s avoir lav^y comtne il le
convenait, M. le Normant de I'injuste insinuation de
M. Finspecieur g^n^ral ; apr^s avoir tr^s-nettement
etabli ma situation et la responsabiUt^ de r£tat ; apr^s
avoir relate les t^moignages de parfaite sanity d'esprit
recueiUis pr^s des personnes m'ayant vue et ayant eu
des rapports frequents avec moi, avant et apr^s ma
sequestration, M. d-Aboville ajoutait :
Tenez pour certain que si W^* Rouy n'obtient pas une repara-
tion suffisante, elle la rdcl^mera encore devant le nouveauPar-
lement et qu*elle y sera vigoureusement appuy^e.
.... Pourmoi, rintemement de Taliene n'est legitime que sisa
maladie mentale lui oteses moyens d'existence, ou bien menace
soit sa s^curit^, soit celle d'autrui.
Ce sentiment, tres-arrSte dans mon esprit, vous expliqaera
rint^r^t que je garde a la cause de M"e Rouy, bien que je n'ai©
plus a m'en occuper par devoir.
M. rinspecteur general r^pondit le 29 aoiit i M. d*Abo-
ville, maintenant ses premiers dires, affirmant que, si
on avait modifie mon nom, '^'avait ete pour me donner
CIIAP. XXI. — CONCILIATION. .457
'« I ■ . 1 1 I I , . I . , ■ , I
\
leseul quejepouvais leg aliment porter. D'abord on
m'en donnait deux, aussi peu justifies Tun que Taulre;
et puis, qu'en savait-il? Apr^s avoir 6l6 quatorze ana
sans Youloir savoir qui j'^tais, il est assez curieux de
Toir un mMecin venir trancher une queistion d'6tat
civil qui, moi libra, ne le regarde plus, en disant :
« II paratt ressortir assez clairement de ses papiers
qu'elle est fille naturelle iet adulterine. >
Pour le d^faut de tutelle, son explication est plus
singuli^re encore :
..... On n*a pris nul soin de ce qu'elle poss^ait?
Mais on aurait cri^ bien plus haut encore, et cette fois avec
raison, si, des Tentr^e a Charenton, on avait vendu sans savoir
di elle ne pourrait bientot sortir gu^rie. — C'est done sagement
qu'on a attendu^ — jusqu'au moment sans doute ou on isi dii
reconnaitre ou presumer son incurabilite.
La demande d'admission qui a manqu^ au dossier e)ait
un oubli, une omission regrettable ; mais de la a croire qu'elle a
et^ pr^m^diUe et le r^sultat d'un complot, il 7 a loin.
.:... Le changement de nom prouve-t-il qu'il h'y a pas identity
de persorine?...
Un m^decin ne fait pas un certificat pour une toquade, et s*il
vous convient d'admettre qu'on ait pu le faire, je n'admets pas
que dix, quinze personnes d'un titre officiel, estim^es^ honor^es,
dont plusieurs sont justement cities danis le monde savant
comme des maStres, aient pu faire la mdme chose et se
rendre successivement complices d'une mauvaise action, d'uh
crime.
Voila, Monsieur^ le veritable objet de cette lettre, parce que
vous et ceux qui concourent au but que vous poursuivez le
meltent en oubli.
Et veuillez noter encore que vous n'accusez pas seulement
26
464 MEMpiBES d'UNE ALIEK^E.
curieuses mie ces vlsites r^v^l^rent ^ M. le Nofmant.
II se borna, sauf en ce qui me concernait, & se ren-
seigner aupr^ des principaux employes, dont il fut fort
bien accueilli, sur les choses d'admmistraUon g^n^rale
et les reformes que Texp^rience leur suggSrait ; -leurs
r^ponses confirm&rent son opinion et mesr dires, et
donn^ent une autorit^ plus grande \ son travail, qu'il
communiqua successivement aux minist^es de la jus-
lice et de Tint^rieur, ou il fut tr^s-favorablement ap-
' precis ; on lui annon^ qu'il serait un.des premiers ap-
pelSs devant la commission qu'on allait nommer pour
la revision de la loi. Tout s'est born^ k ces lettres de
politesse, bien qu'on lui eilt m^me donn^ au minist^re
(ie la justice Tespoir de voir Miter son ouvrage par
rimprimerie nationale. Les fr^uents changements de
Diinist&rey les complications politiques out enip^ch^
jusqulci qu'on s'occup^t serieusement des alidn^s. Le
moment opportun en viendra-t-il bient6t ? Je souhaite
que la-t^nacitS bretonne de mon fiddle .d^enseur at-
teigne enfin,ce but si d^irable.
J*en reviens & mes affaires. A la Salp^tri^re, oCi
j'avais refuse de recevoir mes bijoux, parce qu'il y
manquait la chaine de Yenise en or k fermoir ^maill^
et les boucles d'oreilles semblables, et qu'on voulait me
faire donner un re9U de la totality, tout avait disparu.
II y avait eu des d^tournements successifs; on avaijt
renvoy6 des employes, sauvegard6 I'avenir, mais 6touflS
I'aflaire, et c'6tait bien irr^vocablement perdu.
■ \ f
\
CHAP. XXI. — CONqiLIATlON. 465
I ■ ■ ♦
_^_^_^_ •
■■■ P'' II., ■ ll.l^ ■ ..ll
A Qharenton, quelle ne fut pas la surprise de M. le
Normatit en d6couvrant que je %urais sur deux re-
gistres! J'avais d^abord 6t6 enregistr6e sur le livr6
matricule 6, f«> 382, de la fagon que j'ai indiquee cha-
pitre.v. Au verso de cette feuille, apr^s une entree du
12 septembre, est lie visa du proeureur imperial, bien
.<§videmment appos6 sans lire, car il eut h\A frapp6 du
d^faut de pieces et de Virr^gularit^ de mon enregistre-
ment. A quoi tiennent les destinees ! Si ce magistral
eiit examine le registre, se fut fait rendre compte de
ma situation, j'^tais sauv6e!... quatre jours apr^s men
entree.... Mais il sigija ks yejix ferm^s.
Cependant, uh autre pouvait ^£re plus clairvoyant.
Par prudence, le registre 6, contenant encore dix-sept
feuilles blanches, fut abandonn6 ; on se garda bien de
faire flgurer ie nom de Chevalier k la table, et on pu-
vrit le registre to? 7 en y reportant les quatre entries
. - • , •
ant^rieures a la mienne, qui fut inscrite a sa date du
8 septembre, le certificat du docteur Pelletan et celui
d*entr6e retranscritufsur ce nouveau registre de la main
du docteur en chef. On enregistra k la suite Tentr^e du
12 septembre, sans mention du visa qu'elle avait regu.
L'article 12 de la loi prescrit d'avoii' un registre cot6
et paraph§ par le maire, sui^ lequel seront imm^diate-
ment inscrits les noms, profession et domicile de la
personne plac6e ; les noms, profession et domicile de
celui qui aura fait la demande. L'article 43 de Tinstruc-
tion g6n6rale d^veloppe trfes-judicieusement. I'imp^-
:< ; ' ■
»
466 MfiHOIRBS B'UNE AUENl&E.
1
I .111 II II ■■■■■I.P ■ I I ■ ■■, 1 , ■■!■ I ^ . ■■
t \ •
rieuse n^ces3it£ de tenir le registre sans aucim blanc,
ni rature^ m renvoi. On voit de quelle importance est
Pexacta observation de ces prescriptions et combieni
pour I'avoir si audacieusement viol^e, 11 iallaii que Tad-*
ministration de Charenton se sentit dans son tort Amon
syjet. Mais pourquoi, du moment oi^ Ton s*en ^tait
aperpUi ne pas r(6gulariser alors mpn entree en se pro*
curant la pi&ce indispensable qui manquait, la de*»
mande d'admission faite par uii t^rs? Pourquoi oe
pas Texiger de M, Pelletan, puisqu'on ne connaissait
que lui? Pourquoi rester sous le coupd'^ne d^couyert^
possible dont on avait seulement diminu6 les chances
en m'inscrivant sur un npuveau^ registre, et y . conii^i^-
tant i peu pr&s mou entree par les indications que
j'avais donn6es, mais en m'y laissant Chevalier«Rouy,
de parents inconnus ? On avait done des motifs k Gba-
ronton pour ne pas vouloir se mettre en rigle et cons-'
tater qui j'6tais r6ellement ? C'eSt inexpUc;|ble,
Les lettres de M. d'Aboville me knpntraient ,'mon
affaire en bonne vole d'arrangement. II ^tait Evident
qu'une transaction devait garantir absolument centre
mes r^vendications tons les fonctionnaires et employes
du gouvemement; mais je n'entendais ni cacher ce que
j'avais soufEert et qui contenait un si grand epseigne*
ment, ni amnistier eeux qui, aprte m'avpir engloutie
dans ces enfers, n'avaient recul^ devant aucune calom*
nie pour m'y maintenir quand j'y 6tais et pour me
perdre depuis que j'en 6tais sortie.
\-
CHAP. XXI. ~ CONCILIATION.
467
Je cms devoir en pr^venir loy^ilement M. de Cri-
senoy:*
Orleans, 25 octobre 1878.
Man intention forraelle, Monsieur le directetir, est de
poursuivre personnellement la &mille et M. Pelletan, qui se sent
entendtts, comma vous en avez les'preuves. Mon intention est
^us»i de poarsuivf e \t sUc<!ession Payen. (II a l^a6 400,000 fir.
a la ville d'Orl^ans.) II savait que je le poursui^rais, car il Ta
enregistr^ au registre matricule. — Je le poursutvai eh dom*
inages-int^rSts pour mauvais traitements, etc.
Cela est une affaire toute particuliere, compldtement &x de-
hors de Fiddministrfttioii d'0rldaiis,qala4t^ admirable pdur mot,
— et mdnie de M. le pr^fet, qui a fait ses efforts pour me llb^er^
De mdme, je poursuivrai la succession Husson.
..^.. Quant k MM. les inspecteurs g^n^raux, k MM. deria Pre-
fecture' de police»qin d^p^sent des 60 a 80,000 fr. pour cher-
cher les preuves des crimes commilji par Billoir et consorts, et
qui n'ont pas su, ayant mon nom, mon adresse, mes renseigne-
ments, s'assurer de mon identity, m'ont trainee pendant qua-
torze ans comme une aventuridre.... c*est a vous, Monsieur le
4irecteur, et par vous a MM. les Ministres de Fint^rieur et de
la justice, que je laisse le soin de savoir ce qu'ils m^ritent pour
les renseignements qu'ils donnent. \
Veuillea; etc.
Hersilie HoVY.
~ H. Joseph Micfaon, pr6fet du Loiret, fut bientdt
Cbax|;S de me faire. savoir ies propositions du minist^re
de rint^rieur. II adressa k M. Desplaneh^s «n extfait
de la lettre de M. de Marcfere : on m'of&ait 12,000 fr.
d'indemnite et une pension annuelle de 3,600 fr., k
(xmiiiion que je renoncerais k toute revendication
contra le gouvemement et les fonctionnaires qui en dd-
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EIVIOIRES D Ur>'E ALIENEE.
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pendent. Ce n'6tait pas tout ^ fait ce que j'avais es-
pere; cependant c'etait deji un si grand tour de force
de Tavoir obtenti que y d*apr6s le conseil de ceux qui
m'avaient si bien second6e, je crus devoir Taccepter et
oie rendis au cabinet de M. ie pr6fet pour le lui dire.
M. d'Aboville ^crivit 4 M. le Normant, en le f6li-
citant de « I'heureux resultal de sa perseverance, »
qu'ii avait 6t6 averti, par une lettre fort gracieuse de
M. de Crisenoy, de cette decision ilaquolle il avait lui-
m6me tant contribue.
]\f. Michon n^'accueillit fort bien et me dit que je
devais 6crire au Ministre mon acceptation, ce que je fis
comme 11 suit :
Orl^ns, 20 novembre 1878.
Monsieur le Ministre,
Vous avez eu la bonte de decider qu^il me serait accord^ :
« 12,000 fr. argent comptant;
(c 3,600 fr. pension annuelle ;
« A la condition que je ne r^clamerai plus rien k r£tat, ni
aux fonctionnaires qui en dependent. ».
J'accepte ces conditions, et j'ai Thonneur de vous le faire sa-
voir par rentremise de M. Joseph Michon, pr6fet du Loiret.
Veuillez me permeltre de vous exprimer ma profonde recon-
naissance pour I'interSt que vous. voulez bien me t^moigner,
poar la justice, la bienveillance et la promptitude avec laquelle
vous cherchez a r^parer, a Tamiable, le tort irreparable qui m'a
ete fait peni^ant tant d'ann^e?.
Je ne 1 oublierai jamais. .
Daignez agreer.
Monsieur le Ministre^
Texi^ression de mon profond respect.
Signc: Hersilie Rody.
; .
CHAP. XXI. — CONCIUATIOK. 469
p ■ ■ , I . ■ > ., ■■■ . <■ ■■■-■- 1. - ■ I.
Oit jours apr^s, M. le pr^fet du Loiret recevait Tar-
rtl^ suivant :
Le' Miiiistre d'e Tint^rieur,
Vu la demande de la demoiselle Hersilie Rouy, tendaht a ob-
tenir ^ne augmentation de rallocaiion annuelle qui lui a ^t^
pr^c^demment accord^e et une somme unefois payde, destin^^s
a rinderaniser des partes qu*elle peut avoir ^prouv^es par suite
de rinobservation par Tadministration des prescriptions de la
Ioidu30iuin1838;
Yu le rapport dc M. le conseiller d'fitat, directear de radmlnis-,
tration d^partementale et communale, et les documents k Tappui,
Arr^te :
Article \*r.
ti est accord^ a la demoiselle Hersilie Rouy \ine allocation
de doQze mille francs (12,000 fr.), imputable sur le chapi- .
tre' XXVII du budget du ministere de Tint^rleur.
Article 2.
L'allocation annudle de dix-huit cents francs (1,800 fr.)
accord^e par les decisions pr^c^dentes est 41ev^e a trois mlUe .
six cents francs (3,600 fr.) k partir du 1" oclobre 1878.
Celte somme sera ^galement impulse sur le chapitre xxvii
du budget du ministere de Tint^rieur.
Article 3.
Xe directeur du secretariat et dela coraptabilit^, et le directenr
de I'administration d^partementale et commuiiale, sont charges,
chacun en ce qui les concerne,-de I'ex^cution du present arrSt^.
Fait a Paris, le 30 novembre 1878.
Signe ? de Marc^re.
Pour ampliation,
Le directeur de V administration
ttepartementale et communale,
Signe : R. de Crisenoy.
Pourcopie con forme:
Le conseiller de prefecture,
Sign 4 : P. de VERNEtnL.
27
^ /
470
MJ&M0IRE8 d'UNE ALIENEE.
J'en remerciai de nouveau M. le Ministre quelques
jours apr^s avoir touchy les fonds annonc6s ; j'^tais trop
maladepour lefaire au moment m^me. Getter^pars^tioa
m'arrivdit trop tard : le mal dtait fiadi, et je sentais gu'^
moins d'un miracle, ma saBt6 ne me permettrait pas
de jouir de la satisfaction morale et du bien-^tre phy-
sique que sa justice m'accordait Mais si je ne pou<»
vais vivre, je pourrais du moins mourir en paix. Gelte
certitude m*aida k surmonier la p6nible crise dans
laquelle j'avais failli succomber et dont je reparlerai
plus loin.
Je d^sirais'vivement connaltre le rapport de M. de
Crisenoy, et je Tobtins k force d'instances. Je le donne
ici presque en entier, bien qu'il reproduise des faits d^j4
connus, parce qu'il est la premiere reconnaissance ofO-
cielle de mes droits, et que, sans toucher k la question
mentale^ il la r^sout implicilement en ma faveur.
RAPPORT
Adre$8e a M.le Ministre de Vinterieur^ aur la sequesttntion de
la demoiselle Hersilie RouT.
Monsieur le Ministre,
Le 8 septembre 1854, la demoiselle Hersilie Rouy, professeur de
musique, demeurant rue de Penthi^vre, n^ 19, a Paris, fut en-
lev^e de son domicile par M. le docteur Pelletan, m^decin en
chef ide Thopital de la Riboissidre, et conduite k Tasile de Cha-
renton, sur la presentation d'un certificat ainsi con^u :
c Je soussign^, m^decin de I'hdpital de la Riboissi^re,. che-
valier de la L^gion-d'Honneur, certifie que W^* Rouy (Hersilie),
demeurant rue de Penthievre, n« 19, est atteinte d'une mono-
I • • 1
CHAP. XXI. — CONCILIATION. 471
manle algue avec hallucinations. Cetle affection la rendant
dangereuse pour elle-m^me et pour les personnes qui Tentou-
rent, exige son admission immediate daas un etabliss^ment
special. »
Cette admission a eu lieu contrairement aux prescriptions d!e
Uloldu 30^'uin 1838.
{Suit le texte de Vart. 8 de la loi sur les aliens.)
La plupart de ces ptescriptions n'ont pas '^te remplies en ce
qui conceme la demoiselle Rouy, admise sur la demande de
M. le baron Pelletan de Kintc^lin, ami de la malade 1 1
La copie du certificat ci-dessus reproduit est sign^e du mSm€
docteur, alors qu^e la loi intercKt de demander le placement au
m^de^in qui certifie la maladie.
, M. le docteur Pelletan n'etait pas Fami de la malade, qu'il ne
connaissait pas; tout au plus Tavait-il vue une fois lorsqu'il
vint Tenlever pour la conduire a Charenton . I^ n'6tait pas I'ami
de la famille, avec laquelle ses relations se bornaient a ^crire
des articles de m^decine dans le journal La Prease, dirig4 par
M. Rouy, le frere de la demoiselle Hersilie.
£n reality le placement a eu lieu a la defnaxide de M« Rouy,
qui a pay^ d'avance un mois de pension (50 fr.)) afin d'arriver a
un placement d'ofiice et gratuit sous Tapparence d*un placement
volontaire. C'est le docteur Pelletan lui-mSme qui avait indiqu^
ed moyen d'^luder la loi.
Cela r^i^MUe de la correspondance jointe au dossier.
A ce point de vue^ le certificat du docteur Pelletan est^
inexact. Ce certificat lui-m^me ne repose, au point de vue m^-
dical,^ue sur les rapports des concierges et des bruits r^p^t^s
par d^8 tiers, le docteur Pelletan n'ayant pu, dans une courte en-
trevue et pendant le trajet de la rue de Penthievre a Charenton,
parter un jugement sur I'^tat mental de jla demoiselle Rouy et
surtout sur les dangers qui pourraient en r^sulter pour la s^cu-
rite publique.
Contrairement a la loi, le directeur de Charenton n'a exigd
aucone pi^ce constatant Fidentitd de la demoiselle Rouy, etno* .
tamment le passeport mentionn^ a Tart. 8; il en est rdsult^que '
I-
472
MEMOinES D UNE ALIENEE.
le placenient a ^t^ fait sous le double nom de Chevalier-Rouy,
et que trois semaines apr^s Tadraission un interne a et^ charge
d*interroger la demoiselle Rouy pour connaitre son veritable
nom.
Le 30 novembre 1854, la demoiselle Rouy a ^]t^ transferee a la
Salp^tri^re en vertu d*un arr^t6 de M. le pr^fet de police, bas^
sur ce fait qu'elle ne pouvait plus payjer de pension, fait mat^-
riellement inexact, -puisque le premier mois de pension n'avait
pas ete pay^ paf elle, mais par le sieur Rouy, et que la demoi->
iselle Rouy, enlev^e brusquementite'son domicile, y avait laiss^
des effets, un mobilierquepersonne ne s'^tait occupy demcttre
en siirete et.de r^aliser a son profit.
{Suit le texte deVart. SI de la loi sur les alienes,)
Ces prescriptions tut^laires ont ^t^ n^glig^es pour la de-
moiselle Rouy; les cles de son appartement sontrest^s entre
les mains des concierges, dent la probity ^tait suspect^e. Trois
mois plus tard, le propridtaire intenta centre sa locataire unej
action pour obtenir la vcnle du mobilier et le terme du loyer
dcha.
Les actes extra-judiciaireS furent signifies rue de Pen-
thi^vre, bien que Ton sut la demoiselle Rouy' s^questrde k Cha-
renton. La vente eut lieu le 5 fdvrier et produisit 911 fr., qui
furent employes a ddsin I dresser le propridtaire et a payer les
frals, s'dlevant a 372 fr. ; le reliquat, 139 fr., fut depose a la
caisse des depdts et consignations, et remisk M^i* Rou^en 1870,
a sa sortie de I'asile d'Orldans.
•
Nous avons dit ^rdcedemment que la demoiselle Rouy avait 6t£
inscrite sur le registre de Charenton sous le nom de Ghevalier-
Rouy, inscription difficile a justifier, puisque le certificat du.
docteur Pelletan portait le nom de Rouy. Gette designation, qui
constitue une alteration de Tetat civil de la demoiselle Rot^y, n^a
pudtre imaginde par Tad ministration de Charenton. On doit
en conclure qu'elle a dtd invenlee sur les indications du doc*
teur Pelletan et a Tinstigation du sieur Rouy, son frdre, en vue
de dissimuler une parentd qui pouvait lui occasionuer plus
••"^ 4^5 embarras.
CHAP, XXI. — CONCILIATION. ' 473
Par une coincidence malheureuse, les papiers ^tablissant son
^tat civil, qa'elle avait eu le soin d'eraporter avec elle k Cha-
renton^ lui furent enlev^s le 19 septembre suivant ; mais aa lieu
4e s*en servir pour r^ulariser son inscription,* on les ddposa
dans.un coin, ou ils ne furent retrouv^s qu^en 1862, par les soins
de M« Cochin.
Malgrd lei^ reclamations incessantes de M^^ Rouy, elle tai
transferee succes^ivement dans plusieurs asiles departementaux,
sousle nom de Chevalier-Rouy, jusqu'en 1863, oil elle fut defi-
nHivement inscrite, k Fasile dlDrl^ans sous le nom de Chevalier,
de parents inconnus.
II y a tout lieu de croire qu*il n'y a pas eu U, de la part de
Tadministration, de foutives intentions; les negligences et Tinob-
servation des prescriptions legales ont eu pour resuUat d*eioi«
gner la demoiselle Rouyde ses relations et de ses amis, qui ont
perdu sa trace et Tont crue morte.
^Depuis son entree k la Salpetriere^le 30 novembre 1854, jus-
qu'a sa sortie de Tasile d'Orieans, le 14 noverobre 1868, la
demoiselle Rouy a ete rendue plusieurs fois a la liberty pendant
quelques jours, puis seqnestree de nouveau d*oflice, en vertu
d'arretes du preret de police, r^guliers dans fa forme. Toutefois,
il semble r^sulter, de plusieurs documents et de correspon-
dance^ echang^es entre le pr^fet du Loiret et I'administration
de TAssistance pub)ique, qu*a partir de 1863 le maintien de
la demoiselle Rouy k Tasile d'Orldans doit dtre surtout attribue
k des injonctions emanees de cette adininistration et inspir^es
pac M. Rouy, qui avait lieu de redouter la mise en liberty de sa
belle-sceui:- '
La demoiselle Rouy n'a cess^ de rdclamer centre la seques-
tration iliegale dont elle avait eie Tobjet, a llmperatrice d*abord,
puis a TAssembiee, qui s'est separee avant d'avoir ete saisie du
rapport concernant cette demande.
Toutefois, le Ministre de TinterieUr a accorde, en 1874,
un secours de 1,500 fr. qui a eie porte k 1,800 fr. a partir de
1878. on
Aujourd'hui la demoiselle Rouy est agee de soixante-quatre
MI^MOIRES D'UNE ALI^N^E.
ans, dans nn Stat de sant4 qui I'empSche de se liwer it aneun
travail, et sans ressQurces.
EIIb demande que le secours annuel qui lui est allou^ soil
ilevi i 3,600 ft-., et-sollicite en- autre une allocation desttnfei
linderaniaer des pertes, du fail de radministration, de mobilier,
valeurs et bijoui qu'elle possSdait, et a lui permeltre d'acquitter
iBs dflttes qu'elle a du contratler pour subveiiir a mJa eilstence,
depuis sa miis en liberty Jusqu'en 187i. Elle Slablit one perte,
. Moblliei', 4,000 (r. ; bljoai, 1,80D Tr. ; deux biUets k ordrc,
000 fr. ; un billet de banque d^. 500 fn : ci 6,900 fr.
En accordant a la demaiaeKa Rou; une somme totals de
13.000 fr., on (iendra campte dant une certaine mesare des d^.
pensea aaiquelles elle a dil pourvuir de WHS k 1873.
En resume, la demoisella Rouj £tait une artiste d'un talent
incontestable, et jusqu'en 1854 elle a pourvu i «an esstence
. par Eon Iravaik ,
, A Cetle Spoijue, elle a 6li s£questr£e imgalement, aiosi qus
I'a constats d'ailleurs'le Uinislre de I'int^rieur, dans sa d£p£chs
du 25 fevrier 1869. Elle a perdu le peu qu'elle passSdait par la.
foute et la negligence de radministration.
La damande de la demoiselle Rou; parait done jugtiiiefl.
En consequence, j'ai I'honneur de vous proposer de I'accueillir
an ancoi-dant k la demoiselle . Rodj les allocations- ci-deseus
dDouc4es. Un arrSt^ revStu de votre signature consaererait.
oetle' decision.
Agreei, Uonsieur le Ministre, I'homroage de nion r»peut. .
Le Coiiseillerd'Slat,direclew general de I'adminiatratltm
(i^partemenlale.el communale, ■
Signi: R. DE Cfibenot.
Une conciliation ainsi motiv^e ^tail pour md une fh~
Htation, pour mes devoufe ct^feAseurs une r6com-
ppur la i;nuse geiierale des ali^n^s un Iriomphe.
vej)6cialiste ctait enQn entam^e.
Voici la ietlre que f^crivis k M. de Crlseno; :
Od^na, i Janvier 1879.
Monsieur le direclear,
Je ae si'a Coroment vous remercier de taute la bieoTeilhrato
hoali avec Uquelle tsus 6tee venu i raon aide, non pas en '
ip'aecordant one favenr qj'an caprice peut enteter, nai* en
faisanton actede justice et de reparation B'appnyast surdosdo-
cDmentB incantestables.
Gt&cb a votre rapport, I'llS^galit^ et rarbttraire de ma s^uei-
tratioii Hint prouv^; vous £tab1issez viatoristuement qne je
n'^Eais pa* folle qoand j'ai i\i erUeHe de chez nioi par on
taommenrm'BTantjamalsvue, et que laperte de bmt ceque je'
pOSS^dais, due k mon admission dans ces conditiana h Oiiren-
tan, a roreriment anient la longne eiqoestration dent j'ai Hi
Tictime, toot rooyen de rentrer dans le monde et de prouver mon
IdentiM m'^tant imposuble, jusqu'au jour ou j'ai trouv^ appui et
protection dans I'admitiislration dea Hospices dOrl^ns,
Non seulement vous avez ^tabli mes droits k la tardive repa-
ration que Tou* aveiprovoquee, Monsieur; mais encore, sachant
le miserable eia'l de lanti dans [equel je suis, vous avez eu I'ex-
treme bont£ de faire ordonnancer, stance tenants, ce que M. le
Hinistre m'accordait k votre requite; et, grdce 4 cette giai-
reuse attention de votre part, j'ai eu I'lnnnense bonhenr da
ponvoir m'acquitter envers ceui doni le devoCiraent a su triom-
pherde toules les ditlicultes.
Le S6 d^cembre, on touchait pour nioi i la Banque un cheque
de dSjOOOrr., et le mime jour on remetEait a M. le pr^ret dn
Loiret un effet de 900 fr., sign^ de moi, qui doit solder le der'
nier trimestrs de 1878.
Veuillez, Monsieur le direotenr, recevoir I'eipressioit de ma
profonde reconnaissance.
Hersilie Rouv.
Et voici celle qu'il me riponiiit :
r
I ^
476 jnfeMOit^ES d'une ali6n6e.
. I i ■ ■ ■ ■ ■ I ■ I ■ ■ ■ .1 ■ ' 1 i/i ■- > .1 I ■ ■ I I ■ I I ■ #r I ■ , I I I * , ■
Paris, ^Janvier 1879. .
Mademoiselle,
je suis heareux d'avoir pu cotitribuer & vous fatre obtenir la
reparation que vous solHcitiez en vain depuis de longues
annees. ^
Cette reparation vous etait due le^gitimeinent; je croisTayoir
demontre peremptoirement, en mdme temps que ron vousassu-
rait^ apres tant de souCTrances, des moyens d*exiistence qui, bien.
que modestes, vous perraettroAt de vivre suus inquietude de
Tavenir.
Je fais des voeux pour que vousenjouissiez longtcvnps, et je
me. propose de mettre a profit, loirsque roccasion s'enpr^sen-
tera, les renseignements dont vous avez bien voulu me donner
communication*
Agreez, Mademoiselle, -Fassurance de ma consideration! dis^-.
tinguee. . ,
R. DE Crisenot.
■■■ <f- 1
1 -
CHAP. XXH. — SUItES D'UNE R6PARATI0^^ A.MIABLE. 477
CHAPITRE XXII
SaiiOB d'ane reparation amiable.
^ Les journaux de Paris Siy^nt annonce la mort du fils
cadet de mon frfere, je publiai le 8 Janvier 1879, da^s
le Moniteur orleanaiSy une note plus d6taill6c affir-
mant de nouveau ma possession d'etat. Je voulais sa-
voir si elle me serait encore contest6e au moment oil
le minist^re hn faisait une reconnaissance ^c1atant0.
Quelques jours apres, ies trois journaux d'Orl^ans
publiaient une lettre de moi con^ue en ces termes :
Monsieur le r^dacteur,
Ce n'est pas pour revenir encore sur ce qui concerne ma se-
questration et ma sortie des liospices d'Orldans, ou j*ai eu le
bonheur de roncontrer dans Tadministration des hommes de
ciBur et de perseverance, qui ne in'onl pas abandonn^e dans la,
detresse ou je me suis trouv^e, etdont le nom est dans toutes
les bouches, que je m^adresse aujourd hui a vous j c'est que je ne
puis exprimer, comme je le voudrais, ma reconnaissance k
totttes les personnes qui m*ont secourue de leur bourse, de
leurs sympathies et de leurs d-marches, et que je suis trop faible
et trop malade pour ^crir^ individuellement a chacune d'elles.
Aussi ai-je recours a la publicity de votre estimable journal,
27,
478. M6M0IRES D tJNE ALlfel^lSk
que vous avez toujours mise si' g^a^reusement a ma disposition.
Monsieur le redacteur, pour faire savoir k tous cjeux qui ont bien
voulu me porter int^r^t ce qui m'est derni^rement arriv6 d'heu-
reux. ' >
(Ajpr&s avoir rappele ici mes divers secours, ma p^sion,'
mon indemnity et ceux auxquels je les devais, j& terminals
ainsi : ) * -
Apres vingt-quatre ann^es de mis^re, de Inttes ineessantes et
d'indicible douleur, je suis heureuse de vous faire connaitre cet
acle de justice, dte reparation et surtout cet antecedent ; heu-
reuse aussi de sayoir qne tout ce t[ue j'ai souffert ne^restera pas
inutile, et que des mesures sont prises pour qu*on ne se fasse
plus un'jeu de la loi, quelle qu'elle soit, en se mettant a coavert
derriere un certificat d'alidnation mentale.
yeuillez recevoir, etc.
Hersilie R0UY»
J'eriyoyai k M. Georges Rouy, secretaire au journal
le Sieclcy fils de ma soeur et par consequent petit-Ols
de mon pere et de ma m^re, un num^ro du 8 et un
du 14 Janvier 4879, pensant que la famllle devait avoir
connaissance de la note n6crologique et de ma lettre.
Huit jours aprfes, M. Alexandre Godou, r6dacteur en
chef de VAvenir du Loirety donnait k M. ledocteur
Halmagrand un pli qu'il venait de recevoir,. et M. Bes-
gon, ridacteur en chef du Moniteur orleanai^ r^met-
tait un pli identique k M. le vicomte d'Aboville.
G'etait une note non sign^e que je transcris id :
On voua rappelle aujourd'hui obUgeamment qu'onne doit
JIM publier de fausses nouvelles ^ur les direa errones d'une
vieille demoiselle de eoixante-sept ansy qui a eie folle pendant
vhM^auatre art»»
y .z.
.CUA.P. XXII. — SUITES D'UNB REPARATION AMIABLE. 479
On veul biert^vous dire ceci : M^ HersUie est nee, en. iSiSf
" d Milan, de M. Charles Rouy et de Mademoiselle Chevalier,.
M, Rouy dtant m^rie a M">* Stevens, laquelle femme ISgU
time est decM4e ulterieurement, de sorte que M*^* Hersilie,
dielarie, Rduysur les registres italienSf severrdtt depoMilUe
de ce nom a latnoindre demande de rectification d'etat civile
fait qui a ele reconnu par I' Assistance piihlique. ,
Quant d la question sequestration (hien gros mot!)
jlfut HersUie aSte. donduitepar ordre de la police administra":
live dans un asilede V6tat, etilfaut rMlemetkl croire que^l&r
honor ab les docteurs de cet asile n'y ont pas prodique leurs
soins d une, personne^ pendant vingt-quatre 9xls, sans quHVy
" alt un motif sirieiuxd leurs yeux de Vy conserver. - * :.
TI n'y avait pas db r^ponse k fairer, U n'y avait.qa'i
constater une fois de ptus, <et toujours pieces en mains,
que ma maJheureuse famille parle de tout 4 ^^^ et k
travers, croit pouvair renseigner, influencerygouverniej^
tout le.monde, sans rien savoir de ce qu'elle dit ; que
deplus; depuis vingt-oinq anSy»eUe fait scandale, cher-
che k me di^consid^rer partout^ act recule devant aucua
moyen pour cela, attaque jusqa'4 i'honorabilit^ de ses
propres parents pour me forcer, malgr^ moi, a lui
donner, a ses (Ugmns, une le^n dont elle souviendra
assez, je Tespire^VplHir devenir prudeqte k Tavenir, :
. Je me JsQrnai k adresser poste pour poste^^ k
M. .Credrg^ee Rouy^ un num^ro du Journal du LQiret
que je ne iui avals pas encore envoys, plus an num^ro
du Mouvement medical du 18 Janvier 1879 publiani
in extensd une lettre que j'^vais adress6e au doctor
Halmagprandr au sujet de mes su^ujrs 9\ abondanie#| si
\
■s "»
' '-• ,.' \
480 M^MOIRES D'UNE ALIENEE.
' ■ II -ll - , » II. . II ■■ W .1 I J^ I I I I III I I I
\ .
6xtraordinaires : ellesavaient dur6 quatorzfe jours, sans
interruption, dans Thiver de 1860 et me faisaient dire,
k rpoi, si rebelle aux larmes, que mon corps sanglot^
tait malgire woL Le docteur avail accompagn^ ma
lettre de ^s observations personnellcs sur ce que
j'avaia ^prouve depuis qju'ilme soignait, et le Mouve-
ment medical di\^ii public le tout. J'avais pr<^cisement
6t6 prise d'une crise analogue au moment ou j'oblenais
ma pension, et on avait bien cru que je n'y survivrais
pas.
Cette communication mit tin, pour le moment du
moids^ aux rectifications anpnymes de « fdnsses ndu--
velleset fausses affirmations. ^
M. Camescasse avait succ^(l6 k M. de Grisenoy. Je
venais de toucher le trimeslre de ma pension dans les
premiers jours de > juillet, iorsque ines hoiesses,
HjMiics Moufflet, vinrent m'apprenjire, tout fetpnnees,
qu'elles avaient re^u laf visite du commiBsoire du quar-
tier, venant leur demander : . ■.
1® Quelles 6taient les personnes que je fr^quentais ;
^29 Celles que je recevais ;
3o Quelles ^taient leurs opinions polfflques ; ;
4^ Si moi-m^me je ne parlais^ pafis politique et si eUes
pouvaient donner quelques details surmes opinions. '■.
Eiles avaient r^pondu que j'^tais fort malade, ne
sortais presque jamais, ne m'occupais que de mes af-
faires, et avaient donn^ les noms des quelques per-
sonnes qui avaient la bont6 de venir me voir./ .
CHJVP. XXU. — SUITES 'd'UNE REPARATION \ AMI ABLE. 481
■ ■ ■ ■ m ■ ■ ■ ■ ■ ■ . J P^^ — ""
. I
Trds-surprise d'Mre en butte si une semblable inqui-
sition de la part de Tautorit^, j'en parla^i a M.. le Nor-
mant^ qui obtint, de la bouche.ra^e du commissairey
la confirmation de la d-marche qu'il avait faite par
ordre de M. le pr^fet du Lqiret.
Jeerus devoir quelques explicationa k M. Cames-
casse, aux yeux duquel on semblaitvouloir transformer
e^n affaire politique une affaire de s^uestration et.
d*^tat civil, et je lui adressai un expose des fa'its avec,
une lettre dont void les passages essentiels :
Monsieur ledirecteor,
On esst venu de la part de la prefecture du Loiret aux rensei-
gnements sur moi, et d'apres cette enquSte j'ai acquis la cer-
titude qu^oa ne savait en aucune fayon ce que sighifiait le
seconrs que je re^ois du ministere*
C'est tr^s-naturel.
Ayant ^t^ cachee pendant quatorze ans dans les asiles
d'ali^n^s sous le nom de Chevalier, on ne connait r^ellemelit
que ce nom..... La pension que me faisait(br(3n malgr^ lui)
M. Durangel dtait inscrite sous le nom de Chevalier
{alienee) (1). ,
Ce n*est que depuis T etude s^rieuse et sur documents authen-
tiques que M. de Crisenoy a fait^ de mon affaire que cette pen-
sion et cette indemnity m^ont ^t^ allpu^es, sous mon nom l^gal
d'Hersilie Rouy, par I'arr^t^ du 30 novembre 1878.
La transaction qui a mis fm a toutes revendications. dc ma
part doit ^tre au dossier du minist^re.
Ce n'est pas, comme vous le verrez en lisant le rappoi^ de
votre pr^d^cesseur a M. de Marcere, une charite que M. le
Ministre me fait sur les fonds dont 11 dispose ; c'est une indem-
.(1) Bien qu'elle me fut pay^e a Orleans sous celai de ^ouy.
X
482 MJSMOIBES D'UI^E AU%i^.
I > ■ I — ^^i^^— I iBii iia ■ N I !■ I I ■ I H I I ■■ ■ ■ i^mmmmm
m
nite, une reparation quHl m'aecorde e\ que j'accepte 90us
forme de secours, pour amoindrir les consequence^ de fails
. monstrueux et pour empScher un affireux scandale.
J^ n'eus pas de reponse de M. Camescasse ; inais ma
pension continua k m^^tre seryie r^uli^rement. ^
Tranquille sur roon sort, M. le Normant n'en pour-
suivait t[ue plus activement son d^sir d'une r^forine
g^nerale, et rien plus que ma lamentable histoire ne
pQuvant en d^montrer la p^cessit^, il se mit en rs^p-
port avec un des conseillers gen^raux de la Seine qui
avait pris chaudement k coeur la question des ali6-
n6s, tant au point de vue de leur bien-fttre, fort peu
sauvegard^ dans led asiles, que des finances de la
villey souvent gaspill^es sans profit. L'honorable
M. Manier re^ut avec grand ini^rM nos communica-
tions et nos documents, 6tudia mon affaire et y d6-
cauvrit precisement un point qui, en venant k Tappui
de son argumentation, lui permettait de d^velopper
et de faire connaitre les nombreux abus dont j'avais
et6 victime du premier au dernier jour de ma seques-
tration.
II saisit la troisi^me commissiion, dont il fedsait
partie, d'une proposition tendant k recouvrer les frais
d'entretien de Mil® Hersilie Rouy, retenu^ pendant
quatorze ans dans les asiles de la Seine et consid^te It
tort comme indigente.
Cette commission, dite de VAssistance puhlique^
etait compos^e de MM. Lafont, president ; Bouro^Ue,
, -^ '
. \
CHAP. XXIL — ^UITEI^ D'UNE REPARATION AMIABLJE. 483
secretaire; C^det^Dubois^ Dujarrier, Forest, Loifieau,
Manier, M6iivier, Aristide Key, Thuli6.
M. Maniei; fut charge du rapport a presenter au
consdl general, et le lut a la stonce du 6 novembre
1880. ^
II commenga par d^muntrer :
1<| Que M^i« Kouy^ entree comme peasionnaire payantea Cha-
renton, a ^t^ pass^e et maintenue faussement aux indigentes^
p^rce que ceux qui l^nt fait enfermer Tout pr^sent^e ainsi, et
/(pie radministration n'a rien fait pour s'assurer de sa situation
r^elle ;
2o Que M^^" Rouy a ^t^ deux fois reint^gr^e k la SalpStri^re,
, kpres avoir ^tS mise en liberty par des medecins consciencieux,
parce que la dilapidation complete de tout ce qu*elle possSdait
Tavait obligee a aller demander uu abri et du pain a la Prefec-
ture de police.......
Un capital de 12,000 fr. et une pension viag&re de 3,000 fr.
qnt et^ enfin accordi^s a M^^^ Rouy.
Mais est-ce bien la tout ce qu'il'y avait a faire? L*int4rSt de
M"«Rouy. est^il seul en cause? Et TAssistance publique, grevee
pendant quatorze ans de la pension d'une personne parfaitement
k mSme de payer, n'a-t-el!e aucun recours a exercer centre. les
auteurs de cette me^song^re declaration d' indigence ?
> Je ne le pense pas, et je vais et^blir, avec preuves i Tappui,
que le classement de Mi'« Rouy aux indigentes n'a pas ^t^ le
fait d'une simple erreur administrative, male de la volenti per-
sev^rante de ceux qui, Tayant jet^e aux ali^n^s, voulaient )*y
maintenir a tout jamais en an^antissant'son avoir et empSchant
ainsi son retour dans le mbnde^ ou on avait d'ailleurs annonc6
^ mort (1).
• (1) Je ne reproduis pas ici le detail des faits, exposes surabon-
damment dans le cours de ces memoires.
I
^ , 484 MEMOIRES D'tNE ALIEt^fiE.
->->-
J'estime done que le conseil g^^ral est f^nd^ k pour-
suivre contre quisle droit le reml^oursement des sommes indu*-
ment payees par le d^partement de la Seine pour la pension aux
indigentes de M»« Hersili6 Rouy, du 1« d^eembre 1854 au
14 novembre 1868, plus les frais de ses di^i^j^nts transfert$,
M preuve des faits avanc^s se trouve :
lo Dans les notes prises par M, Tailhand, premier ipapporteur,
sur les dossiers des minist^res de la justicie, de Vint^rieur et de
la prefecture de police ;
2«> Dans le projet de rapport de * M. le vicomte d'Aboville,
deuxi^me rapporteur;
3° Dans le rapport de M. le directeur de radministration d^-
partementale et communale k M. le Ministre de Tint^rieur, rap^
\ port qui resume les pr cedents et leur donne une confirmation
olficielle;
40 Enfin dans les correspondances dont je pr^sente les copies,
et dont les originaux sont aux dossiers des asiles, des prefec-
tures, des ministleres, ou ont ^\A communiques par M. Rouy
lui-mdme au second rapporteur.
Toutes ces pieces sont annex^es au rapport.
Sans doute la souime qu'il s'agit, en Tespece, pour le departe-
ment, de recouvrer est en elle-mSme peu importante. Mais elle
eslle symptdme d'un dtat de choses plus grave: d'une part, la
dilapidation des deniers cominunaux ; de Tautre, Tabandon o^
sont laissds les int^rSts de Taliene indigent qui devient, d^s son
entrde a Fasile, une simple cbose, un numeroy qii'on classe,
qu'on garde ou qu'on renvoie^ sans souci de ce qu*il a pu laisser
au dehors ou de ce qu'il devient a sa sortie.
La loi ne doit pas cr^er des indigents, des di^sesp^r^s,
preparer des rechutes dont une bonne part de responsabiiitd
revient a la negligence coupable de ceux qui Tappliquent*
n faut d'abord tenir rigoureusement la main a ce qu*on
observe la loi telle qu'elle est, en attendant qu'on la refasse, si
elle est mauvaise. Et elle Test, je le proclame bien haut.
La loi est mauvaise a cause surtout de son insu£Qsance, de
*** "*"'^ite illimitee qu^elle accorde aux m^decins, a leur appr4-
■ /
CHAP. XXII. -^ SUITES d'UNE RjfipARATlON AMFABLE. 485
I ■ ' ' ■ ' ■' .■ •> .1 . , I ■ ■ I »> , I. .
elation, si bien 'qa*on peat dans la pratique, comme vous venez
de ]e voir par Texemple cit6, se dispenser de demander mSme
les faibles garanties qu*elle exige et se contenter, en tout et
pour tout, du certiiicat du m^decin, de la parole du m^decln I
\La loi est mauvaise, parce qu^l se pourrait qu'on encombr^t
les asiles d'incapables de toutes sortes ; parce que, sous couleur
dlndigence, des families cupides se d^barrassent des leurs, soit
tatalement, soit en payant une part insignifiante fie la pension.
Une e^qu&le severe, sor ce point vous rdv^lera|t.un ^biffre
^norme, injustement pr^Iev^ sur les fonds consacres aux vrais
n^cessiteux. ' . •
Je demande done des poursuites qui porteront la lumi^re sur.
\6& faits que ,je viens de signaler.
.... J'ai du me borner a la question p^cuniaire^ la seule quifut
de la competence du conseil g^n^ral.
' La reconnaissance de la violation des prescriptions de la loi
da 30 juin lt$38 a et^ ojKiciellement faite, sinon hautement.
publico :
io Par la lettre du Ministre de I'int^rieur au directeur de Cha-
renton, en date du 29 fdvrier 1869 ;
^ Par Toctroi d'une indemnity centre Tengagement d^abani-
'donner des revendications dont on ne se fut pas prioccupe, si
elles n'avaient M fondles en droit comme en equity ;
3o£nlin par la r^ponse du directeur de Tad ministration d6-
pshitementale et communale k la lettre de remerciments que
lui, g^ressait M)^* Houy.
Le rapporteur,
J.Wnier.
La troisi^me commission a Fhonneur de vous^ proposer le
projet de resolution suivant :
«c Le Conseil,
« Invite Vadministration & prendre les mesures n^cessaires pour
faire rentrer le d^partement dans ses debours pour I'entretien
de M^^' Hersilie Rouy, peQdant quatorze ans, dans les. asiles
\
486 M^MOIRES d'UNE ALIl^^E. .
\ I
■ Hi I I II I I III *il ■ I I I I I ^ I Ill ■ -I ■II I ■■ i M I ■— ^IM^^I I ■
1
d'ali^n^ de la Seine et dans les asiles de province oi)l elle a £td
successivement transf^6e» »
Cette resolution ftit voi^e et raffaire.sotiinise au co*-
niife consultalif, d'oilt elle sortira quand il plairar &
Dieu.
Le (n)nseil gdn^ral avait assui^ment le drmt de 8^oo»-
cuper'de cette grave question, mais non de s'emparer
de 'mes cr^ances ; c'est en rnoli nom qu'il devait pour-
suivre^ et sur ma demande d'un compte de tutelle, sauf k
ce que je le remboursasse plus tard f ur les dommages-
inter6ts obtenus. II y ali un ^cbappatoire dont s'aper-
cevra sans doute le comity consultatif, car il y a dans le
conseil une majority hostile i toutes les revendicatioDS
des ali^n^s, et trouvant que tout est pour le mieux sous
la meilleure des lois.... au dire du moins de ceux qui
en vivent.
Quant & moi, je di^ que cette loisi imparfaite,si dan-
gereuse, est de plus sans aucune sanction p^nale et
qu'on pent la violer impun6ment.
Un article public dans TZ/nivfirs, sur ma sequestra-
tion, le 22 ao6t 1869-, par M. Philippe Sefret, le d^-
montrait d'une fagon si nette, que je crois devoir en
citer une partie :
Disons tout de suite que Tenqu^te ne saurait abontir.
Elle pourra d^couvrir le coupable ; elle ne . d^couvrira pas dans
la loi de 1838, ni airieurs, une disposition p^nale cpii poisse lui
Stre appliqu^e.
II existe bien, il est yrai, dans le.code p^nal, nn arti-«
I
A «
1
V.
CHp. XXn.' — SUITES D*UNE REPARATION AMIABLE. 487
cle 3ifl qui prononce la peine des travaux forces k temp« pour le
fait do la sequestration arbitraire d*une personne* Mais cet
article ne s'adapte pas le moins du monde a la sequestration
dans un asite d'ali^n^s, si <^iminels qu*en aient pu dtre les mo-
biles, si ^vidente que soit la fraude. Le crime j^uni. et d^fini par
particle 341 est exclusivement le crime de tm«e en charte
privee d*une personne. Pour que ce genre d'attentat existe l^ga-
lement, il est de rigue\ir que Tindividu s^questr^' soit detenu
daxis un domicile priv^, sous la garde du s^questrateur lui-m6me,
ou de gens a lui, ses affides ou ses complices. II faut que la vic<*
time se trouve, en un mot, sans comtnunications possibles avec
les personnes du dehors auxquelles elle pourrait deman(ier
main-ibrte. On ne retrouve pas ces conditions de criminality
l^l^ale dans le fait de la r^dusion d*un indivldu dans nne mai-
•son de fous, pour odieuses qu*en soieot les^ circonstances. Sup-
posbns qu'on ait la preuve ^clatante que le pr^tebdu ali^n^
^tait parfaitement et notoirement sain d'esprit ; supposons qn'il
, soit indubitablement d^montrd que la pr^tendue alienation a
servi.de pr^texte aux passions les plus noires, a la combina^on^
la plus perverse ; Tarticle 341 du code p^nal ne demeurera pas
moins inapplicable.
On n*argumente pas par analpgie en matidre de dispositions'
p^nales; pour qu*un fait soit punis&able, il faut'qu'il rentre avec
identity dans un type de deiit pr^vu et d^fmi par un article de
loi.
«
M. Auguste Vacquerie^ dans le Rappel du 2 mars
1880, met en lumi^re d'une fa^on saisissante la valeur
et les contradictions des diff^rents certificats qui ta'ont
6\& deiivr^s. Cette pi^ce devait flgurer dans les annexes
imprim^es du rapport de M. Manier ; elle en fut 6cart^e
sur les instances des docteurs faisant partie de la troi-
si^me commission, qui ne pouyaient se r^Soudre k laisser
ainsi HageUer leurs confreres. L^ comme ailleurs, il ne
* IP^* — »
488 MEMOIRES D'UNE ALUfeN^E.
^ ■ .PI Mr I MI».^WW II ■ ■!! — I ■ — 11 I 1^1 I ■ .^B I ■■■ I .1 ■■■—■■—■■ ■■^■-— ^- ■ ■ ■^■M I ■■! ■■■ ■■ —
/
s'agissait pas de savoir si ce qu'on disait ^tait fond^,
h mais si cela pouvait contrarier Tillustre compagnie.
^r J'ai achel6 assez cher Ife droit de ne pas us^r de sem-
blables menag^ments; par malbdur, les dimensions
de cet ouvrage ne me p^rmettent pas de reproduire,
comme je. le d^sir'erais, le remagrquable et spirituel
r^sum6 de M. Auguste Vacquerie que j'ai joint k mon
dossier.
La famille Rouy, se voyantsurle point d'etre attaquee
au nom duconseil g6n6ral, devait naturellement cher-
cher k se d6fendre. M« Jean Rouy alia trouver M. Ma-
nier et d6blatera longuement centre moi, sans apporter
aucun .^l^ment nouveau d'information.
Peu apr^s, M. Manier nous adressa une Note im*
prim^e, sign^e de M. Jean Rouy, en r^ponse au rapport
pr^sent^ au conseil g^n^ral, et destin^e k ^tre distribuee
k tons ses membres.
Je fus indign^e en lisant ce nouveau tissu d'erreurs
et de calomnies, et, toute malade que je fusse, je pr6pa-
rai au courant de la plume une refutation complete de
cette note, que son autcur n'a pas osS jusqu'& present
faire distribuer. L'exemplaire que j'en ai regu est le
seul dont aient eu connaissance mes d^fenseurs, aux-
quels jen'ai pas manqu6 de le communiquer (1).
En voici la dernifere pbrase :
(1) Cette note a 4te distribute a tous les membres du conseil
general, apres la mort de M"« Hersilie Rouy.
(Note de Vediteur.)
, ^ * , : ' • ■- •' / . ^' '
CHAP. XXII. — SUITES D'UNE REPARATION AMIABLE. 489
Catte note renferme ce que le fils aVait a r^pondre sommaire-
ment aux imputations diffamatoires qui ont pu se produire
d'aprds les divagations d'une ali^n^e, aux^dires de laquelle de^
p'ersonnes oflicieus^s avaient donn^ cr^ance, sans se rapjveler
r^tal mental de M^^» Hersilie et aang rien autre approfondir.
M. Jean Rouy avail enoorfe une autre preoccupation.
Mon mobilier avait 6t6 vendu 911 fr. ; j'avais re9u d6
I'etat 12,000- fr. pour prix de ce m^me mobilier, en
partie compose de celui de mon p^re^ et Claude-
Daniel Rouy, fils legitime, n' a jamais reguun centime
de ces i2,9ii fr., disait la Note.
Ceci 6tait faux : mon pfere avait tout vendu, sauf ce
qu'il avait emport^ k Sainte-P6rine et qui 6tait revenu
aprfes son d6ces k mon frfere, Mais peu importe.
Mon neveu Jean esp^rait combler cette lacune ; j'ai
su pertinemment qu'il s'^tait adress6 k un ayou6 d'Or-
16ans pour me faire inter dire. Qui pent pr6voir
Tavenir? Pour n'^tre pas morte dix fois depuis que j'ai
6te enfeirm^e, il faut que j'aie Tame chevill6e dans le
corps. Je puis, contre toutes probabilit6s, durer encore
quelques ann^es, gagner beaucoup d'argent avec mes
MemoireSy mes Asiles^ les publications que je prepare.
Tout en me disant prodigue, on me salt 6conome ; une
bonne interdiction m'emp^cherait de tester, et si ma
succession en vaut la peine, on m'accepterait conxme
legitime pour h^riter de moi !
Mais ce beau r^ve s'est 6vanoui : aucun avou6 d'Or-
16ans n'aurait pr^t^ son concours k une semblable ma-
•j
'^O
MEHOlAtS D^UNE ALIENEE.
1
noeuvre, qui I'eAt couvert de ridicule etde honte, et la
mort ne tardera pas sans doute k me donner un repos
que je n'ai pu trouver nulle part. . ^
Note de r£diteur.
Les M^moires de Af "* Rouy .finissent la. Sa
sante et ses forces diclinaient visiblement chaque
jour. Irritde par ces diffamations perseverantes,
elle voulait, pour en finir, attaquer en dom^
m
mages-intertts les successions Rouy et Pelletan,
et s'occupait a grouper les documents neces--
saires, Elle succoinba presque subitement a une
congestion pulmonaire, le 27 septembr^^ i88i.
Elle fut declaree pile legitime dans son a^te de
decks, a la mairie comme a Veglise, et M. Lau*-
rency-Rouy fit faire et distribuer le billet de
faire part que nous reproduisons :
CHAP. XXII. — SUITES D'UNE REPARATION AMIABLE. 491
■»i ■■ ».
M
Monsieur et Madame LAURENCY-ROUY, Monsieur et
Madame W. MOLL et leurs enfants, Monsieur et Madame
GODFKOI-PASTOK et leurs enfants, Monsieur et Ma-
dame Philippe MAYER et leurs enfants, Madame veuve
PRUD'HOMME, Monsieur et Madame Victor SIX, Mon-
sieur et Madame Prosper ROUY, Madame veuve ROUY-
NININ et ses enfants, Monsieur et Madame JOVIGNOT
et leurs enfants, Monsieur et Madame JUBERT et leurs
enfents, Madame veuve GUETTE-ROUY et sa fille, Mon-
sieur et MadSime Gustave ROUY et leurs- enfants,
Ont rhonneur de tous faire part de la perte douloureuse
qulls Tiennent de faire en la personne de
Mademoiselle Hersilie ROUY,
leur cousine et arri^re-cousine, dec^d^e a Orleans, le
27 septembre 1881, en son domicile, munie des sacre-
ments de r£glise.
Priez Dieu pour elle 1
• A.
i^ M^MOIRES 'B'UNE ALTEN^.
PIECES JUSTIFIGATIVES.
Aete de oalssance d'Henrlctte Chevalier.
Extrait des registres des baptemes de la Reptiblique de
Geneve, administres dans le temple de la Madeleine*
Le six mars mil sept cent quatre-vingt-deux, est nde Jeanne-
Henriette, filie de Louis Chevalier, natif, et de Suzanne Fleau,
mari^s, etc.
Copie legalisee, le 9 decemhre iS68, par le consul general
de France.
M. Chevalier.
Acte de dec^s d*HenrIe(te Chevalier.
Extrait du registre des actes de dices du 5^ arrondissement
de Paris,
« •
L'an mil huit cept trente, le six octobre, trots heures, acta d^
d6c^s de Henriette Chevalier, d^c^d^e le dit jour, deux heures
du matin, rue Fran(^aise, n^ 8, agde de quarante-huit ans, n^e a
Geneve (Suisse), epouse de Charles Rouy, Ag6 de soixante ans^
math^maticien.
^n marge :
•I
I
r '-■*■•
t
\
\
I
PifeCES JUSTIFICAT^VES. 493
Par jugement da tribunal civil de la Seine, en date du 29 oc-
tobre 1845, il a dt4 ordonn^ que Tacte ci-contre serait rectifi^,
en ce^ne la d^c^dee y est dite, a tort, spouse de Cliarles Rouy.
Acte de nalssoiiice d'Hersllie IIobt*
■ r
Esttralto dai t*egi8tri dello stato civile delle nascite per la
cind di Milano delV anno 1814, lib, iiii, fog. 307, n" SllSy
dipartimento d'Olona, distretta, cantone e comune di Milano^
il quindici aprile mjlfe oUocento quattordici.
Si S presentato a noi ufficiali dello stato civile Carlo Rouy
d^anni quaranta qiiatfro, astronomo, ahitante contrada Bas*
t&a)%o Porone ti« 1729, portando seco un infante di sesso femi-
nile nato jeri alle diie e mezza pomeridiane in delta caea a
cui furono itnposti li nomi di Camilla-Giuseppina'^rsilidi,
^11 suddetlo notificante ha pure dichiarato e8$ere di lui figlia
la" neonasa e di Maria- Enrichetta Chevallier, ahitante come
bdpra. II presente otto e stato steso e letto in presenza di Carlo
Gotti d*anni ventotlo, e Guiseppe Pizzamiglio d'anni quor-^
ranV otto impieg'ato in Milano ^ e che si sono con noi sottO'
scntti, Sotz.'Carlo Rouy^ Carlo GotU, Giuseppe Pizzamiglic*
firmatj T. Giulini,
MilanOf li 13 octobre 1815.
Per Vufficiale dello stato civile.
C. Giulini, CLERiCHETn, seg* coj^,
Li 13 ottobre 1815,
II Cesareo reg^ Prefetto del departemento d'Olona cerlifica
vera la firma sopra essere del sig^ conte Giulini, podesta de
Milano,
Pel Prefetto impedito,
II segret^ gen\
NoGU^LLS, ClGOGNARA.
28
/
494 MEMOiRES d'une a.ue&i£e.
Acte de nalssanee d'HeralUe Kany.
(Traduction officielLe.)
Extrait des registres de naissance de Vetat civil de la ville de
Milan, de Vannee i814, livre IV, folio 307, n« 2ii8^
departement d'Olona^ district, canton et commune de
Milan, le quinze avril mil huit cent quatone,
S'est pr^ent^ a nous, officier de T^tat civil, Charles Bouy,
astronome, &ge de quarante-quatre ans, habitant contrada Bas-
sano Porone, u9 1729, portant avec lui un enfuntdu seie.fSminin
n^ hier, a deux heures et demie apres midi, dans ladite maison,
auquel furent donnas les noms de Cai^ille-J^sephine-Her^
silie, Le susdit notifiant noas a aussi declare Stfe de lui la fiUe
nouvellement n^e et de Marie ChevaHer, habitant comme
dessus.
Le present acte a 6td fait et la en presence de Charles Gotli,
dge de vingt-huit ans, et de Joseph PizzamigliOy kg^ de qua-
rante-huit ans, employe, habitant a Milan, et qui ont s^n^ avec
nous.
Signe: Charles BouY, Charles GoTTi, Joseph PizzajuGuo et
G. GlDUMI. ^
Milan, le 13 octobre 1815.
Par Tofiicier de Tetat-ciTil.
(L. S.) Signe: C GiuUHi, podestat,
CLERiCHETn, secritaire-adjoioL,
Le 13 octobre 1815, le prefet da departement d'Olona certifie
que la signature ci-dessus est celle de M. le comte Giulini, po-
destat de Milan.
Poor le prefet absent,
Le secretaire general^
(L. S.) Signe: KoGU^LL^ ClGOGNARA.
Milan, 1« juin 1833.
L authenticity de la signature d*autre part de M. Cicognara,
PifiCES JUSTIFICA.TIVES.
^495
secretaire g^nSral de la prefecture departementale d'Olona, est
certiOee.
Le chambellan, conseiller intime de S. M. I. et R., gouver-
near de la Looibardie.
' (L.-S,) Sifif>i^; Hartt.
G' Glerici.
Suivent en fran^aisles legalisations :
l^Bu consul- de France a Milan;
' 2» Du ministere des affaires etrangeres de France *
Je soussigne, traducteur interprdte jure, certifie que la tra-
duction qui precede est veritable et conforme a Toriginal ecrit
en langue italienne, et que. j ai signe et paraphe ne varietur ;
que pleine et entiere foi doit etre ajoatee a ladite traduction,
tant en justice que hors.
Paris, ce 11 oclobre 18S3.
George French.
Vtt par le maire du S^arrondissement de Paris, pour legalisa-
tion de lar signature ci-dessus de M. George French, traducteur
interprets jure.
Paris, ce 11 octobre 1833.
BOULOY,
Adjoint,
II est & remarquer quecette traduction, faiteeni833,
d'aprfes Facte italien donne plus haul, dix-huit ans
s^pr^s Tautographe de Charles. Rouy conserve dans les
papierjs de M"° Hersilie, reproduit la singulifere erxeur
commide par celui-ci. Le nom d'Henriette est sup-
prime : Hersilie devient fille de Marie Chevalier, soeur
de sa mfere, habitant Geneve et mariee k un sieur
JBoiteux. De plus, Henriette Chevalier ne s'appelait pas
Marie, mais Jeanne-Henriette, ainsi qu'il appert de
*
496 . MEHoiRES d'une alii&n£e.
son acte de naissance^, donn^ page 492/ II est difficile
de croire que ce changement de prenom de la mfere
de M"« Rouy ne soil pas uu fait prem6dit6.
L'acte italien, d61ivr6 en 4815 k M. Rouy, a 6te r^ex-
pedi^ par lui de France en Italie pour 6tre rev^tu de
J^alisations compl^ipentaires. La Siignature du secre-
taire g^h^ral Noguelle, qui avait l^alise en 1815 ceile
du pr6fet d*01ona, e$t biffee et remplac^e par celle de
Cigognara. Pourquoi ?
Aete de bapt^me d'Hersllie Bony*
Paroisse Saint-Thomas de Milan, h S3 mars i867. Noma des
personnes nees et baptisdes dans cette paroisse^ depuis le
S janviar 1814 jusqu*au 28 decemhre 1834.
On lit ce qai suit a la page 11 :
Mil huit cent quatorze, le 14 avril.
Camille-Jos^phine-Hersilie, fiile de Charles Houy et de dame
Marie-Henriette Chevalier, ^poux legitimes, habitant cette dite
paroisse, n^ 1729, n^e le 14 da xnois courant, & deux heures et
demie du soir.
Elle a ^t^ baptis^e par moi, soussignd, dans cette paroisse ; le
compare a 4t^ le sieur Joseph Petragchi, ills de feu Pierre^ de
cette paroisse. .
En foi de quoi, sign^: Francois Gervasoni, -
Chanoine-cure.
En foi de Texpos^ ci-dessus de la paroisse Saint-Thomas de
Milan, le 23 mars 1867.
Le cur^ archiprStre,
Signe: C^sar Berthoglio.
.u 1. . • - J
\
/ ' - I
PifiCES JUStlFICATIVES. 407
P.-S. Le n'^ 1729 da domicile se trouve dans la rae Bassano
P6rone. '
Vu et e^registr^ in sia curia archiepiscopali Mediolani die
20 mm. 1867.
Sigrn^ ; C. Philippus.CiuiciiNO,
Cameraiia ord. Vicarius.
Va'aa consulat general de France, k Milan, pour legalisation
^ de )a signature de Charles-Philippe Carcano, vicaire g^n^ral de
rarcheySche de Milan, le 27 mars 1867'.
> . PoiUr le consul g^n^ral de France :
~ . Le chancelier^
SignS : Louis Dugessois. (922, article 63.)
Copid 0ttraduit sur Toriginal arrivant de Milan, le 15 avril
1867,
, Signe: Comte de PiBRAC.
Vu par nous, maire d'Orl^ans, poiir legalisation de la signa-
ture de M,.* le comte de Pibrac, ^pos^e ci-dessus.
Orleans, le 21 octobre 1867.
Signe : A. de Li&viN.
CONSERVATOIRE IMPERIAL DE MUSIQUE ET DE B^CLAMATION.
le certifie que M"' Hersilie Rouy, n^e a Milan, a ete re^ue ,
eUve titulaire.au Conservatoire de musique, dans la classe de
soirege de M"* Leroux, le 14 avril 1824.
EUe quitta recole au commencement de 1825, pour cause de
sante.
Le directeur du Conservatoire,
> • ' Signe: Auber.
Ce 31 mat 1870.
28.
' -1
I
498 MEMOIHBS d'u:(E ALlENtfi.
r
Aet«0 eoneernaDi T^l^ma^ae Roay*
^cfe de naUaance de Jean^Charles-TSlemaque Rowj, tie A
Milan leil tteptembre, i8d5, fils jde Charles Rouy et de
Henrietfe CnevALTER.
Acte de haptemey paroisf^e Saint- Thomas, a ^filan^de Jean-
Charles Tetemaquef fils de Charles J^ouy et de Henrielte
Chevalier, ^poux legitimes, j3an*ain Benco Petroman, fils de
feu Pierre. * '
Acie dfi dices de Charles Rouy, journalier, age de dix-huit
ans, fits de Charles Eouy et de Marie Chevalier, ne a Paris,
mart des suites d^une blessure a VBdtel^iHeu de Marseille^
le 2i octobre i833.
Ainsi T616maque, d^clar^ fils d'Hennette Chevali«
4 I'eglise corame i la mairiey se trouve k son d^cfes fils
de Marie. Le parrain, toujoure sods marraine, Petrctc-
chi pour Hersilie, Petroman pour T^l^maque, c'est
toujours Pierre, fils de feu Pierre, sans aulre.indica-
tion. fit pourtant, M. et M™e Rouy 6taient gilprs des
mieux pos6s dans la society de Milan, honores de la
protection parliculi^re du vice-roi d'ltalie, et bien k
lii^me, s'ils i*eussent voulu, de trouver des parrains et
.marraines sortables pour leurs enfants.
Acte de nalssance de Doroth6e Roay.
EoQtrait des actes de bapteme de la paroisse calhoUque de
Saint-Louis de Moscou,.., Avons baptise Dorot^iee-Zeanne-
Marie, nee le 8 (22) juillet, du legitime manage de Charles
^ouyt professeur d'astrpnomlef etc.,et de Henriette Chevfi-
WfiCES JUSTIFICATIVES. 409
mmi j0tm m * ■'!■■■ ■■>; ■■■■»■■■ ■ I ■■ ■! ■ ■■ i ip i i
/
9
lier, Parrain : M. J. 'A .-C. de Heym, conheiHerd'Etati recteur
deVAcaddmie deMo8Cou^eic\t\jc. Marraine:Sani!aeellence
JV"* la gSnemle Borothee de, Lapoukin,
* *
M. et M*"® Rouy arriveht k peine h Moscou, et leur
fiUe Doroth^e y trouve parrain et marraine dans une
haute posiiion sociale.
Kxtmlt d*iiii {ogement du tribunal de la Seine
dn f6 septembre 1846.
.... Le sieur Charles Rouy, proprUtaire, rue de ChalUot,
n* 99, et la demoiselle Dorothec-Jeanne-Marie Rouy, profes-
seur de piano, faubourg Saint-Denis, n® 407, soussign^s, ex-
posent
Le tribunal ordonne... !<> que I'aqte de bapt^me de la demoi-
s;elle Dor oMe- Jeanne -Marie Houy sera rectifie en ce quMl y est
N dit par erreur que Tenfant dont il s'agit est n^e du legitime
manage de Charles Rouy et de Henriette Chevalier, aucun ma-
riage n'ayant existe entre ledit Charles Rouy et ladite dame
Chevalier; 2» que Tacte de HenrieWe Chevalier sera aussi rec-
tifie, etc.
Cejugement, ainsi r^dig^, laiseesupposerque Charles
Rouy est c^libataire, conserve ]e nom de Rouy k Dord-
th^e-f Jeanne* Marie, qui se trouve alors'fiUe naturelle
reconnue, et ne fait pas mention d*Hersilie. G'est pour-
tant sur oe jugement, qui ne la conceme pas, puisqu'oUe
n'y est pas intervenue et qu'aucune pi^ce n'appuie/
qu'on s'est £ond^ k la Prefecture de police et aux minis*
t^res pour dire qa'un acte lui interdit le nom de Rouy.
1
\
500 9i£moires d'une ali£n6e.
Dresse }e 6 mars 1849^ devani M« A .-N. Mayre, notcare d
Parist,
MM. Chaudron et Roy d^clarent qa'il n*a pas ^t£ £ut d'is--
yeutaire aprds la mort de M. Charles Rouy, et qa*U a laiss^
pour seul et unique heritier M. Qaade-Daoiel Rooy, capitaiue
enretraite, etc.
Acte d« Tcaie.
Acie de vente, en mars 1858, d*iin imiwnMn sis a Gharoinie,
3U rtie de Fontarabie, par H. Qaude-Daiuel Rouy, seul herUi^
de Charles Rouy, ainsi que le oonstate im acte de notoriety da
l> nms 1^19, etc
ACTES SOUS SEIXG PRIVE.
XoQS croyoQS de\oir donner id la teneur des cznq
actes sous sein^ pri^e appori^ par M^ Rouy 4 Cha-
rMitoD, ei qu^elle en a &it sortir^ ainsi qu^ellele
chap. III. Elte a aduesse copie de ces ades an
d'Orieans^ et comme ils ea e&t dsspam, ainsi
acie de bapteme, eile ies a cenircTK an Minisbe
riateritrur et a la prefecture de po&e, dedaiaHt qn'
avail en en Buin k:s or ^ln^:ix et qn'elle etaft
d^en donner connaissanese anx aoLvites, sats prcmlre
V
PIECES JU8TIFICATIVES. 501
i<> Acto dtaientani la iBalssanee d'Herstlle*
JTe declare que la iille enregistr^e ce jourd'bui, 14 avril 1814,
sous les noms de Joaephine-Camille^HerHlie, comme ^tant ma
fijle legitime, n'est pas ma fille / qu'elle appartient au comte
J. P. Petrucci, aajtremenl dit PetitrPierre, fils d$ Pierre, en vers
leqael j*ai contraict^ de grandes obligations, de graves engage-
ments, et qui m'a demand^ de faire enregistrer'cette enfant
sous mon nom, poor loi donner nn 6tat civil et la cacher.
Fait a Milan, contrada Basskno Porone, le i4 awil 1814,
huit heurei du soir.
, . Charles ROUY.
t« Re^ de la petlUi Heralllek
Je declare avoir re(u ce jourd'hui, 22 septembre 1815, du
comte Joseph-Pierre Petrucci, une petite iiUe devant porter les
noms de Tenfant que j*ai' fait enregistrer comme mienne le
14 avril 4814^
Je m*engage a la remettre entre les mains du comte J. -P.
Petrooci, autrement dit Petit-Pierre, fils de Pierre, a sa de-
mande ou i celle de toute personne qui se pr^sentera munie
de ce papier et de la moiti^ d'un assignat de cinq livres dont
Tautre moiti4 est jointe aux actes reconnaissant Tenfant.
Fait a Milan le 22 septembre 1815, contrada Basaano Porone,
neuf heures du soir.
Charles HouY.
r
S« Aete declarant la mort d'HerslIle*
Nous, soossign^s, d^clarons que la petite H^rsilie, dite
VKtoile-d'Or, apr^s une lon^ue et douloureuse maladie qui Ta
4enue trois mois au lit, est morte ce soir, 22 mai, au chdteau de
Stoupine, pr^s Moscon; qu'apr^s Tavoir gard^e sur son lit de
mort quatre joars et quatre nuits ; qu'apres avoir essay^ de tous
\
I ■
502 ' .MEMOIHES 0*UNE ALI^NlilE.
-_ f.
les moyens qui ^taient en notre pouvoir pour la rappeler a la
vie, nous etant assures qu*'eUe n'existait plus, nbus I'avons
remise entre les mains de Pierre, fils de Pierre, qui nous Tavait
confide et qui Ta emportde en son lieu. ^
Stoupine, 22 mai IB....
Gh. Ro(JY, Hemriette Chevalier, Nathaly Ivan, dame de
BiBiKorr, Nicolas Alexandroff, Joli, medecin.
4« Re^v d'ane «nffmt «leY«M renplnoer DevvUie*
Je declare avoir regu de Pierre, fils de Pierre, Wler Pe-
tro witch; de Nathaly Ivan, dame de Bibikoff; de Nadejda Ivan,
sa SGBur, one petite fille devant prendre les noms et qualiti§s de
la ddfunte, sur la mort de laquelle nous nous engageons a
garder le plus prpfond sildnee.
Lesmemes papiers etla mdme moitie d'assignat devant seryir
de billet a ordre pour remettre Tenfttnt sosnomm^e an portear,
flans question ni reflexion.
Fait aa cfaftteau de Stoupine, prte Moscou, le 26 mai 18....
Charles BoUT.
So Aete des TuUeries.
Nous, soussign^s, ddclarons et constatons que la nomm^
Marie Chevalier, Suisse d*origine, vient de mettre au monde
un enfknt du sexe mascuUn ; qu^elle s*engage a nous le livtier,
vendre et abandonner, sans Jamais chercher a sayoir ce qu^il est
deveuu, ni le nom qu'il porte, ni le lieu ou 11 est vena an
monde; elle etant arriv^e audit lieu de son accoucheur. ent dans
une voiture hermetiquement fermee, aux stores haiss^, le soir,
la figure couverte d*un voile epats; devant s'en alter de mSme,
quitter Paris sans descendre de voitore dt sortir de France poor
habiter, jusqu'a nouveaux ordres, dans le lieu ou eUe sera
conduite par nous, pendant Fintervalle de six mois revolus.
Nous ddclarons remettre i Marie Chevalier la somme de
qu4tre cent mille francs, dont re^^u par eUe donn^; liii promet-
/ .
J>1ECES JUSTIFICATIVES.
503
taiit de veilier sur elle et de n'e la iaisser manquer de hen taiit
qu'elle tiendra strictement sa promesse et ses engagements.
Nous deelarons et reconnaissons que, la priidence Texigeant,
nous lui cachons le seie de son enfant et la disons mdre d'une
fille dont on lui donnera des nbuvelles ou dont on lui cAchera
Tesistence, selon le besoin.
Fkit au chateau des Tuileries, le 29 septembre 1820w
RevStn de quatre signatures, parmi lesquelles se trouve celle
du comte J. -P. Pctrucci.
Ges actes ^talent, en outre, rev6tus de T^toile qui
serVait souveat de signature k M"® Rouy.
*
Certlfloat
Donne j^ar le Reverend Pere^Pietn, pretre ilalien refugie, dU .
recteur des Soxirds-Muets d' Orleans*
Le 30 septembre dernier, sur Tinvitation de M. le Normant,
je me suis rendu chez lui pour ayoir un entretien aveo la mys-
t^rieuse demoiselle Hersilie, plac^e depuis quelques ann^es
dans la maison des alidn^s d'Orl^ans.
L^entretien fut presque de quatre heures ; par consequent j'eus
tout le temps n^cessaire de la questionner sur difTerents points
touchant son ^tat mental, et de me convaincre que cetti/demoi-
selle n'^tait pas folie, attendu que son raisonnement et ses r^-
. ponses ont ^t^ d'une clart^ et d'une precision teiles que pour mot
iln'y a pas de doute qu'elle ne soiten possession de toutes ses
facult^s mentales. Cependant je dois faire remarquer que quand
Tenlretien avait quelque rapport aux social 6s secretes, elle se
taisait et tranchait la question en disant qu'elle ne pouvait plus
N -^ ■» ; .
I
504 MEMOIRES D'UNE ALIIrlN^E.
pader; qae si elle parkit, plusieurs seraient compromis dans
leur existence.
Ne pouvant parler sar ces choses, elle laisse aiit autres le
soin de ,les deviner. C*est pour cela que je crois <iae cette de-
moiselle fait partie d*ane>soci^t6 secrete et peut-Stre politique,
et gue des int^rdts particuliers la font passer pour foUe.
Voila mon opinion. *
Signe : P6r6 Gr^goire Fieri. *
Orl^ns, 24 octobre 1868.
Endonnant ce certifical, le Pere Fieri avail demands
qu'on le tint secret, aGn de ne pas se compromettre
inutilement ; mais 11 avali aussi recommande de le, faire
citer comme t^mpin si M^*« Rouy arrivait ^a justipe,
parce qu'il pourrait donner des renseignements utiles
qui aideraient & d^couvrir le fond de cette myst^rieuse
affaire.
Le P§re Fieri ^tant mort le 5 d^cembre de la m6me
ann^e, rien ne s'oppose plus malheureusement a la
divulgation de ce certificate dont I'original est au dossier
et la signature 16galis6e par le maire d'Orleans.
Eztraits de la correspondance de H"° Hersilie Roay.
. — A M. le prspole responsf^le de Vasile
d'Oi-leans (1).
r la [foiiit d'etre enlev^e pour iU
ertie par une amie ^nergique t
Tine femme ^tail a
enrermfe; elle en fut a
( Partez, Tuyez ; ne perdez pas tin instant ; quittez la France.
le me charge de vos affaires; ne m'icrivei pag ; les lettres soril
dangereuses. Voici de I'argent, un passeport, des lettres pour
des amis. — Si on m'enli,-ve a voire place, je denianderai con-
fronlatioti, je produirai mes papiers, les »6tres, et on me
Uchera avec force excuses.
( Je vais m'installer cfaez vous pour vous donner le lemps de
<dlBparaitre.... b L'autre a disparu.
Qnand Vilrangi-re a demand^ a Sire confrontee avec la
AmiUe et les amis de I'absente, tes fimctionnairee publics o»l
(1) W* Houf a dit, ilea le premier Jnur da sa sSquestratiao, qu'elle
jBrnBiB pn ohtenlr. Elle a ecrit aux rainlstnss, aui pr^rets, A touts: 1gi
•nflritdB qu'elle 6toit mei^e a des camplicatlooa polltiqucs; qu'il lui
^sit ete enjoinl de foire connallre certaines pieces concBraont la-du-
'^liene de Berry et le doc de Bardeaui ; c'esi li-dessus, ausai liien que
•or sa reBsemblance r^elle ou suppose aveo lo duflhesse, qu'oa I'eat
bud pour dire qu'elle s'en croyait Qlla et pour la d^clgrer Mle.
Elle denumdait instaminent k itre traduite on justice pour rSviilcr cs
.qu'elle savait sur uue asEoi:istiQn pulssante qui prdpgruil un boule-
venemenl univfreel. Nous crayons devuli duiiner sur ces sujets quel-
qiUE pisa^ea d« it carrespoudan;:e, auxqucle les ^viSnements qui onl
■'va lieu dapuls donnont une effrnyBnle portfie. [\ote de rMitear.)
506 m£moires d*une alu^n^b.
hausse lea epaulesei Tont diiefolle; on a cohfisqudsespapierSf
son argent, etc. Ce n*est pas tout^ Gomrae on liii a fait de foitt
porter le nom de I'autre, elie s'est rattrap^e a ce nom. — c An
moins, a-t-elle dit, ne faites pas de mot une blitarde I ■ Bah ! on
Fa dite bdtarde, puis, etc., etc., jusqu'a ce que M. le docteur
Lepage ait acquis la preuve de Ugitimite, pravve qui est fausse^
car ces papiers sont faux,.,,
M. le docteior Lepage, qae j6 stiis ddsdl^ d'aif W poin^ ctf
j'ai pour lui les sentiments \9S ffhi^ profonds, s'^tonne me
dit que je connais les affaires d'Hersilie Bouy. — C*est bien en-
f endu, puisqtie je sim c^uurg^de ses affafartfif, ciuif i^r^ttut, me
regardent. \
n
31 Janvier 1863. — Pdmsiommat de l'asile d'Orl£ans.
A M">» le Normant des Varannes,
.... J'ai dit: c jT^tais chez M^* Ftoiiy, ctiarg^e ctesesatfaires.6n
devait Tenlever; je Tai sauv^e: on m'a enlev^e a sa place, ei on
m'a forcee d'etre elle.
En rentrant a Charenton f avais tous ies acies et papiers relaiifs
a M^^« Houy; la superieure s'en est empar^e; j'avais mes papiers
personnels ; ils sont sortis de Charenton.
Je ne veux pais qu'on souille un aifge; tldrsiifie dtait ntt
ange 1 Je veux qu'on sache bien que ce n'est pas elle qui a d^
trainee dans les asiles; je veax qu'on sache bien que cette
famille Bouy Ta jet^ & la douleur, lui a enlev6 ce qa'ette avut
gagn^ a la sueur de son front, I'a aTilie, perdue^ d^sfaonor^i
reni^e, entendez-yous bien, Madame? et q«Mi je Fiti sso?^
moi I en me sacriftant, et en apportaM k la fee^ M leiH k
preuve des crimes de cette famille.
Et vous venez me dire que f ai ctuelque chosd k ^XiiefifSM
si j'avais derri^re moi la honte ou Tinfamie, de quel front i^ff^
Jerais-je la justice a moi? Me CDnnaissez-vous, fes lufiii oa Is
I
EXTRA.1TS DE LA CO RRESPON DANCE DE M"" HOUY. 507
aatres? Avez-toua vu M"> Bou}? Ne poui^s-Je pas me fairs un
jeu de voire coilliance, accepter ce nom? Repondez: quel
inl^rSt ai-Je fi vous ecrire ce queje vous Scris? quel bien cela
peu(-il ine fairs? Quoi done I c'est i Hersilie que vous nfTrez tout,
et js refuse d'£trs cette Hersitie que loas aiitiez ssns la con-
16 bien I 4coutei tnoi encore, Madame ; je clenonce la famille
ItoDj a la jasiice; je declare que Marie Chevalier a vendu son
aa moment de raccouchement vrai ou faux de la duchesse de
Berrj, et que j'ai en les pieces eh mains.
Et T0<^ 4aule;i que ce soil Hersilie qili deaonce son pere, que
de soit elle tfui dSnonce ce frere iiidigne qui I'a fait enlever?
Joli et cfiarmant rdle que vous donneriez a jouer a un ange de
d£iDument el d'amaur filial I.... Si vous avez peur de voir unt
hfirolne, line viclime, ne revenez pas; j'e ne suis pas femme a
reculer devaiit ma parole, el comme je ne veui pas non plus
jouer TJs-a-vis d'une femme d'esprit le role d'una pauwe men-
diante, Je me fais un devoir de me montrer a vous telle que je
ur ce, je m'arr^te, Madame, fous laissant parfaitement libre
me jugerd'apr^a c^ette lettre qui, je le crais, est assez longue
«t assex explicite.
Voire bien aCfeclueuse et tristement d£vau£e.
loftt lB6ti. -r- Obseriiaiions sur sa letlre A I'lmperatriee du
S7 mai IS63. (Voir chap, k.)
.. J'ai souvent dit : i J'ai I'lt et Iti dea papiers, antes slgn^s de
^ tre l^moins; des leltres attestant que Marie Chevalier est
I«CCOiioh4e aui Tuileries d'un enfant mdle, au moment oi un
prince ro;al a M saint par fe canon el ■ ref n le nam de Btnri-
Diettdonite
508 MEMOIHES D'UNC ALIENEE.
Le garpon est rest^ Une fille est soilie, a ^t^ porteeen
Hussie et a ^t^ remise entre les mains du. grand maltre dela
police,
Voila ce que j*ai vu et lu. J*ai vu aussi la fille qui a ^i& con-
duite a Saint-Petesbourg ; elle ressemblait beaucoup a la da-
chesse de Berry, mais en mieux; elle avail la mSme pdleur^les
mdmes cheveux blonds. C'est a elle qu'appartient la meche de
eheveux blonds enferm^e sous Venveloppe ci'joitUey portantles
mots: il Marie!
J'avais port4 le tout a Charenton (1).
Je fais observer que je ne fais que raconter ce que j'ai vu et
lUj sans donner sur aucun point mon avis personnel. II est Evi-
dent que Marie (2), qui dit a Valparaiso devoir son aisancea
une fille de don Pedro /•>r, a jou^ un role quelcomque, non pas
au Br^sil, mais en France Je dis seulement : c Tout celaest
une chose organisee pour produire une fille mysterieuse sur
laquelle se trouvent r^unies des circonstances telles que rien
n'en peut faire trouver le fil. «
Ainsi done, on ajoute une fille de don Pedro a celle de la du-
chesse de Berry : on parle d' une jumelle de dona Maria Mais
les dates de 1814 et 1815 ne concordent pas avec les dates de
ces deux naissances royales . Comment se fait-il done que Tas-
tronome Charles Rouy, qui a reconnu un garQon et une fiUe a
ces ^poques, se trouve mSl^ dans ces afifaires? Par Henriette,
sa femme, sceur de Marie (3). Ou est celui qui a ^t^ rinterm^-
(1) L*enveloppe et la m^che de cheveux lul ont 4t6 rendues et elle
les a soigneusement conserv^es.
(2) C*est cette Marie Chevalier que Georges Freuch donne pour mere
k Hersilie dans sa traduction infid^le, et qu*on retrouve passant pour sa
femme a Valparaiso. — D*aprds d^pdche du Ministra des affaires ^tran-
g^res, elle existait en 1868 ; cette d^pdche disait que Marie Gbevalier
avait quitt^ Valparaiso pour se rendre en Galifornie.
(3) Cette Marie n*a jamais quitt^ Geneve, y est n^e, s*y est mari^ i
un M. Boiteux, ^euf et pere d*un file, y est morte en 1839. A quelques
ann^es de 1&, MM. Boiteux pi^re et fits se sont suicides, Tun en Ali*-
magne, Tautre en Suisse, k t/ois ans Tun de Tautre.
diaire, I'auteur de laut cela, sur lequel cela a roa\6 en Ilalie,
en Fraaoe, en Suisse, en Ru^sie et jusqu'en Amerique? celui
qui a podi 1 enrint en Russie? eelui auqitel I'asLroname a
donnfi MM j<.(u dUersiiie Lommelui appartenaut?
Quant a rmi, je le rSpele, je ii'ai ficril la leltre ci-jointe que
pour altirer ralleiiUon sur i:e point el sur ce qui est etrange
a.uk)ur de moi.
23 septerabre 186H. - A M"' le Nm-mant des Varannes.
Ne voyez-vous pas que les chases sont organisdes par un
maltre qui a su prdvoir tout, qui a lellenient compliqu^ les
tours et les detours, que plus on s'avanee dans ce laliyrinthe
ineilrieable, plus on s'y perd? Rappelei-vous que je vous ai
pr^venue que lous ces acles n'^taient que le prelude, )e pro-
logue....
14 oclobre ItJtiB. — A M"' /
Voici quinie ans, chere Madame, que je fais cornme Cas-
aandre Souvent je me dis que j'essaie une lulte impossilile!
Mais lliarreur de voir un immense S3 se renouveler, de voir
. metlre le feu aui maiiies, aui ssiles, aui £g1ises ; de voir pen-
dre des prStres, des mSdecins, de voir des religieuses
livrSes a lou» les outrages me poussent toujours a crier:
I De grSce, occupez-voua de moil (aites-moi du bieni justifiei-
moi, au nom de votre propr^salut t ■
Puisje retonibe au^antie,brisSe,'en vojint le mfipris ri-
poadre a mes cris, et je reste p^trifl^e en voyant Visuvre de
5j0 ii6Mpii^E3 R'lJJfp ^MiSn^.
Pierre s'^vancer k grands pas ; le$ libffS pen^eurs, les gari-
baJ4ie}:is^ les ath^es s'^lev^r^ et r£gl|se, sap^ p^ tous les bouts
possibles, ne r^sister que par r^jfaa^pne, q[i^^ par }q ^uxe, que
par une lutte 44!^esp4r^e qui 8*arr^tera toiit ppi^ devant..... la
pierre de VAppcp^lypse^ deyant la puissance 4e }a plus effroy^ble
de toutes les terreurs..... ^t lorsqi^eje yQ^^ vols tofis di§-
tourner les yeux de ce point pour regarder du cdtf^ (fes qctes qui
doivent Stre le point de depart pour incendierles mairies et les
^glises; lorsque je vous vois me conseiller de me taire, de ne
pas dire des mots que je ne puis expliquer, parce qu*on pourrait
continucr a me s^questrer pour des mots, }e ne puis m'emp^her
de fr^mir en pensant k la terrible vendetta qui tient le glaive
lev6.
^
(1)
(1) Gette dtoile a servi souvefit de signature k W^» Rouy, surtout I
la S^lpdtri^re et au bas des lettres oii elie r^y^lait une partie de oe
qui lui avait 6t6 dit touchant les projets du bouleversement social de
la mybt^rieuse association dont le comte Petrucci 6tait ie chef.
En octobre 1870, on releva, principalement en Normandie, sur des
murs, des barrieres, apr^s le passage de colporteurs Strangers, les huit
signes suivants que les journaux reproduisirent'et qu*on prit g^n^rale-
ment pour des signes de reconnaissance prussiens.
^<X7AJJJJ
LeiAT vue causa k M^t Rouy une Amotion profonde; T^toile ^tait,
dit-elle, une sfgnature annongant que le chef de I'association 6tait en
Franoe et qu'une ann^e ne s^^coulerait pas avant que roeuvre de des-
truotioQ qe fAt oommeno^e. On saifc oe qui a suivi.
SI oelobrn iB68. - A M. el M"« le dormant de* 7iii'anJies.
Vous jD'vftz accug^e ij'avair cherch^ h Jeter dans le
doule, djD9 rerreur, 4aiu un d^dale ineilricalile. Je le sais I et
C'eat U ce i^ue j'^i dCi fairel t Qusje sois en peraonne Ilerailie
Bouy, lite je $ais son ombre, peu imporle, mes boiis amisi peu
impartent man nop, mon identity. C'e£t moi, moi, I'etre
fal^lement cboisi pour marcher dans cetlQ voie lugubre qui con-
siste a mellre sous les yem de tous un aaserablage da crimes
inpuU, mexflicahtes. Et pour ce faire, Tordre de ma cruella
dcstin^e est qu'an n^ sacbe pas lyiii je euis, d'l'i je viens I J'ai,
VOus le ^vfe^, demand^ une confrontation, otfert mes papiers
4^8 les premiers Jaurs ; raais je Mvais que ceU ne serait utile
qu'3 £pj)Usir les tsnebres qui m'entourent. Et voyei-le par vous-
iD^lfie : plus voua avez do papiarx, plus let faux «'accumuleiit.
D'avtrei, dant le mime genre, mais appartenant, non a una
tkmilla frapGaUe, mais i dcs facnillea itfung'Tes, et pouvant, par
coni'^quenl, me placfv sous une aulva puissance, ea:isleiit
commfl ceui que vous atex entce les mains, <t Pierre y est
Pwtre!
Vous devez comprendre que je ne puis ^chapper d'aUDuD
c0t£i et que si j'en appellc a la France, c'eslqae mob ciEiirest
celle fois d'accord avec mes destinies.
Ouanl a la confrontation sur laquelle compte tant M. le Nnr-
mant, je ne puis vans dire que ce que je tous ai dit si souTenl ;
( Malgr^ les preuves de ma bonne foi, de ma vifacite.... c'est a
la merci, i |a diBorelion de ceui qui ont fail faux sur faii.r
qu'on me livre. b C'esl horrible I Et ccla aprSs ce qui m'est
wrivia Mareville, etc.
Le rertilicat du docteur Payen est une nouvelle preuve de ma
connaissance dos chases, de ma triste eipirience de tout ce que
je TOUS ai dit I Get homroes sacrifient impitoyablement ceux
512 m6moires d'une ali6n6e.
qui les gSnent. Geux qui ont eu des torts envers moi m'ont
cachee de leur mieuz. J'ai ^t^ poor eax tous un objet d*effroi,
d'insommie, et tous ont agl comme le fait le docteor Payen!
C'est ^pouvantablel.... A quelle occasion me dit-il calme? line
rrra jamais vue autre qu*il ne ine yoit, ne m'a jamais parl6, ni
plus ni moins. Je suis, gr&ce a vous, plus heureuse que jamais;
ccla pourtant ne m'emp^che pas d'dcrire, au contraire, car
mon coBur vole vers vous ! Cela — heureusement I — ne m'em-
pnche pas de m'animer, de parlor avec feu, d'etre ^nerv^e...'. ce
(['li rend le certificat d'autant plus mensonger, que mes Merits
pi ennent de la valeur, et troublent et mettent en mouvement
toutes les autorit&i ! Voila le moment que cet homme choisit
pour me dire non dangereuse! Sans cela, j'^tais engloutie a
jamais. — Cest sur cela, c'est sur tout ce qui s'est groups aa-
tour de moi, qui que je sois, qu'il faut attacher les yens, car
c'est \k le danger, car c'est la la question publique, Mon indi-
viduality n'est rien en comparaison ; ce n'est que la consequence
liaturelle d'une organisation t^n^breuse qui veut impresstormer
et imposer une femme myst^rieuse.... Ne voyez que le but qu'il
me faut atteindre; oubliez le'nom, Tidentit^, pour ne voir que
la femme et Tamie. Faites lire ceci a M. Tabouret, et dites-lui
qu'il faut que je parle a M0|^ Dupanloup lui-m^me. Faites lire
aussi a MM. VilneaU, de Pibrac, a tous.... H^las I pourquoi suis-
je moil J'aurais v^cu si beureuse si j'avais ^t^ comme tout
le monde !
VII
4 mai 1871. — Extrait de la deposition adressee au prefet de
police (confix k M. le Normant des Yaranues).
U me dit, (aotit 1854), que le testament de Pierre avait huit
ex^cuteurs testamentaires formant une soci^t^ formidable et
occulte, dont le but dtait un houleversement universel, les
moyens d'autant plus siirs qu'ils ^talent inattendus et les agents
les uns jiiii autresi que ceux qui ^tai
par celte terrible assnciation ne pouvaient eviter leur sort,
£tant dss ilres sans aucuu appui, des enfanls eleves par diFT^-
I'entes families dans lea mSmes condi lions que nous (1); ayant
Hi soumis k de cruelles Spreuves et devant venir a un moment
. donni soulever des riclamations da noms, d'idenlile, d'in-
t^rdls, amenant j leur suite des questions gin^les d'^galit^, de
droit, de justice et de croyance ; attaquant les institutions
civiles et religieuses; plapant a la t€le de ce mouvement priimd-
dit^ un de ces (itres sans nom, sans Age, sans pays, devant as-
sumer sur lui tout ce qui a H6 rSvi et pr^dil de plus teiriHant;
un £tre osant tout, pla^ant sur son franl le mat mystere ; pre-
nant" en main le pouvoir, marchaiit, au nom de taut ce qu'll y a
de plus saint, au renversemenl de tout ordre ^iahli.
N'ayant pas d'etat civil, les registres devenus inuliles pour
tous seront an^aulis. De la tout s'enchalnera : chacun n'Stant
plus que lui-m^me ne sera ^lev^ que par son propre m^rite.
Le testament de Pierre alors sera ouvert, et son immense
succession parlag^e entre ses h^ritiers. Pour atteindre ce but,
perstilieuse que des crimes commis sur les marclies du troue,
comme dans les bougee lea plus infects. On remuera la cendre
dua Tiioris. La liberty de la femme sera proclam^e, et les enfanls
hors la loi, dits enfanls de Dieu, etc., etc II ajouta : II Taut
vaincre ou mourir. II me communiqua quatre signes de rallie-
- meht devant allesler la presence des ei^cuteurs lestamentaires
el de leurs agents. Ces signes sont :
L'dtoile,
qui signiGe
Myatrre.
La hache,
/iw(ice,
SeUntcUon.
Le poignard, 6p6e ^^
•^ Vendetta. ' ^^
(1) Tell que U prlacHRs Sldphuiie de Bourbon-Cantl, C(&UAdat3,«!
J
514 M]^Q)iii;s n'vm A^iAttit^.
II mt dit aussi que les choses dev^ent marches vite et
si^ement, parce que chaque ann^e, de ^ou9 le$ coins du
monde^ les agents de la sQci^t^ dont U m'avait parl^ ^e r^unis-
saieat a ^poque fi^e; qu'en 1870 r£mpereuF iie regneraU plus et
qu'un grand boulevergement aurait lieu ;
Qu'en 1874 on se r^unirait*.., qu'un nouveau boulev«rsement|
'beauc(nifi pliM grave encore^ ^urait lieu -^ inais dana un autre
sens -^ par droit divln;
Que je devai9 avertir, alora mdme qu'on ne r^pon4n|il 4me«
avertissements que par la moqueria et le in^pri» ;
Mais qu'une fois que j'aurais bien dit ces choseii i un chef
responsable, que j'aurais pris dea t^moins de C9 fait, je
n*aurais plus a m'en occuper ni m'en inqui^ter, parce que mon
devoir ne m*obligeait pas i taire entendre les sourdsi surtout
ceux qui ne veulent pas entendre.
Remis a M. le receveur des hospices, qui a ^tudid les acteSyles
a confront^s et rapproch^s, qui salt que tout oe que j'ai dit et
d6clar4 est et a toujours M vrai*
HersiUe RoQif*
vm
11 d6cembre i872. — R4p<mse aux questions posies par M. le
vicomte d^Aboville, diputi du Loiret (1).
Avant mon enlevement, vers la mi-aout. un inconnu est venu
m'avertir qu*on allait me faire passer pour foUe, me changer de
nom, me dire morte, me d^pouiller de fagon k rendre mon
retour dans le monde impossible, fouiller et s'emparer de ma
correspondance, parce qu'on me croyait en possession de sctprets
(1) M. d'Aboville ne t'oocupait encore de W^* Rouy que oomme d^
putd et ne fut nomin6 que deux ans plus tard rapporteur 4e aa p^r
et de papiers concernant monparrftin, Pierre, ftis de Pierre, qui
flait le chef d'niie gociitj secrMa rormidable dant les ramiltca-
tioas s'dtendaienl sur lous les potnls du globe ; que celte soci^l^
voulail un bo ul eve re em en t gfinfiral auquel on procWerait par
tous les moyens possibJes, ne reculant nl devant le meurtre m
devant I'incendie; que le but de tout niveler serait alteint par
la desriructiun de toua les papiers civils et Bninciers,afin que
chacun ne ffil consid^r^ que aelon son m^rile personnel, et non
aelon m naisaance ou sa fortune (\).
Qua la chute de ('empire, fll^e pour I'ann^e 1870, Spoque k
laquelle les chefs de celte soci^tfi devajent se reunir 4 Paris,
serait le signal du coBimeneement de ce pauvoir qui ne se ca-
che rait plus ;
Que d£j>, depuls de longui^s ann^es, les choses dtaient pre-
mMildes el arrangSes de fafan a prouver que lea registres de
r£lat n'etaient que dcs registres inutiles, od on iiiisait imcrire
ca qu'on voulalt et non c« qui^tait; que J'en ^taisune preuve et
que e'^lait pour cela qu'on allail ma changer de noin et me fairs
disparalire, sans prendre d'autre peine que de dooner nns autre
personnalit^ que la mienne aux administraLiont publiques ;
Que, du resle, on arait d^ji fait ainai pour mes deui tr^res,
Ulysse et T^l^maqus, que nous croyons morts ... qu'on les avait
AloigntB, ainsi que d'autres peraonnes, parce qu'on craiguait de
lanr part del indiBcr^tions (Voir chap. |[.)
Ujoignit i ces explications des actes sous seing privd, dont il
mareeommanda de prendre copie lis etalent fails de fa$ona
fkire planar des doutes sur mon identity.
(t) Cotte sociey qui, selon M'l' Bouy, reraonterjiit lu XVI- siMe, il
Is mart du cardinal Petruccl. parctt s'^tre, comme otic le dit. r^palidua
en Franco. Sous lo Coniulat, un cerlaia Pinre Petracchl, (ast-ce son
psrraia !), as dlaant fll» da Pierre, et d'orlgme russe ou pulanaise, fiCant .
Tanu a Orl6uns, Fiit i^oniid^rd Duame luipsat et eipulii.
DsD* le numfiro du Ooulaii du i ngveiiibra \i»i, donnant Targani-
laUon de* niliillstai en France, il est dit qua le cbeF du comiig de Pans
eM un nomm^ KrulfolT, dapetrushi: ae pssudouyniaeBtsuivid'un point
516 M^MOIRES D*UNE ALIENEE.
U me recommanda de r^clamer mon actede baptSme, ainsi
que celui de mon frere T^l^maque, afin qu*on put s'assurer de
Texistence de ce Pierre, .dont le nom, comma celui de Marie,
auquel il se trouve presque toujours joint, est un mot de ral-
lieroent.
Je ne puis entrer ici dans d'autres explications au sujet de
cette soci^t^ dpnt Pierre est le chef. Tout ce que je puis dire,
c'est qu'enlev^e sous pr^texte de tables toumantes, je suis
rriv^e a Charenton avec toutesles pieces qu'on m*avait engag^e
a y porter
Je n'ai pu parler de rien a Charenton, ni au docteur Tr^lat,
m^decin en chef de la Salpdtridre, qui ne m'a pas interrog^
une seule fois. Mais ayant ^t^ pass4e aux Grandes-Loges, le
docteur M^tivie trou^a ce que je lui dis fort grave (Voir les
details, chap, yii et viii.)
Je iis remarqiier au docteur qu'^tant n^e en Italie, a Milan,
en 1814, qu*6tant en Russie en 1820, je ne pouvais mat^rielle-
ment pas dtre nee aux Tuileries en septembre 1820 ; alors on dit
que je devais dtre la soBurd'Henri V par notre mere. .
Ce qui surtout donne de la gravity k tout cet imbroglio d*actes,
qui, lorsqu'on les ^tudie, paraissent faits pour dtre tous inva-
lid^s, c'est que Henriette Chevalier ne s'appelle pas Marie-Hen-
riette, mais bien Jeanne- Henriette ; que cependant on affecte, en
ce qui me concerne, d^appuyer sur le nom de Marie,,., que
d'autre part, sur un acte mortuaire fait a propos d'un jeone
homme mort assassine a Marseille et qu*on a dit mon fr^re, le
nom de Marie Chevalier se retrouve comme ^tant sa m^re, au
lieu de celui de Henriette, et qu*enfin ce pauvre T^l^maque est
a Valparaiso avec une Marie Chevalier qui passe pour sa m^re,
et qu'elle parle d*une iille disparue qu'elle aurait eue de Tem*
pereur Don Pedro 1*', ce qui fait que le nom de Pierre se trouve
encore et toujours joint a celui de Marie
II n'est done ici question ni de l^gitimit^, ni de b&tardise, ni
d'adult^re.... Mon fr^re explique le nom de Chevalier comme il
pent, parce qu'il pense qu'il est accuse de Tavoir foit inscrire.
Nf^s i) ne Ta jamais attaqu^ judiciairementi soil que cetalui
aoit impassible, soil qu'il n'ail Bucun inl^rtt i ]e faire. C'esC a
ma pef Sonne qu'on en veut ; c'est moi qu'ou veut au^antir. que
je me nonime de n'imporle quel noin. Pourvu qu'on ne con-
naisse pas mon eiistence, il est indifTerenl que j'aie le nom de
Rouy. — Mais Hersilie RouyM... n'est-ce pas La fiUeulB iIb
Pieire v....
■ 0 Janvier 1875. - A Jf. d'Ahoville
Permetter-moi avant tout, Monsiear, de vous souhuiter une
boime ann^e et de vous remercier de lout ce que vaus avez Tail
pour moi depuis que nous avons le bonheur et rhonneur de
vous connaitre. Vous fX&s tenement surcharge que je ne veux pas
abuser de vos instants et que je viens r^pondre le plus briSve-
ment possible a ia question que vous poset i M. le Normanl.
Non, il n'a pas mt let piitcea originales des acles sous aeing
prisi ; elles ont Hi emportJes de Charenlon, le 22 sep-
lembre iSbi, p^r I'individu qui s'7 est pr^sent^ sous le nam de
docleur Chevalier, individu qui pourrait bien €tre Charles
Johnson, si touterois Johnson (ills de Jean) n'esl pas un pseudo-
nyme comme Petrowilch, Pelracchi, Petromanii, Petrucii. (Ills
de Pierre). Vous devez comprendre que je ne prends pas la
responsabilil^ de ces actes; je ne puis que dii'e que I'^crilure
m'a bien paru dire celle de mon pere ; mais JI faul Taire la part
de ringrSdient avec lequcl on #crit, de la plume, du papier, da
I'ige, qui naturellemenl apportent des modifica lions. Un enpert
■eul aurait pu decider. Le docteur Chevalier.... m'a Tori bien
eipliqu* que ces pieces ne signilieraienl rien lant qu'on ne pro-
teslerait pas en les produisant pour ou conire moi ; que, bien
entendu, ce n'itait pas moi ^ ro'en servir qu'on s'^Uil
urangi pour iroubler ma Tiliation et mon identJIS.-.. qu'elleg
It a I'appui des crimes qu'ou Bllait commettri st proo-
518 M^MOIRES D'UNE ALI^NJ^E.
vaient que depuls de longues anodes on avait pr^m^dit^ de
m*an^antir. II m'a dit d'attiret* Pattention itil* ces actes, dont la
copie suffit, parce qu*ils sont appuy^s par des pieces autheo-
tiques....
Quand il a su par moi et la r^ponse do M. Calmefl et la
soustraction de mes papien, il m'a repris ce i|ttl aimit pa auUh
riser k me changer de nom et a me dire de parents ineonUds.
n m*a recommand^ de conserver mon nom civil et ma posses-
sion d'etat tant qu'un jugement ne me les aorait pas dt^s. H m*a
assure (et nous en avons la preuve), qu'on ne m'attaquerait pas
judiciairementy mais qu'on m'an^antirait clandestinement par
des versions telles que celles dont il me donnait connais-
sance....
.... Mon p^re ^tait mort lorsqu'on m'a parl^ la premiere fois,
en 1849, de ces pi^cet, et j« n'ni v^ \e$ »ate9 qu'^lorn qi^ je
ne pouvais plus ^viter la oatiistpoph^,
Entendons-nous done bien : cm papiers ^(istimt «l sont hors
d'atteinte ; ils peuvent ^re rdpandos, et je $uit fort ai&« d'en
avoir eu connaissance et d dtre pr^venue coatre V^S^i qa*ils
peuvent produire. Quelle valeur 0DtTil$» si Ton ne poursuit pas?
Aucune, jiidiciairement ; maia ils ont une valour ^norme comme
tradition, comme Ugende, et qui salt le parti qui peut en ^tr#
tir6?
II va sans dire qu'on ne fait pas de telles chosen sans un Iwt.
Cost done une dpSe da Damocl^; ou est^fUs siispsndue? Disa
seul le salt I
Et maintenant, Monsieur, je tiens a vous dire qne, quoique
votre rapport ne soil pas encore fiiit, je n'en ai pus moins foi et
confiance en vous.
On ne peut marcher contra sa destinee. Si vous ne pouvei
pas, oela explique pourquoi le pauvre M. Tailhand Q'a pas pu.
C'est que Vheure de Die\n n'est pas encore eonnee. An pre*
mier coup, tout changers. J*esp^re done contre tout espoir^ car
je suis bien malade.
Ilepeve^, e^c,
i Ik curiiElSPONUancl
19 novembre 1875. -^ A M. la Normaut dei Varaniies.
Aiissi j'en reviens toujaurs h veus rappeler notre conven-
tion, qui a 6ti de metlre sous pli et d'altendre, sana en parler,
la fin de I'affaire legale ; i:ela viendra lout aeul au motnetil le plus
inattendu. Je vous ai dit mille fois, je prouve lout ce que
favaiiL'e ; vous en r^unissez \es preuves vous-m^me. Une boqne
fbis pour [outes, aujaurd'hui comme eti 1RS8 it), nnelte;i cela
dans ta aalle d'attenle, car je ne dirai plus un mat. Je proiiveriti.
Est-ce Clair ;
OuTrel les ^eax, elfermez I'enveloppe.
C'est aui aulrfs k cherchsr k present.
Nous trouoons cette note dans les papiers de '
Jlfi' Rouy :
3e ne puis ici relever toutes les phraees affectueuses
qui m'ont el6 ardess^es par ma belle-sceur Desir^e
(M"" C.-D. Rouy), Ses leltres t^moignenl de nos sen-
timents d'eslime et de fraternelle affection. — Cela
sufGt pour fiiire tombfr I'accusatiou d'ingratttitde, car
j'ai toujours fait inon possible pour rendie sentiment
pour sentiment, service pour service.
520 . mjImoires dune au^nj^e.
Fragment d'une leitre de mon pfere qu'il m'6crivait
en 4834, lorsque j'6tais k Londres, institutrice chez
lady Dillon (4 novembre).
Continue done, ma ch^re enfant, en faisant rinstruction
des autres, k faire aussi la tienne : ce que je vols avec le plus
grand plaisir et qui me fait esp^rer que Dieu ne laissera pas
sans recompense ton d^voument et ta sublime resignation.
Fragment d'une lettre de M™« D^sir^e Rouy au su-
jet d'une place qu'on m'offrait en Russie.
Quant a ce que tu me dis pour la Russie, je pense
comme toi que la presence est trop n^cessaire a notre vieux
pere pour que tu le quittes a pr^si^nt Applique-toi acultiver
Tamitie de M. de Saint-L^ger et de ceux qui f aiment sincere-
ment et attache moins d'importance a la mechancete perfide
de Tu lui as toujours trop montr^ qu'elle pouvait impune-
ment t'affliger; mais si vous restez ensemble, pour Dieu! nete
laisse done plus meiler et agiter par elle 1
Ta veritable et sincere sceur et amie,
F°»e D. Rouy.
Limoges, 4 septembre 1843.
posT-gcRiprnw.
POST-SCRIPTUM.
Aa moment de terminer I'impression de cet ouvrage,
nous apprenons J'^chec d^flnitif de M. Manier devant le
Conseil general, au sujet dea d^penses f^ites par le diparte-
ment de la Seine pour Mils Rouy.
■ Cet fichec est la confirmation eclatante de cc que les Jf^-
moireB de M"b Rouyet sa d oulou reuse odyss^e ont Euffisam-
meril d^nionlre a qui les lira sans parti piis ; c'est que
toutc rMamatioii, quelqaejuste qu'elle soil, sera toi^ours
^touff^e d^s qu'elle concerne une personne qui a pass£ par
les asiles, tant la compagnie ali^oiste est puissante et
prompte k ^carter tout ce qui, de pr^s ou de loin, pouiTait
conduire k I'examen de ses actea.
s'agissait nullement, dans la queslion posee aa Con-
seil g^D^rai, de savuii' si la sequestration de,M"° Rouy
ayait ite ^Sgulii^^e ou irrdguli&re, legitime ou arbili-aire,
mais bien si ses auteurs devaient fitre recherches pour
avoir, par une Tausse declaration d'lndigence, laissd dilapider
r de la sSqaeBtree et mis sa pension i. la chai-ge du
departemenl.
Le comite tionsultatif, appeie i douner son avis anr le
point de savoir si, pniaqu'on apportait lea preuves ecrites de
la facon dont ils avaient operi^ la sequestration et declare
W' Rouy aans ressources et sans fomille, MM. Pelletan
et Rony devaient etre actiunnea par le d^partement eu
verlu de I'article 1383 du Code civil, qui dJt: Chacuti est
reapomable da dommage qit'il a, cmtte, nwi teulemettt jmr
d
k
§2S m£moir£8 d'une ali£n£e.
son fait, mais par aa nSgligence ou son imprudence; le
comity consultatif, rel^uant aux considerations accessoires
la question de finances et de responsabilit^ qui lui ^tait
seule soumise> se r^pandit en considerations aussi erron^es
qu'etrangSres k cette fpestifU^t ^PUf pi^^ver que MU« Roay
etait foUe et que sa sequestration etait r^guliere, niant
rimportance ou la valeur des preuves les mieux etablies.
f Aff^pdfj, dit-il, qu'p» pp q^j tOHPb^ ^ l» pfl|teft4ae
sequestration arbjtraire, la ffp^^ (de )f • Mw$r) Se \iom i
sigpi^aier rppinion du Hwstr^ 4« I'^t^ri^HT? ^ i^i P#
du directeur de radministratioff departQi|^e)^t||l<) ^t QpinfQ^':
na)e en 1878, ^uiv^nt lesquelle^ ^il^t^r|fl^fnp^t d« i9^
aurait ete arbitraire, sans 4'ftiU(iurs ^ppuyer c^te opinio^
personnelle d'aucunp pfeuve, ^*aVfC%wi dQcm(i(wn^\\)} ^PH
qi^'^ p^tte date les p«rtiflcata des m^dPW \^ piR* ffe?
ting^ues, les plus bpnprs^blQg, le§ mows s^sp^cfs, vemnt «|9
contr61er Tun Tautre, etablis§en( 4 ni^nt^ repri9P9} et
chaque foi^ qu'il s^g^itde transferer T^dienee 4^i}g un nouyel
etablissement, I'etat patholq^ique de (f^ l^^e et la nece^
site, tant ppnr elle-meme qup ponr les autres, de la te^
enfermee.
c Vu tons les rapports, tpute^ lee pi^cefi ; yu la noU ^
If. Jean Rouy^ etc* »
M* le rapporteur ^'attache uniqnement i jusfti^er le ip^
decin qui a donne le premier certiflc^t d'^rpu, ^t »rriy^ i
cette conclusion assurement inattendue :
c Si Tadministration a ete induite en erreur aur \^ situa-
tion de la demoiselle Chevalier lipuy en la lu| presentant
(1) Cette opinion personnelle dtait bas^e sur les conscienoieuses en-
qudtes de M. le president Tailhand, de M. le yieomte 4*Abo«illei el
sur celles de MM. les Mimstres de rioteriettp de IM| •( tWI. Cim
cbapitr^ WV, p. m j ^^m, «3^, ?Hi p. *^7 k 47(J.
cofntpe indjgenle, ce luit ne peul aire impute au docleur
Pallet^Hi pas plus qu'AM- Ilouy.
t Le sieui' Pellelan el \e eie»v Rouy n'avaient aucune
quality pour prendre itue decision de cette nature (placB^-
matit am indigentes de la SalpStnere], soit in£me pour a'j
apposer, el i
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d
1 I
524 M^MOIRES D'Uf4E ALlMlN^E.
H. Haiiler* — En 1880, le Conseil a invito radministration
a prendre les mesures n^cessaires pour rentrer 4&ns les ddbours
faits par le d^partement pour Tentretien, pendant quatorze ans,
de M^^* Hersilie Rouy, s^questr^e ill^galement dans un asUe
d'ali^n^s. Je demande k radministration queUes mesures ellt a
prises. On nous a fait connaitre un avis du comity consultatif
qui ne tend a rien moins qu'4 ^riger en droit cette maxime :
« Les battus paient Tamende. »
Je ne puis admettre cette solution. Le d^partement est
cr^ancier de TEtat qui est responsable dies fautes de ses agents.
11 faut que T^tat paie les 6,225 fr. indiiment pay^s par le depar-
tement.
H. le Sous-Dlrectenr des Affaires d^partementales.
— Le Conseil a d^cid^ que radministration s'en remettrait a la
decision du comite consultatif pour poursuivre ou non la reven-
dication centre I'l^tat. Le comity consultatif a ^mis un avis tr^s-
net, qui est que tout recours centre r£tat serait illusoire.
D^s lors le d^partement ne pourrait poursuivre le recouvre-
ment que sur la succession de M'^* Hersilie Rouy ; or, cette de-
moiselle n'a rien laiss^, puisqu*elle n*a v^cu, a sa sortie de
Charenton, que grdce a un subside de r£tat. L'administration
pense done qu'il n'y a aucune suite a donner a raffaire, et ceia
d'autant plus que, si quelqu*un avait chance d'obtenir gain de
cause centre I'foat, c'etaitla victime; or, M^^* Rouy n'apas cm
devoir actionner TEtat.
n. Hanler. — L'£tat est-il, oui ou non, responsable de ses
agents? Oui. Si les agents fautifs ont disparu, r£tat resteiil
faut I'actionner. Si W^* Rouy n'a pas poursuivi I'fitat, c'est qu'elle
aimait mieux transiger pour avoir les moyens de vivre.
Mais le d^partement, lui, n'a accepts aucune transaction. D
est cr^ancier. II doit poursuivre son d^biteur. Si nous perdons,
nous saurons que lorsqu'on est entre les mains de Vfltat onperd
tout droit: cette decision ouvrirait une nouvelle carriere ao
revolver. On n'aurait plus d'autre recours que la force.
Quant a poursuivre la succession Rouy, ce serait monstraeux,
puisque M^^* Rouy est la victime.
SI. le 8aiiHiDlrcc(enr dea AllnlroH d^porlenienialeB.
— ie cipile que nous uaus sommes coaform^s am instructions
da Conseil g^n^ral. Le comite declare que toutrecours eat inu-
tile. Le tribunal des condits, d^ns un cas analogue, a decide
dans le m^me sens. DSa lors, pourquoi faire des Irais inutilea ?
SI. nianler. — Pour le principe, pour qu'il solt constate que
les agents de I'Slal peuvent commettre un abus, sans que r£ltat
soil actionnable.
:S. BUREAU DES PI10CRS-VEI1BAI;\
ET TETITEONS.
Le President de la Chambre des lifpuWs
iV M. le Normant des Vamnnes.
des petitions (■!) a prononcii le
renvoi au Ministre de I'ml^rieur, sur la petition dn M. la
Normant des Yarannes, inscrite au rdle gdn4ral sous le
Cette resoluUon est inseree au Jouitutl officiel du 12 Jan-
vier 1883.
iApplieation de Variicle 66 du riglement de la
Chambre des deputea.)
1!^ MEMOin^l^ D*t7NE iti^N^E.
Sommaird de la petition ei moiils cle la comdiisdon,
Mittlon BO SOS (diposie par M. Arnoitlt, depute 4u
tinistere.)
%i 1§ Notfntfnt %k» Y«rtriti«8^ ft Orl^ansi AetktKfide k \k Ofaam^
bre la revision* de la loi du 30 juin 1838 sur lealdi^^y et hn
soumet i ce sujet un ensemble de considerations.
HLotlfs de la Commlsstoii. -^ M. le Normant des Varannes
s'occupe depuis douze ans des questions relatives aux asiles
d'ali^n^s. 11 a ^te m^l^ a diverses affaires de ce genre et a puse
rendre compte, a Toccasion, de certaines sequestrations arbi-
trairei^f defd ddrflbreili et gfntres d^fauts de ia loi de 1838. Le
r^cit qull fait d*une de ces s^questratioiis, les details precis et
int^ressants qu'il fournit, les -difficultes et les obstacles sans
cesse renaissants qu'il fait connaitre, et qu'il a du surmonter
avant d'obtenir la mise en ]ii)erf e de la personne s^questr^e, jet-
tent la plus vive lumi^re siir cett6 ^^stiori.
Aussitot que la commission eitra-parlementaire chargee de
preparer la revision de la loi de 1838 fut nommec, le p^titionnaire
son^^ea a lui adresser les documents qa'il avait recueillis. Leur
communication actuelle est on ne peut plus opportune. La
Ghambre est saisie d'une proposition ayant pour objet de mo*
diiier le r^glement sur les asiles priy^s consacres aux afien^s.La
commission charg^e d'^tudier cette propositiou conclut ai la
prisd en consid^miol^. £fl don Cdt^, tcf gbiit^rriefmeilt tiki etudier
la question parune commission extra-^parlementaire.
&i fltttendatrf \i comp6sritia^ d'liae 6dmmij^k)n piM^ni^taite,
qui ne peut tarder beaucoup^ la commissioli pe^are que le m^'^
moire de M. le Normant des Varannes peut etre utilenient com*
munique a la commission extra-parlementaire, et d^ns ce but
propose le renvoi a M. le Ministre de rinterieur. (Henwn o,u
Ministre de Vinterieur,)
Rapporteur : M. Escande*
i» »irtH»/ 1
EXTRAIT Dtl TESTAMENT DE hUb ROUY.
EimAiT lies dispoaitiona teatamettlaira que M'Ib Rorv
m'a remises le 19 mars 18^9, en me nommanl son
legataire universel et son executeur testamentaire.
t Je dMare que tous les meuhles, lableaui, garniture
de cheminde, glaces, livres, la montre eC sa chaine, sont i
M. et M™ le Normant des Varannea (M. le Noi-mant dcs
Varannes eat receveur des hospices d'OrMans).
( Je leur ligue toutes les cupies des pieces authentiques,
letlres autograplies des diipuWs, litWrateurs, etc., qui se
truuvent au bas dc mon armoire, et qui portent sur les
paquets designation de leura noma.
I Cette affaire a laquelle ils ont travailU leur appartieni,
et ils pourront la publier soit en s'enlendant avec an edi-
teur, un journal, ou une soci^te voulant en tirer drame ou
roman. »
K l-ioctobre 18S1.
LISTE ALPHABfiTIQUE des personnes qm^t
Hire quelconque, sont intervenues dans ma vie et
dans celle de Charles Rouy (1).
Berry (M™ la dnoheasp), 3,
169, bOH.
Chambord {M. ie comte de),
170,341, 502.
Eugenie (I'impfi pat rice), 168,
312, 347, 473.
J^r6me(Le roi), 3.
HarcoQrt (d'), secretaire da
President de la R^pu-
blique, 477.
Mac-Mahon (DucbessH de
Magenta), 477.
Louis XVIII, 3.
BeauharnaJB (Ib prince Eu-
gene de),¥ice-roi d'ltalie, 3.
Conatantin (ie grand-dnc),
vice-roi da Pologne, 2.
Hejm (Y.-A.-C. de), con-
seiller d'Jlltat, recteur de
I'acadi^mie de Moacou,499.
Lapoukine (Mi"e la g^nSraJe
Doroth^e de), 499.
Nicolas (AlesandrofT), 502.
(11 Noo* avons dil, pour roalreindre m un aeul volume da M^moirea
Jes voluminGui: 4cTiii lolss^s par Ui'> Hersile Rouy, supprimer forc^-
■nent bien des d^taili ; mais pour doue coatoTraei i son diiair de payer
un tribut de recunnalsaance S touE ceux qui se sent Jtit6reas^a i aun
trista sort, naua uvoiis dressS udo liste eu<u complete que asia noiu
a 6U possible des personnes iii6l4es i son histoire i un litre quel-
conque. Les noms qui ae sont pas ai^ompagn^ d'une pagination spd-
cjale, rentrent dans la cat^gorie de ceui aaiquels elle eiprima so
gralitude d'une fai;au colleolve, pages 303, 3TB et in.
On troupers am Archives du Lciret I'eipresalon de aa vuloatu i ce
aujal, et plus de cinq cents Isttres, adresaiJes ii ello ou il aos d^fen-
leurs, classdes par dossier et par ordre alphah^tliiue, aveti un nats-
'ogue d^ill£ qui facllltsra lea recherchea.
30
i
530
MEMOIRES D UNE ALIENEE.
PORTUGAL. *
Hermoaa,^ ambassadeor^ 3.
Dona Maria, reine de Por-
tugal, 3, 508.
BRfiSIL.
Don Pedro I«r, empereur,
508.
S$ de Don Barthokuneo
itre, 2.
n
Hauls fonctionnaireSi.
Mitiet, 417, 421.
Beal6,
Bosredon (dej, 306.
Broglie (Le dUc de)^
Gazot^
Constant,
Damas-Hinard, 310, 313.
Dafaure, 453, 465.
Fleury (Le g^n^ral), 310.^ .
Fourtou, £i88, 395, 454, 4B1.
Forcade de la Roquette, 311.
Frossard (Le g^n^ral),
Gou^rd (de),
Greffief, 3l7.
asfranc ^ Victor^
arcSre (de); 4^4, M, 468,
470. .
Norngianl ,(taul le), 317.
Ollivier (Emile)i.
(Jinvier (Adotphe). . ,
Pradel (Qomte de), 38S.
Simon (Jule»s)i 461.
Welche, 461 .
m
Doeteurs-midecins. — Itiipettkiirs gkn^diut.
Attdiaf, 74.
Atizouy, 128, 133, 137, 143,
148, 157, 441.
Bailie, 143.
Broc (Alfred), 162.
Gonstans, 134, 449, 454, 457.
Galmeil, 92, 427, 431, 435.
Gfaarpignon,
Ghipault.
Giinchstoips (de),
Desplaiiels (L^opfOld d^).
Falret, 125.
F^vre (HeiiriY, S08, MO,
369.
Ferms, 134.
F6vi!fe, 149, \M, 154, 4»,
133.
Gerard d6 Osdlletfit, 452.
HalRiagr^nd p^re, fl65, 433.
Halmagrani! [Ppbert).
Hussofl, 183, 234, 390, 351,
426.
Khnn, 143.
Las^gue, 91, 92, -115, 202,
S04, 44Q.
Laurent, 3B9.
Lepage p&rp, 267, 369.
Lepage fils, 440.
Lapeyrirp, 369, 374.
Lhuillier (Octave), 177, 363.
Lorabai'd, 45.
Lorraine.
Lunier, 272.
Mirier, 143.
M^tivier, lOO, HO, 170.
Minel, 143.
Normant des Varannes (le),
308, 332.
Parcbfi-pe, m, 167, 173-
Paven (Ni^rtisBe), 209, 2(3,
217, 263, 575, 281, 287,
443, 445, 467.
Pelletan (Bai'ou de Kinker-
liui, 50, 77, go, 82, 84,
103, 198, 207, 350, 337,
472,
PellevQisin, 155, 156,
Piroux, 191.
Poret, 179, 185, 188, 190,
192, 460.
Reber {Uou), 14S, 170.
Renaudin (Emilel, 146.
Renaud du Moley, 149, 153,
174, 178, 437.
RotU, 18. 22.
Teilleun, 148.
Trelat, 99, 100, 123.
Verjan, 428, 430.
Verron, 158, 161, 1^, 186,
Fonctionnaif:
Aubert, comm"'« de police.
Basse, directeur, l(fe, 127.
Barroui, dii-ecfeur, 136,
140, 192, 340, 427, 432.
Behr (Baron de), prSfet, 390.
BelQ3uf(M""), surveiil",102.
Brdvelet (Mil«t, idem, 179.
Besancon, chef de division.
Boisbourdin, 229, 235, 24G,
249.
BouS, directeur, 82.
Bouloy, adjoint, 495.
Camescasse, 481, 482.
Chalais (Curate m, 347.
173.
dive
4
L
Chandenay, prSfel, 131, 136.
Clericetti, Mitaii,494.
t^heviUai'd, chef de uabiaet.
CicognBFB, Milan, 494.
Conneau, secretaire, 346.
Crisenoy (de), 462, 407,
471, 476.
Doinel, archivisle, 1.
Durun-el, 305, 307, 317,
319, 390, 440, 445, 449.
Bureau (Louis), 257, 262,
370,304,313,356,423,435.
" " "., clief de division, 317.
319. 401. 441, 446,
M
532
MEMOIRES D UNE ALIENEE.
Forestier (le), fond6 de pou-
voir k la recette g^n^rale.
French (George), 495.
Germon (Alexis), maire.
Gigot (Albert), pr^fet.
Guilini (Milan), 494.
Gobert, directeur, 346.
Gotti (Charles), Milan, 491. ;
Jolibois, coramissaire, 346.
Jeuffrey, 312, 325, 329, 345,
460.
Juliet, 205, 326, 329.
Haussmann, pr^fet, 142,
152, 200.
Havet (Charles), 345.
Latour (M«»e), 126.
Lesourd (Am6d4e), 263.
276, 287, 292.
Leveau (Alfred), 287, 292.
Levin (de).
Lherbon de LuSsats, 164, 177.
Loiseleur, biblioth^caire,
Machard-Gramont, admin.
Magne, receveur general.
Mettetal, 323, 329, 426, 446,
Michon, 468.
Noguelle, secretaire general
de Milan, 493.
Normant des Varannes
(Edouard le), 274, 276,
286, 302, 328, 351, 355,
358, 36i, 368, 380, 387,
416, 417, 440, 449, 453,
456, 462, 464, 482.
Nupart (Bruxelles), 402.
Paris (Mrae), surveillante,
179, 181, 183.
Pascal, 346.
Paul (Marquis de Saint-), 171,
Pecheux, agr^e.
Pereira (Alfred), 357. -
Pibrac (Gomte de), 257, 263,
268, 273, 283, 361, 496.
Piebourg (Julien), 295, 477.
Pietri, 345, 347.
Pizzamiglio (Joseph), 494.
Rabut, 314.
Renaiilt (Leon), 357, 368,
409.
Rochelambert (Marquis de
la),
Renaudin (Emile), 146.
Rogniat (baron), 139, 142.
Ronceray, 287, 295.
Rouy (Laurency), chef de
division, 274, 491.
Sazerac de Forges, 448.
Sanglier, 462.
Soyher, prefet, 188.
Stropp^, 46, 77, 327.
Tapin, 146.
Vignat, 284.
Vilneau (Auguste), 256, 273,
279, 283, 350, 366, 387.
Deputes.
Aboville (Vicomte d'), 67,
79, 326,^365, 408, 412,
433, 454, 463.
Arnoult (Gfeorges), 526.
Audiffret-Pasquier (Due d'),
Aumale (Due d*),
HHV
r- — i^^^^^^^^^^^H
lABETIQUF. :,3:i j
Bfflioigt d'Azy, \'ice-pr^3idei)t
Joinville (prince de).
do l-Assfctnljlfie, as, -174,
Joson (Paul).
177,361, 394, '437.
Lanjuinaia (vicomtei, 343. '
Bemier, m2. '
Magnin, 3i2. — '-
Cochery, 365.
Nemoara (prince de).
Cresuin, 365.
Dr^llelErnesI), 341, 343.
Pelletan (Emile), 3M.
Pereii-a (Alfred), 356.
Dumarnay (Auguste), 385.
I Eacande, 526.
Eatanceiiii.
Pela u -Grand CO ur.
Ressifguier (de), 4-16.
Robert de Massy, 301.
Fousset (Eugene).
Tailhand, 67, 139, 185, 205,
Gambetla (Won). 3a4, 341.
210, 234, 375, 380, 387,
416, 427.
Harcoort (Gomle d'), 449.
Tallon (Engine). .
Jaubert (comic).
Tailhouet (de), 344.
\
M,^^j!^frU^
iV
Bagueiiault de Puchesse ,
EscofDer, avocat.
avocat, 3(B.
Favi-e (Jules), ayocat, 308.
Beudant, recleur de I'Scole
Forest, conseiller giSn^ral.
de droil, Paris.
Fremont, conseiller, 387. '
BimbeneHEuci^ne),
Gillol (Eugiine), pi^sEdent de
Binibenet (Daniel), 387.
chambre des avoeata.
Bodan (du), |iroc. iuii)., 9a6.
Grandperret, prooureur ge-
neral,'211, 257, 261. 288.
Borie, procureur.
Boussion, presi'lcnt.
Graltery, snbslitut, 268.
CaiTS, avocal.
Helbronner (Hor'aOe), avocat,
Cotetie (Auguste), av., 3(18.
328, 334.
Coulon (Georges), av., 328.
Hue, prol'psseur de droit a
Toulouse.
Ciuon (Jules), avocat.
Ducessoia (Louis), 496.
Laciiaud, avocal, 334.
Daaplancbes, av., 463, 468.
Leroux, president de cham-
Despond (Anatole), av., 352.
bre, ;-l87.
Dubec (Jules), avocat.
Lehlond, avocat, 336, 338.
Dubois d 'Angers, jiremier
Lei'oy, suhstitut, 132.
lirgsident, 387,
LesagetPituij.av., 334,3M.
1
30.
^HIHH^^H^HI
534
MjfeliOIRSS .n'UNI! iU4£^££.
Loture (()e LUIq), aoQs.» 387.
Manier (Jules), pou^eiller
• g^ni^r^i, 483; 49$, 521
Mauge du Bois des . TSx\ie^j
conseiUer^ 387.
Paulmier^oneeilleTj 387.
P^cheui {th.jf, SMriL
Procureur imperial (Cba*
renton 12 sepieixibre), 54|
465.
PreiY^er prudent (Itanqf)>
Salzac, Avocat.
Taille <Gh. de la), OQQ-
seiller, 387.
Taille (de la), aiFoeat,
Tenaille 4'EsUi3. proo, g6-
niiral, 275, 3a9,2r79,4i8,
Vacheron, avoo^, 4^.
Yigneaux (Sydney), av., 309|
vn
Artistes. — HdmmeB de lettres. -^ Xmiirhalistes.
Azevedo (Alexis), 341, 342.
Aubert, 407.
Beauvalet, 311.
Bonnardot, journalisle.
Besson (Ernest), JQurn.,478.
Brunei deBoyer, journ.,478.
Gamp (Maxime du), bomme
de lettres,
(Jantin (M"^), 311.
Capoul, 311,351.
aaretie (Jules), 342.
Gochinat (Victor), joum.
Gollot, journaliste, 303, 477.
Goquille, journaliste.
Dabier, 311.
Devri6s (MMUbb), 311.
Doucet (Camille), 350.
Duvernoy (Henri), 342.
Frolic (Jean), journaliste;
Gack, 311.
Gauthier (Theophile), 6.
Genret, artiste, 311,
Girardin (Eraile de), 67, 68,
364.
figdif^Qt, jo^n^ajjste, 47?.
Godou (Alexis), 305, 478.
Gouzien (Armand), joum.
Gu^roult (Constant), joum.
Guibert (MWe N^omie), 311.
Guyot (Yves), 477.
Herz (Jacques et Henri), 6.
Henri, de r()p^ra, 6.
Lamoureux (Charles), 311.
Lapommeraif^ (Henri de),
311.
Lodd^*, 311.
Mallart, 6.
Magnard (Francis), 363, 364.
Ponchard (M. etM^o), 6,477.
Puget (fimile et Alfred), 311.
Prunier, (6).
Pont-Jest (Ren6 de), 367.
Remy (de Saint-), 331.
Salesse, 311.
Sarcey (Frangisque), joum.
Sauyestre ( Charles ) , 305,
311.
Serrei (Philippe), 487.
Sevestre(Mne) 81i,
gin^qn, jo^rna^»iQ,
Senhert (St^phan), 330. VilleniesEant (de), fondateur
Solo, 3H, 349. da Figaro.
Teulit (Henri), journaliste. Waldor (Mm" M^lanie), 42.
Vacquerie (Auguste), 488, Wartel, de I'Opfira, 6.
vm
EoeUaiaittiques el Reiigieuses.
Ars^ne, (Soeur), 140.
Bara (M>"«), 54.
filancbard (L'abb^).
BertOBoglio, archevflque de
Milan, 496.
Carcano, 496.
Coquerel (Athanase), 63.
DesbroKses (L'abb^).
Dupanloup, ^vSque d'Or-
li^ans, 262, 356, 394.
Emilienne, (aceur),143,157.
Guibert, archevSque de Pa-
ris, 439.
Gervasoni, ehanoine, 496.
Jacquet (L'ebbri).
Liduvine, (Sfflur), 173 k 175,
437.
Louisa, Eisur, 166.
Malherbe (I'abbd), 499.
Marie, ecui', 143.
d'H6-
Mermilliod , dvflque
Milan (L'archevequede),267,
Nicolai (M"" de), religieuae
du Sacre-taur.
Pafard, ehanoine k Valpa-
Placide (Sasur), 265.
Pierri (le R. P.), 502.
Rauli (L'abb^), 132.
Roux (L'abbi), curfi de
Rau court,
Sibour (Mkt), 4.
Saint-Sauveup (ScEur), 132,
436.
Sainte- Sophie, sup^rieure,
61, 174, 376, 436.
Tabouret (L'abbS), premier
aumOniui'.
AHais (M'lo Stephanie), Orl, Benoll d'Axy (La vicom-
AndriS (M. ol Mota), 6, 7. tesse), Pans, 26.
Andrii (M™" Dominique), 6. Bernay (M. et M™"), Orl.
Arnoux (M. el Mni= S.), Orl. Boissiere (M. el Mm"), Or»
p«rroijx(W""i),m leans, 395,
536
M^MOIRES dHQIK AU^iE.
Bertrand Dujonccjuoy (M. et
Mme)^ Orleans.
Blanchard (M. set Mm«),
Boucher de Molandon (M.).
Boutroux (M«>e), 8.
Buchepot (marquis de).
Gambis (comte de)^ 35.
Chambeyron (Mm® et M"e).
Chapelin (M«»e et M^e), 63.
Charoy ain^, Orleans.
Ghaudron, 501.
Chevalier ( Jeanne - Marie) ,
femme Boiteux, 2.
Ghevalier (Marie), Valpa-
raiso, 494, 502.
Chevalier (Jeanne-Henriette),
495.
Glinchamp (M^e de), Orl.
Cochin (Augustin), 174.
Couturier (M^ie), Orleans!
Decazes (M™® la duchesse).
Pans '
Delille (M"e), Orleans.
Delion (M»e), Orleans.
Del Lago (Baronne), 27, 30,
39, 41.
Deshayes-Bonneau, Orl.
Desjardins (M., M^e et M^e),
359.
Desplanels (Le colonel et
MMmes de), Orleans.
Dillon (Lady), 5.
Dreux (Mi^e Josephine), Orl.
Dumay(M"e), 8.
Bureau (M^e), 317.
Faby (Vicomte et vicomtesse
de), Paris.
Flavigny (M^e de), 353.
Foucher de Careil (Comt"e,
Fougeron (Emile), Orl.
Fournier, pr6s, de section.
FouBSM* (M. et M«e) Orl
Gaiiiard (Charles), Oij^s.
Galard de Zaleu (M»o As), 5»
388.
Gagniet (Ernest), Orleans.
6arsonnet (Eugene), Inspeo^
teur g^n^rai,. 334, 341.
Garsonnet, professeur i
rficole de droit.
Gaucheron (M™©), Orleans.
Geffrier (Victor de), Orl.
Grenard (M. et Mm«), 36.
Collier (Mn»« veuve), 402.
Grozelier (MUe de), 47, 71.
Guercheville (cornt**® de).
Hayet (Mme), 69, 74.
Hamilcar (Josephine), 54.
Htoe (Mme), Origans.
Houry (Alexandre).
lUiers (M. d'), Orleans.
Imbault (Henri), avou^, Orl.
Ivan (Nathaly et Nadeida),
499.
Jacob (Georges).
Johnson (Charles), 30^ 33.
Joubert (M^e de), 54.
Lafitte (Mme), 83.
Larabel (Cte et Qtesse de), 194.
Landreloup (Gustave)', Orl.
Latour (Leon).
Lefebure (Mmo), 43, 68, 74.
Leclerc (Henri et Jules), 436
a 438.
Mareau-Grandcour, 311.
Mareau (Jules), 311.
Massicart (F61ix), Orleans.
Maur (M. et M«»e g. de
Saint-), 177, 263.
Maur (M. de Saint-), con-
seiller gdn^ral, Oirl^ans.
Migout de Furcy (M««), 308.
Mirvilie (Marquis de).
Mistral (Jean), 457.
Molgfflni freres, OrlSant?.
MoiUaudmn (M. el M"'" de).
MoufQel (Mile), 380. 481.
^ Houfflelte (MliBj, 197. .
BMontoney (Mll^ de), Paris.
Nazon (colonel de), Orleans.
Nicolle(P'amiHe), 42, 45, 47,
■ ' Nurmant desVaranues (Mm"
Edouard le), 273, 276.
4 328, 351. 387, 416,436.
Normant des Varaimes
(M™ et M'i« Constant le).
Normant des Varaiiaes (M.
el Mi°a Ulricli le).
Normant (le), 293, 297.
Ocarol de Pa^os (M^f Fanj),
de Valparaiso.
O'Riordan (La com 1**8* , Orl.
■ Oyai-cin^MH"), Valparaiso.
■ Pascal, 346.
Pastui', 401.
Piessac (Mm" de), Oi'lfians.
Pellag;ot (Le colouei), Orl.
Pelletier, ancien adininistr.
Perei'rade Lisa (Mi°8),G6ne9.
Pigeonneau (Frani;ois), Paris.
Petracchi, 29, 496, 503, 5 '5.
Petroraan, 29, 497, 503.
Pelrucci, 29, 496 i 503.
Petrowicilit, 29, 496 k 503.
Petrnski, 515.
Porcher (Fernand), 311.
Proust-Michel (M. et Mi>"^
Reboul-Richebraque (Mm*),
18.
Reverse (MH" Marie), Orl.
Rogniat (La baronne), -136.
Rouy(L'us1ronorae Charles),
'2, 21,494, 500 -k aO±
Rouy (Mi^oLaurency), Paris,
Rnuy (Claude-Daniel), 10,
79.94, 249,291), 299,301,
340, 365, 381, 397, 405,
446, 474, 501, 52-2,
Rouy (.lean), 339, 478, 489.
Rouy '(Heni'i), 84, 397.
Rouy (Georges), 479.
Rouy (.Tean-CharleB-Tfilfi-
raaque), 2, 497.
Rouy(I)orolhee), 2, 497.
RoQv Milre (IjOuifi-UlvBse),
1,-515.-
Rouy (M. (i[ Mm" Etienne),
8,10.
Rouv, famille de Prusse,
345. 491.
Rotalier (C'e et Ci«"o de), 58,
69, 74.
Roy, 501.
Salmon (M""), Orleans.
Serron (M. et M'"«i, Orleans.
Soyer(M.), Pai-ia.
Tailhand (Mmcet M""), Par.
Touanne (Le viuumte Ana-
tule de la), Orleans.
Trancliau, inspecteur d'Aca-
d^uiie, Orleans.
Valory (de), 136.
VBgnel,19l.
Viiiienu (M">a et M"«), Orl.
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ERRATA.
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Atant-propos XI
Chapitre pHEBiEn. — Abrege de ma vie 1
CHAPlTitE fl. — de qui a precede mon enlevement. . 27
CHAPirnE HI. — Mon enlevement et man entrSe a
Ch'arenton 50
CuAPiTRE IV. — Qui a fait agir le docteur Pelletan. . 65
Chapitre V. — Charenlon : placement, enregislre-
ment, Iransfert 76
dHAPiTRE Vl, — De Charenlon A la SalpfitriJre, —
La Prefecture de police 87
CSapitbe Vll. — La gal(>eiri&r&. — Pfewiere mise
en libei-td. — Mon arreslalion 100
GHapithe Vin. — Ma renti^e i la SalpStrifire, —
Premier Iransferl en province. — L'asile de Fains. 119
Chapitre IX. — Deuxieme transfert en province. —
Asite de Mareville I4'2
Cbapitre X. — Asila d'Atnerre 178
^(^HAPITHE XI. — L'hAtel Saint-Michel. — La Prefec-
ture dc police 196
Chapithe XII. — Aaile d'Orl^ans. — Premiere partie. 208
««
540'- ' TABLE? DES MAT&RES.
* »
*> ; ^
GhAitre XIII. — Asile d'Orleaaa. — Deuxi^me par-
tie. — Le pensionnat. ... .l .... • 249
Ghapitre XIV. — Asile d'Orldaris. -^ Troisi^me par-
tie. — L'arriv^e de nles papiers, *. 273
Ghapitre XV. — Paris. — L'enqq^te Rabat-Gonstans.
— Refus d'assistance judiciairA . 307
Ghapitre XVI. — Petition aux Chambrfes. — La de-
claration de guerre. — Retour k Orleans 341
Ghapitre XVII. — Petition k I'Assembl^e nationale. 356
Ghapitre XVIlI. — Ma petition. •— M. Tailhand,
premier rapporteur 375
Ghapitre XIX. — Ma petition. — M. le vicomte
d'Aboville, deuxieme rapporteur 395
Ghapitre XX. — Goup d'oeil r^trospectif 417
Ghapitre XXI. — Gonclusion .448
Ghapitre XXII. — Suites d'une reparation amiable. . 477
Pieces justificatives • 492
ExTRAiTS de la correspondance de M^le Hersilie Rouy. 505
POST-SCRIPTUM . 521
LiSTE ALPHAB^TIQUE 529
Errata 538
4
Inip. (reorgea Jaco)); — Orlteuii. '
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